C'est Noël ! - Évocation des Noëls de Provence au milieu de l'océan Indien

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C'E S T   N O Ë L !

 

 

 

 

Surpris par la déclaration de guerre en Extrême-Orient, le capitaine Jubelin se trouve en baie d'Along lors de l'armistice de juin 40. Il cherche dès lors à retourner au combat, semant ceux qui sont chargés de l'empêcher de partir. Sur un poussif appareil d'école, le Pélican, il décolle de Saïgon le 4 novembre 40 pour atterrir, après quelque dix heures d'affilée de pilotage, en Malaisie (sur l'aérodrome de Khota-Bharu, capitale de l'État du Kelantan), grâce, en cours de route, à un ravitaillement en vol plus qu'acrobatique...
Éminent, émouvant paradoxe que ce Noël d'exilé, célébré en un locus amoenus comme disaient les Anciens, au beau milieu de la furie guerrière des hommes.

 

 

"Soudain, les bouffées de souvenirs des Noëls anciens remontaient avec une douloureuse insistance.".

A. Jubelin

 

 

 

 

 

Douceur de ce soir, ce premier soir de Malaisie ! La foi nous touchait. L'action, jusque-là, avait emporté nos âmes ; d'instinct, nous avions suivi la voie et nous étions si désemparés au milieu du chaos que la première lueur nous avait fascinés.

Qui osera dire que nous ayons tout laissé de gaieté de cœur ?

L'avenir s'annonçait redoutable. Nous apportions humblement nos pauvres forces, épis d'une récolte mal avitaillée et que l'orage avait dispersés dans des champs de tourmente. Nous donnions nos corps de chair et de sang, peut-être ce qu'il restait d'une vieille chevalerie.

Étant peu, devions-nous douter de notre devoir ? L'avenir restait sombre et il eût fallu quelle audace, si nous avions été joueurs, pour miser si désespérément ?

Au soir du désastre. nous savions nous recueillir avec ferveur, essayer le jeu souple de nos esprits et de nos muscles pour les préparer à de nouveaux combats.

Oui, douceur de ce soir, où la fatigue tentait en vain de désarçonner notre joie grave !

 

 

Le lendemain, notre réveil fut comme une renaissance. Le bungalow où nous logions s'abritait sous les cocotiers, dans une boucle de la rivière Kelantan. Le paysage était du plus pur style équatorial : des pirogues noires glissaient sur l'eau boueuse, sous un ciel meublé, pictural. Cette première journée, paisible, nous permit de mesurer notre extrême pénurie. Pour gagner du poids au départ, j'avais interdit tout bagage. Notre premier achat fut celui des brosses à dents.

Quelques colons anglais vinrent nous demander le baptême de l'air sur le brave Pélican. Mais il refusa tout service après sa longue traversée et nous dûmes renoncer à rallier Singapour par la voie des airs.

C'est en wagon-lit que nous fîmes ce voyage au milieu de la jungle. Sur le quai de la gare de Singapour, deux officiers vinrent nous saluer de la part de l'amiral anglais et du général commandant en chef. Je remarquai avec effarement qu'ils étaient en tenue officielle, sabre au côté et gants blancs. Derrière eux, un groupe de .nos compa­triotes ralliés à la France Libre poussaient des acclamations.

 

 

Je passe brièvement sur notre séjour à Singapour. La population anglo-saxonne nous accueillit en héros. Pendant trois jours, tous les journaux relatèrent notre évasion en manchette. J'avais dit fort innocemment aux journalistes que nous étions partis en short afin de gagner du poids, tous les articles mentionnèrent ce détail. Le lendemain arrivèrent des colis de vêtements de toutes sortes, dons des lecteurs, qui s'accumulèrent à une telle cadence que je dus procéder à une redistribution pour les œuvres de guerre.

Le gouverneur nous avait fait attribuer un logement au mess des officiers de la Royal Air Force, à Kallang­-Base. Notre fenêtre nous livrait l'agitation gaie du Swimming-Club avec ses airs de danse. Les avions passaient dans un grand vrombissement à toucher notre toit. Leur entraînement se. poursuivait jusqu'au milieu de la nuit et le spectacle, nouveau pour nous, de ces vols nocturnes ne laissait pas de nous impressionner.

Tout notre séjour à Singapour fut un intermède agréable grâce au président du Comité de la France Libre, M. Brizay. C'était un petit homme brun, l'œil vif derrière des lunettes d'écaille, self made man qui avait construit tous les ponts de la Malaisie. Il possédait au nord de l'île, sur le rivage, une charmante villa où nous passâmes des heures exquises à l'ombre des palmiers balancés par la mousson.

Depuis plusieurs mois, aucun bâtiment anglais ne touchait l'Indochine, mais les relations rompues allaient bientôt reprendre. J'obtins avant mon départ que l'avion de notre évasion, le Pélican, fût emballé et renvoyé par le premier bateau à Saïgon. Ainsi fut fait. J'ai su, plus tard, que cette restitution avait eu son petit succès.

 

 

Nous prîmes la mer le vendredi 13 décembre 1940 sur le Sarpedon, un Blue-Funnel.

Nous proposâmes nos services pour renforcer la couronne de veille. Nous prenions le quart ensemble, deux fois par jour.

Notre navigation restait sans histoire. Nos esprits étaient trop préoccupés du sort qui nous attendait pour nous mêler aux jeux puérils de cette colonie anglaise qui rentrait à la maison, après quatre ans de séjour aux Indes. Une seule figure pittoresque nous amusait : un colonel de Gourkas qui jouait si mal au bridge que nous misions à coup sûr, à chaque impasse, sur la bêtise qu'il allait faire.

Un unique souvenir se dégage avec un relief intense, celui du 24 décembre au milieu de l'océan Indien.

Nuit de Noël 1940 !

Nous avions pris le quart sur la teugue à minuit. Tous feux éteints, notre navire laissait échapper des relents de musique de danse qui nous arrivaient assourdis, assez lointains pour ne pas briser l'harmonie du monde extérieur. L'étrave froissait l'eau calme avec un bruissement soyeux et faisait naître de grands échos phosphorescents. À notre approche, un marsouin traçait parfois, dans la mer obscure, un chemin plein de fantaisie.

Nous nous étions tus, émus. Soudain, les bouffées de souvenirs des Noëls anciens remontaient avec une douloureuse insistance. Je parlais. Je parlais à Jean Arnoux de nos Noëls de Provence, de nos crèches et de nos santons enluminés, de nos villages perdus au fond des montagnes arides et dont les rues, ce soir-là, par des nuits lumineuses où souvent souffle le mistral, se repeuplent au son des cloches qui appellent à la messe de minuit.

Je lui parlais des arbres de Noël de mon enfance et de notre retour de l'église, par les venelles où le vent s'engouffrait en faisant tournoyer de grandes spirales de poussière. Nous courions vite vers la maison retrouver mon père impotent. La crèche vivait dans son coin et l'unique bougie, près de l'étable, faisait à chaque santon une ombre imposante.

Il y avait les Noëls où grand-père était encore là. Alors, le pin étincelait de fanaux, de mica, de papier d'argent. Les jouets multicolores se balançaient à des rubans bleus ou roses, et chaque année était posé contre le tronc un gros livre de Jules Verne, avec sa reliure rouge et or et sa large tranche dorée.

Puis, il y avait eu les Noëls pauvres. Grand-père n'était plus. Dans la maison modeste naissait un regain de tendresse au moment où nous nous retrouvions près du feu. On mettait sur la table les treize desserts traditionnels. La dureté de chaque jour préservait notre amour mutuel. Et ce soir-là, avec ma sœur, nous allions chercher double ration sur la route de branches mortes que le mistral cassait, pour prolonger la veillée heureuse devant la flamme claire de l'âtre.

Papa, infirme, avait empreint toute ma jeunesse de sa douce philosophie, et maman, courageuse, ne mesurant plus ses sacrifices, nous donnait le plus grand bonheur malgré notre pauvreté.

Une émotion me gagnait qu'il détourna avec discrétion. Les étoiles scintillaient, la hauteur de nos sensations était telle, ce soir où le ciel semblait plein de vibrations et d'anonymes messages, que nous en vînmes à parler de l'Univers.

Jamais, emporté sur une aile plus légère, ne suis-je allé si loin avec, soudain, ce déclenchement, ce vrai malaise physique qui semble pourtant au-delà des sensations et qui creuse le fossé entre humain et divin.

Quand, à trois heures, nous regagnâmes notre cabine, la musique continuait de sourdre comme celle d'un mauvais lieu. Mais nous restions éblouis de rêves.

 

 

Nous mouillâmes, le 30 décembre, en rade foraine de Durban. Un officier de marine anglais, venu à bord pour vérifier notre identité, nous apprit que l'aviso Savorgnan­de-Brazza était dans le port.

