Bloc-notes - Éducation 2019-09-22T04:25:06+02:00 SH urn:md5:d677b0537e74df749e032f6f00efdbb4 Dotclear Violences scolaires banalisées urn:md5:ec06a1af47336e4f548d22f1226ebd4e 2016-06-21T03:55:00+02:00 2016-12-09T21:14:09+01:00 S H Éducation <p>Comme tant d'autres, j'ai été horrifié par les tueries méthodiques, de sang froid, perpétrées à Mantes-la-Jolie, la mal-nommée, par un Sidi Padamalgam. Et comment rendre compte de mon sentiment lorsque j'ai constaté que des associations musulmanes avaient pris l'initiative d'une "marche blanche", et qu'à la tête de leur cortège plastronnait une femme ayant revêtu le niqab, tenue islamique interdite en France ?<br /> <br /> En manière de protestation, je crois de mon devoir de mettre en ligne deux textes possédant une certaine ancienneté, et dont on ne verra peut-être pas le rapport immédiat avec ce qui précède. Mais tant pis.</p> <p>Le premier, publié dans <em>Le Monde</em> mi-juillet 2000 au Courrier des lecteurs, est la réflexion d'une "écrivaine" connue (disparue en avril 2013). Sous le titre ajouté par la rédaction, "Il pleut", cette personne écrivait : "<em>S'il pleut et qu'un lepéniste mal dégrossi nous le dise, cesse-t-il pour autant de pleuvoir ? Si les mères-la-pudeur craignent l'effet d'un spectacle constitué par une succession de viols, tortures, assassinats, faut-il le déclarer inoffensif, voire salubre ? Si les auteurs, producteurs, diffuseurs dudit spectacle n'admettent d'autre censure que celle de leur conscience, la nôtre doit-elle s'incliner ? Peut-on se poser ces questions sans être soupçonné de révisionnisme ? Pensée unique et langue de bois ne sont plus hélas les monopoles de la morale judéo-chrétienne. Ceux qui la pourfendent ou la ridiculisent prétendent, eux aussi, nous clouer le bec</em>".<br /> <br /> Quant au second texte, il est dû à la plume d'un sale type de droite (la gauche ayant les mains propres, c'est bien connu) et a été publié dans "<em>Le Figaro Madame</em>" du 29 janvier 2000. Sous le titre "Le désastre éducatif", le journaliste Ivan Rioufol écrivait en effet : "<em>L'indifférence. La voilà, l'ultime responsable de la violence qui se répand dans les collèges et lycées. Inventaire d'une semaine ordinaire : un élève martyrisé à Longwy, une adolescente violée à Toulouse, des professeurs frappés à Roubaix, une surveillante agressée à Montpellier. Et le pire : un "sixième" jeté du haut d'un escalier par trois camarades, dans un collège de Mantes-la-Jolie. Par miracle, l'enfant a échappé à la mort. </em><br /> <em>Aujourd'hui, ces drames sont criés sur les toits, par des parents affolés et des enseignants humiliés. Seule manière de se faire entendre de pouvoirs publics incrédules. Certes, Claude Allègre, ministre de l'Éducation nationale, a répondu cette semaine par quelques mesures sensées, complétant un premier dispositif d'urgence. Ségolène Royal a ressorti ses mesures antiracket. Mais le réveil est poussif. </em><br /> <em>Il y a un an, "le Figaro" publiait le "Journal d'un prof de banlieue", document dans lequel un enseignant de LEP décrivait, pour la première fois, son désarroi face à des élèves éduqués dans l'égalitarisme et le sentiment d'impunité. "Il faut vraiment que je m'accroche pour faire un cours", notait-il au premier jour de la rentrée. Or la véracité de ce témoignage allait se heurter, à l'époque, à beaucoup de suspicion, au sein même de l'Éducation nationale. </em><br /> <em>Aujourd'hui, les récits entendus confirment, tous, le désastre éducatif. "On va en cours la peur au ventre ", avoue à "Libération" un enseignant d'un collège de Roubaix. "Les élèves font ce qu'ils veulent", reconnaît un professeur de Montpellier. Dans son collège, des parents excédés ont occupé les locaux jour et nuit, la semaine dernière. Leur