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Tragédie à Pau

, 12:47 - Lien permanent

La tragédie survenue à Pau méritait certes qu'on s'y arrêtât, mais une telle attention, une telle insistance médiatique, est-ce bien de l'ordre du raisonnable ? Je ne voudrais pas passer pour un empêcheur de compatir en rond, mais tout de même, à partir d'un certain degré, je pense qu'on frise l'obscénité, et que ce n'est plus rendre justice à la mémoire des deux personnes assassinées, de garde ce soir-là à l'hôpital psychiatrique.
Chaque jour, plus de dix tués sur les routes, la plupart à cause d'assassins non explicitement désignés ni recherchés par la police, mais pas moins conscients pour autant. Sans oublier en moyenne quatre meurtres ou assassinats "violents".
Pourquoi, alors, donner autant d'importance à un fait tandis tous les autres deviennent divers ? Il n'est pas jusqu'à une émission d'hier - d'ailleurs pas inintéressante, mais je n'ai pas réussi à en localiser l'origine - qui n'ait donné dans l'insupportable mélo : le psychiatre de service (dont le prénom est emprunté à la nouvelle Alliance, et dont le patronyme est assez "divin"), qui a publié un livre dont je ne ferai pas ici la réclame, s'est mis à pleurer, oui, à pleurer, en évoquant un événement qui remonte maintenant à une semaine (faites donc le compte des morts anonymes). Un peu de dignité, tout de même ! Et puis en parlant d'un métier "dur" (quel métier ne l'est pas ?), de personnes dévouées (quel travailleur, en principe, ne l'est pas ?).
Justement, j'attendais le psy au tournant, mais il ne s'y est hélas pas présenté. Lui pour qui Freud est à ranger dans la naphtaline (ou à peu près, si je l'ai bien compris) fait sans doute partie de ces gens qui chantent volontiers Du passé faisons table rase.

Car il avait une occasion unique de relier le crime de Pau à un autre crime qui n'eut pas le retentissement de celui de la semaine dernière - mais que tout psy doit connaître, ou alors c'est un Jean-Foutre.
À la fin des années soixante-dix, un médecin psychiatre, le Docteur Yves Bertherat, fut lui aussi assassiné par un de ses "patients".
On en parla un peu à l'époque (et pas avec l'impudence qu'on voit s'étaler aujourd'hui - et peut-être se souvient-on de sa veuve, Thérèse, brutalement contrainte de se mettre à travailler pour élever deux jeunes orphelins, et qui publia plusieurs ouvrages, dont Le corps a ses raisons).
Fin lettré, chrétien, il collaborait régulièrement à la revue personnaliste Esprit. Chrétien ! Qu'ai-je dit là ! Un mot grossier, qui sent le sapin, et qui aujourd'hui n'a plus cours !

Bon, je me tais. Mais je persiste à dire que le Dr Bertherat était un type bien. Et j'écris ceci pour faire honte à tous ceux qui n'auraient pas dû l'oublier.

Commentaires

1. Le lundi, 25 septembre 2006, 21:20 par G.Flecher

Psychiatre, j'ai reçu ce WE un témoignage d'un des témoins de la mort de Y.Bertherat. Je suis donc parti en quête sur le web et je tombe sur votre texte.
Alors une précision : Y.Bertherat a été tué le 15 octobre 1967. J'ai trouvé deux textes, de Bonnafé et Daumezon, écrits au lendemain de ce drame. Si vous le souhaitez, je les tiens à votre disposition.

[Conversation poursuivie sur bals persos

SH]

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