Bloc-notes 2019-04-23T18:12:29+02:00 SH urn:md5:d677b0537e74df749e032f6f00efdbb4 Dotclear D'un philopède et de ses zélateurs urn:md5:a29cd71df8980e5d950ed5afdba5c893 2019-02-11T10:27:00+01:00 2019-02-17T06:48:54+01:00 S H Pipoles <p>Les hasards d'une vente de livres "déclassés", d'une bibliothèque municipale, me rendirent maître et possesseur du premier tome du <em>Journal </em>de Gabriel Matzneff (années 1953-1962. Sauf erreur, l'auteur a publié au moins treize volumes de son Journal...). Et si j'utilise le passé simple du mode Indicatif, c'est pour marquer le long intervalle de temps qui s'est écoulé entre cet achat et sa lecture. Que dirai-je de cette lecture, dès l'abord ? Essentiellement ma honte teintée d'horreur.</p> <p>Certes, ce jeune homme (il avait vingt-six ans lorsque s'achève ce premier tome) nous dévoile sa passion pour l'Antiquité et sa connaissance fine des langues dites mortes : ce qui d'ailleurs nous vaudra le passionnant récit d'une amitié orageuse avec Montherlant - et, sauf erreur de ma part, c'est bien Matzneff que Montherlant chargea d'aller répandre, après son suicide, ses cendres sur l'antique Forum romain. Il nous rapporte aussi, étant issu du milieu "russe-blanc", ses nombreuses rencontres dans les milieux orthodoxes de la capitale. Mais l'essentiel de son récit (et nous n'en sommes qu'au tome 1 - "<em>Cette camisole de flammes</em>" - d'un <em>Journal </em>qui comprendra tant de volumes !) porte sur son "obsession des moins de seize ans" - entendez par là sa chasse aux gamins (parfois aux gamines) pour les motifs que l'on devine. Comment ne pas comprendre, ainsi, que dans l'Algérie française finissante, le "philopède", comme il s'intitule (car il connaît les racines grecques !) traînait derrière lui toute une cohorte de petits yaouleds attirés par des espèces sonnantes et trébuchantes ? Gide avait agi de même, quelque soixante ans plus tôt, du côté de la Tunisie... Mais du moins, l'auteur des <em>Nourritures terrestres</em> avait-il été relativement discret - ce qui n'est pas, j'en conviens, une circonstance atténuante. Au lieu que le démon Gabriel se vante de ses multiples bonnes fortunes - et n'y a-t-il pas eu, à Alger, un juge assez naïf pour lui permettre de partager la même couche que son enfant unique ? Étonnons-nous que cet auteur peste au passage contre les parents qui surveillent leur progéniture de trop près... Ce qui m'a sidéré - si j'étais grossier, je dirais "j'en ai été sur le cul", ce qui irait parfaitement dans le contexte matznéffien - c'est que nombre de ses victimes (car il s'agit bien de victimes, n'est-ce pas ?) entretenaient ensuite une correspondance avec le sodomite, dont il nous délivre avec gourmandise les "bonnes feuilles". Il n'est pas jusqu'à cette jeune collégienne de Macon - il n'a pas pu arriver complètement à ses fins avec elle, d'ailleurs - qui par la suite lui écrit des choses tendres... Et dire que le loustic se permet des remarques méprisantes sur certaines de ses éphémères conquêtes... Je n'ose parler du complexe de Stockholm, et pourtant.</p> <p>En définitive, il s'agit là d'une sorte de Fourniret avant la lettre - sans les crimes, certes - mais comme lui obsédé par la virginité, un Fourniret gosse de riches, pourvu d'une "bourse" fort importante, qui donc peut demeurer oisif et se consacrer toutes affaires cessantes (hors ses séjours en hôpital psychiatrique) à l'assouvissement de ses penchants - ses études désintéressées et ses sordides chasses intéressées. Et ce qui continue à me poser question (qu'on ne m'allègue point que c'est à cause du vent, qui a tourné), c'est que cet odieux personnage n'ait jamais été inquiété par la Justice (si, brièvement, dans l'affaire dite du Coral), ou qu'aucun père de famille ne soit venu lui régler son compte ; cependant que la dite Justice exhume des affaires vieilles de trente ans et plus, pour apposer le sceau de l'infamie sur des petits curés et leurs supérieurs hiérarchiques (certes, ce n'est pas immérité, au contraire). Selon que vous serez puissant ou misérable...<br /> Mais voilà que, le hasard faisant en la circonstance bien les choses, j'ai aussi eu en main un ouvrage de la dénommée Denise Bombardier (<em>Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde</em>, paru en 2000 chez Albin Michel), ouvrage n'ayant de prime abord aucun rapport avec la pédophilie. Cette écrivain(e) canadienne nous rapporte un vif incident ayant pris place au cours de l'émission-phare de Bernard Pivot, le 2 mars 1990 ; il me plaît de le rapporter ci-après en entier :</p> <p> </p> <p><span style="font-size: 80%;">"Les <em>parisianistes </em>vivent en autarcie intellectuelle, sociale, politique, morale voire culi­naire. Et tout est affaire de timing [Qu'on me pardonne ce mot anglais qui fait chic dans leur bouche]. On doit lire tel livre, voir tel film, boire tel vin, fré­quenter tel restaurant, assister à tel spectacle au bon moment. Un mois plus tôt, six semaines plus tard, et cela devient plouc ou dépassé. Le parisianisme, à la manière des produits de consommation, est une denrée périssable mais, contrairement aux produits soumis aux impératifs physico-chimiques, ses pratiques relèvent plutôt de critères mystérieux voire ésotériques. Qui décide que Johnny Hallyday est in et Alain Delon off, que lire <em>Les lnrocks</em> est "classe", <em>L'Équipe </em>un "must", <em>Libération </em>incontournable, <em>Le Figaro </em>impérativement contournable, que Bernard Pivot est "has been" mais Jack Lang "hot" et que le dévoilement de la vie triangulaire de Sollers, Rolin et Kristeva fait chic et celle des Tartempion dans un de ces reality-shows télévisuels est un signe d'indigence sociale, voire d'aliénation. </span></p> <p><span style="font-size: 80%;">À New York, le succès seul détermine l'appartenance au new-yorkisme, "If you can make it there, you'll make it anywhere", chante Sinatra dans <em>New York, New York </em>["<em>Si vous réussissez là, vous réussirez n'importe où</em>"]. À Paris, la réussite ne garantit pas obligatoirement l'entrée dans la tribu parisienne. Il faut également penser du bon côté, aimer les icônes culturelles marquées du nihil obstat du clan auquel on s'identifie et cela en étant solidaires de spectacles qu'on a trouvés nuls, de livres qui nous tombent des mains, de chanteurs qu'on n'a jamais écoutés. Et s'impose la pratique du cynisme et de la dérision pour déstabiliser l'interlocuteur afin de discriminer les benêts des futés, lesquels sont introduits dès lors dans la "famille". D'ailleurs, que l'on croie ou non à l'institution familiale, on aime à parler de "famille de pensée". </span></p> <p><span style="font-size: 80%;">L'on me permettra ici de revenir sur une tempête médiatique que j'ai déclenchée il y a quelques années et qui m'a permis de démonter la mécanique <em>parisianiste</em>. Au cours d'un passage à "Apostrophes", à l'occasion de la sortie d'un de mes romans, j'ai, c'est le cas de le dire, apostrophé Gabriel Matzneff, pédophile et orthodoxe pratiquant (à l'époque) invité pour venir discourir sur son·<em>Journal</em>. Dans l'ouvrage, qui précisons-le n'est pas un roman, l'auteur racontait, au fil des pages, ses passionnantes activités parisiennes dont la sodomisation de jeunes garçons et filles (15-16 ans), victimes consentantes et flattées des attentions matzneffiennes. La lecture de ce livre m'avait révoltée et j'avais décidé d'affronter ce personnage qui utilisait sa notoriété douteuse afin d'attirer les enfants dans ses rets. Prévenue par mon éditeur du tort que risquait de subir mon livre en provoquant un esclandre face à ce pur (si l'épithète s'applique) produit branché du parisianisme littéraire, je me préparai mentalement à assumer les retombées éventuelles mais sans y croire vraiment. Car, dans ma naïveté, j'étais convaincue que cet étalage "pédophilique" (on dit bien médiatique) n'allait pas trouver de défenseur hormis les pédophiles eux­-mêmes, lesquels se réjouiraient en silence. Quelle erreur de jugement de ma part !