revendication ? Des surveillants. Oui, l'Éducation nationale en est encore à mégoter des "pions". Elle néglige ouvertement l'encadrement des élèves, tandis que les enseignants n'ont plus les moyens d'exercer leur autorité. "Sur le plan de la discipline, nous serons inflexibles" avait voulu rassurer Claude Allègre, en juin 1997. Cependant, son ministère a toujours sous-évalué la violence. </em><br /> <em>Le monde éducatif, en effet, pèche par orgueil. Il oublie aisément la réalité immédiate pour se perdre dans des visions prétentieuses sur "l'accès à la citoyenneté", la "responsabilisation des élèves" et autres "projets d'excellence". Son jargon psycho-socio-éducatif reflète la virtualité de son univers. </em></p> <p><em>D'où il est, il ne voit rien venir. Voilà pourquoi parents et enseignants doivent hurler pour prévenir du danger. Bien sûr, l'Éducation nationale ne peut pas être tenue pour seule responsable de l'insécurité. Les violences télévisées et celles des jeux vidéo sont de véritables dangers potentiels. Certaines familles aussi. Mais il faut se rendre à l'évidence : l'école, trop souvent, s'avère incapable d'offrir à un élève une protection élémentaire. Devenue "lieu de vie", elle a ouvert ses portes à tous vents. </em><br /> <em>L'école doit redevenir modeste. Elle se berce de trop de projets ronflants sans se rendre compte qu'elle n'est plus comprise ni des élèves, ni des professeurs, ni des parents. Demain, ceux-là n'auront plus confiance en une institution si bavarde et distante. Une "révolution culturelle" reste à faire</em>".</p> <p> </p> <p> </p> <p><strong>&nbsp;[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]</strong></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2016/06/21/Violences-scolaires-banalis%C3%A9es#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/749 Belkacem ou la dictée-miracle urn:md5:9c724adf99e9330c60cb13cd4b1a76d0 2015-09-20T04:05:00+02:00 2016-12-08T18:51:43+01:00 S H Éducation <div class="citation"><em>"Cette attitude repose sur une véritable déroute de l'intelligence : négligence à s'informer, refus de chercher à comprendre, déni de toute logique" </em><span style="color: #000000;">(Paul Garde, in <em>Le Monde</em> du 18 août 1992, p. 4 [à propos de la situation en Bosnie]).</span></div> <p> </p> <p>Je lis avec stupeur amusée l'article que la Valaud-Belkacem (le moyen de l'appeler autrement ?) a donné au <em>Monde</em> (édition datée du 19 septembre) ; je dois d'abord dire que les textes écrits sur commande ne m'épatent pas&nbsp;: je suis du bâtiment. Tiens, elle est capable d'écrire un article ? Vous savez bien que non !</p> <p>Et vous savez aussi que la Droite, respectueuse des personnes, ne lui a jamais fait subir les affronts inouïs dont ont été victimes, de la part d'une gauche aussi "morale" que "plurielle", les Dati et autres Morano (pour ne pas parler de la dernière femme en date de Sarko).<br /> Mais je m'éloigne de mon sujet, qui est la solution de la dictée-miracle (Belkacem nous refait le coup de la tablette magique), sortie des oubliettes (déjà Fillon - entre autres ! - en 2004) par une ministre d'une nullité affligeante (Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche !!!), mais grande championne de la com' (<em>la communication, c'est la corruption,</em> me disait un Académicien - à propos de la Ligue contre le cancer, il est vrai. Mais ce jugement est valable dans tous les cas de figure).</p> <p>Et je préfère ne rien dire de sa double nationalité, état qui devrait interdire l'accès à toute fonction officielle "sensible" - ainsi, il nous aura fallu boire le calice hollandais jusqu'à la lie.</p> <p>Accessoirement, je contemple la photo de la belle Ministre flanquée du Président du Conseil supérieur des programmes - je vais me taire sur le sujet, gardons-nous, tant que nous vivrons, de juger des gens sur la mine.