Dominici libéré : Justice bafouée, consciences révoltées

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Ou les opinions (unanimes) de braves Maires (et de Maires braves) de la campagne bas-alpine

 

"Les Français ont déjà innocenté mon grand-père". (Alain Dominici).

 

 

Voire ! Il est plus facile de ressasser des rengaines que de prouver ses dires. Fidèle à la méthode enseignée par son conseil, le petit-fils du Patriarche entonne sans arrêt les mêmes discours. La méthode Coué, peut-être, a du bon. Mais dans le cas qui nous occupe, mieux vaut apporter des preuves solides. Ce que ne fait pas, et pour cause, le site que le petit-fils a fait bâtir, dit-il, à la gloire de son grand-père. Pour l'édification ébaubie des accros de TF1. Mais curieusement, alors qu'il possède beaucoup de cartes en mains, il ne nous sort aucun atout : les documents qu'il nous présente, souvent tronqués d'ailleurs - et sur lesquels il appose systématiquement son copyright, ce qui est à la fois comique et inquiétant - sont parfaitement secondaires et accessoires.

Au fait, on se méprendrait gravement à juger agressifs les termes que j'utilise. Chacun peut faire de l'information, même si, à la limite, c'est sous forme de désinformation. Mais personne n'a le droit, pour tenter de conjurer un sort qui est, il faut le reconnaître, particulièrement funeste, de traiter d'immonde manière ceux qui avaient pour seule tâche de défendre la société, et le firent avec un réel brio - oui, brio, malgré qu'on en ait ! Il n'y a donc pas agression, mais indignation un temps stupéfiée.
Prenons un seul exemple. Soit l'intéressante émission, contradictoire, d'Yves Calvi (sur la Cinq), consacrée le 5 juin 2003 au sujet qui nous occupe. Revoyez-la tranquillement, en vous attachant aux propos de Reymond (car il vaut mieux oublier ceux de son compère). Reymond parle avec une sûreté impressionnante, par exemple de la "secrétaire de Drummond retrouvée noyée dans le port de Dieppe". Comment ne pas songer que ce fait nouveau, qu'on nous sert avec l'accent de la vérité la plus crue (et la plus tue, jusque là), est un signe de plus de la fourberie des enquêteurs réunis pour accabler un pauvre vieillard innocent ? Mais chacun sait - et Reymond le premier - qu'il n'y a jamais eu de secrétaire noyée dans le port de Dieppe. En revanche, il y a bien eu une institutrice anglaise, amoureuse des randonnées à bicyclette et y consacrant ses vacances ; une institutrice nommée Janet Marshall, qui croisa malheureusement le chemin d'un sadique, du côté d'Amiens (c'était fin août 1955). Et la police, après avoir suivi mille pistes accessoires, finit par mettre la main sur le coupable, après tout de même cent trente-huit jours d'enquête. Il se trouve que cette jeune femme exerçait dans la ville où résidaient les Drummond. Et alors ? Carignon habite tout près d'ici : allez-vous en tirer la conclusion que j'épouse ses thèses ? Que nous sommes copains comme cochons ?
Mais suivons un instant le raisonnement reymondien, et admettons le coup de la secrétaire : peut-on alors imaginer une seconde que les espions venus du froid auraient attendu trois ans pour aller exécuter, à Dieppe ou ailleurs, une collaboratrice proche du savant, et donc vraisemblablement détentrice de ses secrets, petits ou grands ? Allons, c'est tout juste une gaminerie. Bon, je vais tout de même faire un geste, je consens, pour faire plaisir à Reymond, à dire que la malheureuse Janet Marshall fut retrouvée noyée, avec son vélo, dans le port d'Amiens. Et que les Picards me pardonnent.
Et vous voyez la méthode, qui peut décourager la bonne foi : pour contrer une seule parole proclamée d'Évangile, il faut tout un texte de preuves contraires.
Mais poursuivons : le fieffé mensonge à propos de la "secrétaire de Drummond", qui figure en toutes lettres dans la nouvelle requête de nos compères Dominici-Reymond ( "Lettre ouverte pour la révision", ouvrage opportunément paru, c'est sans doute une coïncidence, au milieu de l'incroyable battage médiatique ayant accompagné le tournage, puis la diffusion du téléfilm de TF1) est dénoncé avec véhémence, en direct, sur Odyssée, au cours de l'émission "L'affaire Dominici, ses mystères, ses impasses, ses mensonges" (28 novembre 2003). Jean-Charles Deniau démontre, pour de trop rares téléspectateurs hélas, l'inanité de ce minable ragot, avec des preuves irréfutables. Mais l'ineffable Collard, en face, ne se démonte nullement (comme tout avocat, il a réponse à tout, n'est-ce pas) : "Il n'a jamais été procédé par voie d'affirmations". Et Reymond de renchérir : "C'est une question... Je ne fais que poser une question". Et Collard croit clouer le bec de Deniau : "On a demandé à la Commission [de révision] d'aller vérifier ce point... elle n'a pas cherché à répondre". Eh bien, repassez-vous l'émission d'Yves Calvi ("C'est dans l'air"), citée au départ de cette incidente, et vérifiez par vous-mêmes si Reymond procède par questions, ou par péremptoires affirmations...