</span></p> <p><span style="font-size: 80%;">Les "amis" de Matzneff montèrent aux barricades. Dans <em>Le Monde</em>, Josyane Savigneau (de la part d'une femme, cela me stupéfia) se commit d'un long papier à la défense de Matzneff, coiffé du titre "L'homme qui aime l'amour". Philippe Sollers, à la télévision, me traita de mégère et de mal baisée. Dans <em>Libération</em>, Jacques Lanzmann me descendit en flammes et le roman par la même occasion, en reprenant les arguments étoffés de son camarade ex-maoïste. Il termina sa "critique" en me conseillant de retourner sur mes banquises. Autrement dit, il m'invitait à me congeler le cul faute de l'utiliser. </span></p> <p><span style="font-size: 80%;">Je considérai d'abord que l'expression "mal baisée" constituait un affront aux hommes québécois, particulièrement ceux qui ont traversé ma vie amoureuse mais la violence des propos publics des amis de Matzneff, leur propre indécence et, je dirais, l'immunité dont ils bénéficiaient au sein de leur mouvance gaucho-décado-littéraire en disaient long sur leur réseau parisien. Je doute que la plupart ait pris la peine de lire l'ouvrage en question. Leur défense procédait d'une réaction classique d'autant plus exacerbée qu'il s'agissait de ma part, à leurs yeux, d'entraver la libre expression de la sexualité. </span></p> <p><span style="font-size: 80%;">Quelques jours plus tard, le président Mitterrand me reçut à l'Élysée. Je savais que l'ouvrage de Matzneff avait gêné la Présidence. En effet, dans ce même journal, l'écrivain racontait un déjeuner à l'Élysée auquel il avait été invité et citait François Mitterrand qui lui aurait déclaré alors : "Cher Matzneff, continuez votre bon travail". Or, comme ce dernier nous avait décrit avec forces détails ses prouesses de séducteur sodomiste la veille du repas élyséen avec une "petite oie" de quinze ans et demi du lycée Henri IV, le lecteur ne savait plus si les félicitations présidentielles étaient applicables à l'œuvre littéraire de l'auteur ou à ses ébats sexuels. Bref, le président était embêté et il voulait le faire savoir. "Alors, ce Matzneff, vous l'avez malmené, me dit-il avec un sourire entendu. Il est vrai, enchaîna-t-il, que je lui ai jadis reconnu quelque talent et une certaine culture. Malheureusement (sa voix se fit théâtrale), il a sombré dans la pédophilie... et la religion orthodoxe ! - Dans mon pays, il serait mis en prison, Monsieur le président, ajoutai-je. - Ah ! fit-il en balayant l'air de son bras, vous les connaissez comme moi ces intellectuels parisiens. Ils sont si obsédés de paraître libéraux, surtout en ces matières si délicates, qu'ils errent". Puis, il changea de sujet de conversation, "Comment vont vos amis de droite ?" me demanda-t-il, l'air de dire : "Parlons de choses sérieuses"…</span></p> <p> </p> <p>Ainsi, la pédophilie n'était pas une affaire sérieuse, aux yeux du chef de l'État. Passons avant de passer à la suite, et mentionnons une réaction dont notre Denise québécoise ne souffle mot (mais en avait-elle eu connaissance ?) : elle subit aussi les foudres sarcastiques de l'immonde Christine Angot !<br /> Ainsi, l'incident <em>Apostrophes </em>et ses suites nous permet opportunément de ranimer la flamme de nos souvenirs. Ce que Denise Bombardier nomme le "parisianisme", c'est à la vérité la toute puissante "gauchosphère" germanopratine et ses tristes zélateurs. Il s'agit de cette engeance qui possède des relais tellement puissants dans les milieux intellectuels et médiatiques, et qui, sur le point qui nous occupe, a toujours défendu des idées bien arrêtées. C'est ainsi que<em> Le Monde</em> (où l'on s'ennuie) a donné la parole à la gauchosphère le 26 janvier 1977, jour de la publication d'une "lettre ouverte" aux Parlementaires pour défendre les actes d'odieux pédophiles versaillais au nom de la libre jouissance, lorsque le "consentement" (!) des enfants était acquis. Et parmi les soixante signataires de ce torche-cul, on ne s'étonnera pas de relever les noms de Jack Lang, de Jean-Paul Sartre, de Bernard Kouchner, de Catherine Millet,&nbsp; de Jean-Louis Bory, de Jean-Luc Henning, de Patrice Chéreau, de&nbsp; Roland Barthes et, naturellement, de Gabriel Matzneff (qui, sauf erreur, était à l'origine du papier)... Naturellement, <em>Libé </em>emboitait le pas de son confrère, pour promouvoir en mai de la même année la constitution du <em>Front de libération des pédophiles</em>... J'ajoute que nombre de ces signataires avaient aussi vivement applaudi aux délires fascistes du <em>Grand Timonnier</em>, n'oubliant pas au passage de cracher sur tout ce qui était compte-rendu objectif de la situation chinoise (Simon Leys, <em>Les habits neufs du président Mao</em>) ; puis, toute honte bue lorsque la vérité ne put davantage être celée, rentrèrent dans le rang comme si de rien n'était et continuèrent à pérorer. Ces infects personnages <em>n'ont pas de figure</em>, selon la savoureuse expression méridionale. Mais ils disposent d'un incroyable pouvoir, dont ils savent user à discrétion pour nous contraindre à <em>penser du bon côté</em>.<br /> Ajoutons au passage que les mêmes, du moins ceux qui parmi eux sont encore de ce monde, ont pris position pour le mariage homosexuel, l’homoparentalité, la PMA pour toutes, bref, pour le dynamitage de la famille traditionnelle et l'effacement des pères. Tout un programme.</p> <p>Que j'espère n'être pas le seul à qualifier d'infâme.</p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2019/02/11/D-un-philop%C3%A8de-et-de-ses-z%C3%A9lateurs#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/894 D'un facteur prénommé Ferdinand urn:md5:e1c0753dc3005cebca591a8cd64f9ac8 2019-01-30T17:17:00+01:00 2019-01-30T19:04:52+01:00 S H Arts et Spectacles <p style="text-align: justify;">Ainsi donc Nils Tavernier, après <em>De toutes nos forces</em>, nous donne à voir "<em>L'Incroyable Histoire du facteur Cheval</em>". Nils est le fils de l'immense Bertrand Tavernier (dont, si on ne doit retenir qu'un film, ce sera "<em>La vie et rien d'autre</em>" ; et si on peut en choisir un second, alors on ira vers "<em>Dans la brume électrique</em>") : bon sang ne saurait mentir, et c'est le cas.</p> <p>Tant il est vrai que cette incroyable histoire est assez magnifiquement traitée, avec une sacrée belle photographie (et de sublimes vues sur les reliefs sédimentaires), et deux acteurs qui valent le détour - surtout l'homme, bien entendu (pourquoi bien entendu ? Mais parce que j'entends bien, voilà tout). Pardonnez-moi, mais Gamblin est littéralement habité par son personnage, et vieillit au fur et à mesure que le temps et l'édification de son palais s'avancent ; tout au contraire de Laetitia, qui garde jusqu'à son dernier souffle son immense beauté et ses seins généreux - il est vrai qu'elle a vingt ans de moins que son partenaire - alors que l'écart réel, entre le couple dont on nous conte l'histoire, n'était que de deux années.<br /> Au fait, en lisant le générique de fin, comme tout un chacun, j'ai appris que cette actrice était toujours demoiselle après une solide série d'aventures sexuelles - ce qui, d'ailleurs, n'a rien d'étonnant ni de détonnant dans ce milieu -&nbsp; et même, je crois une maternité. Dont acte. Ce qui m'amène, parce que j'ai mauvais esprit j'en conviens, à revenir sur le passé de celle qu'on nommait jadis "la jeune starlette corse" Laetitia Casta, qui fut choisie - à cause de ses formes généreuses, j'y reviens - pour incarner le symbole de la République : le buste de Marianne. Aussitôt fait, elle se fit domicilier de l'autre côté de la Manche, non pas parce que le climat brumeux des îles britanniques convenait particulièrement à son teint délicat, mais pour échapper à l'impôt - et là aussi, ce qui n'a, hélas, rien d'étonnant ni de détonnant dans ce milieu. Elle fut jugée sévèrement, du moins par certains ; ainsi du sénateur Delevoye (celui-là même qui, en ce moment même, est chargé de se pencher sur la quadrature du cercle, en tant que haut-commissaire à la réforme des retraites) qui avait dénoncé une "absence de patriotisme fiscal" chez la jeune femme. Toutes ces péripéties peu ragoûtantes ont été bien oubliées... mais je me souviens que la gôche-caviar bien-pensante lui trouvait toutes les excuses du monde, réservant ses sarcasmes et ses imprécations à Seillières, alors patron des patrons, qui gagnait trois fois moins que la starlette, et payait, lui, ses (lourds) impôts en France...<br /> Donc, pour en revenir au film, voici un Jacques Gamblin qui irradie le film de la plus formidable présence du plus timide bourru et taiseux qui soit (tiens, petit détail croustillant, il "perd" très provisoirement sa mouche peu après le début, dans une courte séquence qui aura échappé au réalisateur...) et qui, en dépit de nombreuses ellipses (ou peut-être à cause d'elles) est de plus en plus proche du facteur possédé par son œuvre. À telle enseigne que lorsque son épouse mourante lui confie : "tu m'as rendue très heureuse", on a beaucoup de peine à la croire... Ou alors, c'est que dans la vie réelle, elle n'avait guère été gâtée par son premier mari, le défunt Pupat.</p> <p>Quoi qu'il en soit, notre Philomène, qui était veuve depuis trois ans (le futur l'était depuis cinq) lors de la seconde union ("le 28 septembre 1878 à neuf heures du matin"), si elle ne savait ni lire ni signer, n'avait pas perdu le nord (à preuve, le contrat de mariage, car elle apportait du bien, même modeste, dans la corbeille) et avait sans doute souhaité protéger ses arrières...</p> <p>Et je ne peux mieux achever ce billet qu'en donnant à lire un long extrait d'un article paru voici près de soixante ans, dans le seul but de suggérer aux lecteurs la visite de cet "incroyable Palais"...</p> <p> </p> <p><span style="font-size: 80%;">"Dix kilomètres après la sortie de Beaurepaire, la Nationale 538, qui va de Vienne, à Romans-sur-Isère, traverse comme par mégarde une localité nommée Hauterives. Rien ne distingue, à première vue, cette bourgade sans apprêt, arrosée par la Galaure et dont le dictionnaire dit laconiquement : Commune de la Drôme, 1 600 habitants, Papeterie.<br /> Hauterives mérite mieux que ce dédain, car l'ange du bizarre, comme dans le conte de Poe, y guette le voyageur. Il a même laissé sa carte de visite çà et là dans le village : quelques grossiers panneaux de bois portant ces mots inattendus : "Palais&nbsp; idéal, Suivez les flèches".<br /> Suivons donc, nouveau Thésée, ce vague fil d'Ariane, poussons la petite barrière qui s'ouvre entre deux glycines : nous voici dans un autre monde...<br /> Au centre d'un jardin admirable, aussi secret et préservé que le Paradou inventé par Zola, se dresse un monument étrange, moitié sanctuaire, moitié château, couvert sur toute sa surface de sculptures extravagantes, creusé de toutes parts de grottes et de galeries, coupé de terrasses et de belvédères auxquels on accède par des escaliers aux rampes chantournées. Cette masse de grise rocaille, trouée de milliers d'alvéoles comme un fruit mangé des guêpes, a de quoi surprendre : on dirait des Buttes Chaumont en délire, ou un temple d'Angkor revu par Dubuffet. [...] Rien ne le lasse, rien ne le désabuse, il ne vit que pour ce palais qu'il élève, jour après jour, assemblant les pierres recueillies, en formant des personnages, des animaux, des éléments d'architecture, suppléant à la sculpture naturelle quand celle-ci fait défaut. Pour tout outillage, il a une truelle, quelques récipients servant d'auges, une robuste brouette ; quant aux matériaux, il n'achète que la chaux et le ciment (3 500 sacs). Ainsi pendant 33 ans !<br /> Commencé en 1879, le "Palais idéal" est achevé en 1912 : 26 m de long, 12 à 14 m de large, 10 à 12 rn de haut, plus de 1 000 m3 de maçonnerie !... Sans autre secours que sa musique intérieure, cet Orphée rustique a ordonné autour de lui les pierres des vieux déluges pour en former ce palais absolument inutile&nbsp; qui n'est fait que pour être vu.<br /> Que le facteur Cheval ait été dépassé par sa propre création, on n'en peut douter lorsqu'on déchiffre les sentences, axiomes et formules dont il a cru bon d'illustrer son œuvre en les gravant dans la pierre. Ce ne sont que truismes naïfs, lieux communs solennels, professions de foi infantiles - descendance abâtardie d'un humanisme à la Hugo. Il s'y mêle des débris historiques ou mythologiques arrachés à quelque Almanach Hachette. En même temps, Ferdinand Cheval y affirme maintes fois sa fierté de l'œuvre accomplie ; il n'hésite pas à qualifier son palais de "merveille" et rappelle sans cesse qu'il est fils de paysan, homme de la condition la plus humble, à qui Dieu a confié le soin d'accomplir un de ses "desseins impénétrables". Mais une sorte de merveilleuse naïveté, de robuste confiance sauve ces déclarations du ridicule, comme elle donne à la brève autobiographie du facteur son émouvante couleur.<br /> Prince de l'humour involontaire dans ses écrits, Cheval est non moins sûrement le roi d'un palais unique en son genre. L'imagination la plus folle s'y donne libre cours sous les dehors d'un symbolisme convenu. On comprend que les surréalistes aient été bouleversés par ce spectre de pierre, né de la rêverie obstinée d'un humble facteur rural. L'inconscient ici parle à voix haute.<br /> La décoration interne et externe du Palis idéal nous offre une sorte de cosmogonie délirante où se retrouvent pêle-mêle, et comme confondus, les grands mythes humains, les données de l'histoire aussi bien que des fragments de la vie quotidienne ou de la nature. L'intéressant serait de savoir quelle théorie présida au choix des divers éléments. Pourquoi Ève et pas Moïse ? Pourquoi une mosquée plutôt qu'une église ? Et quels sont, pour Ferdinand Cheval, ces trois géants qu'il a baptisés : le Grand défenseur de la Gaule, le Grand savant grec, le Grand conquérant romain ?...</span></p> <p><span style="font-size: 80%;">En fait, on se trouve en présence d'un type d'imagination semblable à celui du douanier Rousseau chez qui les souvenirs de ses campagnes coloniales avaient pris un caractère hallucinatoire, au point de marquer tous ses tableaux - encore qu'il fût persuadé de peindre ce qu'il voyait. C'est le réalisme du rêve. "Il y a lieu d'admettre, écrit André Breton, que le facteur Cheval, qui demeure le maître incontesté de l'architecture et de la sculpture médianimiques, a été hanté par les aspects de planchers de grottes, de vestiges de fontaines pétrifiantes de cette région de la Drôme où, durant trente-six ans, il effectua sa tournée" (Point du jour, Gallimard). Ferdinand Cheval offre l'exemple d'un homme possédé par l'idée fixe, habité par une image interne qui envahit peu à peu toute sa pensée. L'essentiel pour lui, facteur sans instruction, sans formation technique, a été de matérialiser son rêve, coûte que coûte. Et c'est le palais seul qui compte. Le reste - sculptures, décorations, inscriptions - n'est que la peau de son délire. Comme certains peintres modernes, il a pris ce qui lui tombait sous la main.</span></p> <p><span style="font-size: 80%;">J'imagine de quels sarcasmes, de quels haussements d'épaule son entreprise fut saluée. Encore aujourd'hui, j'entends d'ici les "gens de bon sens" : "Une maison qui ne sert à rien !" Les mêmes, pourtant, paieront très cher une perle, un vieux meuble encombrant, l'éventail de Marie-Antoinette !... Ainsi, si vous allez un jour visiter le palais du facteur Cheval, souvenez-vous de la parole du sage Sozan Daishi à qui l'on demandait ce qu'il y a de plus précieux au monde. "N'importe quoi, répondit le bonze, une charogne, une tête de chat mort. - Pourquoi ? - Parce qu'on ne peut l'évaluer".<br /> La poésie est inutile".</span></p> <p><span style="font-size: 80%;">[Luc Decaunes, poète et écrivain français (1913-2001). Était le gendre de Paul Éluard. Extrait de la revue <em>L'Éducation nationale</em> n° 13, du 28 mars 1963]</span></p> <p> </p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2019/01/30/D-un-facteur-pr%C3%A9nomm%C3%A9-Ferdinand2#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/893 Un geste pas si anodin urn:md5:5ce43d1905470c4f29567ebb94187e4c 2018-09-22T17:50:00+02:00 2018-09-24T14:09:03+02:00 S H Faits de société <p>"<i>Parler vrai sur Audin, c’est commencer à sortir de l’amnésie</i>" : la dernière livraison de <i>Réforme</i> (n° 3769 du 20 septembre) renferme un article louant jusqu'à l'obséquiosité le geste de Macron. Son auteur se proclame "ancien conseiller de Michel Rocard" - qui lui-même, il est piquant de le rappeler, fut un ami du FLN et un "porteur de valises"... Inutile de préciser dès lors que cet article dégoulinant de repentance m'a fait bondir. Et que je me dois de réagir, en faisant appel à mon passé, et à la connaissance du passé...</p> <p>Comme je l'ai déjà écrit il y a fort longtemps, je possède un original (bien jauni, aujourd'hui) de la publication en feuilles, par <i>Témoignage chrétien</i>, du livre d'Alleg, <i>La Question</i> - primitivement paru aux Éditions de Minuit, ce mince ouvrage fut prestement saisi sur ordre du gouvernement socialiste de Guy Mollet, et circula sous le manteau. C'est dire à quel point&nbsp; je me suis intéressé de près, à l'époque, aux "événements d'Algérie", comme on disait pudiquement.</p> <p><br /> <img alt="" height="164" src="https://www.samuelhuet.com/images/img/allegquestion.jpg" style="margin: 2px 4px 2px 0px; border: 1px solid #000000; float: left;" title="H. Alleg - La question" width="240" /></p> <p>Il n'en reste pas moins que ce texte m'avait quand même fait tiquer, comme étant l'écrit d'un preux intellectuel sauvagement brimé par des analphabètes violents. Et ce qui m'avait particulièrement surpris, c'est que le militant communiste citait nommément ses tortionnaires, comme s'il avait eu l'occasion de partager avec eux l'anisette au bistrot du coin... J'ai été arrêté il y a peu, au col de la Croix-Haute, par un quarteron de gendarmes en activité ; je puis vous assurer que je serais bien incapable de vous donner le patronyme d'un seul d'entre eux... Il est vrai qu'ils ne m'ont pas torturé, mais seulement soumis à questions <img src="/blog/themes/default/smilies/wink.png" alt=";-)" class="smiley" /></p> <p>Or donc, en ces temps troublés, moi aussi je "militais", à mon petit niveau, pour une solution négociée. Et je me souviens de ces réunions sinon secrètes, du moins très discrètes, qui se tenaient cours Berriat, sous la présidence de l'intègre Alix Berthet, ancien Pupille de la Nation, ancien instituteur devenu député socialiste vivement opposé à Mollet, et accessoirement bête noire des communistes isérois (encore un que la vague gaulliste de 1958 emporta définitivement). Lui aussi, scandalisé par les méthodes des Mollet, Mitterrand, et consorts, militait pour la paix. Mais je crois pouvoir affirmer qu'il ne lui serait jamais venu à l'idée de trahir son pays. Et quand je relis aujourd'hui, sur mon exemplaire de <i>La Question</i>, cet exergue emprunté à Romain Rolland, "<i>En attaquant les Français corrompus, c'est la France que je défends</i>", je ne puis m'empêcher d'éprouver un immense malaise : qui donc étaient les corrompus ? Tenter de répondre à cette question, c'est immanquablement rafraîchir la mémoire historique de certains, à propos des communistes français en général, et d'un communiste français en particulier.</p> <p>Dans cette optique, il faut hélas rappeler que cette engeance sait ce que signifie l'Anti-France : depuis la création de la SFIC, en 1920, elle n'a pas cessé d'œuvrer contre son pays. Je me souviens d'ailleurs que Guy Mollet prétendait que les communistes n'étaient pas à gauche, mais qu'ils étaient à l'Est, manière de dire que ces pseudo-anticolonialistes étaient surtout de fanatiques affidés à l'Union soviétique (le plus grand pays colonisateur, comme chacun sait).</p> <p>Alors, quelques faits, pour aller très vite : tandis que les députés communistes votaient à la Chambre (le 12 mars 1956), et comme un seul homme, les pleins pouvoirs à Guy Mollet (et donc, à Mitterrand), dans tout le pays ils organisaient le désordre, pour empêcher les "disponibles" de rejoindre l'Algérie (alors terre française, composée de départements français) ; je me souviens à cet égard des très violents incidents qui eurent lieu à Grenoble, mi-mai 1956, en particulier au passage à niveau dit barrière de l'Aigle (qui a disparu depuis, au profit d'un auto-pont) : de véritables batailles rangées (avec, aux côtés des militants communistes, des Nord-Africains...). Mais, une fois enfin sur place, les appelés cocos, transformés, n'étaient pas les derniers à torturer : une livraison de la revue <i>Esprit</i> parue à cette époque ("Des appelés - chrétiens – témoignent"), ne laisse pas subsister le moindre doute à cet égard. Toujours dans le but de créer le désordre, des militantes de l'Union des Femmes françaises, qui avaient réussi à se faire embaucher dans nos usines d'armement, faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour saboter discrètement des munitions (cartouches peu chargées, grenades dont l'effet retard avait été supprimé, etc.) : toutes manœuvres qui se nomment haute trahison et intelligence avec l'ennemi, mais qui malheureusement ne furent que rarement réprimées comme cela aurait dû l'être : l'inflexible poigne de Jules Moch avait fait son temps...</p> <p>Mais voici qu'une telle évocation oblige à remonter un peu le temps : on a oublié que, Pacte germano-soviétique oblige, les cocos se réjouirent bruyamment de la défaite des démocraties (France-Angleterre) devant le coup de butoir hitlérien. Mieux même, ils sollicitèrent auprès de l'occupant l'autorisation de faire réapparaître <i>l'Humanité</i> (interdite par Daladier) ! Bien plus encore, ils avaient auparavant poursuivi, à même leurs rangs, les militants qui avaient été révulsés par la poignée de main Hitler-Staline, et les avaient fait exécuter, mais oui ! sans autre forme de procès. Sartre raconte quelque part que c'est à sa grandissante notoriété que Paul Nizan, militant communiste absolument opposé au Pacte, dut sa survie (mais il eut quand même droit à sa conduite de Grenoble, voire davantage : les cocos aiment à salir ceux qui leur résistent). Certes, le P. C. tourna casaque dès l'invasion de l'Urss et, pour tenter de faire oublier son flirt passager avec Hitler, envoya d'emblée au casse-pipe des apatrides qui n'avaient rien à perdre - les M.O.I. -, tirant à son entier profit les marrons du feu. Et je passe sur la sinistre comédie du "parti des soixante-quinze mille fusillés" - les nazis fusillèrent beaucoup moins du dixième de résistants (autour de cinq mille fusillés, ce qui est épouvantablement atroce, certes) - lancée de la part de cyniques personnages qui fusillèrent, à leur tour, et en moins d'un an, dès la percée américaine à partir de la Normandie, et avant la mise en place de l'épuration judiciaire, davantage de Français que les nazis en quatre ans !</p> <p>Voilà, très rapidement résumé, ce qu'il en est du P.C. F., féroce admirateur de son glorieux grand frère. Dois-je aussi ajouter que, sous couvert des voyages France-URSS, de valeureux militants emportaient discrètement avec eux des métaux précieux ou des secrets de fabrication, afin d'aider le paradis communiste ? Certains de ces bougres se sont même vantés à la télévision de leurs exploits, convaincus qu'ils étaient de leur totale impunité...</p> <p>En guise d'interlude, et à l'attention de ceux qui douteraient des méthodes staliniennes, je suggère le destin du dénommé Auguste Lecœur : cet ancien très haut dirigeant du PC (le pendant de Duclos, tout de même) eut la mauvais idée de vouloir prendre la parole en pleine guerre d'Algérie, sur le problème de la déstalinisation, au cours d'un meeting socialiste, à Hénin-Liétard, début juillet 1956. Mal lui en prit, les nervis staliniens le mirent minable comme on dit et l'empêchèrent de s'exprimer. Cherchez donc dans les journaux de l'époque les photos du visage de ce Monsieur, vous comprendrez ce que violente agression veut dire !</p> <p> </p> <p>Reste à envisager, maintenant, le cas Audin, que le locataire de l'Élysée a sorti de la naphtaline - pour la même raison, qui se nomme forfaiture, que sa déclaration (certes, il n'était alors que candidat mendiant les voix musulmanes, mais l'indignité des propos n'en est pas moins avérée) devant Bouteflika, qualifiant la colonisation, mi-février 2017, de "crime contre l'humanité" (mais jugées à la même aune, en quels termes devrait-on parler des "conquêtes" musulmanes, poursuivies jusqu'à l'Indus ?). Bref, qui était Maurice Audin ? C'était au premier abord un jeune et paisible père de famille. On nous dit qu'il était prof de maths à la Fac d'Alger. Mais il était bien jeune pour enseigner à la Fac, tandis qu'il n'était même pas agrégé. Vous m'objecterez qu'il était militant communiste, comme son compère Alleg (qui se fit pincer chez lui, d'ailleurs), et que cela suffisait à lui donner la compétence requise. Soit. Mais outre qu'il militait pour le FLN, il préparait aussi une thèse. Cela fait beaucoup d'activités à la fois, vous ne trouvez pas ? Peut-être d'ailleurs avait-il une puissance phénoménale de travail, ce qui n'est pas impossible. Cependant, que les soutiens de gauche à la cause FLN aient réussi à l'époque, à grand renfort de cinéma larmoyant et en plein Paris, avec l'autorité morale de François Mauriac, à organiser une soutenance de thèse hors la présence (forcément) du thésard "militant pour la paix", cela me paraît tout de même inouï (mais tous comptes faits, moins scandaleux que la soutenance de thèse en sociologie, quelque cinquante ans plus tard, d'Élisabeth Teissier).</p> <p>Et je reviens maintenant à ces jours derniers, et aux réactions à la demande de pardon de Macron, président de la République, adressée à la veuve de l'ancien jeune militant communiste. Peu me chaut que j'éprouve à peu près les mêmes sentiments, sur ce point, que Dame Le Pen ; après tout, elle respire et moi aussi (sans doute pas pour très longtemps encore). Mais c'est la réaction d'Éric Zemmour, comme toujours d'un grand courage et d'une lucidité si aiguë, si insupportable aux aveugles, qu'elle le conduit souvent devant les tribunaux, qui m'importe. Le récent auteur de "<i>Destin français</i>" - "cette ode au refus de la repentance" - vient en effet de déclarer le 18 septembre dernier à la télé l'Opinion : "J’ai été scandalisé par le comportement d’Emmanuel Macron, je pense que ce M. Audin, est mort dans des conditions tragiques, évidemment, mais c'était une guerre d'Algérie furieuse [...] et je pense qu'il méritait douze balles dans la peau ; c'était un traître, c’était un type qui était contre la France, qui aidait le FLN, qui aidait le FLN à tuer des Français, et accessoirement des harkis et des musulmans, à les massacrer. C'était la guerre contre la France. Ce type a pris les armes contre la France, c'était tout à fait normal qu'il fût exécuté. [...] La torture, ça a quand même permis d'arrêter les attentats".</p> <p>Je voudrais tout d'abord ramener à sa juste proportion le brutal "douze balles dans la peau". Qu'il me soit permis de rappeler que durant la guerre d'Indochine, au tout début des années cinquante, un député de droite avait proposé à la Chambre le vote d'un envoi de colis de Noël (nous étions en décembre) à chaque soldat français combattant en Extrême-Orient. Une députée communiste lui rétorqua férocement : "<u><em>Le seul cadeau qu’ils méritent, c’est douze balles dans la peau !</em></u>" Et la messe fut dite. Cette réaction honteuse (mais on peut s'attendre à tout d'un communiste) visant des soldats se faisant trouer la peau pour le drapeau français est autrement scandaleuse que la "sortie" de Zemmour. Quant au reste, qui ne voit qu'il ne fait que rapporter la vérité ? La torture, du côté français ? Sans doute. Mais le moyen de faire autrement ? "Nous avons fait une guerre sale, en Algérie" a dit un jour un gradé. Ajoutant : "mais le FLN, lui, a conduit une guerre dégueulasse". Avec l'appui des Yveton, des Maillot, des Laban (et de tant d'autres)&nbsp; : la liste est longue des traîtres dont Macron pourrait aussi magnifier l'action ! Au fait, je le rappelle, ce fut au nom du Djihad que la "guerre d'indépendance" fut menée, parce qu'on l'oublie trop souvent. Et ce fut d'abord une guerre "dégueulasse" contre ses propres frères trop tièdes à ses yeux, une guerre d'extermination entre factions rivales, guerre que le FLN entendait poursuivre jusqu'en métropole, jusqu'en plein Paris - avant que Papon ne mette le holà.</p> <p>La "sale guerre" fut largement gagnée par la France et le plan Challe. Mais de Gaulle était pressé d'en finir. Les accords d'Evian furent immédiatement foulés aux pieds par les nouvelles autorités. Et prit place un effroyable bain de sang, visant les Pieds Noirs restés sur place tout d'abord, mais aussi et surtout adressé à des milliers de supplétifs musulmans, empêchés de rejoindre la métropole (c'est cela, la honte de la France) massacrés sauvagement, ceux qui eurent droit au <i>sourire kabyle</i> étant fort privilégiés au regard des malheureux qui finirent cuits à l'eau bouillante…</p> <p>Oui, je sais de quel côté se trouvaient alors les Français les plus corrompus... et l'amnésie. Et je sais aussi ce qu'est, devant l'Histoire, une forfaiture… Ça ne s'efface pas en distribuant quelques breloques à de vieux harkis ayant échappé au massacre.</p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2018/09/22/Un-geste-pas-si-anodin#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/891 Choses vues, juin 2018 urn:md5:0a1e3a816f232d2ae2111d608f4b0928 2018-06-12T03:54:00+02:00 2018-06-14T04:58:53+02:00 S H Faits de société <p><em><font size="2px">Ces choses-là sont rudes.<br /> Il faut pour les comprendre avoir fait ses études</font> </em><br /> [Victor Hugo, Les pauvres gens, X, in <em>La Légende des siècles</em>, 1859].</p> <p>J'avais passé les journées autour du 6 juin à parcourir les plages du Débarquement, au milieu, hélas, d'une foule immense de figurants souvent ventripotents déguisés en GI's de 1944 (mais sans les redoutables "scies d'Hitler" qui, même tirant à blanc, les eussent dispersés comme peureuses volées de moineaux). Et je poursuivais mon chemin vers l'ouest, au-delà du Mont Saint-Michel. Pourquoi donc ? Eh bien, mon père étant natif de Brest, je n'ai pas à me justifier plus avant. J'étais donc, c'était en fin d'après-midi, arrivé en Bretagne. Dans une petite ville indéfectiblement acquise au parti socialiste, ceci expliquant sans doute (au moins en partie) ce qui va suivre. J'avais par avance loué, un peu au hasard, une chambre pour une nuit, dans un truc modeste, une formule bien connue.</p> <p>Ce qui me frappa dès l'arrivée, ce furent les portes "Incendie" grandes ouvertes. Mais bon, peut-être était-ce pour aérer ? J'eus cependant la puce à l'oreille en découvrant des tas d'affichettes placardées sur tous les lieux d'aisance ou autres, les unes rappelant que le silence se devait d'être absolu à partir de vingt-deux heures, les autres, signées du "gérant" qui se montrait "désolé" de devoir rappeler sa clientèle au respect des installations, chaque jour plus dégradées et même souillées... Pris au piège, je ne pouvais reculer. Donc après avoir effectué un petit tour pédestre dans cette zone complétement pavillonnaire (le rêve socialiste à l'état pur), j'avisai l'élément d'une chaîne de restaurants, bien connue elle aussi, qui se trouvait surplomber mon provisoire havre de nuit.</p> <p>Tout en calmant ma faim, je vis arriver un jeune homme de couleur, bien de sa personne, sur un vélo. Il fit un rapide tour de l'hôtel, déposa sa monture et s'engouffra sans autre forme de procès par la porte restée ouverte. Bon, pourquoi pas, après tout ? Mais cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que cinq autres jeunes gens, tous pourvus de tenues "sportives" de bon aloi, arrivèrent qui à vélo, qui à pied, et empruntèrent sans hésitation le même chemin. Peu de temps après, une dizaine d'autres, à pied ceux-là, oublièrent l'entrée principale et disparurent à l'intérieur de l'établissement. Tout en savourant mon onglet, je me mis à penser à ce que je venais de voir... car je n'avais pas compris tout de suite. Mais fourbu par une route longue, souvent parcourue sous une pluie battante, je gagnai moi aussi le petit hôtel, et y entrai... par l'une des portes normalement et rigoureusement fermées. L'exemple, toujours l'exemple. Et malgré une literie qui me parut fatiguée, comme je l'étais bien davantage encore, je m'abandonnai rapidement aux bras de Morphée.</p> <p>Pas pour longtemps. À minuit, des bruits de couloir, des interpellations, des rires, du mouvement, quoi ;<span style="mso-spacerun:yes">&nbsp; </span>et d'incontestables voix féminines... Je me rendormis, pourtant. Mais rebelote à trois heures. On cognait même aux portes (pas à la mienne), certains devaient dormir, qu'on réveillait, l'ambiance était à la fête. Alors, n'ayant à peine plus de deux heures à tirer avant de me préparer à me tirer, je tirai de mon sac ma chère tablette, et résolus d'oublier complétement le vacarme ambiant (un autre mot serait plus à sa place, ici) en poursuivant ma lecture du passionnant <em>La femme aux fleurs de papier.</em>..</p> <p>Six heures pétantes, le silence était devenu assourdissant ; me voici fin prêt et rasé dans la salle du petit déjeuner : tiens, je n'y étais pas le premier ! Il y avait là un jeune homme de couleur, en tenue de sport très seyante, et apparemment neuve, qui déjeunait sans hâte, et qui, cela me parut curieux, faisait aussi des va-et-vient entre la salle et les chambres du rez-de-chaussée. J'interpellai la gérante : "Mais qu'est-ce que c'est que ce raffut ? Comment peut-on dormir dans de telles conditions ?" Elle me fit discrètement un signe, pour que je me taise, tandis que le jeune homme, goguenard, passa devant moi avec tout un chargement de boissons.</p> <p>Lorsqu'il eut quitté définitivement la salle, la jeune femme me confia : "<em>Vous comprenez, c'est le Ramadan, alors "ils" font la fête la nuit...</em></p> <p><em>- Avec des femmes, en plus...</em></p> <p><em>- Non, Monsieur, il n'y a que des jeunes gens, ici...</em></p> <p><em>- Moi, je vous assure que j'ai entendu des voix de femmes, cette nuit...</em></p> <p><em>- Alors, ils les ont fait entrer au nez et à la barbe du veilleur de nuit</em>"...</p> <p>Je songeai à part moi que c'était peut-être pour leur faire lire quelques sourates bien senties du Coran. Mais mon incontestable mauvais esprit reprenant ses droits, me revint à la mémoire un texte que je commis, sur ce même blog (<a href="https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2009/09/09/Du-Ramdam-du-Ramadan">Du Ramdam du Ramadan</a>) il y a près de dix ans, je crois - ce qui ne nous rajeunit guère ;&nbsp; vous n'aurez qu'à le chercher... Rien de nouveau sous le soleil...</p> <p>Et tout en buvant mon café, je repris mon échange avec la jeune personne qui, je le sentais bien, était "<i>gonfle</i>" comme on dit dans le Midi : elle voulait parler.</p> <p>"Vous savez, me dit-elle, je ne suis pas raciste (c'est la précaution oratoire que nous formulons tous, et pourtant, comment ne pas l'être), mais tous ces jeunes migrants, qui ne sont habillés que de Nike ne se trouvent pas qu'ici ; ils sont placés dans tous les hôtels de cette zone hôtelière, y compris ceux dont les nuitées sont relativement onéreuses. Et c'est l'État, qui nous paie. Mais ils ne respectent rien et on ne peut pas leur faire la moindre remarque. J'ai essayé, un jour, de dire à l'un d'eux que les issues de secours devaient rester closes ; aussitôt, toutes les portes se sont ouvertes, et ses copains menaçants sont venus le défendre. Il y a même eu un jeune de quinze ans à peine, pour se plaindre : "Moi, je veux une chambre pour moi tout seul, il n'y a pas de confort, ici"... Vous savez, même la police ne peut rien faire. Les associations sont là pour leur dire leurs droits, et croyez m'en, ils les connaissent. En plus, il y a certaines femmes qui se mettent exprès avec un homme, le temps de faire un gosse : pendant trois ans, elles sont ainsi prises totalement en charge, on leur fournit même de beaux landaus qui, ensuite, sont recyclés aux Restaus du cœur, car elles ne veulent que du neuf. À&nbsp; nouveau, comme les aides s'arrêtent à l'âge de trois ans de l'enfant, elles se remettent avec un autre homme, et le cycle repart... Vous me comprenez, il n'y a rien à faire, j'ai baissé les bras, je suis seule"...</p> <p>Elle devait se sentir bien seule, en effet... Sans doute n'était-elle pas agrégée de philosophie, ou pharmacienne. Nantie d'un boulot de merde, très mal payé naturellement, et bien heureuse d'avoir tout de même un emploi dans un pays gangrené par le chômage de masse, bien heureuse aussi, je présume, de n'avoir pas été la victime de tournantes (on se console comme on peut), elle vivait la tête basse. Je n'avais pas encore pris connaissance, à ce moment-là, du fait divers incroyable de Maisons-Alfort, de cette mésaventure dont venait d'être victime une jeune femme, une jeune mère de deux enfants, rouée de coups pour avoir protesté contre le bruit infernal d'un rodéo urbain au moto-cross, et même mordue par un pitbull. Les courageux agresseurs, dont une femme, s'étaient mis à trois pour la punir, jusqu'à ce qu'un équipage de la BAC vienne à son secours... Elle aussi, désormais, allait se sentir seule...</p> <p>Avant de quitter la jeune gérante, lui ayant souhaité bonne chance (façon de parler), je glissai un œil sur le plateau que le jeune noir avait déposé sur l'étagère idoine : j'y comptai pas moins de huit emballages de ces mini-beurres (dits gastronomiques !) qu'on sert dans les hôtels ; soit il disposait, après pareille nuit, d'une faim pantagruélique, soit ses allées et venues avaient pour but de nourrir des personnes qui étaient hébergées dans cet hôtel, et n'avaient cependant rien à y faire...</p> <p>Malgré que j'en eusse, je ne pus alors empêcher une poussée de haine (oui, de haine) de m'envahir. Je songeai à d'autres jeunes migrants (certes, ils n'étaient après tout que mâles blancs, ça n'a donc aucune importance, mais tout de même)&nbsp; qui, il y a 74 ans, vinrent chez nous se faire trouer la peau (plus de dix mille jeunes Amerloques au tapis, dès le premier jour ! Et je n'oublie pas les Anglo-Canadiens) pour nous dépêtrer de l'étau nazi. Tandis qu'aujourd'hui d'autres jeunes, désœuvrés et désireux de le rester (ne venez pas de dire qu'ils paieront nos retraites !) fuyant soi-disant des zones de combat d'Afrique sub-saharienne (il y en a toujours eu, il y en aura toujours) dans lesquelles de jeunes Français de Serval, d'Épervier ou de Berkane s'échinent à rétablir un semblant d'ordre, viennent s'installer chez nous comme en terrain conquis, pour y foutre le bordel au sens propre comme au sens figuré, boostés qu'ils sont par des associations à la larme facile mais qui n'en sont pas moins criminelles. Il y a un chef d'orchestre, là derrière, lus-je un jour quelque part. Comme cela, en cette minute, me parut évident !</p> <p>Et me revint soudain en mémoire ce brave instituteur, Monsieur Hamel, sorti des "Contes du lundi" d'Alphonse Daudet (<em>La dernière classe</em>) qui, dans l'impossibilité de commettre quelque action d'éclat ou seulement de protestation que ce soit (la scène se situe après la défaite de 1871), "<em>se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, écrivit aussi gros qu'il put : VIVE LA FRANCE !</em>"</p> <p>Ayant enfin repris la route sous des trombes d'eau, direction Morlaix, je songeai aussi à nos bobos de tous bords s'acharnant sur le président de ma région, qui avait osé produire un tract intitulé <em>Pour que la France reste la France</em>. Et quoi que je le goûtasse assez peu, je lui appliquai soudain une phrase du conte de Daudet : "<em>Jamais il ne m'avait paru si grand</em>".</p> <p>De retour chez moi, je pris connaissance, dans<em> Le Point</em>, des résultats d'un sondage : "<em>Êtes-vous choqué par le slogan des Républicains, «Pour que la France reste la France» ?</em>"</p> <p>Près de 80 % des réponses étaient "<em><strong>Non !</strong></em>"</p> <p>Jusques à quand les bobos de chez nous pourront-ils donc impunément œuvrer à détruire le cher et vieux pays ?</p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2018/06/12/Choses-vues%2C-juin-2018#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/890 De la réclame, ou l'Art d'enfumer le con-sommateur urn:md5:c8357c80865b2ee57ce8aa4248bfce9f 2018-05-25T16:43:00+02:00 2018-11-07T21:19:11+01:00 S H Faits de société <p style="text-align: right;"><span style="color:#FF0000"><em><span jsname="YS01Ge">On nous Claudia Schieffer</span><br /> <span jsname="YS01Ge">On nous Paul-Loup Sulitzer</span><br /> <span jsname="YS01Ge">Oh le mal qu'on peut nous faire...</span></em></span></p> <p style="text-align: right;"><span jsname="YS01Ge">(A. Souchon)</span></p> <p><em><font size="2px">"J'ai souvent tenté de pourfendre les agences de publicité qui abîment nos paysages et détruisent les entrées de nos villes avec leurs panneaux démesurés. Mais plus désastreux encore sont les dégâts provoqués par cet étalage de laideur dans nos esprits. Car la publicité est capable de nous faire admettre comme des évidences des aphorismes qui sont simplement des mensonges"</font> </em><br /> [Albert Jacquard, Jeux de hasard, in <em>Tentatives de lucidité</em>, Stock, 2004 (causeries sur France-Culture, 2001)].</p> <p>Il me semble me souvenir que c'est en 1965 que la publicité est apparue à la télé (sur l'unique chaîne de la télé). Aussitôt après, en manière de réaction, le <em>Canard enchaîné</em> tenta de lancer une campagne "citoyenne" destinée à combattre ce qu'on ne savait pas encore être un des fleurons de la société de consommation : se détourner des produits objets de publicités. Je me dois d'ajouter tout de suite que cette initiative obtint le même succès que celle, lancée en 1939 par Michel Duran, le critique ciné du palmipède du mercredi, concernant le boycott des films "doublés", pour magnifier les Vostf (que penserait-il, s'il revenait parmi nous, des rires gras aujourd'hui ajoutés sur les bandes-son, en sus du doublage ?) : je veux dire un succès égal à zéro. Peut-être est-ce pour cela que cet hebdomadaire dit satirique s'est ensuite lancé dans les dénonciations tous azimuts, avec cette fois-ci beaucoup de bonheur si j'ose dire, jusqu'à dénigrer autant que le fut feu Salengro dans <em>Je suis partout</em> (pardon, je parle d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître&nbsp; - et dont ils n'ont jamais entendu parler) un candidat à la Présidence de la République, afin de contribuer puissamment à renverser le cours annoncé du scrutin... Mais je m'égare...</p> <p><span style="line-height:normal">Ainsi, à partir de cette idée canardesque de 65, je me suis intéressé à la seule publicité radiophonique dont le volume, par rapport à 1965, a connu une inflation démesurée : on n'informe plus - si tant est que cela soit possible, on matraque </span>(mais pourquoi se gêner quand on sait que faire supprimer la publicité dans une émission, s'apparente désormais à une sanction - cf. affaire CSA vs Cyril Hanouna !)<span style="line-height:normal">. Qu'on en juge.</span></p> <p><span style="line-height:normal">J'ai pris pour point de départ la première radio française, RTL, bien obligée, comme ses consœurs dites périphériques (et ne parlons même pas des radios "libres"), de recourir à la publicité pour financer son fonctionnement, puisqu'aussi bien les antennes nationales, sensées appartenir à tous, ont été depuis bien longtemps placées sous le boisseau de la propagande gaucho-trotskiste (et autres pourrisseurs de société) - ce que suggéra naguère, en 2015 il me semble, le bandeau sur le "sidérant destin des trotskistes" du <i>Point</i>.</span></p> <p><span style="line-height:115%">Or, une écoute attentive d'une heure, montre en main, répétée plusieurs fois dans la journée, a fait apparaître que la "réclame" occupe un bon tiers du temps d'antenne, ce qui est absolument incroyable, et même <em>sidérant</em>, comme disait l'autre. En gros, toutes les cinq-six minutes, on a droit à deux minutes de publicités - des pubs assez courtes, afin d'en fourrer six à sept dans la même salve. Comment suivre, dans ces conditions, une émission sérieuse, si elle est constamment hachée d'interruptions, sans en perdre le fil ? Car o</span>n ne peut échapper à la réclame audio-visuelle, si on peut passer une page de magazine. <span style="line-height:115%">Et surtout comment ne pas avoir la tête farcie comme une cougourde, au bout d'une heure d'écoute ? Mais sans doute est-ce le but recherché : par exemple nous rendre assez cons pour filer vers telle enseigne, qui propose "exceptionnellement" la tranche de jambon, ou la bouteille d'eau, à un prix défiant toute concurrence, et acquérir dans le même temps, pour faire bonne mesure, des denrées dont on n'a nul besoin. Au fait, si vous me soufflez qu'il n'y a pas d'émissions sérieuses en dehors de France-Culture, je vous laisserai bien entendu la responsabilité de vos opinions...</span></p> <p><span style="line-height:115%">En sus de ce tiers-temps (un nom composé qui fleure bon la pédagogie d'antan, et les occasions perdues, par lâcheté et fainéantise), il faut bien entendu prendre en compte la publicité déguisée concernant les chansons, les rengaines qu'on nous passe et repasse... jusqu'à ce que nous les achetions, la boucle étant alors bouclée : après </span>Calogero et son <i>Voler de nuit</i> (comme St. Exupéry), c'est en ce moment le tour de Marc Lavoine (<i>Je reviens</i><i> à toi</i>) – certes on eût pu trouver pire, d'autant que je tiens Calogero pur un type très au-dessus du lot. Il n'empêche…</p> <p><span style="line-height:normal">Et dire que certaines "réclames" reviennent deux ou trois fois dans la même heure : faites le compte, pour une journée d'écoute... Et même si ma réflexion est un peu légère, j'irai jusqu'à me demander si la publicité n'est pas faite pour compenser le manque de qualité intrinsèque d'un produit. Car la qualité n'a pas besoin d'une continuelle retape. Ainsi, je n'ai jamais entendu de la propagande pour les pneus Michelin (réclame non payée par Montferrand), alors que les autres marques se disputent le crachoir (de l'expression : cracher au bassinet). J'ai un autre exemple, mais je le trouve limite : je n'ai jamais entendu parler de publicité pour les Mac Do... alors que les Flunch, KFC et autres enseignes de restau rapide, ça y va...</span></p> <p><span style="line-height:normal">Bref, même si nous souhaitons refuser toute publicité (ce qui est au moins possible s'agissant de nos boîtes à lettres), elle nous est en tout état de cause imposée sans que nous, con-sommateurs, ayons le moindre mot à dire - sauf à n'écouter que des podcasts. Mais voyons de plus près la noria des annonceurs-vedettes.</span></p> <p>À tout seigneur tout honneur, il me semble que les voitures automobiles tiennent le haut du pavé de la réclame, et parfois toute honte bue ; ainsi le tricheur Volkswagen, même pris la main dans le logiciel de tromperie, n'a jamais cessé de payer des minutes publicitaires, ni diminué leur volume : ces gens-là n'ont pas de vergogne&nbsp; ; et cela donne à penser aux paroles fortes qu'un Alfred Sauvy prononça jadis pour dénoncer la folie de la bagnole. Mais Peugeot ne doit pas moins être épinglé, car après avoir tenté de nous époustoufler – qui ne se souvient de la pub télé faisant intervenir un bombardier ? - ce constructeur nous bombarde quotidiennement, jusqu'à saturation, d'annonces concernant ses modèles (d'une qualité paraît-il bien au-dessus de tous les autres) mais aussi les voitures d'occasion, que le réseau commence à proposer – comme tous les autres constructeurs, d'ailleurs, tous plus tentants les uns que les autres. Et n'omettons pas de parler de Citroën et de ses jeux de mots foireux (Bertrand Quil - Alain Terrupteur), de Ford qui a inventé le zéro (!), et de Renault qui se déclare numéro 1 (dans ce cas, pourquoi faire de la publicité ? Pour accéder au hors-concours ?), et nous bassine avec son "<em>Qui mieux que Renault peut entretenir votre Renault ?