Arnoux et moi allâmes le lendemain sur le bateau français. J'y retrouvai mon fistot, Roux, commandant, et Daille, l'excellent canonnier. De longues discussions sur notre marine nous tinrent tous l'après-midi. Nous quittâmes ce coin de France pour nous retrouver seuls en ville.

C'est un jour de très grande fête au Natal que le dernier jour de l'année. Dans les rues, des centaines de gens chantaient des airs populaires. Arnoux et moi nous étions affreusement isolés dans cette foule en liesse.

Du moins s'achevait 1940 qui avait vu notre désastre. À minuit précis, nous étions dans un pousse-pousse à deux places pour rentrer à bord. Nous échangeâmes nos vœux dans cet attelage pittoresque. Le tireur, un Cafre couvert de plumes bariolées, nous emmenait à grandes enjambées.

Y avait-il un présage dans cette curieuse façon de commencer l'année ?

 

© Capitaine de Vaisseau André Jubelin (1906-1986), Marin de métier - Pilote de fortune, Éditions France-Empire, 1951 [Extraits du chapitre Intermèdes, pp. 39-43]

 

 

[Le premier février 1941, le bateau sur lequel avait pris place André Jubelin, atteignit enfin le port écossais de Greenock]

 


 

Texte soumis aux droits d'auteur - Réservé à un usage privé ou éducatif.

 

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"Les étoiles scintillaient, la hauteur de nos sensations était telle, ce soir où le ciel semblait plein de vibrations et d'anonymes messages, que nous en vînmes à parler de l'Univers. Jamais, emporté sur une aile plus légère, ne suis-je allé si loin avec, soudain, ce déclenchement, ce vrai malaise physique qui semble pourtant au-delà des sensations et qui creuse le fossé entre humain et divin"

Cette magnifique phrase rencontrée sous la plume du commandant Jubelin a fait remonter à ma mémoire une émouvante histoire contée, à je ne sais plus quelle occasion, par André Rainbourg (1917-1970). Bourvil, donc, André R. étant connu sous ce pseudonyme, a rapporté je ne sais plus où l'édifiante scène qui suit. S'étant aperçu qu'il était voisin de maison avec Georges Brassens (durant la brève période où ce dernier avait élu domicile à Crespières, dans les Yvelines), il s'enhardit un jour, avec un grand luxe de précautions (tant il avait entendu dire que son célèbre voisin était un ours très mal léché), à se rapprocher de Tonton Georges. Ce dernier, d'abord sur la réserve, s'ouvrit pleinement ensuite à la conversation. "Nous disions des choses qui nous dépassaient, et que je n'avais jamais envisagées", rapporte Bourvil. "Nous en vînmes à parler de l'infini et de Dieu..."


[Georges Brassens ayant fixé sa demeure à Crespières de 1958 à 1971, avant de quitter les Yvelines pour la Bretagne, lassé d'avoir été l’objet de multiples cambriolages ("Stances à un cambrioleur" : "Tu ne m'as dérobé que le strict nécessaire..."), la scène rapportée par Bourvil n'a pu se tenir qu'entre 1958 et 1970]

 

 

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Commentaires & Propositions d'exercices à propos de "COMMANDANT JUBELIN - NOËLS DE PROVENCE"

 

 

La partie du texte consacrée aux Noëls d'antan ("Nous prîmes la mer... nous restions éblouis de rêves") , tels que les rapporte le capitaine Jubelin se penchant sur son enfance, peut être l'objet, en classe (CM-6e), d'une leçon de lecture s'appuyant sur les données suivantes, que j'extrais d'un "Livre du Maître". Cependant, ne pas perdre de vue qu'il s'agit d'un texte relativement "difficile" : s'agissant de la partie "mots pleins" (par opposition aux mots-outils) qui comprend, avant toute lemmatisation, 241 occurrences, 84 % de ces occurrences sont des hapax (203/241) ! Dans le détail, on a 28 % des occurrences hors base Dubois-Buyse, mais aussi 5,3 % relevant du niveau CP, 10 % CE1, 16,3 % CE2, 21,6 % CM1 et 18,8 % CE2. Naturellement maîtrise de l'orthographe et maîtrise du lexique ne sont pas superposables, d'une part ; et par ailleurs, au-delà de tous les sens figurés, que dire des nombreux passés simples, aujourd'hui "écartés" de l'enseignement - mais tellement parlants, comme s'opposant aux imparfaits duratifs pour ne pas parler des plus-que-parfaits (nous prîmes la mer... nous prenions le quart... nous avions pris le quart...)...

