Questions et controverses sur l'Affaire Dominici (3)

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"L'un des droits les plus précieux de l'être humain est celui de communiquer librement sa pensée et ses opinions. Nulle loi ne doit restreindre arbitrairement la liberté de parole ou de presse. Mais celle-ci ne peut être exercée par des entreprises médiatiques qu'à condition de ne pas enfreindre d'autres droits tout aussi sacrés, comme celui, pour chaque citoyen, de pouvoir accéder à une information non contaminée. À l'abri de la liberté d'expression, les entreprises médiatiques ne doivent pas pouvoir diffuser des informations fausses, ni conduire des campagnes de propagande idéologique, ou autres manipulations"
(Ignacio Ramonet, "Le cinquième pouvoir", in Le Monde diplomatique, n° d'octobre 2003, p. 26).

"Rien n'a été inventé, jure le réalisateur Pierre Boutron. Nous n'avons pas pris de liberté par rapport à l'histoire, nous avons été très rigoureux par rapport à la façon dont les choses se sont passées. Ce n'est pas une fiction"
(d'après La Voix du Nord, du 21 octobre 2003).

"Qu'est-ce qu'une fiction historique ? C'est une fiction qui respecte les cadres généraux d'une vie, d'une biographie, d'une histoire, et qui, forcément, pour les besoins de la fiction, théâtralise, scénarise, un certain nombre de choses… Nous n'avons pas prétendu [que toutes les scènes présentées dans le film] se sont passées de cette façon-là... il y a des procédés scénaristiques (sic)" (
Christian Charret, producteur du téléfilm, dans l'émission Arrêt sur l'image, 26 octobre 2003).

"Jusqu'où peut-on aller dans les accommodements avec la vérité historique ?"
(Daniel Schneiderman, dans l'émission Arrêt sur l'image, 26 octobre 2003).

 

 

Comme l'ouvrage de Dominique Labarrière (lequel aurait mieux fait de continuer à écrire des poèmes) prétendant nous expliquer "Comment cet homme fut assassiné" (il s'agit de l'ancien Premier ministre Bérégovoy), ou celui, extravagant (selon le mot du Monde) de Thierry Meyssan (l'Effroyable imposture), prétendant que les attentats du onze septembre 2001 n'ont jamais existé, et sont pure invention des Américains pour mieux asseoir leur emprise sur la planète, l'ouvrage de Reymond, qu'il vient d'avoir l'audace de rééditer, participe de cette littérature de gare pour gogos et ménagères de plus de cinquante ans, dont l'esprit naïf et peu organisé en est resté à l'état d'enfance, peut-être à l'état théologique, comme disait Auguste Comte. Ces gens-là sont prêts à avaler n'importe quel bobard, pourvu qu'on le leur serve entouré d'un épais mystère, et bourré de facteurs émotifs ("Vive le mélodrame où Margot a pleuré"). À quand, dans cette triste série, l'ouvrage (produit après une enquête en profondeur de plusieurs années) sur l'assassinat de la "princesse" Diana par des agents à la solde - par exemple - de son ex-époux ? Justement, à propos de la princesse people, je lis dans Le Monde du 28 octobre que "son souvenir... n'en finit pas de faire vendre du papier et d'enrichir les indélicats". Je me demande si on ne pourrait pas appliquer ailleurs cette formule ?

Pour en revenir à Reymond, l'indéniable succès de son ouvrage démontre à quel point les Français sont peu cartésiens, en dépit de leur réputation, si nettement surfaite. Car un simple raisonnement sur l'état exact de l'arme qui servit à perpétrer le triple crime suffit, à l'exclusion de toute autre preuve, à écarter définitivement et irrémédiablement, si l'on y réfléchit un tant soit peu, l'hypothèse rocambolesque de tueurs étrangers venus on ne sait d'où (enfin si, de l'Est). Les communistes eux-mêmes, inventeurs de ce grotesque bobard pour venir à la rescousse de sympathisants en fâcheuse posture, avaient bien vu la faiblesse de leur argumentation (sans doute étaient-ils 'aux ordres', mais ils n'étaient pas foncièrement malhonnêtes). C'est pourquoi, prenant en compte l'état de l'arme et ses réparations de fortune (sauf erreur et/ou omission : garde-main absent, collier en alu pour maintenir le canon sur le fût, câble de frein de vélo fixant le pontet, croisillon permettant la visée remplacé par une autre pièce d'alu), ils en vinrent à écrire qu'il s'agissait peut-être là d'une "suprême habileté" du tueur pour égarer les recherches (La Marseillaise, lundi 13 octobre 1952). L'argument fait sourire, certes. Au moins essaie-t-il, même maladroitement, de ne pas nier cet aspect incontestable des indices.

