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Madame Sans-Gêne

, 08:23 - Lien permanent

Madame Sans-Gêne se tape l'incruste sur la banque de réception de ses nombreux achats. Dame, elle doit avoir d'aussi nombreux invités, et il ne faut pas les décevoir, en cette fin d'année !
Alors, elle range lentement ses denrées dans des sacs qu'elle demande et redemande à la caissière. Qui, ayant depuis longtemps achevé de calculer le montant de cet imposant, et même appétissant ensemble, la regarde faire.
Comme nous.
Car il y a foule, ce jourd'hui, devant les nombreuses caisses de sortie de cette grande surface. Et comme de bien entendu, je suis le dernier... pour l'instant, de ma longue file d'attente.
J'échange un regard avec le pénultième client, qui me suffit à me faire comprendre que nous nous sommes compris, sans paroles, et parfaitement.
"Au Canada, ça ne se passe pas ainsi, me souffle-t-il. Si vous saviez combien les gens sont gentils, serviables, et attentifs aux autres !"
"L'exemple même de cette pétasse, lui réponds-je. "Voyez combien elle entend que nous remarquions à quel point elle est soigneuse (les fruits avec les fruits - les fruits exotiques avec les fruits exotiques, les légumes avec les légumes, le foie gras avec le saumon...), bonne maîtresse de maison, soucieuse du confort de ses invités !
C'est pourquoi elle opère si lentement ! C'est de la délicatesse !
Voyez, maintenant que tout est en sachets, combien lentement elle s'applique à rédiger son chèque !
"

Par bonheur, ce pénultième-là entend mon humour. Alors, nous échangeons nos expériences, car nos enfants se sont expatriés, et cela nous rapproche.
Et nous comparons les grandes surfaces canadiennes, à celles de Californie. Ainsi passe le temps. Et mon tour arrive, tandis que le pénultième, devenu le premier, finit de ranger ses affaires (il a payé entre temps, comme devrait le faire toute personne sensée et respectueuse d'autrui) : j'avise donc la jeune caissière, et lui demande ce qu'elle pensait, en regardant la sans-gêne prendre tout son temps, un jour pareil, et si elle n'aurait pu eu envie de lui faire les remarques qui s'imposaient.
"Mais, Monsieur, je n'ai pas le droit de penser, figurez-vous, et si jamais je m'avisais de faire quelque remarque que ce soit à un client, je serais vidée dans la minute !".
Bon, je comprends la situation : les fonctionnaires font absolument ce qu'ils veulent, ils se sentent tous patrons, et c'est assez scandaleux.
Mais là, je suis devant une forme d'esclavage moderne, où le patron est roi - après le client, sans doute. Le scandale est bien pire.
Mon ami le pénultième intervient alors : "c'était sans doute aux clients qui attendaient, de dire tout haut leur fait à cette dame !"

Dame ! S'il croit encore au socialisme auto-gestionnaire, alors que même Rocard s'est converti à l'économie de marché, il n'est pas près de faire accélérer le passage en caisses...

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