 

 

Évocations rendues plus émouvantes par le contraste avec la situation particulière du narrateur.

 

Explication de quelques mots ou expressions :

 

 Teugue : sorte de cabine à l'avant du navire. Jean Arnoux : compagnon d'évasion d'André Jubelin

1. Relent : mauvais goût, mauvaise odeur. L'image convient, car cette musique paraît alors désagréable. - Impression de calme.

2. Nous nous étions tus, émus... douloureuse insistance : les deux hommes pensent qu'ils sont loin des leurs pour celle veillée de Noël, et ne peuvent chasser ces souvenirs qui leur font mal.

3. "Il y avait les Noëls où grand-père était encore là... tranche dorée" : Impression de bonheur matériel : tout reluit, étincelle (s'oppose au § suivant).

4. Image : on s'aime davantage ("Regain de tendresse... La dureté de chaque jour préservait notre amour mutuel"). Devant le malheur, tous les membres de la famille se sentent plus solidaires encore.

5. "Une émotion me gagnait qu'il détourna avec discrétion". L'auteur souffre davantage de la situation présente. Son compagnon d'évasion Jean Arnoux essaie de l'arracher à ce "cafard" [Discrétion : retenue dans les paroles et la manifestation des sentiments].

 

6. Enluminé - lumineux - famille de mots :

 

[Cf. dans la leçon de vocabulaire "Premiers froids", l'étoile de allumer]

 

Allumer, lumineux, enluminure, lumignon.

 

7. Variations de la forme du préfixe im/in/ir/il :

 

Importer, immigrer, inclus, infiltration, inhumer, inflammable.- Imparfait, illégal, irrégulier, insuccès, ininflammable.

 

8. Les verbes pronominaux :

 

La question de la forme pronominale n'est pas particulièrement aisée à trancher (surtout en CM2-6e). Définition basique : un verbe est dit pronominal lorsqu'il est accompagné d'un pronom (me, te, se, nous, vous) représentant la même personne que le sujet (Bonnard-Rouault, Livre unique de Français, SUDEL, 1952, p. 308). On retiendra la distinction entre les verbes essentiellement pronominaux (qui n'existent pas en tant que transitifs, donc non précédés du "se"...), relativement rares, et les autres, de sens réfléchi, réciproque, passif, pas toujours évidents à faire entrer dans des cases...


se dégage (souvenir).......réfléchi
se repeuplent (rues)........ passif
s'engouffrait (vent)........... réfléchi
se balançaient (jouets)..... passif

 

9. Le passif :

 

Était préservé, avait été emprunté (par Papa), j'étais gagné, fut détournée (le sujet devient complément d'agent).

 

10. Narration

Raconte ton plus beau souvenir de Noël

 

Rapporter le plus beau souvenir impose d'indiquer très rapidement quelques comparaisons avec d'autres occasions. Cela demande aussi d'expliquer en quoi ce souvenir précis dépasse tous les autres en valeur. C'est donc l'exposé des causes de cette joie particulière qui devrait prendre le plus de place dans le développement. Les meilleurs devoirs seront peut-être ceux qui exposeront les joies venues des sources les plus simples. Quel meilleur exemple pourrait les rappeler à nos élèves que celui donné par M. Guéhenno ?

 

L'ORANGE DE NOËL

 

Noël, dans mon enfance, c'était le jour où on me donnait une orange, et c'était un grand événement. Sous la forme de cette pomme d'or, parfaite et brillante, je pensais tenir dans mes mains le bonheur du monde. [...] Vers les onze heures, ma mère me donnait quelques sous et m'envoyait acheter une orange et une demi-livre de chocolats mélangés. Et fais bien attention ! me disait-elle. Demande qu'on t'en donne à la crème blanche. Ils sont bien meilleurs. [..] Je sautais de vitrine en vitrine. Car on pense bien que je ne dilapidais pas sans réflexion cette fortune que je serrais dans ma main fermée. Je réfléchissais, j'examinais, je calculais. Mon trésor ne devait payer que la plus belle orange. […]

[La suite peut être trouvée dans un autre fichier de cette même catégorie, mis en ligne le 4 décembre 1997…]

 

© Jean Fournier, Maurice Bastide, Français, Classe de 6e. Initiation littéraire, Bordas, Collection Lagarde & Michard, 1960, Livre du maître, pp. 103-105

 

 