Et pour réfléchir ainsi, point n'est besoin d'avoir suivi fût-ce de vagues études en Sorbonne. Ah ! Ces "documents troublants" que nous apportait "l'enquête" du journaliste free-lance, ah ce livre dont on nous disait sans rire que, pour l'écrire, son auteur avait dû mener une enquête en profondeur de plusieurs années... Ah ! Ces journalistes totalement dépourvus d'esprit critique, et qui se copient les uns sur les autres(1) ! Ah ce mépris du citoyen de base, à qui on raconte des sornettes qu'on ne prend surtout pas le temps de vérifier ! Mais sans doute Reymond et les siens sont-ils allés trop loin. Cette fois, enfin, des gens du métier ont repris son "enquête" pour la démonter férocement : "Dominici non coupable est le livre d'un mythomane", s'écrie, preuves en mains (cette fois, c'est le cas de le dire), Jean-Charles Deniau ; "ce livre est une imposture", ajoute-t-il, "du début à la fin"(2). Mais quand il offre de sortir ses nombreuses preuves, on ne lui donne pas le temps matériel de les produire !

 

 

 

 

 

1. L'affaire Dominici, TF 1 et les autres...

 

 

 

 


La pantalonnade que vient de nous offrir TF1 a, naturellement, soulevé quelque émotion. Mais si peu ! Un avocat parisien a déclaré qu'il n'était pas "choqué" par la démarche de la chaîne commerciale, à ses yeux "légitime" : "il faut admettre qu'un fait d'ordre historique puisse devenir un sujet de réflexion et de fiction si, bien sûr, il ne porte pas atteinte à la mémoire du défunt ou de ses parents ni leur porte de discrédit". Si l'on comprend bien la pensée du cher Maître, la fiction peut tout à fait jeter le discrédit sur tous les acteurs d'un 'fait historique', à l'exception du héros, en l'occurrence un triple assassin/meurtrier ! Non, ce serait trop facile ! Mais, ajoute-t-il aussitôt, "bien sûr, il ne faut pas faire n'importe quoi. De toute façon, cela serait vite sanctionné par la loi. Mais, juridiquement, les choses sont bien cadrées". Pas n'importe quoi ? Ah bon ! Un scénario bourré de mensonges diffamatoires (j'ai personnellement relevé 71 accommodements avec la vérité dans la première partie, 117 dans la seconde !), attentatoires à des mémoires qu'il eût fallu préserver, jetant le discrédit sur des corporations entières (policiers et journalistes assimilés à des collabos, par le détective-journaliste extralucide Lukas Fabre), ce n'est donc pas n'importe quoi ? Mais TF1 (et ses moyens financiers considérables) n'a guère de souci à se faire, du côté d'une sanction infligée par la loi. La plupart des grands médias écrits lui ont en effet emboîté le pas, les uns pour louer le jeu merveilleux des acteurs (de quels puissants critiques cinématographiques la France ne dispose-t-elle pas), les autres pour emboucher les trompettes de Reymond et consorts, parlant d'enquête bâclée (bâclée, une enquête de quinze mois !), de "procès manifestement manipulé" (mais par qui ?), et j'en passe. Il n'est pas jusqu'à l'ineffable Humanité qui, ayant oublié de relire ses propres archives, vient nous parler d'une "justice de caste" !

