Bérénice par Vaubourdolle, un complément éventuellement utile...

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Ayant eu récemment la bonne fortune de tomber, lors d'une brocante, sur un exemplaire des anciens classiques illustrés Vaubourdolle (on en faisait grand usage, au lycée de mon adolescence) justement consacré à Bérénice, je me mis en devoir de l'acquérir incontinent ("in continenti tempore", pour qu'il n'y ait pas de d'inconvenante méprise me concernant) et ce, pour l'effarante somme de... dix centimes. Dès lors, pourquoi ne pas faire profiter certains lecteurs curieux, voire lettrés, de cette trouvaille ? Quand bien même Bérénice me paraît assez loin des préoccupations immédiates des lycéens de Seconde et Première d'aujourd'hui... À cet égard, la consultation de quelques sujets d'examen proposés dans les années 30 permettra de mesurer l'incroyable hiatus qui s'est opéré depuis ce temps-là (fugit irreparabile tempus) - il est vrai à un moment où 3% seulement, environ, d'une classe d'âge obtenait le baccalauréat...

 

"Si l'histoire de Titus et de Bérénice fait allusion à quelque drame contemporain, c'est bien plutôt aux impossibles amours de Louis XIV et de Marie Mancini."

R. Vaubourdolle

 

 

 

 berenice

 

 

I. Notice sur Racine

 

Jean Racine est né à La Ferté-Milon (Aisne), le 21 décembre 1639.

À deux ans, il perdit sa mère, à quatre ans son père. Il fut recueilli par sa grand-mère paternelle, Marie Desmoulins.

Celle-ci,. qui avait deux sœurs et une fille religieuses à Port­Royal où elle alla les rejoindre après la mort de son mari, fit élever son petit-fils dans les idées jansénistes.

Elle l'envoya au collège de la ville de Beauvais, dirigé par des jansénistes. À seize ans, le jeune Racine fut admis aux Petites­Écoles de Port-Royal, où pendant trois ans il reçut les leçons de l'helléniste Lancelot et du latiniste Nicole. En 1658, il fit sa philosophie à Paris, au collège d'Harcourt.

Ses études finies, Racine va loger chez son cousin Vitart, intendant du duc de Luynes. Là, il voit le monde, fréquente les beaux esprits et les poètes. Lui-même fait beaucoup de petits vers, de sonnets, de madrigaux. En 1660, à l'occasion du mariage du Roi, il publie une ode intitulée La Nymphe de la Seine. Il se lie avec La Fontaine, écrit une tragédie, en ébauche une autre.

Tout cela inquiète et Port-Royal et sa famille. Pour l'arracher à la vie mondaine et à la fréquentation des comédiens, on l'envoie à Uzès, dans le Gard, où l'un de ses oncles, le chanoine Sconin, lui fait espérer un bénéfice ecclésiastique. Racine reste une année dans le Midi, s'occupant moins de théologie que de poèmes et de tragédies.

Revenu à Paris, en 1663, il fait paraître une Ode sur la convalescence du Roi. Il reçoit une gratification de 600 livres, dont il remercie Louis XIV par une autre pièce : La Renommée aux Muses. Il se lie à cette occasion avec Boileau et Molière.

En 1664, Molière joue sur son théâtre du Palais-Royal la première tragédie de Racine : La Thébaïde ou les Frères ennemis. En 1665, le même théâtre donne Alexandre. Mais Racine, mécontent des acteurs de Molière, médiocres dans le tragique, porte sa pièce à la troupe de l'Hôtel de Bourgogne. Ce procédé peu délicat le brouille avec Molière.

En même temps, Racine se croyant visé par une phrase de Nicole traitant d' "empoisonneurs publics" les poètes de théâtre, lance contre ses anciens maîtres de Port-Royal une lettre qui est un chef-d'œuvre d'esprit, mais un acte de la plus complète ingratitude. Il allait en publier une seconde, plus méchante encore, quand Boileau l'arrêta.

Ainsi brouillé avec Port-Royal, Racine s'engage tout entier dans la carrière dramatique. De 1667 à 1674, il donne Andromaque (1667), Les Plaideurs (1668), Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674). En 1673, il était entré à l'Académie française. En 1677, il donna Phèdre, dont le succès est compromis pendant quelques jours par la cabale montée par la duchesse de Bouillon et le duc de Nevers, qui veulent faire triompher la Phèdre et Hippolyte de Pradon.

Dépité, repris par des scrupules de conscience, en proie à des chagrins d'amour, Racine se réconcilie avec Port-Royal, renonce au théâtre, se marie, devient historiographe du Roi, partage son temps entre ses occupations à la cour et l'éducation de ses enfants.

En 1689, Mme de Maintenon lui demande d'écrire pour les jeunes filles de Saint-Cyr quelques scènes sur un sujet religieux. II fait Esther, dont le succès est immense. En 1691, il écrit, à la même intention, Athalie, qui, jouée avec moins d'éclat, ne passe pas alors pour un chef-d'œuvre.

Les dernières années de Racine sont attristées par une demi­disgrâce auprès du Roi, qui lui reproche ses attaches avec Port­Royal. II meurt le 21 avril 1699, laissant sept enfants : cinq filles, dont deux se firent religieuses, et deux fils, Jean-Baptiste et Louis, l'auteur des poèmes de La Grâce et de La Religion.

Outre ses pièces de théâtre, Racine a laissé un Abrégé de l'Histoire de Port-Royal, quelques Fragments historiques, des Épigrammes, quatre Cantiques spirituels et un recueil de Lettres à ses amis et à ses fils.

 

 

II. Notice sur Bérénice

 

2.1.- Origines de la pièce.

 

Si l'on en croit une tradition longtemps acceptée, le sujet de Bérénice aurait été indiqué en même temps à Corneille et à Racine par Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, à qui Racine avait déjà dédié Andromaque. Henriette d'Angleterre aurait ainsi voulu faire représenter, sous le masque d'un événement de l'histoire ancienne, ses amours sans issue avec Louis XIV. Mais comme Corneille n'a pas mis d'Avis au lecteur en tête de sa tragédie, que Racine ne nomme pas Henriette d'Angleterre dans la Préface de la sienne, et qu'on ne peut citer aucune autorité sérieuse à l'appui de cette tradition, il ne faut probablement la considérer que comme une légende. Si l'histoire de Titus et de Bérénice fait allusion à quelque drame contemporain, c'est bien plutôt aux impossibles amours de Louis XIV et de Marie Mancini.

 

2.2.- La rivalité entre Corneille et Racine.

 

Quoi qu'il en soit, la vieille rivalité entre Corneille et Racine se manifesta une fois de plus à cette occasion. Corneille écrivit en effet à la même époque la tragédie de Tite et Bérénice. Outre l'analogie des sujets, il existe entre les deux pièces certaines ressemblances de facture. Il semble que l'un des deux auteurs ait eu connaissance de la pièce de l'autre avant de terminer la sienne ; on ne saurait dire lequel. Mais tandis que la pièce de Racine est simple, régulière, sans coups de théâtre imprévus, toute d'analyse psychologique, celle de Corneille est plus compliquée, d'une intrigue moins vraisemblable et a des personnages plus nombreux.

 

2.3.- Les représentations.

 

Bérénice fut représentée pour la première fois sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le 21 novembre 1670, quelques mois après la mort d'Henriette d'Angleterre. Le succès en fut très grand, et Racine put constater dans sa Préface que la trentième représentation de sa tragédie avait été aussi suivie que la première. Le rôle de Bérénice avait été confié à la Champmeslé, qui avait depuis quelque temps remplacé la Du Parc dans le cœur du poète. Floridor représentait Titus, et Champmeslé Antiochus.

Le Tite et Bérénice de Corneille fut joué huit jours plus tard, le 28 novembre, par la troupe de Molière. Il eut vingt et une représentations, avec des recettes médiocres pour les dernières.

 

2.4.- Les sources.

 

L'histoire ancienne n'avait donné à Racine que peu de renseignements. Suétone, Vie de Titus, chapitre VII, n'a sur le sujet que les quelques lignes citées par le poète en tête de sa Préface. Il ajoute que Titus, ami de Britannicus, avait été fort impopulaire avant de régner. Le Sénat lui reprocha son amour pour Bérénice et le força à renvoyer cette reine en Orient.

Tacite, Histoires, II, 81, dit simplement que Bérénice, "parée des fleurs de l'âge et de la beauté, était agréable même aux vieux ans de Vespasien", mais ne dit pas un mot de Titus.

D'autre part, Bérénice était 1'héroine d'un roman de Segrais (4 volumes, 1648-1650), où l'on trouvait aussi le roi de Comagène, Antiochus, qui servit à Racine. Mais Segrais n'avait pas conduit son ouvrage jusqu'à la séparation de Titus et de Bérénice. Si bien que le vrai sujet restait intact.

 

2.5.- La critique.

 

Les remarques critiques sur la pièce de Racine ne manquèrent pas. La plus célèbre est la Critique de Bérénice (janvier 1671) de l'abbé Montfaucon de Villars. Racine s'y voyait reprocher entre autres choses de n'avoir pas le sentiment de l'histoire, de concevoir mal ses caractères, d'avoir fait moins une tragédie qu'un "tissu galant de madrigaux et d'élégies".

Saint-Évremond (Œuvres, t. III, p. 317-318) reprocha aussi à Racine d'avoir manqué à l'histoire en mettant dans le rôle de Titus "du désespoir", alors qu'il n'y faudrait "qu'à peine de la douleur". Ce fut là une des objections qu'on reprit le plus fréquemment contre la pièce.

En tout cas, la "tendresse" de la tragédie de Racine fut fort goûtée par les gens du monde et surtout par les femmes : Mme Bossuet, belle-sœur de l'orateur et femme fort spirituelle, se déclarait ravie du rôle de Bérénice, et les lettres du temps contiennent plus d'une appréciation aussi louangeuse ; Bussy lui-même, si difficile à son ordinaire, ne trouvait point encore Bérénice assez tendre ni Titus assez passionné.

 

 Mancini

Portrait de Marie Mancini (1639-1715) par Pierre Mignard (1612-1695) - Musée de Berlin

"Il (Louis XIV) aimait éperdument mademoiselle Mancini, l'une des nièces du Cardinal... Mazarin fut tenté de laisser agir l'amour du Roi et de mettre sa nièce sur le trône...
L'attachement pour Marie Mancini fut une affaire importante, parce qu'il l'aima assez pour être tenté de l'épouser et fut assez maître de lui-même pour s'en séparer. Cette victoire qu'il remporta sur sa passion commença à faire connaître qu'il était né avec une grande âme
". (Voltaire, Le Siècle de Louis XIV)

 

 

III. Petit vocabulaire de la tragédie de Racine

 

La tragédie du XVIIe siècle, comme tout genre fortement constitué, possède une langue qui lui est propre. Celle-ci n'est autre que la langue générale de l'époque, avec une prédilection marquée pour certains tours, certaines expressions, un certain ton.

Dans la langue générale du XVIIe siècle, on remarquera la richesse du vocabulaire psychologique et intellectuel, c'est-à-dire l'abondance des mots qui servent à exprimer des sentiments, des dispositions morales, des idées abstraites. On notera également que certains mots avaient un sens plus fort que dans la langue actuelle ; d'autres un sens plus large ou, au contraire, plus restreint. Un grand nombre de termes empruntaient à l'étymologie latine ou à l'usage du vieux français une signification qui s'est, depuis, affaiblie ou effacée.

En outre, la noblesse du genre tragique, la place qu'y tenaient la galanterie et l'amour, l'influence de la société polie et précieuse dont le poète recherchait les suffrages lui imposaient certaines habitudes de langage, notamment l'emploi d'expressions métaphoriques consacrées, dans lesquelles il ne faut pas chercher d'images concrètes et qui n'étaient que des façons de parler.

Il est bon, avant d'aborder la lecture d'une tragédie classique, de se familiariser avec le vocabulaire spécial du genre afin de n'être pas arrêté à chaque vers par des difficultés de langue qui obligeraient le lecteur à quitter le texte pour les notes. Nous avons réuni ci-dessous les mots et les expressions les plus usités dans les tragédies de Racine, dont le sens s'est modifié depuis le XVIIe siècle.

 

 

       
aigrir aviver, envenimer  fier  sauvage, cruel
amitié affection  flatter  donner des illusions
appareil préparatifs pompeux  foi promesse solennelle, promesse d'amour
 arrêter  retenir, retarder  fureur  folie, délire
 assurer  affermir, rassurer  gêner  torturer
 assurer (s') sur  mettre sa confiance dans  génie  dispositions naturelles
 balancer  tenir en suspens, faire contrepoids  impatient  incapable de se contraindre
 bruit  renommée  industrie  adresse, savoir-faire
 captiver  retenir prisonnier  infidélité  ingratitude
 chagrin  vif déplaisir  injure  injustice, tort
 charme  opération, pouvoir magique  injurieux  qui fait tort
 chatouiller  flatter agréablement  inquiétude  incapacité de rester en repos
 climat contrée  intelligence   accord
 colorer  déguiser sous une apparence favorable  jaloux (de) attaché à...
 commettre  confier, exposer  lumière   vie
 conduite  action de conduire  mémoire souvenir
 connaître reconnaître  ménager  employer adroitement
 conseil résolution  misère malheur
 courage cœur  mœurs caractère
 couronner  mettre le comble à...  neveu descendant
 croître (actif)  accroître  noir d'une perfidie atroce
 débris (au sing.)  ruine, destruction  nourrir  élever (qq.), entretenir (qqch.)
 démon divinité tutélaire  objet  1° ce qui est placé devant les yeux ; 2° personne aimée
 dénier refuser  opprimer   accabler
déplorable digne d'être pleuré  perdre  causer la mort de quelqu'un
désoler ravager  perfide  qui trahit la foi jurée
détester maudire  préoccupé  persuadé d'avance, sans preuve
développer débrouiller  présence  aspect
disgrâce malheur  querelle  cause, parti
distraire détourner  race  descendants
écarter séparer  regarder  concerner
éclaircir (qq.) informer  reliques  restes
effet réalité, accomplissement  respirer  aspirer à ; manifester tel ou tel caractère
embrasser prendre en mains, saisir par l'imagination  retirer  donner retraite
ennui très grave affliction, désespoir  sang  race ; affection naturelle
entendre apprendre, comprendre  séduire  entraîner hors du droit chemin
envier  refuser  servir  être esclave
étonner  frapper de stupeur  succéder  réussir
évènement  issue, résultat  succès  issue, résultat
expliquer  développer, exposer en détail  superbe  orgueilleux
fatal  produit par le destin  travail   fatigue, danger
    traverse obstacle

 

 

IV. Dédicace

 

À MONSEIGNEUR COLBERT(1)

SECRÉTAIRE D'ÉTAT, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL DES FINANCES, SURINTENDANT DES BÂTIMENTS, GRAND TRÉSORIER DES ORDRES DU ROI, MARQUIS DE SEIGNELAY, ETC.

MONSEIGNEUR,

Quelque juste défiance que j'aie de moi-même et de mes ouvrages, j'ose espérer que vous ne condamnerez pas la liberté que je prends de vous dédier cette tragédie. Vous ne l'avez pas jugée tout à fait indigne de votre approbation. Mais ce qui fait son plus grand mérite auprès de vous, c'est, MONSEIGNEUR, que vous avez été témoin du bonheur qu'elle a eu de ne pas déplaire à Sa Majesté.

L'on sait que les moindres choses vous deviennent considérables(2), pour peu qu'elles puissent servir ou à sa gloire ou à son plaisir. Et c'est ce qui fait qu'au milieu de tant d'importantes occupations, où le zèle de votre prince(3) et le bien public vous tiennent continuellement attaché, vous ne dédaignez pas quelquefois de descendre jusqu'à nous, pour nous demander compte de notre loisir.

J'aurois ici une belle occasion de m'étendre sur vos louanges, si vous me permettiez de vous louer. Et que ne dirois-je point de tant de rares qualités qui vous ont attiré l'admiration de toute la France, de cette pénétration à laquelle rien n'échappe, de cet esprit vaste qui embrasse, qui exécute tout à la fois tant de grandes choses, de cette âme que rien n'étonne(4), que rien ne fatigue ?

Mais, MONSEIGNEUR, il faut être plus retenu à vous parler de Vous-même ; et je craindrois de m'exposer par un éloge importun à vous faire repentir de l'attention favorable dont vous m'avez honoré. Il vaut mieux que je songe à la mériter par quelque nouvel ouvrage. Aussi bien c'est le plus agréable remercîment qu'on vous puisse faire. Je suis avec un profond respect,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

RACINE.

Notes

(1) Racine, qui devait de la reconnaissance à Colbert, dispensateur de pensions aux gens de lettres, avait déjà fait allusion, dans la dédicace de Britannicus, à ce ministre éclairé, amateur de ses tragédies.
(2) Considérables : dignes d'être considérées.
(3) Le zèle de votre prince : le zèle que vous avez pour votre prince.
(4) N'étonne : ne déconcerte.

 

 

V. Préface

 

Titus reginam Berenicen, cui etiam nuptias pollicitus ferebatur, statim ab Urhe dimisit invitus inuitam(5).