 

 

Et maintenant, à propos de preuves, voyons quelques textes que le petit-fils a oublié de mettre en ligne, avec ou sans copyright. Simple oubli, je vous assure, car il va de soi que le peuple français a déjà innocenté Dominici. Ces textes, ce sont les avis que le Préfet souhaitait recueillir auprès des élus les plus proches des lieux du triple crime. Écoutons-les donc, s'adresser à nous, d'outre-tombe :

 

 

I. Mairie de Peyruis                                   République française



le Maire de Peyruis

à Monsieur le Sous-préfet Forcalquier


En réponse à votre lettre confidentielle par laquelle vous me demandez de vous faire connaître la réaction de la population touchant à la libération de Gaston Dominici, il apparaît que celle-ci en général s'abstient de tout commentaire, surtout en raison de la grande sympathie qu'elle porte à la famille de Clovis Dominici décédé, c'est-à-dire à sa veuve, sa fille, son fils et son gendre.

Néanmoins il ressort une impression de mécontentement qui se manifeste discrètement.

 

 

Veuillez agréer,...

 

 

Le Maire,

Jourdan

 

 

 

 

II. Mairie de Ganagobie                             République française

 

 

Le 19 juillet 1960

 

CONFIDENTIEL le Maire de Ganagobie à

 

Monsieur le Sous-préfet de Forcalquier

 

Comme suite à votre demande de renseignements concernant la libération de Gaston Dominici, j'ai l'honneur de vous informer que les quelques habitants qui demeurent à Ganagobie sont hostiles à cette libération.


Veuillez agréer,...

 

Le Maire
Garcin

 

 

 

 

III. Mairie de La Brillanne

 

 

Objet : Libération

de G. Dominici
République française
Monsieur le Sous-préfet

de Forcalquier

 

La Brillanne le 21 juillet 1960

 

Comme suite à votre lettre du 16 courant, j'ai l'honneur de vous faire connaître les réactions de la population devant la récente libération de Gaston Dominici.

On ne s'explique pas ce geste de mansuétude inconsidérée.

S'il y a eu erreur judiciaire, dit-on, ou s'il existe quelque doute sur la véritable culpabilité du vieux Dominici, que cela soit dit clairement.

Car jusqu'à preuve du contraire, pour la grande majorité le jugement de la cour d'assises de Digne reste valable ; et G. Dominici demeure aux yeux de tous un abominable assassin. En particulier, le meurtre d'une innocente petite fille, affolée et implorante, le fait apparaître comme une sauvage brute, dénuée de tout sentiment humain, un vrai monstre.

À lui seul ce forfait est inexpiable.

On a invoqué le grand âge du vieillard ; mais s'il y a lucidité l'âge ne saurait être une excuse, ni pour commettre un crime, ni pour échapper à son juste châtiment.

Il y a aussi le scandale de la Presse qui fait jouer au sinistre vieillard le rôle d'une grande vedette. De longues colonnes lui sont consacrées. De multiples photographies s'étalent complaisamment en première page et montrent au monde entier scandalisé le ricanement cynique du "libéré".

Et c'est à peine, si ces mêmes journaux mentionnent au même moment la disparition du très grand savant qu'a été le Duc de Broglie !(1)

Enfin, que dire de ces foules qui accourent à nouveau sur les lieux du crime, attirées par une curiosité morbide et à la recherche de troubles sensations ?

En conclusion, la libération inconditionnelle de Gaston Dominici est vivement critiquée par l'ensemble de la population. Cette libération qui bafoue la justice et révolte les consciences est, de l'avis unanime, une lourde erreur morale et psychologique.

 


Le Maire
Granier

 

 

 

 

IV. Département des Basses-Alpes                       République française

 

Mairie de Lurs

 

Le 23 juillet 1960

 

Le Maire de Lurs

 

Confidentiel à Monsieur le Sous-préfet de Forcalquier

 

Monsieur le Sous-préfet,

 

Comme suite à votre lettre du 16 juillet écoulé, j'ai l'honneur de vous informer que la libération de Gaston Dominici a produit une certaine effervescence dans ma commune, où les esprits qui lui sont hostiles sont loin de se calmer.

La population n'arrive pas à comprendre les motifs qui ont pu amener la libération du condamné, coupable du triple crime de Lurs.

Á la suite de cette libération qui, aux yeux de tous, n'aurait jamais dû avoir lieu, il serait souhaitable qu'une résidence hors de la commune de Lurs soit imposée à Gaston Dominici.

Pour ma part, j'entends dégager ma responsabilité de tout événement malheureux qui pourrait se produire à la suite du retour du vieux condamné à la Grand'Terre à Lurs.

 

Croyez, Monsieur le Sous-préfet,……..

 

Le Maire,

Estoublon

 

 

 


Note

(1) Mort le 14 juillet 1960, Maurice de Broglie (Paris, 1875), d'abord militaire de carrière, puis devenu l’un des grands maîtres français de la physique expérimentale, était un de ces esprits supérieurs dont chaque siècle ne possède que peu d'exemples.

 

aster

 

 

 

Puisse ce rafraîchissement de mémoire n'être pas inutile !