Qu'ils sont donc bien rares, les journaux ayant fait, à cette occasion, preuve d'un minimum d'esprit critique : Ouest-France tout d'abord, pour qui Dominici et Sébeille sont rendus de façon "peu crédible… à coups de clichés et de libertés prises avec les faits" ; l'Observateur aussi, qui note que ce téléfilm "mélange allègrement fiction et réalité… prend quelques [c'est un euphémisme !] libertés avec les faits… et…repose … sur un parfait anachronisme. Et faute d'avertissement ou de dispositif de mise en scène, le téléspectateur ne peut faire le tri entre scènes inspirées de la réalité et pure fiction"… Mais, ajoute l'hebdomadaire, "pas de débats pédants et d'arguties de spécialistes sur TF1, la chaîne de l'Audimat !". Autrement dit : nous avons le droit de salir, vous n'avez pas le droit de réponse… Le Monde également, qui sous la plume de Dominique Dhombres, parle d'interprétations très sommaires, et de caricature : "même les chèvres en font trop", remarque-t-il cruellement. L'hebdomadaire Le Point, quant à lui, annonce "le document qui contredit TF1" : il s'agit d'un livre que le fils d'un des avocats de Gaston (Me Charrier) va publier à partir des notes retrouvées dans les archives laissées par son père (Me Pierre Charrier est décédé en 1999). Selon lui, la colonne vertébrale du téléfilm (l'implication de tueurs à la solde d'une puissance étrangère) "ne tient pas debout"(3). Il n'est guère qu'un journal belge pour oser écrire (en donnant la parole à quelqu'un proche de la Grand'Terre) que la thèse Reymond est grotesque : "La vérité, ce sont les murs de la Grand'Terre qui la recèlent. Les assassins sont sortis de la ferme, ce soir-là..."

La Voix du Nord, enfin, nous paraît aller plus loin [signalons au passage que ce journal commet une erreur en affirmant que Sébeille est mort avant Gaston : ce dernier s'est éteint en 1965, celui qui l'a démasqué en 1988], et poser le débat de fond : "Les témoins importants sont morts…La route est libre pour accréditer n'importe quelle version… La raison de ce plaidoyer sans nuances, William Reymond la donne dans l'avant-propos de son livre, réédité pour l'occasion : disons-le clairement : la puissance cinématographique de l'œuvre diffusée par TF1 devrait permettre une fois pour toutes d'obtenir la révision populaire de la condamnation à mort de Gaston Dominici". Et le quotidien du Nord de conclure sur une question essentielle, en démocratie : "La télé qui rend la justice à la place de la justice, voilà qui laisse songeur".

Ainsi se confirme l'ambition de TF 1, nouveau super-Ministre de la Justice : "nous jetons un pavé dans la mare, annonce le grand patron Étienne Mougeotte. Le débat va pouvoir se rouvrir". Par une heureuse coïncidence, le n° spécial 339 de Marianne, de cette semaine ("Ils veulent excommunier la raison et s'emparer de la République"), lui donne la réplique : "la télévision... diffuse l'obscurantisme". Voilà qui est dit.

 

 

 

 

 

2. l'Affaire Odyssée, ou le pavé dans la mare...

 

 


En l'occurrence, l'arroseur s'est rapidement fait arroser. Car le pavé dans la mare dont parle Mougeotte, il vient de l'éclabousser, lui et sa troupe. En effet, pour enfoncer leur clou rouillé, les révisionnistes de la première chaîne ont eu l'excellente idée de faire confirmer, par des documentaristes travaillant pour eux, les thèses selon eux définitives de Reymond. Dès lors, ils espéraient pouvoir rediffuser leur piteux téléfilm, puis le faire confirmer par un documentaire irréfutable dont la projection eût été suivie d'un débat : ainsi la justice populaire en marche aurait balayé comme fétus de paille toutes les lois bien connues de la République concernant les cas de révision. Las ! Qu'ils étaient donc sûrs d'eux ! Les deux personnes désignées ont avoué être parties dans l'aventure "la fleur au fusil" (plus exactement, à la carabine US_M1...). Mais écoutons-les parler (selon les propos rapportés par Le Monde) : "nous sommes partis la fleur au fusil sur la piste des espions soviétiques qui poursuivaient Drummond... Nous étions enthousiastes à l'idée de prouver l'innocence du vieux Dominici [Mon Dieu ! Comment peut-on être si naïf et si mal informé !]. Nous avons commencé par la mystérieuse noyade de la secrétaire de Sir Jack dans le port de Dieppe, évoquée dans le livre de William Reymond. J'ai épluché plusieurs années d'archives, et j'ai constaté que c'était une fausse information... À Moscou [nous avons interrogé] un membre du KGB en charge des agents britanniques, qui a avoué n'avoir jamais entendu parler de Drummond. Nous sommes tombés de haut... La thèse de William Reymond ne tenait plus et nous allons le démontrer". Pan sur le bec ! Et le journal de conclure : "Ballotté entre fiction et documentaire, le téléspectateur parviendra-t-il à se forger son propre jugement ? Pas certain, si l'on considère que l'audience de TF1 imposera sans difficulté un Gaston Dominici non coupable". Bref, nous en arrivons à un Dominici coupable ! Les aigrefins démasqués.

