C'est Noël ! - La fête du solstice transformée en message fraternel et divin

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C'E S T  N O Ë L !

 

 

 

 

Bon, ce texte je n'en approuve pas toutes les bondieuseries. Mais il faut dire que le Père René Laurentin, ancien expert du concile Vatican II, et auteur très prolifique (croissez & multipliez...) fait mouche à de nombreuses reprises, par exemple lorsqu'il écrit : "Cette fête que le christianisme avait arrachée à l'orbite du paganisme est-elle retombée dans l'orbite du néo-paganisme ? La réponse est positive, malheureusement. Alors que le Père Laurentin, invité malgré qu'il en ait sur mon site, y soit le bienvenu !

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi la fête de Noël est-elle encore ressentie comme la plus chaleureuse de l'année ? Est-ce à cause du froid de l'hiver ? Pourquoi est-elle restée si lumineuse ? Est-ce par contraste avec les nuits les plus longues ? Pourquoi est-elle restée la plus populaire des fêtes ?

Ce creux d'ombre et de frimas a focalisé au cours des siècles les aspirations du rêve et de la foi, du matérialisme et de la spiritualité. Cette fête a fait boule de neige en accumulant mille valeurs de célébration et de festivité.

Noël avait été, dans la nuit des temps, la fête du solstice. L'homme, qui n'avait pas encore la maîtrise de la lumière, restait hanté par la crainte que l'enfoncement du soleil à l'horizon se poursuive jusqu'à la mort de toute chose.

L'hiver renforce le pressentiment de la mort fatale qui pèse sur chaque homme. Mais il réveille aussi l'espérance, au point de départ d'un nouveau cycle saisonnier.

Le christianisme a réinsufflé dans cette espérance cosmique l'avènement historique du Christ soleil de justice : une nouvelle espérance qui ne mise plus sur le cycle clos d'un éternel retour, mais sur une histoire qui a un sens irréversible et va vers un terme. La fête saisonnière a été personnalisée, divinisée, par la célébration du Dieu fait homme, dont la date de naissance était ignorée. Dès lors, Noël a été renouvelé par l'Évangile. Ainsi sont nées la messe de minuit à Bethléem, puis les crèches, au Moyen Âge.

Noël a maintenu et développé une décoration empruntée à ce qu'il y a de vivant et lumineux dans l'hiver : le sapin, dont les branches vertes affirment la pérennité de la vie au milieu des champs nus et des arbres dressant vers le ciel le squelette de leurs branches dépouillées ; la neige dont la lumière étoilée est plus attrayante que celle du solstice d'été, où l'on cherche l'ombre. Les feux de la Saint-Jean sont un refuge nocturne contre cette excessive ardeur.

Pour ceux qui ont encore le luxe d'une cheminée, le feu hivernal reste un foyer de lumière et de chaleur vivante. On le nourrit, on le tisonne, et son mouvement perpétuel fait danser l'ombre des chenets et des amis chaudement assis en demi-cercle, sur l'écran du plafond : le plus vieux cinéma abstrait du monde. Il a nourri bien des rêves.

Noël, c'est la nuit la plus longue, qu'on aime vivre dans la famille ou dans l'amitié : celle d'une célébration riche de poésie et de chants qui habite les mémoires d'enfance dans leurs couches les plus anciennes. Bien qu'il s'estompe dans les nouvelles générations, l'attrait de Noël demeure, comme un recours et un refuge dans un monde de pouvoir et d'ordinateurs, d'abstraction et de paperasserie, d'urgences et de nécessités. Noël réveille le sens de la vie et de la gratuité.

Les techniques de la lumière et des média ont-elles servi cette fête intime et communautaire ? Ou bien s'en sont-elles servi ? Elles l'ont fait descendre dans les rues. La publicité, qui vend des produits en faisant et vendant de la vedette, a orchestré ce label populaire, comme celui de la communion solennelle, non sans l'avilir.

Noël est souvent devenu nécessité d'acheter des cadeaux coûteux et d'éprouver les inconvénients de la surconsommation. Sans doute la fête chrétienne a-t-elle toujours été appesantie par des attraits matériels, témoin Les trois messes basses d'Alphonse Daudet : "Truffée ? Garrigou...".

Mais depuis lors, minuit est devenu pour beaucoup l'heure du réveillon plutôt que de la messe. Les grands magasins sont devenus lieu des cadeaux. Le clinquant des projecteurs sur les pères Noël a remplacé l'intimité de la cheminée familiale et des souliers devant lesquels Thérèse de Lisieux avait fait sa grande conversion de Noël 1886.

Cette fête que le christianisme avait arrachée à l'orbite du paganisme est-elle retombée dans l'orbite du néo-paganisme ? On s'en est inquiété, en ces dernières décennies. Des chrétiens ont brûlé des pères Noël en effigie, mais ces éclats furent isolés. Ces provocations servent à leur manière les publicités qu'elles attaquent. Ce n'est pas ainsi que Noël renaîtra.

Cette fête ne peut renaître que de la foi : celle qui survit en tant de monastères, communautés, familles, où resurgissent chaque année mille manières, anciennes et nouvelles, de célébrer Noël, où tout croyant retrouve la même source jaillissante : cette inspiration que les chrétiens de l'autre hémisphère trouvent à leur manière en plein été.

Si Noël est moins chrétien, est-ce "la faute à la consommation", ou celle d'une défaillance de la ferveur et de la créativité chrétiennes, restées si puissantes en Pologne où la foi est la ressource contre le vide culturel d'un marxisme peu motivant pour la jeunesse, et contre cette matérialisation de la consommation que les chrétiens de là-bas redoutent plus que la propagande athée ?

On se tromperait en disant, par contraste, que la fête de Noël s'est totalement dégradée chez nous.

Noël continue d'inspirer la prière et la vie. Le ferment de l'Évangile a continué à développer, en ces dernières années, les initiatives pour que le Noël des personnes âgées, des déshérités, ne soit pas une désolation, pour que nul, autant que possible, ne soit à l'écart de la fête.

La liturgie de Noël n'a cessé de graver dans les mémoires que l'enfant né cette nuit-là n'a pas trouvé de place parmi les hommes et n'eut pour berceau que cette mangeoire derrière laquelle le folklore a installé très anciennement l'âne et le bœuf, en s'inspirant de cette prophétie d'Isaïe 1, 3 :

Le bœuf connaît son maître et l'âne sa mangeoire. Mon peuple ne comprend pas. Malheur à la race des malfaiteurs, aux enfants dégénérés qui ont abandonné le Seigneur.

Ce cri continue de retentir en toute nuit de Noël.

 

 

 

© Père René Laurentin, in Le Figaro, décembre 1977

 

 


 


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