C'est Noël ! - Le petit chat qui ne veut pas mourir

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C'E S T  N O Ë L !

 

 

Ce texte est particulièrement célèbre - au moins parmi les tenants de la pédagogie "Freinet". En effet, il a été choisi pour faire démarrer les ennuis du jeune instituteur Pascal Laurent, dans le film - peut-être un peu convenu - au titre sans doute discutable (L'École buissonnière) que Jean-Paul Le Chanois a consacré en 1949 à la genèse des techniques de l'École moderne (avec Bernard Blier dans le rôle de Célestin Freinet, et le truculent Belmont dans celui du vieil instituteur aux méthodes traditionnelles). Le petit chat qui ne veut pas mourir a été pour la première fois publié dans la collection de brochures "Enfantines", en décembre 1930 (n° 25), et avait vu le jour au sein de l'école enfantine de Prelles (Hautes-Alpes)

 

 

 

 

 

 

 

 

Madame Chautard voulait tuer son chat.

Il était malade.

Elle a dit à Léon Biet :

- "Va le jeter dans la Durance, tu me rendras service".

Léon Biet est allé à Pont Roux et il a jeté le petit chat dans

l'eau qui, à cet endroit, était très grosse.

Le petit chat a disparu dans un tourbillon.

Nous avons dit :

"Ça y est, ça y est !... Il est mort !"

Mais le petit chat ne voulait pas mourir.

Il s'est cramponné à un buisson et il est sorti de l'eau.

Il est allé se cacher dans les pierres.

Puis, quand la nuit est venue, il est rentré à la maison et il

est allé se cacher dans la niche du chien Papillon.

Papillon lui a dit :

"Comme tu es mouillé ! On dirait que tu as froid !

Couche-toi là, tout contre moi, que je te réchauffe".

Le petit chat s'est couché contre le bon chien.

Puis les deux amis se sont mis à causer tout doucement

pour ne pas éveiller Madame Chautard.

Le petit chat disait :

"Tu sais, ils ont voulu me faire mourir... Sans ce buisson,

j'étais bel et bien noyé !

- Oui, répondait le gros chien, un petit enfant n'aurait pas

pu sortir comme tu l'as fait !

-

Ah ! disait encore le chat, si tu savais comme l'eau est

froide ! Et ce bruit dans les oreilles : Hou!... Hou !... Ils

me jetaient des pierres pour me tuer...

-

Allons, disait Papillon, ne pense plus à ces choses. Dors !

"

Puis il s'est mis à lécher le front de son ami.

Justement là où sont les idées tristes des petits chats.

 

 

Au matin, Madame Chautard a ouvert sa porte.

Elle a dit :

"

Il doit être loin, maintenant ! ... Depuis le temps qu'il

roule dans la Durance !...

Mais il était tout près, au contraire, car, un moment après,

Madame Chautard l'a vu derrière le poêle.

Il achevait de sécher ses poils encore humides.

Elle a presque eu peur.

Elle a cru que c'était un revenant de chat.

Alors, le petit chat lui a parlé pour se faire reconnaître.

"Miaou, miaou !...

Ce qui voulait dire :

"Tu vois, je suis revenu. Je n'ai pas voulu mourir. L'eau

est froide, tu sais !... Va, je crois que je n'en ai plus pour

longtemps. Ce bain était sans doute contraire à ma

maladie. J'ai mal partout ! Laisse-moi mourir ici dans un

coin du grenier ; sur la terrasse, où je suis si bien ;

derrière le poêle, ma place en hiver.

Laisse-moi,

laisse-moi ici !"

On ne sait pas si Madame Chautard a compris ce que

disait avec tant de tristesse le petit chat, mais elle a dit :

"Ah ! il m'ennuie, à la fin ! Qu'il reste !"

Et maintenant, le petit chat est dans la maison.

Il se traîne comme il peut.

On voit qu'il est bien malade.

Qui sait les tristes choses qui roulent dans sa tête de

chat ?

Il ne les dit à personne.

Pas même à son ami Papillon.

Seulement, un matin, Madame Chautard se lèvera ;

derrière le poêle, elle trouvera le petit chat étendu, les

pattes raides et les yeux fixes...

Alors, de nouveau, on le jettera à la rivière.

 

 

Et, cette fois, il fera pour tout de bon, un long voyage.

Oh ! oui, un très long voyage !

 

 

 

© Les élèves de la classe enfantine de Prelles, en collaboration avec leur institutrice, M.-L. Lagier-Bruno

 

 


 

 


- Texte soumis aux droits d'auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.

 

 

 

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