Mais les preuves évidentes de la supercherie(4) sont roupie de sansonnet pour les révisionnistes. Reymond s'estime totalement serein car "la non-culpabilité ne fait aucun doute" (admirez la force du car, alpha et oméga de la démonstration du premier policier de France). Et les grands ténors de TF 1 ont déjà commencé leur travail de sape : Pierre Boutron affirme que ce documentaire "n'est pas crédible du tout" ; quant à son compère Christian Charret, il va encore plus loin, parle d'un "document racoleur et médiocre", et jouant les vertus offensées, refuse de s'associer à ce "coup de marketing" (TF 1, stigmatisant les coups de marketing : celle-là, il fallait l'oser). Bref, calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Et puis la vérité n'éclatera sans doute pas au grand jour, puisqu'elle jaillira sur une chaîne câblée, ultra-confidentielle. Si on ne peut totalement réduire ces enquêteurs probes au silence, du moins on agira de telle sorte que leur contre-enquête ne fasse aucune vague... Ouf, on respire ! Mais bon peuple, est-ce qu'ils vont t'avoir longtemps encore ?

Last, but not least, on apprend que cette super-production de TF 1 a coûté la bagatelle de 4 millions d'euro (dame, pour mystifier 12,2 millions de téléspectateurs, ce n'est pas cher payer). Michel Serrault et Michel Blanc, les deux vedettes, ont touché, l'un et l'autre, 700 000 euro pour leur prestation. Quant à Reymond, soyons sûrs qu'il s'est contenté d'une toute petite somme. Sans parler des autres arrosés. N'empêche que ce que je dis là est particulièrement mesquin, car il est évident que tous ces braves gens ont travaillé à l'œil, dans le seul souci de réhabiliter le grand-père : d'ailleurs, en souvenir de la petite Élisabeth, ils vont remettre, tous en chœur et dans un élan du cœur magnifique, la totalité de leurs gains aux mains d'une association caritative s'occupant de l'enfance en détresse, Terre des Hommes ou Enfance et partage... Mais pourquoi ricanez-vous donc ?

 

 

 

3. Le mystère Kennedy, ou la reymondialisation en marche...

 

 

