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Le Proc et l'Inspection des services judiciaires

, 09:12 - Lien permanent

Il se trouve que je me trouvais à Nice le jour même où fut rendu public le rapport de l'Inspection des services judiciaires concernant le tribunal du coin (rassurez-vous, je n'étais pas venu acquérir la villa de 11 à 13 millions dont il est abondamment question dans le dit rapport).

Je ne pouvais donc pas moins faire que de télécharger cet épais (140 pages) rapport, et de le lire. La plume à la main.
Je le trouve exemplaire à plus d'un titre, dans sa sécheresse administrative (mais pas exemplaire au point de vue de la rigueur orthographique : plusieurs "manquements" à cet égard m'ont fait bondir !).

Naturellement, on concevra que ce pavé attire d'abord en ce qu'il remet le procureur de Montgolfier à sa place : celle d'un être assoiffé de reconnaissance médiatique, dont la connivence avec les médias vaut largement celle d'un Lang ou d'un Bové. Et alors, on n'est pas déçu, car les inspecteurs tirent quelques coups particulièrement ajustés contre celui qui a privilégié "un mode d'action particulier qui est celui de la communication externe" (que la formule est admirable !) : mises en cause injustifiées ("beaucoup de mises en cause ne résistent pas à l'examen des éléments invoqués à leur soutien, de sorte que les griefs susceptibles d'être retenus sont finalement peu nombreux au regard de l'état de suspicion qui s'est instauré" ; "Le grief articulé par M. de Montgolfier... est totalement injustifié"), manque de rigueur et de distance dans l'exploitation des sources, dérapages, propagation de rumeurs ("loin d'avoir combattu le soupçon, il s'est livré à sa propagation").
Cependant, les inspecteurs font remarquer avec une amère philosophie que, vraisemblablement, leur rapport solidement étayé aura moins de poids, aux yeux de beaucoup, que les déclarations à l'emporte-pièce du bouillant Procureur.

La seconde exemplarité, c'est précisément celle qui concerne le rôle de la presse (dont de Montgolfier annonce cyniquement qu'il en fait un "outil de travail"), quelle que soit sa couleur politique : à partir d'une rumeur, habilement distillée, les médias brodent, toujours dans le sens de l'amplification, sans se soucier de son étaiement.
Et cela m'a fait irrésistiblement penser au livre ("Le massacre des innocents") consacré par une journaliste à l'affaire V., dans lequel le côté néfaste, écœurant même, d'un certain rôle de la presse est mis à jour comme sous un scalpel.
Ainsi est-on passé de "l'ambiance quelque peu délétère qui prévaut au sein du tribunal", selon la formule du rapport, aux soupçons largement diffusés comme autant d'évidences, concernant par exemple la constitution d'un réseau pédophile, les liens avec la Mafia, ou encore la connivence avec les "frères" maçons. Certes, tout ce qu'avançait le Procureur n'était pas faux, et le rapport fait le bilan des manquements à la prudence et au devoir de réserve - et parle même d'incompétence pour l'un des magistrats.
Bref, des broutilles (hormis l'affaire du doyen des juges d'instruction, un fin renard, qui a transmis à la loge maçonnique à laquelle il adhérait des renseignements confidentiels extraits du casier judiciaire national - et qui a été normalement sanctionné pour cette forfaiture) que n'importe quelle mission d'inspection aurait pu relever dans n'importe quelle réunion de fonctionnaires.

Mais revenons à de Montgolfier : il crie aujourd'hui au complot politique. Cette enquête avait pourtant été ordonnée en juillet 2001 par le garde des Sceaux socialiste, à sa demande. En janvier 2002, il déclarait (au Nouvel Observateur) : «Si l'inspection ne confirme pas ce que je crois, il me faudra partir et je le ferai».

Encore un manquement...

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