C'est-à-dire que "Titus, qui aimoit passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyoit, lui avoit promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire". Cette action est très fameuse dans I'histoire ; et je l'ai trouvée très propre(6) pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvoit exciter. En effet, nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poètes, que la séparation d'Énée et de Didon, dans Virgile. Et qui doute que ce qui a pu fournir assez de matière pour tout un chant d'un poème héroïque, où l'action dure plusieurs jours, ne puisse suffire pour le sujet d'une tragédie, dont la durée ne doit être que de quelques heures ? Il est vrai que je n'ai point poussé Bérénice jusqu'à se tuer comme Didon(7), parce que Bérénice n'ayant pas ici avec Titus les derniers engagements que Didon avoit avec Énée, elle n'est pas obligée comme elle de renoncer à la vie. À cela près, le dernier adieu qu'elle dit à Titus, et l'effort qu'elle se fait pour s'en séparer, n'est pas le moins tragique de la pièce ; et j'ose dire qu'il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l'émotion que le reste y avoir pu exciter. Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.

Je crus que je pourrois rencontrer toutes ces parties(8) dans mon sujet. Mais ce qui m'en plut davantage, c'est que je le trouvai extrêmement simple. Il y avoit longtemps que je voulois essayer si je pourrois faire une tragédie avec cette simplicité d'action qui a été si fort du goût des anciens. Car c'est un des premiers préceptes qu'ils nous ont laissés. "Que ce que vous ferez, dit Horace, soit toujours simple et ne soit qu'un"(9). Ils ont admiré l'Ajax de Sophocle, qui n'est autre chose qu'Ajax qui se tue de regret, à cause de la fureur où il étoit tombé après le refus qu'on lui avoit fait des armes d'Achille. Ils ont admiré le Philoctète(10), dont tout le sujet est Ulysse qui vient pour surprendre(11) les flèches d'Hercule. L'Œdipe(12) même, quoique tout plein de reconnoissances(13), est moins chargé de matière que la plus simple tragédie de nos jours. Nous voyons enfin que les partisans de Térence, qui l'élèvent avec raison au-dessus de tous les poètes comiques, pour l'élégance de sa diction et pour la vraisemblance de ses mœurs(14), ne laissent pas de confesser que Plaute a un grand avantage sur lui par la simplicité qui est dans la plupart des sujets de Plaute. Et c'est sans doute cette simplicité merveilleuse qui a attiré à ce dernier toutes les louanges que les anciens lui ont données. Combien Ménandre étoit-il encore plus simple, puisque Térence est obligé de prendre deux comédies de ce poète pour en faire une des siennes(15) !

Et il ne faut point croire que cette règle ne soit fondée que sur la fantaisie de ceux qui l'ont faite. Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. Et quelle vraisemblance y a-t-il qu'il arrive en un jour une multitude de choses qui pourroient à peine arriver en plusieurs semaines ? Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d'invention. Ils ne songent pas qu'au contraire toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien, et que tout ce grand nombre d'incidents a toujours été le refuge des poètes qui ne sentoient dans leur génie ni assez d'abondance ni assez de force pour attacher durant cinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l'élégance de l'expression(16). Je suis bien éloigné de croire que toutes ces choses se rencontrent dans mon ouvrage ; mais aussi je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes, et dont la trentième représentation a été aussi suivie que la première.

Ce n'est pas que quelques personnes ne m'aient reproché cette même simplicité que j'avois recherchée avec tant de soin. Ils(17) ont cru qu'une tragédie qui étoit si peu chargée d'intrigues ne pouvoit être selon les règles du théâtre. Je m'informai s'ils se plaignoient qu'elle les eût ennuyés. On me dit qu'ils avouaient tous qu'elle n'ennuyoit point, qu'elle les touchoit même en plusieurs endroits, et qu'ils la verroient encore avec plaisir. Que veulent-ils davantage ? Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-­mêmes pour ne pas croire qu'une pièce qui les touche et qui leur donne du plaisir puisse être absolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher. Toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. Mais toutes ces règles sont d'un long détail, dont je ne leur conseille pas de s'embarrasser. Ils ont des occupations plus importantes. Qu'ils se reposent sur nous de la fatigue d'éclaircir les difficultés de la Poétique d'Aristote ; qu'ils se réservent le plaisir de pleurer et d'ètre attendris; et qu'ils me permettent de leur dire ce qu'un musicien disoit à Philippe, roi de Macédoine, qui prétendoit qu'une chanson n'étoit pas selon les règles : "À Dieu ne plaise, Seigneur, que vous soyez jamais si malheureux que de savoir ces choses-là mieux que moi"(18).

Voilà tout ce que j'ai à dire à ces personnes, à qui je ferai toujours gloire de plaire(19). Car pour le libelle(20) que l'on a fait contre moi, je crois que les lecteurs me dispenseront volontiers d'y répondre. Et que répondrois-je à un homme qui ne pense rien et qui ne sait pas même construire ce qu'il pense ! Il parle de protase(21) comme s'il entendoit(22) ce mot, et veut que cette première des quatre parties de la tragédie soit toujours la plus proche(23) de la dernière, qui est la catastrophe. Il se plaint que la trop grande connoissance des règles l'empêche de se divertir à la comédie. Certainement, si l'on en juge par sa dissertation, il n'y eut jamais de plainte plus mal fondée. Il paroît bien qu'il n'a jamais lu Sophocle, qu'il loue très injustement d'une "grande multiplicité d'incidents"(24) : et qu'il n'a même jamais rien lu de la Poétique, que dans quelques préfaces de tragédies. Mais je lui pardonne de ne pas savoir les règles du théâtre, puisque heureusement pour le public il ne s'applique pas à ce genre d'écrire. Ce que je ne lui pardonne pas, c'est de savoir si peu les règles de la bonne plaisanterie, lui qui ne veut pas dire un mot sans plaisanter. Croit-il réjouir beaucoup les honnêtes gens par ces hélas de poche, ces mesdemoiselles mes règles(25), et quantité d'autres basses affectations(26), qu'il trouvera condamnées dans tous les bons auteurs, s'il se mêle jamais de les lire ?