Cdt
Jubelin
"Officier prestigieux, réunissant les plus belles qualités de conducteur d'hommes, aussi bon marin que brillant aviateur" :
- Le 5 novembre 1940, rallie les Forces Françaises libres dans des conditions d'audace extraordinaires ;
- Commandant p. i. le cuirassé Courbet, à Portsmouth, pendant les grandes offensives aériennes sur ce port ;
- Pilote de chasse de jour et de nuit, classé exceptionnel par la Royal Air Force, accomplit, en 1941-42, 72 missions offensives, remportant 4 victoires officielles ;
- Commandant l'aviso Savorgnan de Brazza, en 1943-44, participe à 27 convois dans l'Atlantique nord et l'Océan indien, détruit deux quadrimoteurs allemands et attaque avec succès un sous-marin allemand et un sous-marin japonais ;
- Commandant le croiseur léger Le Triomphant, premier bâtiment arrivé en Indochine le 3 octobre 1945, soutient Saïgon et Nha-Trang assiégés. Le 6 mars 1946, au combat d'Haïphong, s'abstient de riposter pendant 23 minutes, conformément aux ordres reçus et malgré les pertes subies. Réduit ensuite au silence les batteries de terre en même temps que, par une manœuvre hardie et difficile, il assure la protection des bâtiments escortés ;
- Commandant le porte-avions Arromanches, en 1948, participe à une série de missions importantes en Indochine ;
- 12 fois cité.

 

 

"Je parlais de nos Noëls de Provence, de nos crèches et de nos santons enluminés... On mettait sur la table les treize desserts traditionnels..."

 

Parfaite occasion pour faire le point sur les traditions provençales (qui devraient être imitées bien au-delà du pays de Mistral !)...

 

Dans le christianisme, l'Avent stricto sensu (du latin advenus, participe passé de ad-venio, "arrivée") est la période qui couvre les quatre semaines précédant Noël. En ce qui me concerne, je le fais débuter le 4 décembre, avec la préparation du "blé de la Sainte-Barbe" (dont les trois coupelles (symboles de la Trinité, pour les croyants), seront exposées sur la table des treize desserts, au soir de Noël).

 

 

1. La crèche et ses santons

 

Tradition très ancienne, pour représenter de façon naïve la scène de la Nativité, telle que décrite Kata Loykan : "Pendant qu'ils étaient là, le temps où elle devait accoucher arriva, et elle mit au monde son fils premier-né. Elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle" (Lc 2. 7). Cette représentation s'effectue à l'aide de santons ( = "petits saints"), dont les principaux, autour de l'enfant Jésus, de Marie et de Joseph sont : le bœuf et l'âne, le roi agenouillé, le roi blanc, le roi noir (Gaspard, Melchior et Balthazar), l'ange boufareù, l'Arlésienne, l'aveugle et son fils, le berger, le berger aux moutons, le bergère, le bohémien, le jeune bohémien, le bohémien à l'ours, la bohémienne, le boulanger, le chamelier et son chameau, le chasseur, la femme à l'ail, la femme à la chaufferette, la femme à la cruche, la femme au bébé, la femme au berceau, la femme au calen, la femme au canard, la femme au fagot, la femme aux limaçons, la femme en prière, la femme sur un âne, la femme tricotant, la fileuse à la quenouille, le garde champêtre, la gardeuse de poules, l'homme à l'oie, l'homme à la chèvre, l'homme à la lanterne, l'homme au fagot, l'homme au vin cuit, l'homme en prière, l'homme sur un âne, le joueur de vielle, le meunier, le pêcheur, le pêcheur au filet, la poissonnière, le tabourinaïré, le ramoneur, le ravi, le rémouleur ; et puis, les animaux : l'agneau, la chèvre, le canard, l'oie, le chien, le coq, la poule et le poussin, le mouton sur pattes, le mouton couché, le mouton mangeant...

Marcel Pagnol prétendait que les plus beaux santons étaient ceux de Marius Chave (le grand-père), dont l'atelier a été repris par le petit-fils. Mais à Aubagne, le choix est grand entre les nombreux santonniers, tous de grande réputation...crèche

D'ailleurs, Marcel Pagnol lui-même a désormais son santon, de même que les protagonistes de la fameuse partie de cartes ("Tu me fends le cœur... j'ai le cœur fendu par toi..."), et Lily des Bellons, l'ancien condisciple de Pagnol, emporté dans le conflit mondial de 14-18. Le santonnier Fouque a créé le désormais célèbre "coup de mistral". Et le dernier santon en date, à ma connaissance, est à l'effigie de... Lino Ventura...