Sans doute est-ce par le plus grand des hasards, que notre Lukas Fabre à nous est à nouveau à l'honneur pour avoir produit un document que diffuse Canal+, s'agissant de l'assassinat de Kennedy. Dans un concert parfait de louanges, et avec un incroyable sérieux cuistre, les journaux de toutes tendances nous annoncent "de nouvelles preuves dans Autopsie d'un complot" (encore un !), "la thèse du tireur isolé s'effondre", etc. De droite comme de gauche ils n'ont pas de mots trop fortement ciselés pour magnifier l'enquête de Reymond. Et de venir nous chanter, une fois de plus, qu'elle est l'aboutissement d'un travail en profondeur mené au Texas, etc. etc. Un seul à ma connaissance, et c'est tout à son honneur, fait preuve d'un élémentaire esprit critique, d'une part, et d'un souci de vérifier la véracité de ce qu'il écrit, d'autre part. Il s'agit de l'hebdomadaire à gros tirage Télé_Sept_Jours, dans lequel le journaliste donne un texte qui pourrait être écrit, mutatis mutandis, à propos de la précédente enquête sur les tueurs venus de l'Est assassiner les Drummond… Sous le titre irrévérencieux Le scoop réchauffé de Canal+, ce journaliste, un dénommé J. Lesieur, ose persifler : "On nous annonçait d'énormes révélations. Or, toutes ces infos sont accessibles depuis longtemps en deux clics sur Internet. Les mystères de Dallas méritent davantage de rigueur". Et il ne craint pas de dévoiler les dessous du langage journalistique : "résultat de 'leurs années de recherche', comme on dit dans les dossiers de presse : un film pour Canal+, dont on nous promet qu'il nous révèle 'enfin la vérité'. Mazette ! On se demande pourquoi, si telle est la charge explosive de leurs scoops, leur film n'est pas diffusé toutes affaires cessantes. Pourquoi attendre le catimini d'un lundi soir crypté, à 23 h., alors que l'on fait avancer l'Histoire, la grande Histoire ? Premier élément de réponse : les révélations en question sont déjà dans le domaine public. En 30 minutes sur Internet - aller sur Google, taper "Billie Sol Estes" + "John Kennedy" -, on retrouve ce que, nous dit-on, Nicolas et Reymond ont mis des années à dénicher…"(5).

 

Ah ! On a bien raison de le proclamer : Lesieur, c'est meilleur !

Mais bien avant Jean Lesieur, depuis des années un vrai connaisseur des éventuels mystères entourant l'assassinat de l'ancien Président des États-Unis (Paul-Éric Blanrue), se bat pour faire éclater la supercherie de Reymond. Il est vrai, sans autres moyens que sa science et sa bonne foi, qui ne pèsent guère, il faut le reconnaître, devant les puissances d'argent. Alors, donnons ici quelques lignes de son intéressant document qui, sous le titre "Rien de neuf à Dallas", nous explique :

"Il y a 35 ans, le 22 novembre 1963, le Président Kennedy était assassiné à Dallas. Pour commémorer le tragique événement, un livre vient de paraître aux éditions Flammarion (les éditions de Trottinette et de l'Encorné) : JFK, autopsie d'un crime d'État. Son auteur : William Reymond, un journaliste français qui s'est déjà illustré en "revisitant" l'affaire Dominici. Autant le dire d'emblée, ce livre est consternant. Reymond ne se contente pas d'y défendre la thèse à la mode, celle de la conspiration, il accomplit le tour de force de fondre en un seul livre, la plupart des thèses conspirationnistes qui ont cours outre-Atlantique. Alchimie qui ne transforme pas ces presque 500 pages en un cocktail explosif, comme espéré par le lecteur, mais plutôt en bouillie indigeste. Selon le journaliste, c'est bien simple, ils sont tous coupables, ils ont tous participé de près ou de loin à l'élaboration, à la mise en œuvre du complot assassin et à la disparition subséquente des 'preuves'. 'Ils' : des extrémistes cubains anti-castristes, des membres marginaux de la CIA, des membres du Secret Service, du DPD, d'anciens tueurs de l'O.A.S., le FBI, la police de Dallas, des compagnons de route de la mafia, des milliardaires texans, le propriétaire du Texas School Book Depository, l'agent Tippit, le futur président Lyndon Johnson, le gouverneur Connally...! Le point commun des tueurs : la 'haine viscérale du communisme' - ou plutôt, écrit Reymond : le 'fascisme. Pardi ! [...] L'aigle [vous aurez reconnu Reymond] nous assène d'ailleurs que l'homme enterré sous le nom d'Oswald n'est pas le vrai Lee Harvey... bien que les analyses effectuées sur le corps exhumé aient prouvé le contraire. Hypercritique avec la thèse de la Commission Warren ("l'hypercriticisme étant à la critique ce que la finasserie est à la finesse", comme disaient Langlois et Seignobos), Reymond se révèle étrangement souple avec les contradictions des témoins qu'il cite à la barre… Pour lui, d'ailleurs, un témoignage produit 20 ans après les faits est aussi valable que celui enregistré dans les jours suivants. Jamais, le journaliste ne s'étonne des précisions et des détails qui apparaissent avec le temps. Jamais, il ne se demande ce qui peut pousser des gens à agrémenter leurs récits d'enjolivements divers (c'est pourtant le b-a ba de la critique de témoignages). Une danseuse du Carrousel prétend que, deux semaines avant l'assassinat, Ruby lui a présenté Oswald en lui disant : "Voici Lee Oswald de la CIA". Et il faut la croire ! Car les seuls qui mentent, ce sont, toujours, quoi qu'ils fassent, les 'autres', les méchants ! Un peu facile ! …Une chose est certaine : tout ceci n'est pas très professionnel, ni très 'déontologique', pour employer un mot à la mode. Ces erreurs et ces torsions de faits s'expliquent peut-être parce que, malgré les apparences, Reymond n'a quasiment mené aucune enquête personnelle. Il est allé à Dallas ? Peut-être. Mais pour y faire quoi ? Pour copier-coller les livres complotistes américains (pratique qui explique sans doute que les documents présentés ne soient quasiment jamais référencés), le déplacement ne valait pas la peine. Bref, le livre de Reymond, qui n'apporte aucune nouveauté, aucune originalité, et n'offre aucun recul par rapport aux délires complotistes classiques, est la meilleure preuve qu'il n'y a rien de neuf sous le soleil fatigué d'Elm Street"(6).