Toutes ces critiques sont le partage de quatre ou cinq petits auteurs infortunés, qui n'ont jamais pu par eux-mêmes exciter la curiosité du public. Ils attendent toujours l'occasion de quelque ouvrage qui réussisse, pour l'attaquer. Non point par jalousie. Car sur quel fondement seroient-ils jaloux ? Mais dans l'espérance qu'on se donnera la peine de leur répondre, et qu'on les tirera de l'obscurité où leurs propres ouvrages les auroient laissés toute leur vie.

 

Notes

(5) Suétone, Titus, chap. VII : "Titus qui même, il ce qu'on disait, avait promis le mariage à la reine Bérénice, la renvoya aussitôt de Rome, malgré lui et malgré elle". Racine, dans cette citation, a mêlé deux phrases de Sué­tone ; et il n'a pas cité les mots latins que traduit pourtant sa phrase : "qui aimait passionnément Bérénice".
(6) Propre : approprié.
(7) Vir­gile, Énéide, chant IV.
(8) Ces parties : ces éléments, ces caractères nécessaires à la tragédie.
(9) Horace, Art poétique, vers 23.
(10) Philoctète, Œdipe (Roi) : autres tragédies de Sophocle.
(11) Surprendre : prendre par surprise.
(12) Cf. note 10.
(13) Reconnaissances. En particulier, Œdipe, qui se croyait fils de gens obscurs, en la reine de Thèbes Jocaste reconnaît sa mère.
(14) Mœurs : caractères.
(15) Cf. le Prologue de l'Andrienne de Térence.
(16) Il semble bien qu'ici Racine oppose la simplicité d'action de sa tragédie à la complication de celle de Cor­neille.
(17) Ils, se rapporte à quel­ques personnes, expression à valeur masculine : des hommes, des critiques.
(18) Cette anecdote est empruntée à un petit traité de Plutarque : Comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'ami.
(19) On ne sait à quel person­nage Racine fait ici allusion.
(20) Le libelle. C'est la Critique de Bérénice de l'abbé de Villars (Cf. Notice sur Bérénice).
(21) Protase : partie du poème dramatique qui contient l'ex­position du sujet.
(22) Entendoit : comprenait.
(23) Racine semble n'être pas ici de très bonne foi. L'abbé de Villars ne prenait pas la protase pour la partie de la tragédie voisine de la catastrophe ; mais il reprochait à Racine de n'avoir pas présenté dans la protase l'action plus proche du dénouement ; au lieu de montrer Titus prêt à épouser Béré­nice, Racine aurait dû nous le montrer prêt à la quitter.
(24) Ici encore, Racine dénature les propos de l'abbé de Villars, qui avait loué Sophocle d'avoir su "conserver l'unité d'action dans la multiplicité des incidents".
.(25) "Le prince de Comagène, disait de Villars..., a toujours un toutefois et un hélas de poche pour amuser le théâtre". Et plus loin : "J'ai vu Bérénice à l'Hôtel de Bourgogne... J'ai laissé mesdemoiselles les règles à la porte".
(26) Affectations : manières de parler peu naturelles.

 

 

 

VI. APPENDICE : DOCUMENTS

 

6.1.- LE DÉNOUEMENT DE TITE ET BÉRÉNICE DE CORNEILLE

 

[Dans Tite et Bérénice, Corneille a compliqué le sujet dont Racine goûtait l'extrême simplicité. Domitian, frère de Tite, est épris de Domitie, dame romaine que Tite doit épouser après avoir congédié Bérénice.

Au dénouement, contrairement à l'histoire, le Sénat s'est prononcé en faveur du mariage de Tite et de Bérénice; mais celle-ci, contrairement à la vraisemblance, refuse de bénéficier de cette décision. Vainement Tite la presse d'accepter]

 

BÉRÉNICE.

Rome a sauvé ma gloire en me donnant sa voix ;

Sauvons-lui, vous et moi, la gloire de ses lois ;

Rendons-lui, vous et moi, cette reconnaissance

D'en avoir pour vous plaire affloibli la puissance,

De l'avoir immolée à vos plus doux souhaits.

On nous aime : faisons qu'on nous aime à jamais.

D'autres sur votre exemple épouseroient des reines

Qui rr'auroient pas, Seigneur, des âmes si romaines,

Et lui feroient peut-être avec trop de raison

Haïr votre mémoire et détester mon nom.

Un refus généreux de tant de déférence

Contre tous ces périls nous met en assurance.

TITE.

Le ciel de ces périls saura trop nous garder.

BÉRÉNICE.

Je les vois de trop près pour vous y hasarder.

TITE.

Quand Rome vous appelle à la grandeur suprême…

BÉRÉNICE.

Jamais un tendre amour n'expose ce qu'il aime.

TITE.

Mais, Madame, tout cède, et nos vœux exaucés...

BÉRÉNICE.

Votre cœur est à moi, j'y règne ; c'est assez.

TITE.

Malgré les vœux publics refuser d'être heureuse,

C'est plus craindre qu'aimer.

BÉRÉNICE.

La crainte est amoureuse.

Ne me renvoyez pas, mais laissez-moi partir.

Ma gloire ne peut croître, et peut se démentir.

Elle passe aujourd'hui celle du plus grand homme,

Puisqu'enfin je triomphe et dans Rome et de Rome.

J'y vois à mes genoux le peuple et le sénat ;

Plus j'y craignois de honte, et plus j'y prends d'éclat ;

J'y tremblois sous sa haine, et la laisse impuissante ;

J'y rentrois exilée, et j'en sors triomphante.

