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Un roitelet

, 20:59 - Lien permanent

Une fort sympathique invite à visiter un immense domaine protégé, et nous voilà à parcourir d'assez bon matin, en compagnie d'une vingtaine de personnes, des lieux encore exempts de toute pollution, dans lesquels on avait réellement plaisir à écouter le silence.

J'avais cru reconnaître l'un des marcheurs, à ses lunettes curieusement taillées. Je ne m'étais point trompé ; et ne l'aurais-je pas reconnu, les flashes m'auraient mis la puce à l'oreille.

Car plus de trois heures durant, le personnage fut réellement mitraillé par deux photographes, au flash s'il vous plaît, en dépit d'une lumière naturelle étincelante. Trois cents photos, au bas mot, furent tirées - gaspillées - et il était amusant de constater que, chaque fois que le Président voulait être photographié, il pressait le pas (c'était d'ailleurs un bon marcheur) afin de figurer en tête du groupe.
Ce n'était pourtant point Chirac.


Coulmes © M. Giraud

Trois cents photos pour servir à l'édification des foules iséroises, qui ne manqueront pas, le moment venu, d'admirer, sur toutes les pages d'un mensuel local, leur président du Conseil général en train d'arpenter un domaine acquis par le département. Car cette invite participait d'une opération de communication...





Il y a de nombreuses années, je fus invité, je ne sais plus à quel titre, à me rendre avec quelques autres de mon acabit à l'Académie française, pour y écouter des conférences sur l'Histoire (Quelle fierté, soit dit en passant, pour un fils d'ouvrier agricole, de s'asseoir dans des fauteuils au demeurant assez inconfortables et étroits, habituellement destinés à accueillir des postérieurs tellement plus illustres !).
Une intervention m'avait particulièrement marqué, celle de Bertrand Poirot-Delpech, qui avait martelé à plusieurs reprises (on était en pleine affaire de la Ligue pour le Cancer), avec de nombreux exemples à l'appui, "la communication, c'est la corruption".
Je me remémorais les propos académiques, tout en essayant d'éviter de figurer aux côtés, ou trois pas en arrière s'il vous plaît, de l'illustre élu (qui, à mon sens, ne demeurera pas longtemps encore à ce poste, mais c'est une autre histoire, et je préfère le voir plutôt que Carignon).

J'y songeais car il était inutile - et ridicule - de dépenser les deniers publics pour gâcher de la pellicule et le temps de service de photographes. Voulait-on faire savoir aux foules ébaubies que leur Président s'était déplacé dans le Vercors ?
Une photo suffisait, qu'il aurait pu prendre lui-même, à l'aide d'un retardateur (pourquoi riez-vous ?). Au-delà, l'opération de communication relève de la corruption, ou en constitue du moins le premier échelon.

Ah ! Il n'est pas facile, pour les roitelets, de jouer au Roi sous la République !

Commentaires

1. Le jeudi, 23 octobre 2008, 14:16 par Letzou

Que dire encore du roitelet ? Non content de montrer son physique à tous les coins de page, il adore également voir figurer en ÉNORME le logo du Conseil, son royaume.... aux façades des collèges, chaque fois que des travaux sont entrepris ! Sur les bus nouvellement repeints à son emblème, etc etc... cela ne lui coûte.... que notre argent !!!!

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