Bloc-notes - Mot-clé - Johnny 2019-03-21T08:17:33+01:00 SH urn:md5:d677b0537e74df749e032f6f00efdbb4 Dotclear Ce désir fou de vivre une autre vie urn:md5:29b66f2d8b9b7a5fd00de27ba5b3c7d3 2017-12-06T14:11:00+01:00 2018-01-06T11:17:57+01:00 S H Pipoles Johnny <p>On l'appelait <em>l'idole des jeunes</em>, comme le proclamait l'une de ses premières chansons. C'était le cas : je me souviens à cet égard qu'un sondage, effectué dans une Fac <u>scientifique</u> en 1969 (année érotique), révéla qu'un tiers à peine des étudiants savaient que la découverte de la pénicilline était due à Sir Alexander Fleming, alors même que la quasi-totalité n'ignorait pas que Jean-Philippe Smet était la véritable identité de Johnny Hallyday...</p> <p>Il était en tout cas fort loin d'être l'une des miennes, aux temps lointains de nos jeunesses quasi-communes. Et je le considérais davantage comme un voyou violent et sans culture (il suffisait de l'entendre parler !), et toujours prêt à faire le coup de poing. Je me souviens ainsi de cette lettre indignée de lecteur, parue au milieu des années soixante dans le défunt "<em>Provence-Magazine</em>" qui narrait une baston l'ayant opposé à Johnny, parce qu'il s'était trop approché de la table où le chanteur et ses musiciens se restauraient après un concert. Et puis un jour, j'entendis Georges Brassens parler à son sujet d'un "type très digne", et cela me donna à penser. Et surtout un saint homme, un pasteur protestant qui avait beaucoup compté dans la formation de mon adolescence, me conta une histoire édifiante. Lassé de voir les murs de la chambre de leur fils cadet constellées d'immenses affiches à la gloire de l'idole des jeunes, il avait décidé, avec son épouse, et malgré leur légitime prévention, d'emmener le dit fils à un concert de Johnny&nbsp; : "<em>à aucun moment du concert</em>", me dit-il, "<em>il n'y a eu de vulgarité</em>" ; et cela me suffit pour effectuer sur le champ mon chemin de Damas et me mettre à goûter quelques titres, au nombre desquels je citerai <i>Gabrielle</i>, dont j'apprécie encore, outre la mélodie, la virtuosité de l'interprétation.</p> <p>Naturellement, les morts étant tous des braves types, les éloges dithyrambiques ont commencé à pleuvoir, dès le milieu de la nuit, comme hallebardes à Saint-Privat. Ainsi du Président affirmant en jeune présomptueux : "<em>De Johnny Hallyday nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national</em>". Et on rapporte même que l'hommage vient aussi de l'international vers le "<em>French Elvis</em>" ; ce que ma modeste expérience dément, car j'ai assez fouillé les bacs des disquaires new-yorkais pour savoir que les galettes de notre Johnny national, n'y avaient guère droit de cité... Et puis, n'est-il pas vrai que Bashung (qui certes n'avait pas, tant s'en faut, l'envergure de Hallyday) a été&nbsp; - que c'est injuste - pratiquement passé par pertes et profits, sitôt sous terre ?</p> <p> </p> <p>Par ailleurs, tout ce que je lis sur le disparu est pudiquement revêtu du manteau de Noé : la vie de notre Johnny - peut-être à cause d'une enfance tellement erratique - fut constellée de scandales, que ce soit à cause d'un nez trop poudré, de boissons trop raides, ou de désordres sexuels - dont il se sortit toujours à son avantage. Et là, parce que nous sommes en plein délire "féministe", je cite ici une remarque que j'ai entendue il y a peu dans la bouche d'une charmante personne : "<em>Le harcèlement, c'est quand l'homme n'est pas beau, et ne danse pas particulièrement bien...