</p> <p>Donc, après la honteuse obligation de ré-écrire les programmes - avec retour du <em>récit national</em>, mais tout de même avec l'Islam au même niveau que la Chrétienté -, une bonne dose d'enfumage pour tenter de faire oublier les incroyables palinodies du printemps dernier.</p> <p>La dictée-miracle et autres fausses solutions viennent donc à point nommé "<em>pour évacuer les sujets qui fâchent, l'affaiblissement du latin, la fin des classes bilangues au collège...</em>" écrit une journaliste. Je n'en dis pas davantage ; aujourd'hui, je regarde avec quelque détachement ma France qui sombre, de tous côtés.</p> <p>Mais si l'affaire vous intéresse, je vous invite à lire (attentivement, je vous prie !) <a href="https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2015/09/20/paid/44-polemos/205-illusions-dictee.html">ce que j'écrivais sur le sujet</a>, il y a vingt-cinq ans, et davantage...</p> <p> </p> <p> </p> <p><strong>2015-09-20 04:50 [Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]</strong></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2015/09/20/Belkacem-ou-la-dict%C3%A9e-miracle#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/730 Le Royaume : aucun homme n'a parlé comme cet homme urn:md5:7b068094c28c3637afeb05c8c8dbd7d8 2015-08-09T05:25:00+02:00 2016-12-08T17:42:24+01:00 S H Éducation <p>Il faisait chaud, très chaud, ce samedi (et je suis ennemi de la clim', solution paresseuse autant que coûteuse - sinon dangereuse) ; et il faisait lent, très lent sur ma route, entre camions, voiturettes sans permis, et autres camping-cars.<br /> Pour tromper mon ennui, et parfois mon énervement, j'ai allumé la radio, et suis tombé sur <em>Répliques</em> (en fait, une rediffusion de septembre 2014). Bien m'en a pris.</p> <p>J'ai déjà eu l'occasion de dire combien l'intelligence et l'honnêteté intellectuelle de Finkielkraut me paraissaient vivifiantes pour l'esprit (quand ce type parle ou dialogue, on a l'impression d'être soi-même plus intelligent). Ainsi m'a été donnée une nouvelle occasion de vérifier cette assertion.<br /> Le responsable de l'émission avait donc invité l'écrivain Emmanuel Carrère. Et le sujet du jour n'était pas particulièrement folichon, puisqu'il s'agissait de dialoguer autour du dernier ouvrage de cet auteur (<em>Le Royaume</em>, chez Pol), retraçant la naissance du christianisme et de ses valeurs au Ier siècle, en s'attachant aux pas de Saint-Luc et de Saint-Paul, en liaison avec le propre parcours de l'auteur (en rupture avec le fervent christianisme de sa jeunesse, mais lavant à un moment les pieds de personnes handicapées !).<br /> Le point de départ était la question fondamentale : quel est le cœur du christianisme ? Est-ce la notion de Résurrection ? Carrère et Finkiel s'accordaient pour penser que c'était bien davantage le Sermon sur la Montagne, et son inversion totale des valeurs traditionnelles, ce que l'un des deux interlocuteurs nommait "<em>l'extrémisme moral du Christ</em>", après avoir rappelé ce qui est rapporté dans l'Évangile selon Saint-Jean (VII, 46), "<em>aucun homme n'a parlé comme cet homme</em>". De là, parce qu'on se trouvait en compagnie de gens de très grande culture, on est passé à Lévinas puis à Derrida : le passage peut ne pas paraître évident, et pourtant Derrida semble avoir repris, sans le savoir ou sans le vouloir, la philosophie chrétienne des valeurs : on ne peut pardonner qu'à son ennemi, l'hospitalité doit être pleine et entière, sans aucune exclusive, etc...