XLVI. Pascal et l'invention de la brouette

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Ouvrier, quand tu travailles au milieu de tes instruments, tu n'es point aussi seul que tu pourrais le croire : tous les inventeurs des outils qui abrègent ta peine, quand même ils seraient morts depuis longtemps, ne continuent-ils pas à faire une part de ta besogne ? Que de compagnons et d'amis tu as sans t'en douter !

 

 

Pascal et l'invention de la brouette. - Les avantages de la civilisation.

 

 

M. Edmond - Je vous ai donné, mes enfants, un exemple de grandes inventions faites par de pauvres ouvriers ; je vais aujourd'hui vous parler d'une invention plus modeste qui fut l'œuvre d'un grand savant. Quand vous étiez encore tout petits, vous avez eu probablement parmi vos joujoux une petite brouette, que vous vous amusiez à remplir de sable ou de pierres avec une pelle et que vous traîniez ensuite.

- Oh, monsieur, dit Henri, je connais cela, et je me suis souvent amusé de cette manière.

- Les ouvriers se servent tous de brouettes , dit Francinet; c'est bien moins lourd qu'une charrette, et c'est bien plus commode que s'il fallait porter les choses avec les bras ou sur le dos. Mais, monsieur, est-ce que cela n'a pas toujours été connu ?

M. Edmond. - Non, mon cher Francinet. Quoique la chose semble si facile aujourd'hui , elle n'en est pas moins due aux calculs d'un grand génie. L'inventeur est l'illustre Pascal, né à Clermont. Tu connais Pascal, n'est-ce pas, Henri ? N'est-il pas digne d'être proposé comme modèle à tous les enfants par son amour travail et de la science ?

Henri. - Oui, monsieur, vous m'avez dit qu'il étonna de bonne heure ses parents par sa passion pour les mathématiques. A 14 ans, sans avoir encore appris la géométrie, il s'amusait tout seul à tracer des figures, à les mesurer. Il faisait sur le sable ou le papier des lignes et des cercles qu'il appelait des barres et des ronds, et il avait retrouvé à lui seul des choses très difficiles, autrefois trouvées les grands géomètres. A 16 ans, il avait déjà fait des découvertes, et il en a fait un grand nombre dans sa vie.

M. Edmond. - Oui, mon ami, et parmi celles-ci on place l'invention de la brouette, instrument que les menuisiers n'ont pas peine à faire et qui ne coûte pas bien cher. Le difficile était de l'inventer.

Nous, nous jouissons gratuitement de cette invention ; car ce que nous payons en achetant une brouette, c'est le bois et le travail de l'ouvrier ; mais nous ne payons point du tout l'idée et les calculs de Pascal.

Tels sont les bienfaits de l'intelligence : quoiqu'ils aient coûté à l'origine bien des efforts, nous en jouissons gratuitement, comme de l'air qui nous entoure, de la lumière qui nous éclaire et de toutes les richesses que la nature met à notre disposition.

A l'origine, l'humanité ignorante était pour ainsi dire plongée dans la nuit. Chaque idée nouvelle, chaque invention de la science ressemble à une étoile plus ou moins brillante qui, une fois suspendue au firmament, ne cessera plus de briller pour tous : autant de vérités découvertes, autant d'étoiles qui rendent la nuit de moins en moins obscure. Tout le monde profite de leur lumière ; tout le monde aussi peut les voir et apprendre à les reconnaître : elles répandent gratuitement sur tous leur bienfaisante clarté.

Comme nous jouissons du travail de nos pères, nos descendants jouiront de notre travail.

C'est ce progrès de l'intelligence, de l'industrie et de la moralité, qu'on nomme civilisation.