TITE.

L'amour peut-il se faire une si dure loi ?

BÉRÉNICE.

La raison me la fait malgré vous, malgré moi.

Si je vous en croyois, si je voulois m'en croire,

Nous pourrions vivre heureux, mais avec moins de gloire.

Épousez Domitie : il ne m'importe plus

Qui vous enrichissiez d'un si noble refus.

C'est à force d'amour que je m'arrache au vôtre ;

Et je serois à vous, si j'aimois comme une autre.

Adieu, Seigneur : je pars.

TITE.

Ah ! Madame, arrêtez.

DOMITIAN.

Est-ce là donc pour moi l'effet de vos bontés,

Madame ? Est-ce le prix de vous avoir servie ? J'assure votre gloire, et vous m'ôtez la vie.

TITE.

Ne vous alarmez point : quoi que la Reine ait dit,

Domitie est à vous, si j'ai quelque crédit.

- Madame, en ce refus un tel amour éclate,

Que j'aurois pour vous l'âme au dernier point ingrate,

Et mériterois mal ce qu'on a fait pour moi,

Si je portais ailleurs la main que je vous dois.

Tout est à vous : l'amour, l'honneur, Rome l'ordonne.

Un si noble refus n'enrichira personne,

J'en jure par l'espoir qui nous fut le plus doux :

Tout est à vous, Madame, et ne sera qu'à vous ;

Et ce que mon amour doit à l'excès du vôtre

Ne deviendra jamais le partage d'une autre.

BÉRÉNICE.

Le mien vous auroit fait déjà ces beaux serments,

S'il n'eût craint d'inspirer de pareils sentiments :

Vous vous devez des fils, et des Césars à Rome,

Qui fassent à jamais revivre un si grand homme.

TITE.

Pour revivre en des fils nous n'en mourons pas moins,

Et vous mettez ma gloire au-dessus de ces soins.

Du levant au couchant, du More jusqu'au Scythe,

Les peuples vanteront et Bérénice et Tite ;

Et l'histoire à l'envi forcera l'avenir

D'en garder à jamais l'illustre souvenir.

Tite et Bérénice, Acte V. scène V.

 

 

 

6.2.- QUESTIONS SUR BÉRÉNICE

 

ACTE 1

1. Pourquoi Antiochus, dès le début de la pièce, décrit-il le lieu de la scène?

2. Quel rapport y a-t-il entre ce lieu et l'action ?

3. Quelles impressions diverses l'aspect des lieux doit-il faire sur Antiochus ?

4. Comment le monologue de la scène II nous fait-il connaître à la fois les faits nécessaires à l'exposition et les sentiments du personnage ?

5. Quelle détermination prend Antiochus ? Est-elle naturelle ?

6. Quel sens donne-t-il à sa fidélité (vers 46) ?

7. Quel intérêt présente pour Antiochus le récit d'Arsace (scène III) ?

8. Comment Arsace remplit-il son rôle de confident en amenant Antiochus à expliquer ses sentiments ?

9. Pourquoi Antiochus ne répond-il pas plus nettement aux conseils d'Arsace ?

10. Comment les premières paroles de Bérénice trahissent-elles son caractère ?

11. L'intérêt qu'elle témoigne à Antiochus est-il sincère ? Est-ce un artifice de coquetterie ?

12. Expliquez l'intérêt que Bérénice prend à la politique de l'empereur (vers 164-177).

13. Montrez la délicatesse des sentiments d'Antiochus dans cette scène.

14. Comment s'explique l'exclamation de Bérénice au vers 209 ? _ 15. Étudiez l'expression de la mélancolie dans le rôle d'Antiochus.

16. Y a-t-il dans ce personnage des traits de dignité royale ? Lesquels ?

17. Quel est le caractère de la réponse de Bérénice (vers 260-272) ?

18. Opposez, dans la scène v, le caractère pratique de Phénice et les illusions de Bérénice.

19. Pourquoi Racine, dans cette scène, a-t-il fait tracer par Bérénice la scène historique de l'apothéose ? Montrez le caractère artistique de cette évocation.

ACTE II

1. Quels sont les deux soucis différents qui occupent l'esprit de Titus dans la première scène ? Comment permettent-ils de pressentir le caractère de Titus et l'action qui va s'engager ?

2. Relevez, dans la scène II, tout ce qui se rapporte à la politique romaine sous l'empire.

3. Pourquoi Titus évoque-t-il le souvenir de Néron ?

4. Comment Racine a-t-il fait du peuple romain anonyme et invisible un véritable personnage de la pièce ?

5. Paulin est-il un simple confident ? Ne joue­t-il pas auprès de Titus le rôle de Burrhus auprès de Néron ?

6. Quelles sont les idées politiques de Paulin ? Sur quelles idées morales sont-elles fondées?

7. Quels sont les différents éléments qui entrent dans l'amour de Titus pour Bérénice ?

8. Expliquez le conflit qui divise son âme ? Quelle est la véritable cause de son hésitation ?

9. Que signifie : "renoncer à moi-même" (vers 464) ?

10. Étudiez la progression des sentiments dans les trois dernières tirades de Titus.

11. L'attitude de Titus dans la scène IV est­-elle conforme à ce que nous avait fait prévoir la scène Il ?

12. Marquez la différence du ton entre Bérénice et Titus. Le reproche de froideur (vers 590) est-il justifié ?

13. Comment s'explique le regret formulé par Titus au vers 600 ?

14. Pourquoi Titus est-il incapable de faire l'aveu auquel il s'est décidé ?

15. D'après la scène v, pensez-vous que Bérénice a compris la véritable raison de l'attitude de Titus ?

16. Quelle autre raison imagine-t-elle et pourquoi s'y arrête-­t-elle ?

ACTE III

1. Pourquoi Racine a-t-il donné la même noblesse de sentiments à Titus et à Antiochus ? Comment cela apparaît-il dans la première scène ?