</p> <p>Et Finkiel d'enchaîner à partir d'un exemple concret (automne 2014), celui d'un prêtre poursuivi pour avoir hébergé (entre beaucoup d'autres) des Congolais sans papiers. Il faisait alors référence à propos de cette attitude extrémiste, à la distinction opérée par Weber entre la morale de conviction et la morale de responsabilité, et ajoutait fort justement : "<em>ce n'est pas ce prêtre qui supportera les conséquences de l'hospitalité inconditionnelle</em>", tout en annonçant les suites évidentes, en réaction à l'extrémisme : "<em>on supprime les frontières et des murs se hérissent partout</em>", et en notant aussi que la morale de responsabilité ne se désintéressait nullement de la singularité des cas [Pour la petite histoire, rappelons que le dit prêtre stéphanois a été relaxé par la Justice…] ; et à cette injonction christique d'une inversion des valeurs, à cet extrémisme chrétien, créateur de catastrophes (comme le montre plaisamment certaine nouvelle de Marcel Aymé), à ces idées chrétiennes devenues folles (il serait bon à cet égard de rappeler à certains, et en particulier à l'hystérique Ibère qui nous dirige, que la France n'est pas une auberge espagnole), il opposait tout aussitôt le concept aristotélicien de <em>phronésis</em> (qu'il utilise souvent), tiré de <em>l'Éthique à Nicomaque</em> (que mon très regretté prof de Philo, Georges Noizet, nommait "La morale à Jules"…) qu'on peut traduire par tempérance, prudence, sagesse pratique. Bref, la parfaite raison fuit toute extrémité, comme disait l'autre.</p> <p>On en vint alors au plat de résistance, à partir de la conférence déjà ancienne (2006 - et qui m'avait échappé !) prononcée par Laurent Lafforgue ("<em>L'école victime de la confusion des ordres</em>"), qui n'est pas la moitié d'un con, car médaille Fields 2002 (l'équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques). Cet iconoclaste mathématicien, pour fustiger le désastre actuel de l'école, et son côté entièrement utilitariste, s'est permis de partir avec grand bonheur de Pascal et sa distinction des trois "ordres" (corps, esprit, charité). Pour en venir à dénoncer "le furieux égalitarisme scolaire" : "<em>Il faut que notre société comprenne et reconnaisse la distance infinie qui met l'ordre de l'esprit au-dessus des biens matériels. Cela signifie évidemment que, par l'entremise de ses instances politiques, elle établisse comme par le passé l'école en tant que lieu séparé et voué à la transmission des formes de la pensée aux nouvelles générations, qu'elle y envoie tous ses enfants pendant un certain nombre d'années où ils sont exempts de tout travail productif, et qu'elle y consacre une part importante de ses ressources sans en attendre de contrepartie immédiate. Elle doit veiller à ce que ces années soient réellement dédiées à l'étude, et donc attendre des maîtres qu'ils donnent aux élèves de solides nourritures intellectuelles et soient exigeants envers eux. Elle ne doit pas accepter que le contenu des enseignements soit dicté par des impératifs économiques à courte vue.</em><br /> <em>L'ordre des esprits auquel introduit l'école ne comprend pas seulement l'intelligence. Il englobe aussi la volonté et le caractère, et j'attends donc de l'école que, sans craindre de prodiguer des récompenses ni d'infliger des sanctions, elle entraîne les élèves à goûter le travail bien fait et la rigueur, à accepter et même à désirer que l'on soit exigeant envers eux, et à devenir de plus en plus responsables d'eux-mêmes. Dans la perspective de la vie active, le bagage sans doute le plus indispensable est l'habitude du travail, de la rigueur, de l'attention prêtée aux personnes et du soin accordé aux tâches et aux choses. Cela signifie que l'école ne doit jamais se transformer en une sympathique garderie qui amollirait la personnalité des élèves au lieu de l'affermir, mais qu'elle doit leur demander des efforts quotidiens. Cette accoutumance à l'effort, cet exercice de la volonté et du caractère sont plus précieux qu'aucune formation spécifique prétendument adaptée aux besoins, et rapidement caduque.