Bloc-notes

Home

Aller au menu | Aller à la recherche

Les Thibault (2)

, 05:47 - Lien permanent


Eh bien, on l'a vu jusqu'au bout, ce téléfilm épatant, cette adaptation dite "libre", pourtant si fidèle à l'esprit, et même à la lettre, de la somme de Martin du Gard !
Et que de choses à retenir ! Cette foule qui sépare Jenny de Jacques (dernière scène du troisième volet), on l'a déjà vue dans Hiroshima mon amour et, bien avant, dans les Enfants du Paradis. C'est la traduction de cette idée occidentale que l'être se perd dans la masse, au contraire de l'idée orientale, selon laquelle il y trouve son accomplissement, comme on le voit par exemple dans Quand passent les cigognes - et voilà que je me mets à faire un tout petit peu de philosophie.
Oh ! Cette belle incarnation du grand Jaurès, si bien rendue, si pieusement rendue, de cette prodigieuse intelligence, de cette immense humanité, œuvrant au sein de cette ruche bourdonnante qu'était alors l'Humanité (la vraie) - ce n'est pas qu'un piètre jeu de mots.
Et tout à côté, le passage éclair d'un Jean-Pierre Coffe dans un petit rôle, fort bien enlevé, d'éternel ministrable ! Et les détails vrais, les buvards publicitaires, les imprimeries artisanales, et mille autres notations !
Et déjà tous les débats qu'on ressasse aujourd'hui, mais qu'on balbutiait alors, entre les réalistes et les utopistes (et combien il est incroyable de constater que ce sont les bourgeois qui sont le mieux à même de traduire fidèlement les dilemmes qui se posent à l'homme social, comme, entre tant d'autres, le "réfléchir ou agir").
Suivant avec passion les discussions des deux frères, je songeai immanquablement à cette phrase que chante Lyane Folly : "il ne suffit pas d'être pauvre pour être honnête"...
Et les histoires éternelles, du conflit entre les générations à l'amour rarement partagé, en passant par la si grande fragilité du bonheur, autant chez les riches que chez les pauvres. C'est la petite histoire, oui, si magnifiquement imbriquée dans la grande Histoire, comme Jules Romains le fit, un peu plus tard, avec moins de panache, dans ses Hommes de bonne volonté...
Ah ! Combien on peut affirmer que RMG s'efforça de cultiver l'authentique, formule que Pagnol, un peu plus tard, devait reprendre à son compte dans Manon des sources, pour en faire un savoureux et cruel jeu de mots !

Et que cela nous réconcilie avec la télé, habituel vecteur de bobards et de prostitutions en tous genres, d'abêtissement des masses, nouvel opium du peuple !
Au fait, j'ai bien cru, jusqu'au bout, qu'on verrait la scène à laquelle je faisais allusion (le docteur Antoine Thibault, mourant, observant le petit Jean-Paul, son neveu), mais non.
Alors, de dépit, j'ai relevé, c'est très méchant, une phrase : "vous savez, le parti socialiste, c'est le parti qui est contre la guerre" : on devait en avoir une superbe illustration, beaucoup plus tard, au moment de l'affaire d'Algérie...

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet