Bloc-notes - Mot-clé - Maurice Pialat 2019-09-20T05:30:21+02:00 SH urn:md5:d677b0537e74df749e032f6f00efdbb4 Dotclear Il court il court, le Rohmer urn:md5:d23a271f21310668e82ba0de2425153a 2008-02-21T06:16:00+00:00 2010-01-20T03:35:03+00:00 S H Arts et Spectacles Arielle DombasleCinémaDufyMaurice PialatÉric Rohmer L'extraordinaire trilogie <em>Trois Couleurs</em>, due au génie de Krzysztof Kieslowski - et à son amour de la devise républicaine française (quelle magnifique Juliette Binoche nous donne-t-il à voir, en déclinant diverses facettes de la liberté dans <em>Bleu</em> !) nous est, en ce moment, offerte par Arte.<br /> J'avoue que pour parler honnêtement et sans pédantisme de cette trilogie admirable, il faut disposer de plus de culture que je n'en possède, et peut-être moins de parti pris.<br /> C'est pourquoi, en contrepoint, je vais plutôt dire un mot d'une autre "œuvre" que la même chaîne franco-allemande nous a projeté assez récemment, jusqu'à la saturation - du moins en ce qui me concerne. J'ai nommé les <em>Comédies et proverbes</em>, et autres <em>Contes des quatre saisons</em>, d'Éric Rohmer. <br /> Je ne sais ce qui m'a le plus hérissé quand j'ai vu ou revu les productions de Rohmer : la trame de ses films, le parti pris d'une diction fausse (comme chez le Truffaut de <em>La chambre verte</em> - ici, avec une intention certaine), ou la sottise de nombre des actrices qu'il a choisies pour illustrer ses <em>Contes</em>. Ou, peut-être encore, le fait que le tout-Paris intellectuel de la Rive Gauche n'a jamais cessé de vanter ces chefs-d'œuvre, sinon de tomber devant en pâmoison...<br /> Quoi qu'il en soit, on nous dit que tous les personnages de Rohmer évoluent sur une trame décrivant l'amour et ses dangers.<br /> Regardons-y donc de plus près. <br /> Dans <em>Pauline à la plage</em>, par exemple, nous assistons avec beaucoup d'ennui à des chassés-croisés plus ou moins amoureux, avec en vedette une certaine Arielle Dombasle, l'égérie de BHL, qui est à la comédie ce que la fille cachée du beau François est à la littérature. Des personnages bavards, pour ne pas dire verbeux, se croisent, se rencontrent, se manquent, s'évitent... Tous beaux spécimens de la bourgeoisie oisive, ils sont certes plus à plaindre qu'à blâmer. Mais de là à les admirer... On peut vraiment se demander ce que la jeune Pauline peut retirer, pour son éducation sentimentale, des personnages falots qui gravitent autour d'elle.<br /> De même, dans le <em>Conte d'été</em>, le jeune étudiant Gaspard court à Dinard de fille en fille (c'est le cas de le dire : il court), sa guitare à la main ; il ne trouve (hélas ?) pas celle qu'il était venu rejoindre, hésite à se tirer. À sa place, on aurait couru depuis longtemps dans le sens opposé...<br /> Et pourtant, derrière ces histoires sans queue ni tête, sans épaisseur humaine si l'on préfère, il y a incontestablement l'œil de Rohmer, qui est sans doute possible celui d'un peintre. <br /><br /><img src="https://www.samuelhuet.com/blog/public/images/dufy.jpg" alt="Dufy, les Régates, 1935" title="Dufy, les Régates, 1935" style="margin: 0 1em 1em 0; float: left;" /><br />J'aime ses bleus, qui me font songer à ceux de Dufy. Il y a chez lui de réelles recherches picturales, comme chez un Maurice Pialat, par exemple. Mais est-ce une raison suffisante pour se taper l'incruste chez Rohmer ?<br /> Dans <em>Conte d'hiver</em>, enfin, une certaine Félicie, coiffeuse de son état, se cherche entre trois hommes, de Paris à Nevers. On s'ennuie profondément : Félicie aussi. Surtout que l'ensemble est pimenté de philosophie à la petite semaine, empruntant au mythe de la réincarnation de Platon pour aligner des considérations plus que oiseuses. Et que la fin est à peine digne de la chère Comtesse de Ségur. On entend : <em>Arrête, Félicie, tu me tues</em>. Mais c'est nous qu'on est morts. De rire.<br /> <br /> Cette œuvre est, au vrai, un authentique festival de connes - on peut supposer que Rohmer l'a construite ainsi à son corps défendant, je veux bien le croire. Personnages inconséquents et frivoles, insignifiants et versatiles, ses héroïnes ont toutes un grain. Plus encore que leurs partenaires masculins, ce sont des <em>malades de la volonté</em>, à qui on donnerait volontiers le conseil pertinent de lire l'ouvrage éponyme de Juliette Boutonnier - s'il est encore disponible, et si les cas n'étaient pas désespérés ; si, également, il s'agissait d'êtres de chair. <br /> Comme ce sont des personnages de fiction, il est tout de même permis de s'interroger sur la santé mentale de leur créateur. <em>Dans cette profondeur terrible, une âme rêve</em>, entend-on. Disons plutôt que ce qui est terrible, c'est le vide de cette profondeur.<br /> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2008/02/21/526-il-court-il-court-le-rohmer#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/522