</em> […]<em> L'école ne peut pas accepter sans se détruire elle-même de continuer à prendre en charge des élèves qui ne voudraient plus étudier. Elle doit veiller en priorité à ce que les maîtres puissent enseigner dans de bonnes conditions, et que les élèves qui veulent étudier ne soient pas perturbés par certains de leurs camarades ou par aucune cause extérieure</em>".<br /> <br /> Enfin, quelqu'un, et de première grandeur, qui ose mettre résolument les pieds dans le plat ! Et de terminer en dénonçant "<em>l'assistanat indéfini et la logorrhée des médias</em>" !</p> <p>Finkielkraut s'engouffrait dans cette brèche : selon lui, le monde est livré en pâture à des idées chrétiennes mal comprises et devenues folles, et l'abolition de toute notation, c'est l'ordre de la charité (on ne doit faire de la peine à personne) bousculant l'ordre de l'esprit et abolissant le premier principe républicain au nom de "les premiers seront les derniers", annonce christique, pourrait-on ajouter renvoyant au Royaume céleste, et non aux affaires terrestres ! Finkiel concluait : "<em>la gauche au pouvoir détruit l'école et cela m'épouvante et me terrifie</em>". Il fallait que ces choses fussent dites, et avec quel talent !</p> <p>Mais qu'elles soient entendues est une autre paire de manches. Tout dans notre société tend à se mouvoir selon la loi du moindre effort, et Finkiel en proposait une illustration fort inattendue : la méfiance généralisée à l''égard de Ratzinger, pour ne pas parler de détestation (et pourtant quelle admirable leçon que le discours de Ratisbonne !) versus l'actuelle adulation de François.</p> <p>Quels que soient les sentiments, et parfois les convictions de ceux qui, imitant les "cathos de gauche," défendent systématiquement les faibles, les opprimés, ou les sans-papiers, obéissant à l'injonction christique d'une inversion des valeurs, il faut le reconnaître, et Carrère s'y employa courageusement : une société chrétienne ne peut pas marcher, s'il est bon que certaines idées chrétiennes infusent dans la société.<br /> <br /> Au vrai, je tiens Finkielkraut pour un extraordinaire éveilleur des consciences, et je songe à ce passage d'anciennes instructions sur l'éveil : "<em>comprendre le monde, pour y conduire sa vie de façon plus judicieuse et plus responsable</em>".</p> <p> </p> <p> </p> <p><strong>[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]</strong></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2015/08/09/Le-Royaume-%3A-aucun-homme-n-a-parl%C3%A9-comme-cet-homme#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/726 Flânerie dans Stanford urn:md5:d23165541c0fa2c3eff931120669482f 2015-06-05T19:03:00+02:00 2016-12-08T16:08:50+01:00 S H Éducation <p>Voici deux ans à pareille époque, j'avais eu l'occasion de parcourir, mais bien rapidement, une modeste partie de l'immense campus - il s'étend sur des kilomètres carrés, et ses nombreuses friches pourraient, à n'en pas douter, abriter le tournage de westerns attardés - dénommé Stanford, pépinière de l'élite en herbe de l'Amérique future. C'était, je me souviens, sous la houlette d'un étudiant du lieu, qui promena une heure durant le petit groupe auquel j'appartenais tout en marchant à reculons (j'ignore s'il était du parti gay) et en nous fournissant les explications les plus convaincantes sur le bonheur de vivre en ce lieu (à condition, cela va de soi, d'avoir des parents au portefeuille bien garni).</p> <p>Je suis retourné sur le campus, hier après-midi, mais dans un but bien précis : faire la connaissance de la "Green Library", la bibliothèque la plus importante du campus - qui en compte 25, sauf erreur (!) - on voit par là combien la France a bien tort de se soulever sur ses piètres ergots, lorsqu'elle croit pouvoir tenir la dragée haute à l'Obamaland.