C'est Noël ! - Sacré Noël !

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C'E S T  N O Ë L !

 

 

 

 

Cette année encore, ça sent un peu la bondieuserie. Mais après tout, c'est Noël, non ? N'ayons pas peur des mots ("les congés d'automne, les congés d'hiver"...), face à ceux qui veulent nous imposer leur police estampillée hallal.
Figure de la Canebière, le Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, curé de Saint-Vincent-de-Paul à Marseille, compte parmi ses paroissiens d’anciens musulmans qu’il a lui-même baptisés. À leur contact, il s’est forgé quelques convictions sur la manière de leur annoncer l’Évangile

 

 

Pour le Père Zanotti, curé à Marseille, "l’islam ne comble pas le cœur humain"

 

Oui le charme de Noël exerce sa magie sur les cœurs de manière surprenante. Chacun sait que l'Enfant est venu pour lui, que c'est un trésor disponible, il suffit de le prendre. Nous venons de notre enfance et cette enfance vient de Dieu.
En se faisant Enfant, Dieu nous révèle son secret éternel qui peut devenir le nôtre. Nous restons libres.<br/<
Le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul à Marseille, célèbre le miracle de la grâce qui touche tous les hommes, en ce jour de cette fête chrétienne.

 

 

Qu'on ait la foi ou qu'on ne l'ait pas, qu'on l'ait égarée ou qu'elle nous tienne, Noël, chaque fois, réussit son retour… Même jour, même mois, mêmes secrets, mêmes artifices! De ses incontournables lumières chutant sur les villes et les villages, et jusqu'au moindre trou, le voici qui rayonne - sacré Noël ! - avec ses ors et son art poétique admis de tous malgré les goûts et le possible dédain pour ce qui est commun, soulevant à coup de bougies, de guirlandes et d'étoiles, l'immobile et le mouvant, maisons, commerces, tables, sapins, réverbères, hommes et bêtes, au fond, tout le réel. Noël, que tu es fort et doué, influent jusqu'à l'intime !

Personne n'échappe à ton emprise, et chacun, quoi qu'il en dise, se laisse attraper par le fond du cœur. En ce jour qui d'ailleurs prendra corps cette nuit-là, l'humain, quelles que soient son origine et sa couleur d'idée, semble avoir entendu le coup de grâce assené par Nietzsche aux tenants de la vie: «C'est celui qui aura la plus longue mémoire qui survivra», ce qui reviendrait à dire que la foi en l'humanité de Dieu expliquerait l'inexplicable douceur en forme de trêve que l'on voit poindre aux visages des plus fermés. Je le crois. Et c'est la valse de l'amour qui, en ces heures protégées par je ne sais quel ordre, étreint l'humanité, certes, pour la durée d'un seul jour, mais sans effort ni vertus, ce qui dit sa beauté foncière, et la fait danser à vous faire tourner la tête hors de soi !

L'avare attendri ouvre ses mains et glisse un billet dans la main du plus pauvre - et je l'ai vu comme vous, ce n'est pas du roman ! -, le grand nerveux se calme, le mari le plus distant risque un élan aux lèvres de sa femme, le père le plus sévère caresse enfin de son estime le sensible de ses enfants, le vieillard aigri lâche un sourire, le malade en oublie le mal qui le détruit, et le gosse sans parents ouvre ses grands yeux déçus vers un espoir sans nom. C'est fou ce que le monde peut être bon ce jour-là, et sans le faire exprès, s'il vous plaît ! C'est le miracle de Noël…

En vérité, en vérité, je vous le dis, et ne m'en veuillez point si vos idées ne courent pas dans ce sens: je soupçonne l'enfant qui dort dans sa mangeoire -car c'est tout de même Lui, le vieil instrument de cette clarté nouvelle- de reprendre pour quelques heures le gouvernail de la vie, de cette vie lourde, pardonnez-moi ce pléonasme, aussi lourde en joie qu'elle l'est en peine, et dont la balance parfois ne penche pas toujours du bon côté. À ceux qui au milieu des combats, sur le front de la vie et sous l'évidence des horreurs qui s'élargissent, souvent déçus par la reculade de l'humain, veulent garder intacts sur leur drapeau les mots sacrés de confiance et de joie - et j'espère que nous sommes légion -, j'ose, en homme et en prêtre, et avant minuit, remettre sous nos yeux la trilogie sans pouvoir - Marie, Joseph et le Fils - qui, ce soir, à Bethléem, plus pauvre que Job, réussit le tour de force de livrer poings et mains liés à l'amour l'humanité décevante. Les faits sont là. Le Christ opère, bien au-delà des convictions les plus ancrées, à l'intérieur des esprits, et les contraint, crèche à l'appui, et sous les flocons de neige, si Dieu poète le veut bien, à sortir de l'adoration de soi pour, au moins, si ce n'est vers Lui, jeter leur bonne volonté dans le désir du don.

C'est le miracle de Noël qui pourrait bien se prolonger jusqu'au soleil de l'été et même jusqu'à l'automne et ses grisailles, si les hommes en chemin, conscients du refroidissement que la planète encourt en matière d'amour, s'approchaient de l'enfant, aussi humblement qu'il vient, et le contemplaient endormi, démuni comme la tendresse quand elle attend un cœur et deux bras pour combler. «Sans moi, vous ne pouvez rien faire !», dira-t-il plus tard comme un grand. En tout cas, pour ma part, je continue de croire qu'il faut une force surhumaine pour résister à la vie…

 

[© Père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, in Le Figaro, 24 décembre 2011, p. 16].

 

 

 


 

 

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