</em>" Ah que c'est bien vu, et pensé ! Car tous sont loin d'être égaux devant ce "phénomène de société" : voyez les trognes assez répugnantes des deux derniers "harceleurs" en date, Harvey Weinstein et Denis Baupin (ce dernier a seulement senti le vent du boulet, à cause de la bienvenue prescription) : eussent-ils hérité de la beauté d'un Gary Cooper, d'un Delon/Belmondo, ou d'un... Kennedy, que l'impunité continuerait à être longue, longue...</p> <p> </p> <p>Demeure que cette vie qui ne fut donc pas un fleuve tranquille, a été de plus en plus digne - et Brassens fut bon juge et prophète ; elle me fait irrésistiblement songer au Psaume 20, ce me semble : "<em>Eux, ils plient et s’effondrent ; nous, debout nous résistons</em>"... Je n'irai cependant pas jusqu'à dire, avec Polnareff : "<em>Il était un grand exemple pour nous tous</em>"...</p> <p>Et maintenant que la comédie est terminée, dans l'ombre notariale doivent commencer à s'agiter tous les ayants-droit - au gâteau qui ne doit pas être "inconséquent" : épouses, maîtresses, enfants de tant de lits... Car "<em>mon homme</em>", pour utiliser l'expression de la courageuse Laeticia, a été particulièrement généreux dans certain domaine. Je subodore que les empoignades seront rudes, et que les avocats seront les premiers à tirer leurs épingles du jeu... Ainsi passe la gloire du monde, et notons que la disparition de Johnny a complètement éclipsé celle de Jean d'Ormesson, qui - par chance - est immortel !</p> <p><strong>Petit ajout, pour raison garder : la lettre d'un lecteur ardéchois du Dauphiné libéré, publiée le 23 décembre.</strong></p> <p><font size="-1"><strong>"Héros national !</strong><br /> La République est bonne fille : oublié le temps des funérailles nationales, les millions d'euro que Johnny a soustraits au fisc en allant les planquer dans les paradis fiscaux. On me rétorquera qu'il en a fait gagner beaucoup plus à la France. À qui ? Sinon d'abord aux maisons d'édition de disques, à ses impresarios, à la presse people ? Johnny brillait incontestablement sur la scène, beaucoup moins dans sa vie privée et publique, mais on lui pardonnait tout. Quand on aime...<br /> La cérémonie funèbre a rassemblé une foule immense de gens venus de tous les coins de l'hexagone et même de l'étranger, animés d'une ferveur et d'une émotion qui se respectent. En même temps, je ne peux m’empêcher d'exprimer une certaine méfiance devant cet unanimisme célébré par le président Macron : oublions tout ce qui fâche, tout ce qui divise, rassemblons-nous dans l'unité nationale. Il gagnera peut-être quelques points dans le prochain sondage. Merci Johnny !<br /> À plusieurs reprises, le rapprochement a été fait avec les funérailles grandioses de Victor Hugo : c'est pour le moins indécent ! À ce sujet, je souscris pleinement à ce qu'a écrit Gilles Debernardi [éditorialiste du <em>Dauphiné</em>] dans un de ses derniers billets. Victor Hugo a payé de presque 20 ans d'exil forcé à Jersey son opposition au coup d'état du futur Napoléon lll ("Le Petit", comme il l'appelait). Les Parisiens en masse ont honoré aussi celui qui était resté avec eux dans le Paris assiégé par les Prussiens, au lieu de se réfugier à Versailles avec Thiers, le futur massacreur de la Commune.<br /> Par ailleurs, la disparition d'autres "géants" de la chanson, comme Trénet, Brel, Brassens, Ferré, Ferrat... n'a jamais donné lieu à un hommage aussi démesuré : d'accord, certains d'entre eux ne le souhaitaient pas, mais tout de même !<br /> On aura compris que je ne suis pas un fan inconditionnel de Johnny et je m'attends à des réponses indignées. Néanmoins, cela n'empêche pas d'aimer certaines chansons écrites par des paroliers de talent et servies par des musiciens de haut niveau".</font></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2017/12/06/Ce-d%C3%A9sir-fou-de-vivre-une-autre-vie#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/886