2. Pourquoi Titus est-il étonné du brusque départ d'Antiochus ? Quelles conjectures peut-il faire à ce sujet ?

3. Qu'y a-t-il de dramatique dans cette idée de faire annoncer par Antiochus à Bérénice la décision de Titus ?

4. Comment Titus justifie-t-il sa décision auprès d'Antiochus ? Laisse-t-il voir exacte ­ment tous ses sentiments ?

5. Quelle destinée imagine-t-il pour Bérénice ?

6. Étudiez dans la scène II le conflit des sentiments chez Antiochus.

7. Quel rôle Arsace joue-t-il auprès d'Antiochus ? À quels sentiments fait-il appel pour stimuler son énergie ?

8. Par quels différents sentiments Bérénice passe-t-elle au cours de la scène III ?

9. Montrez l'embarras d'Antiochus, ses hésitations, sa délicatesse.

10. Par quel argument Bérénice le décide-t-elle à parler ?

11. Antiochus s'acquitte-t-il exactement de sa mission ? Rend-il fidèlement les sentimcnts et les paroles de Titus?

12. Quel est le sentiment dominant de Bérénice en apprenant cette nouvelle de la bouche d'Antiochus ?

13. Expliquez le désespoir d'Antiochus dans la scène IV.

14. Les conseils que lui donne Arsace sont­-ils raisonnables ?

15. Pourquoi Antiochus ne peut-il pas les suivre ?

ACTE IV

1. Par quel procédé est rendue l'impatience de Bérénice dans le court monologue du début ?

2. Comment se justifient les entrées et les sorties des personnages dans les scènes II à V ?

3. À quel souci obéit Phénice dans la scène II ? Pourquoi Bérénice cède-t-elle à son conseil ?

4. Quelle est l'utilité du monologue de Titus ? - 5. Faites le plan de ce monologue, en montrant comment il a le caractère d'une délibération.

6. Quelles préoccupations nouvelles notez-vous chez Titus par rapport à l'acte II ?

7. À quel monologue chez Corneille vous fait songer celui-ci ?

8. Dans la scène v, Bérénice et Titus vous semblent-ils avoir la même valeur morale ?

9. Montrez la netteté et la fermeté de Bérénice dès ses premiers mots.

10. Quel est le ton de Titus dans la tirade 1045-1061 ? Qu'est-ce qui trahit son embarras ?

11. La réponse de Bérénice (vers 1062-1086) est-elle sincère ? est-elle habile ?

12. Quels sont les mots importants dans la seconde tirade de Titus ? Comment ces mots expliquent-ils sa conduite ?

13. l.e ton de Bérénice ne change-t-il pas à partir du vers 1103 ? Pourquoi ?

14. Relevez dans cette tirade (vers 1103-1121) les accents de la mélancolie.

15. Quel contraste fait avec ces accents la réplique de Titus ?

16. Pourquoi évoque-t-il le souvenir des anciens Romains ?

17. Pourquoi Bérénice, si sensible au début de la pièce à la grandeur de la majesté romaine, n'est-elle plus touchée par ces souvenirs ?

18. Quel caractère donne-t-elle à sa vengeance ? Expliquez le vers 1190.

19. Comment Paulin s'y prend-il pour détourner Titus de sa douleur ?

20. Que pensez-vous de l'intervention d'Antiochus (scène VII)?

21. Quel est l'intérêt dramatique de la nouvelle apportée par Rutile ? En quoi contribue-t-elle à précipiter le dénouement ?

ACTE V

1. l.es nouvelles apportées par Arsace justifient-elles l'espoir ou la crainte chez Antiochus ?

2. Avec quelle habileté Racine maintient-il le spectateur dans l'incertitude ?

3. Comment expliquez-vous l'attitude de Titus dans la scène III ?

4. Comment ses paroles justifient-elles la résolution d'Antiochus dans la scène IV ?

5. Quel contraste y a-t-il entre la première partie de la scène V et la seconde partie ?

6. Bérénice est-elle aussi maîtresse d'elle-même dans cette scène qu'à l'acte précédent ? Marquez et expliquez la différence dans le sentiment et dans le ton.

7. À quoi est dû le revirement qui se produit chez Titus dans la scène VI ?

8. Comparez sa conduite et son langage dans cette scène et dans la scène V de I'acte IV.

9. D'après la tirade 1363-1422, étudiez le sentiment de l'honneur chez Titus.

10. Comment ce discours de Titus peut-il toucher Bérénice et la préparer au sacrifice ?

11. Pourquoi Titus souhaite-il qu'Antiochus soit témoin de ses adieux à Bérénice ?

12. Quel est l'intérêt du tardif aveu qu'Antiochus fait à Titus de son amour pour Bérénice ?

13. À quel sentiment obéit Bérénice quand elle interrompt Antiochus (vers 1469) ?

14. Montrez le caractère élégiaque des adieux de Bérénice.

15. Le dénouement est-il vraiment tragique ? Sur quelle impression laisse-t-il le spectateur ?

QUESTIONS GÉNÉRALES

1. À propos de Bérénice, Racine a parlé de "cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie". Essayez de justifier cette expression.

2. À quoi tient la simplicité de Bérénice ? En quoi cette simplicité est-elle tragique?

3. Y a-t-il véritablement une action dramatique dans Bérénice ? Par quoi est conduite cette action ?

4. Quel usage Racine a-t-il fait de l'histoire dans sa tragédie ?

5. Quelle idée pouvez-vous vous faire du caractère et de la politique romaine d'après Bérénice ?

6. D'après Bérénice, montrez en quoi une tragédie de Racine diffère d'une tragédie de Corneille.

7. Peut-on tirer une leçon de morale de Bérénice ? Peut-on parler de l'héroïsme des personnages ?

8. Qu'est-ce qui fait la grandeur du caractère de Bérénice ? De quels autres personnages de Racine pouvez-vous la rapprocher ?