</p> <p>Bref, les débonnaires (mais sérieuses) formalités d'entrée exécutées, toute l'après-midi fut à moi pour explorer les ressources infinies de ce monstre de cinq étages, au sein duquel règne l'atmosphère la plus feutrée qui soit (les étudiants y étudient, c'est tout de même incroyable pour qui a le souvenir de vastes salles de lecture françaises, largement peuplées d'une faune souvent rétive au savon, mais nullement avare de discussions à voix haute, et parfois accompagnée d'animaux dits de compagnie (!) aussi hirsutes que leurs propriétaires. Mais revenons à Stanford.</p> <p>J'étais venu dans l'intention de retrouver un article de la <em>Revue française de sociologie</em>, et je me mis bêtement, dans ce but, à parcourir des kilomètres de rayonnages, enhardi par le fait que, çà et là, il m'arrivait de tomber sur des collections françaises - noyées au milieu de centaines d'autres, appartenant à toutes les langues, ou presque, écrites sur le globe. Mais voilà, <em>la cambo mé fa maü</em>, comme dit la Pastorale Maurel ; et n'ayant pas de cheval à ma disposition pour me reposer et poursuivre ma quête, je me suis sagement rapproché de l'Administration - efficace et souriante ; la jeune femme, auprès de qui je formule ma demande, m'informe que le document papier est malheureusement rangé dans un autre silo, à l'écart de la bibliothèque, et qu'il faudrait un ou deux jours pour le faire venir jusqu'à Green ; en revanche, m'apprend-elle, vous pouvez accéder à la même ressource, en ligne. Et elle me dirige vers un ordinateur de l'incroyable parc informatique à disposition (que des Apple, hélas) : sans retard, ma quête a pu aboutir.</p> <p>Ayant ensuite fréquenté les lieux, étincelants de propreté (encore une leçon faite aux Frenchies), et dont chaque case était aussi imposante que deux chambres contiguës de Formule 1 de chez Accor (!), me voici à me baguenauder dans les salles, évitant les tablées studieuses. Justement, un peu à l'écart j'aperçois çà et là des puzzles - terminés ou en cours - placés sur des banques. Des panneaux explicatifs viennent à ma rescousse : "<em>Profitez des puzzles que nous avons mis à votre disposition</em>" - aimable invitation qui est, je le constate, largement suivie d'effet ! Et je n'ose imaginer ce que serait rapidement devenu, chez nous, semblable appel à se détendre !</p> <p>Et maintenant devant moi, les véritables murs d'usuels, parmi lesquels l'incroyable présentoir portant une centaine de revues, ce qui me permet, sans l'avoir souhaité, de tout savoir sur la dénommée Julie Gayet et le "frère" Valls (<em>aco m'aggrado</em>, comme on dit par antiphrase en provençal)... Plus loin, après avoir noté la présence des nombreux tomes d'un fort commode Index annuel du <em>Monde</em> (je n'en avais jamais entendu parler !), mon regard erre le long de collections purement françaises. Il y a là les 44 tomes du <em>Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français</em>, vulgairement nommé "Le Maitron", du nom de son infatigable concepteur. Plus loin encore, l'indispensable <em>Nouveau dictionnaire étymologique du français</em>, de J. Picoche, coincé entre l'imposant Wartbuch et un ouvrage de Bernard Pivot ("<em>Dico des noms propres devenus noms communs</em>"), ce dernier flirtant avec le <em>Dictionnaire historique de la langue française</em>, de chez Le Robert.