Faut-il vous l'envelopper, ou c'est pour consommer tout de suite ?

 

Notes

(1) Laurence Lacour, dans un livre très documenté (Le bûcher des innocents, Plon, 1993, 679 p.) avait dénoncé ce procédé, semble-t-il généralisé, en particulier en démontant "le réseau Bezzina" ; mais pour faire contrepoids à l'ouvrage de cette journaliste, sans doute n'est-il pas inutile, comme dans toute bonne démocratie, de prendre connaissance d'un autre témoignage, de première main celui-là, sur le sujet que traite L. Lacour, soit l'affaire Grégory : Le secret de la Vologne, par le 'Divisionnaire' honoraire Jacques Corazzi, Gérard Louis éditeur, Haroué, 2004, 237 p.) Car on peut légitimement suspecter L. Lacour de partialité, elle qui fut la maîtresse... du second juge chargé de l'Affaire...
(2) On pourra écouter l'émission intégrale (telle que présentée en direct, dimanche 26 octobre 2003, entre 12:35 et 13:35 sur Arte/La Cinq), en suivant ce lien. [lien France5 périmé, hélas !].
(3) Jean-Loup Charrier & Jean-Michel Verne, Affaire Dominici : le dernier témoin, Éditions l'Écailler du Sud, novembre 2003. Ce livre défend la thèse d'un Gaston innocent, en faisant porter les soupçons sur d'autres personnages de la Grand'Terre (ou proches de la ferme) ; ce qui est après tout plausible, et n'attente pas fondamentalement aux faits.
(4) Le documentaire "Affaire Dominici, ses impasses, ses mystères, ses mensonges", de Charles Deniau et Madeleine Sultan, coproduit par Odyssée (filiale de TF1 !), sera diffusé sur le câble et le satellite le 28 novembre 2003 à 20 h 45.
(5) Jean Lesieur, in Télé_Sept_Jours n° 2265, semaine du 25 au 31 octobre 2003, p. 36. [Qu'on Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , éventuellement, l'article intégral, si cette livraison de Télé_Sept_Jours n'est plus disponible en kiosque].
(6) Paul-Éric Blanrue. On trouvera sous ce lien l'intégralité de son article consacré à l'assassinat de Kennedy. D'ailleurs, tout le site de Paul-Éric Blanrue serait à citer : c'est un bouquet de démystifications et de déboulonnages fort salutaires. Et Blanrue vient d'ajouter un post-scriptum au texte ci-dessous mentionné. Après avoir qualifié d'indécente la couverture médiatique dont a bénéficié Reymond, il pose, avec son ami F. Carlier, de fondamentales questions. Elles sont de salubrité publique. Mais qui les lira ?