9. Voyez-vous quelque rapport entre cette tragédie de Racine et ce que vous connaissez des mœurs du XVIIe siècle?

10. Que veut-on dire quand on définit Bérénice "une élégie dramatique" ?

11. Quelles qualités principales trouvez-vous au style de Racine dans Bérénice ?

12. Y a-t-il dans cette pièce des passages qui ont frappé votre imagination ? Lesquels ?

 

 

6.3.- SUJETS DE COMPOSITIONS FRANÇAISES PROPOSES AUX EXAMENS

 

1. - Corneille écrit dans la préface d'Héraclius : "Le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable".

Racine écrit dans la préface de Bérénice : "Il n'y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie".

Que voulait dire chacun des poètes ? Et dans quelle mesure les deux phrases s'opposent-elles?

Bacc. Korça (Albanie), 1934.

2. - Quelle est la pièce la plus racinienne de Racine ?

Bacc. Grenoble, 1931.

3· - "Toute l'invention, dit Racine, consiste à faire quelque chose de rien".

Expliquer cette phrase par une étude de son théâtre.

Bacc. Alger, 1928.

4· - "Il y avait longtemps que je voulais essayer si je pourrais faire une tragédie avec cette simplicité d'action qui a été si fort du goût des anciens... Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d'invention. Ils ne songent pas qu'au contraire toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien... " Racine, Préface de Bérénice. Expliquez cette déclaration de Racine.

Bacc. Toulouse, 1927.

5· -"Si notre cœur, écrivait Beaumarchais, entre pour quelque chose dans l'intérêt que nous prenons aux personnages de la tragédie, c'est moins parce qu'ils sont héros ou rois que parce qu'ils sont hommes et malheureux".

Vous commenterez ce jugement et vous montrerez comment on peut l'appliquer au théâtre de Racine.

Bacc. Aix-Marseille, 1929.

6. - On sait que Louis XIV aimait à donner devant les ambassadeurs des puissances étrangères des fêtes capables de leur laisser la plus haute idée de la civilisation française. Vous supposerez qu'après une de ces fêtes où aura été représentée une comédie de Molière ou une tragédie de Racine, un ambassadeur écrit à un de ses collègues pour lui exprimer toute son admiration.

Bacc. Hanoï.

7·- Montrez, en empruntant des exemples aux pièces que vous connaissez, le rôle que les monologues et les confidents ou confidentes jouent dans la tragédie classique.

Bacc. Alexandrie, 1933.

8. -- Des trois grands poètes de la génération classique : La Fontaine, Molière, Racine quel est celui que vous aimez le mieux ? On demande une réponse sincère et motivée.

Bacc. Lyon, 1934.

9. - Taine, dans un artrcie fameux, s'est efforcé de démontrer que le principal intérêt des personnages de Racine tenait à leur ressemblance avec des hôtes du Versailles de Louis XIV. Les héros et les héroïnes de Racine vous paraissent-ils en effet des documents, et cet intérêt historique est-il le seul qu'ils présentent selon vous ?

Bacc. Bordeaux, 1931.

10. - Qu'est-ce que les "confidents" de notre théâtre classique ? Quelle est leur raison d'être ? Quels arguments peut-on alléguer contre leur emploi ?

Bacc. Toulouse, 1928.

11. - Montrez les mérites du peintre du cœur féminin chez Racine en analysant un des personnages de son théâtre, à votre choix.

Bacc. Caen, 1929.

12. - Des monologues dans la tragédie classique. Essayez d'en établir un classement général en prenant des exemples précis. Montrez-en l'utilité.

Bacc. Toulouse, 1928.

13. - 1° Analysez très brièvement (une page au maximum) une tragédie classique et un drame romantique.

2° Faites ressortir les différences profondes qui séparent les deux pièces analysées.

a) Pour la conduite de l'action ;

b) Pour l'étude des caractères.

3° Laquelle de ces deux œuvres préférez-vous ? Développez avec précision les raisons de cette préférence.

Bacc. Rennes, 1927.

14. - Quelles différences essentielles voyez-vous entre une tragédie de Racine et un drame de Victor Hugo ?

Bacc. Strasbourg, 1934.

15. - Comment expliquez-vous que les premiers romantiques aient affecté d'avoir plus d'admiration pour Corneille que pour Racine ?

Bacc. Paris, 1925.

16. - Montrez, en choisissant les exemples que vous connaissez le mieux, que la tragédie a subi de Corneille à Racine des modifications profondes ; que, tandis que les sujets de Corneille sont exceptionnels, extraordinaires, ceux de Racine sont communs et, aux noms près, empruntés à la vie de tous les jours.

B. S. Grenoble.

17. - Montrez en quoi consiste la noblesse et la grandeur d'âme des principaux personnages de Bérénice. Leur vertu est-elle identique à celle des héros cornéliens ? Dégagez de votre comparaison les caractères essentiels de la psychologie dans le théâtre de Corneille et dans celui de Racine.

B. S. Rennes, 1933.

18. - Vous avez lu une tragédie de Racine. Sous forme de lettre adressée soit à un de vos maîtres, soit à vos parents, soit à un camarade de votre âge, vous donnerez votre impression sincère. Vous supposerez que votre correspondant connaît déjà la pièce dont vous l'entretenez. Il sera donc inutile de présenter une analyse.

B. E. Besançon, 1930.

 

 

© R. Vaubourdolle, Appareil critique de Bérénice, Classiques illustrés Vaubourdolle, Hachette, 1935

 

 

René Vaubourdolle (1894-1979), ancien élève de l'ENS, Agrégé des Lettres(1920)