</p> <p>Enfin, je m'intéresse à une large part du rayonnage d'histoire consacré à la "Second World War". Un peu au hasard, j'ouvre "<em>A biographical Dictionary of World War II</em>", d'un certain Christopher Tunney (pour moi inconnu au bataillon) ; je m'y attarde sur le long article consacré au Général, panégyrique serait peut-être un terme davantage approprié, surtout si l'on se souvient de la bête noire, tenue à l'écart, que fut De Gaulle pour les Alliés (Roosevelt, au premier chef) durant la période 40-44 (sinon au-delà). On y rappelle que De Gaulle, bien avant 40, avait avec vigueur tenté de faire partager ses idées au sujet d'une armée de métier, du développement d'une force blindée complétée par une force aérienne, s'opposant par là aux conceptions statiques d'alors (ligne Maginot). Allusion est faite à son commandement, au sein de la Ve Armée, d'une brigade blindée, justement, qui s'illustra en Alsace. Le long exil londonien est résumé, et l'opposition Giraud-De Gaulle n'est pas occultée, non plus que la forte réticence des Alliés à associer le chef de la France libre à leurs marchandages (le camouflet de l'absence de De Gaulle à Yalta comme à Potsdam)&nbsp;; en quelque sorte, ceci est compensé par l'apothéose du 25 août.<br /> <span style="font-size: 10pt;">[Cf. "<em>Et un magnificat pour conclure la cérémonie</em> (l'enterrement du général de Gaulle). <em>Le même magnificat qui avait été chanté à pleins poumons le 25 août 1944 pour célébrer, dans cette même Notre-Dame, la libération de Paris</em>". In Éric Zemmour, <em>Le suicide français</em>, p. 19]</span><br /> L'article ne cèle pas la faute que constitue le début de la "catastrophique guerre de huit ans" en Indochine, récemment libérée du joug japonais ; et s'achève sur une opinion de Churchill, selon qui De Gaulle "<em>se battit pour sa patrie avec constance et courage... Ainsi, même lorsqu'il avait tort, il paraissait exprimer la personnalité de la France, une grande nation, avec sa fierté, son autorité et son ambition</em>". Fermez le ban.</p> <p>Dehors, on aurait pu s'attendre à de vastes parkings bourrés de belles américaines : sur la vaste esplanade, il n'y avait pourtant que des nuées de modestes vélos. Non cadenassés. That's America...</p> <p> </p> <p><strong>[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]</strong></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2015/06/05/Fl%C3%A2nerie-dans-Stanford#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/721 Raymond T., Inspecteur général urn:md5:a2bd9a3c66c648572b8be9d3b81bc851 2015-03-12T04:20:00+01:00 2016-12-08T08:25:20+01:00 S H Éducation Le carnet nécrologique du <em>Monde</em>, en date du 11 mars, m'apprend la disparition de l'Inspecteur général (honoraire) Raymond Toraille. Et la flamme de mes lointains souvenirs s'anime, tandis que ce patronyme ne dira rien aux moins de cinquante ans, même au sein de la sphère éducative. <p>Toraille, c'était d'abord une série de manuels d'apprentissage de la langue française qui se nommait d'ailleurs "<em>À la conquête de notre langue</em>" et qui, couvrant toute l'école élémentaire à partir du CE1 (il y avait aussi quelque chose pour le CP), avait pour auteurs, autour du "couple" Toraille-Ehrhard, divers autres enseignants (Bouteiller, Barthélémy, etc.).</p> <p>Cette célèbre collection faisait la gloire - et les beaux jours - de la librairie Istra (15, rue des Juifs, à Strasbourg - comme son nom l'indiquait) aujourd'hui plus ou moins disparue, en tout cas passée sous la coupe d'Hachette. Il existait même un pendant pour le premier cycle du second degré, la Collection "<em>Coppey-Toraille</em>"...</p> <p>C'était aussi un estimable vade-mecum de pédagogie, très prisé des enseignants débutants, intitulé "<em>Psycho-pédagogie pratique</em>" (R. Toraille - G. Villars - J. Ehrhard).</p> <p>C'était enfin un manuel destiné aux Inspecteurs primaires, "<em>L'Animation pédagogique aujourd'hui</em>". Aujourd'hui, c'est-à-dire après mai 68, car il n'était plus question alors d'enseigner les maîtres, mais dorénavant de les "animer" - on recueille depuis pas mal de temps les beaux fruits de cette démagogie éthérée. Mais voici que je m'égare...