De nombreuses églises du pays présentent diverses crèches, parfois vivantes (à la suite de François d'Assise, au XIIIe siècle). Je signale l'extraordinaire travail d'un modeste artisan, Monsieur Jay qui, chaque année à compter du 4 décembre, et jusqu'à la fin janvier, propose dans l'église de Saint-Christophe-sur-Guiers, un fabuleux ensemble animé (avec des moteurs de fours à micro-ondes !) de près de 800 figurines, moitié personnages, moitié animaux. Ça vaut le détour, et puis les routes en Chartreuse sont si belles...

 

 

II. Les treize desserts traditionnels

 

Ils sont censés représenter la Cène, le dernier repas du Christ au milieu de ses douze disciples. La liste n'est pas complètement figée, mais elle doit au moins comprendre les "représentants" des ordres mendiants : noix (Augustins), figues sèches (Franciscains), amandes (Carmes) et raisins secs dits de Corinthe (Dominicains). On ajoutera les dattes, les deux nougats (représentant les rois mages),  la pâte de coing (et divers fruits confits), la pompe à huile (dite gibassié), les pommes, les poires, les mandarines ou clémentines, le verdaù (melon vert). On peut aussi présenter les calissons, la fougasse d'Aigues Mortes à la fleur d'oranger, les oreillettes (ou bugnes), le raisin blanc (conservé de la dernière vendange)... Le tout est arrosé de vin cuit de Palette, pas facile à trouver (même à Palette...). Il se vend à... Ikéa une sorte de vin cuit venu du Nord, qui peut éventuellement suppléer à l'absence de vin de Palette...

 

Ma recette de gibassiè (pour trois "pompes")

 

Ingrédients : 700 g. de farine ; 200 g. de sucre en poudre ;  150 g. d'huile d'olive ; 2 zestes d'orange râpés (ou 2 cs d'eau à la fleur d'oranger) ; 30 g. levure de boulanger ; 1 pincée de sel.

Préparation du levain : délayer la levure dans un demi-verre d'eau tiède. La mélanger, en pétrissant lentement, à 200 g. de farine. Couvrir et laisser reposer (éventuellement, près d'un radiateur). Le levain sera prêt quand il aura doublé de volume.

Disposer alors le reste de la farine en fontaine : dans le creux, mettre l'huile, les restes râpés, le sucre et le sel.

Rassembler le tout avec les mains, puis incorporer le levain. bien pétrir la pâte pendant au moins cinq minutes.

Diviser la pâte en trois parts ("pâtons"). Aplatir chaque morceau sur une tôle farinée, et les entailler de façon régulière.

Couvrir les pompes d'un linge et laisser lever dans un endroit tiède.

Mettre ensuite à cuire à four chaud (200°) pendant 20 à 25 minutes (surveiller).

 

On peut aussi (à la rigueur), confectionner en lieu et place des Biscuits de Noël aux amandes.

 

Ingrédients : 400 g. de farine ; 250 g. de sucre en poudre ; 250 g. de beurre mou ; 200 g. de poudre d'amande (la marque "Vahiné" est bien connue) ; 100 g. d'écorces d'oranges confites hachées (par exemple La Maison du Fruit Confit, située à l'entrée de la ville d'Apt, côté Avignon ; ou encore Confit-fruit, confiseur-chocolatier à Crolles, etc.) ; le zeste d'un demi-citron "bio" (pour plaire à peu de frais aux écolos) ; 2 jaunes d'œuf ; un troisième, pour dorer ; une pincée de cannelle fraîchement râpée.

Préparation  :

Verser la farine dans un saladier, y creuser un puits. Ajouter le beurre émietté et les autres ingrédients, et pétrir longuement (d'abord à la fourchette, puis à la main). Laisser reposer toute une nuit.

Le lendemain, préchauffer le four à 200°. Étaler la pâte ; y découper des galettes avec un emporte-pièces. Beurrer une plaque à pâtisserie, y disposer les biscuits, les dorer au jaune d'œuf.

Mettre à cuire durant quinze minutes (en surveillant !)

 

 

III. Le blé de la Sainte-Barbe (Sainte-Barbe, patronne des métiers dangereux...)

 

On sème les grains de blé (mais aussi quelque lentilles) dans trois soucoupes, sur un lit d'ouate régulièrement humidifiée (à éloigner de tout radiateur !). Le soir de Noël, les soucoupes (éventuellement décorées d'un ruban rouge) seront placées à proximité de la crèche, et/ou sur la table de fête.

 

 

 

 

 

 

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