</em>" Je réponds sans hésiter qu'on n'a que l'embarras du choix, du côté des Midas, Norauto, et bien d'autres... Et je ne puis achever ce court tour d'horizon sans épingler l'équipementier Carglass, qui passe pratiquement sans arrêt d'une campagne de publicité à une autre, avec toujours un cadeau pour appât à l'appui, et selon la quinzaine on est pourvu gratuitement en balais d'essuie-glace Bosch, ou en répondeur Bluetooth Boulanger pour la voiture…</p> <p>Viennent ensuite les annonceurs des grandes surfaces, dont la bêtise des uns le dispute à la sottise des autres. Mais en premier lieu vient Carrefour (ne parlons pas de l'inondation des boîtes aux lettres par cette marque, avec par surcroît la période du Ramadan toujours bien "célébrée"), dont la vedette radiophonique - Michèle - fait montre d'une pauvreté d'esprit et d'une inculture qu'on ne trouve plus guère que chez les animateurs de radios libres – pour reprendre la célèbre formule du regretté Desproges : à mon avis, ce doit être une vraie blonde (bon, d'accord, je sors). Les autres enseignes ne valent pas mieux, vraiment.</p> <p>Et puis les nouvelles technologies, qui permettent à tout un chacun d'être <i>in</i> à peu de frais (enfin, façon de parler, vous avez vu les prix des engins de chez Apple ?). Je note que les trois principaux opérateurs veulent absolument nous faire adopter la fibre (mais 99 % des particuliers n'en ont nul besoin), et vantent chacun de son côté leur Box. Aucun d'entre eux n'avoue piteusement qu'il n'a fait que copier le concept triple play lancé par Free, petit dernier.</p> <p>Aucun d'entre eux non plus ne fait la moindre allusion à leur sévère condamnation (après des années de pourvois pour retarder la procédure) pour entente illicite. Et s'agissant de l'un d'eux, englué jusqu'au cou dans les emprunts (que je lui souhaite non toxiques), un des magazines de consommateurs vient tout juste de publier un article intitulé "SFR à nouveau épinglé &nbsp;pour clauses abusives". Tiens donc, à nouveau (ou plus exactement, <u>de</u> nouveau) ? La locution adverbiale signifie que ce n'est pas la première fois…</p> <p>Enfin, un florilège de divers, que je ne sais comment classer. Il y a avant tout le chantage au régime, ces histoires de box "diet" (<i>Comme j'aime</i> et son double <i>Ange gardien</i> - !! – avec une voix&nbsp; triomphante : "<em>maintenant j'ai du temps pour moi et les miens</em>" – charité bien ordonnée exigeant qu'on se cite en premier lieu) inefficaces voire dangereuses selon la dernière livraison de "60 millions de consommateurs". Et là, je m'autorise une parenthèse, la préparation des repas ayant toujours été considérée – au moins jusqu'à l'inondation publicitaire de <em>Comme j'aime</em> – comme une activité sociale particulièrement intégratrice. Je songe à un texte de ce grand homme que me fit jadis découvrir mon vénéré professeur de Philo, le sociologue Maurice Halbwachs, qui mourut en déportation (il n'avait pas encore atteint le demi-siècle) à Buchenwald, un mois avant la libération du camp, dans les bras d'un jeune déporté qui se nommait Jorge Semprùn : "<i>Pour l'ouvrier… l'essentiel de la vie de famille paraît bien le repas pris en commun avec la femme et les enfants. Pour la femme, qu'elle travaille ou non au dehors, la préparation des repas est l'occupation domestique essentielle. Pour les enfants, qu'ils soient à l'école, jouent au dehors, commencent leur apprentissage, l'heure des repas est celle où ils se retrouvent avec leurs parents. La table de famille, où le père, au retour du travail de l'usine, a la place d'honneur, et ces repas préparés surtout d'après ses goûts et ses préférences, symbolisent périodiquement son autorité de chef du groupe. Toutes les solennités familiales, les fêtes, les jours de repos sont marqués surtout par des repas plus substantiels et meilleurs. Les pays où la poésie de la vie de famille est le plus goûtée et le plus répandue sont aussi ceux où les écrivains ont le moins hésité à décrire avec sentiment les mets dont se nourrissent les ménages modestes, à célébrer les aptitudes culinaires des femmes, à s'attendrir sur les joies simples des enfants groupés autour de la table. Sous ce lyrisme, on trouverait une appréciation assez juste de tout ce que représente, pour l'ouvrier, le repas pris en en famille…</i>"</p> <p>Il est vrai, je le confesse, que toutes ces considérations sont bien ringardes : les familles sont éclatées et le mariage pour tous leur a donné le coup de grâce…</p> <p>Il resterait de nombreux annonceurs abonnés à la réclame, à examiner : Guy Moquet et ses allées, qui nous bassine, comme si les propriétaires désireux d'améliorer leur environnement n'avaient pas meilleur compte à s'adresser aux entrepreneurs locaux. Et que dire des vérandas Akena ("la reine des vérandas", cause toujours) qui, avec&nbsp; Rénoval, se disputent sur les ondes le leadership dans leur domaine. Et que dire, oui et que dire aussi d'Optic 2000, qui s'annonce "le leader français de l'optique" (pourquoi, alors, occuper les ondes à ce point ?) et dont l'auditeur curieux remarquera la façon stéréotypée – et qui suinte l'artifice – de se mettre en valeur (car quel lunettier ne s'occupe pas de ses clients ? Ne remplit pas les formulaires Sécu à sa place ?). Que dire aussi des génériques Mylan qui osent se répandre en auto-louanges tarifées sur les ondes ? C'est pas beau, de copier : mais le crier à tue-tête, non, c'est absolument pas possible ! Et si Guillaume Musso est n° 1 des ventes, que cherche-t-on, à nous seriner cette prétendue info ?</p> <p>En définitive, on peut se demander quelles sommes seraient économisées si la publicité retrouvait une place raisonnable (cinq minutes groupées par heure, interdiction de "couper" la diffusion des films, interdiction de diffuser le même placard publicitaire plus de deux fois dans la journée…). Car la pub, c'est <i>nous qui payent</i>, en définitive. Que ce soit par l'abrutissement ou le portefeuille. Je sais, ce n'est pas pour demain. Mais il serait bon que les consommateurs s'érigeassent en un <i>comité aux justes comptes</i>, pour contrôler l'invasion publicitaire du champ médiatique. En attendant, elle sert aussi à combler de cadeaux les auditeurs, à les <em>gâter </em>à tous les sens du terme !</p> <p>Toute cette médiocrité étalée et même revendiquée est pitoyable, et pourtant elle marche : plus exactement, nous marchons. Hélas ! Brave New World ! Et dans cet océan de lamentables platitudes, il y a à mon sens une acmé, le site de paris "sportifs" Winamax, qui ose décliner ses temps d'antenne (tellement répétés) selon trois formules : c'est un anniversaire, certains sont venus de loin pour le fêter et l'entourer, mais son plus beau cadeau… c'est ce but de Bordeaux… ; c'est la rencontre amoureuse, en face de celle qu'il aime il se dit qu'il a de la chance... car l'Allemagne vient de marquer un but… ; c'est la naissance de son enfant, quelle joie indicible… puisque telle équipe de but vient de se qualifier…</p> <p>Lui, il est complétement disqualifié, pour moi. Le Seigneur nous a appris que le seul péché qui ne trouverait pas rémission, c'est le péché contre l'esprit. Je parie qu'en voilà un, et de taille.</p> <p>Tant à dire encore ! Mais voilà que selon mon horoscope, doctement décliné par dame Haas (ah, celle-là !) il paraît qu'Uranus passe en Taureau. Je ne voudrais donc pas trop charger la barque…</p> https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?post/2018/05/25/De-la-r%C3%A9clame#comment-form https://www.samuelhuet.com/blog/index.php?feed/atom/comments/889