</p> <p><br /> Raymond Toraille donc, j'ai fait sa connaissance lors d'un Congrès de l'École moderne. C'était le congrès suivant le décès de Freinet (début octobre 66), c'était donc à Pâques 67. Et c'était à Tours. Dans mon souvenir de jeune homme, il s'agissait d'un barbon : ce responsable, pourtant, n'était alors âgé que d'environ 45 ans, par conséquent il se trouvait dans la force de l'âge. Inspecteur général, il présidait aux destinées de l'O.C.C.E. : il était venu, à ce titre, apporter aux congressistes Freinet les condoléances de l’Office central de la coopération à l’école.</p> <p>Ici, je me dois d'ouvrir une brève parenthèse, pour signaler qu'il y a évidente filiation (peut-être oubliée, voire niée) de la Coopération à l'école aux techniques Freinet. Barthélémy Profit fut l'inventeur des coopératives scolaires ; c'était un citoyen de Corrèze (qui, donc, ne produit pas que des glands), de la génération précédant celle de Freinet, lequel s'est souvent référé à son aîné. Mais voilà, le Corrézien était aussi Inspecteur primaire, et les IP ne sont pas en odeur de sainteté parmi les freinétistes, depuis certain bulletin d'inspection concernant le jeune Célestin (mais je m'égare encore).</p> <p>Alors, à peine Toraille avait-il commencé à s'exprimer, qu'une clameur, d'abord étouffée, s'éleva de la salle en direction de l'orateur ; elle enfla <em>crescendo </em>jusqu'aux limites du supportable, et je ne puis offrir que deux points de comparaison, l'un littéraire, le poème fameux de Victor Hugo, consacré aux <em>Djinns</em>, et l'autre vécu dans ce même amphithéâtre où le dernier gland (en date) de Corrèze a tenu le crachoir le 21 janvier dernier.</p> <p>Mais là - il y a bien longtemps -, il s'agissait du ministre Jospin, venu délivrer tout le mépris qu'il portait à son auditoire de responsables pédagogiques et administratifs, et il fut vraiment content du voyage, l'ancien trotskyste au menton mussolinien (et futur "sage" du Conseil Constitutionnel !), car il apprit ce matin-là ce qu'était une bronca, mieux encore un incroyable tollé, qu'il n'avait nullement volé !</p> <p>Bref, c'est précisément un "accueil" de ce type qui fut réservé, en ce jour d'avril 1967, à Raymond Toraille, bientôt empêché de parler par une salle qui me fit honte, car je la pensais moins truffée d'énergumènes qu'une population ordinaire.</p> <p>Surtout que, invité depuis plusieurs années par Freinet soi-même à venir participer aux Journées de Vence, je pensais naïvement que le gratin au sein duquel il m'avait été permis d'œuvrer (les Lallemand, les Beaugrand, les Le Bohec et autres Béruard) était représentatif de l'ensemble des adeptes.</p> <p>Mais bientôt, le déferlement de 68 allait me prouver que nombre de fainéants, d'incapables et même de sales cons, étaient venus grossir le Mouvement, pensant qu'il s'agissait d'une pétaudière anarchisante - tout le contraire de l'enseignement de Freinet.<br /> Donc, Toraille eut la voix couverte par un incroyable charivari, qui en dit long sur le public qui l'interrompait par ses sifflets.<br /> Cette lamentable histoire est bien oubliée, et la voix de Toraille s'est tue, à jamais.</p> <p>Mais je me souviens, et je parle de lui. Pour lui.</p> <p> </p> <p><strong>[Mon blog redémarre, là où je l'avais abandonné. Et j'y injecte peu à peu mes pages "Actualité", rédigées depuis ce pathétique 7 mai 2012. L'explication de ce revirement est à trouver à la date du 1er décembre 2016, 20:20]</strong></p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2015/03/12/Raymond-T.%2C-Inspecteur-g%C3%A9n%C3%A9ral#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/716