C'est Noël ! - La leçon de Jésus

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C'E S T  N O Ë L !

 

 

 

 

Une réflexion souriante de l'ancien ministre Luc Ferry. Pour ce temps de Noël 2015.

 

 

 

 

 

 

Noël, occasion de réfléchir à la vigueur intacte du message d'un christianisme qui, avec 2 milliards de fidèles, reste la première religion au monde, loin devant toutes les autres. Question : pourquoi ?

Depuis toujours, ma conviction est que le message de Jésus est le seul dans l'histoire de l'humanité qui fût au niveau du problème posé par la mort, notamment par celle des êtres que nous aimons. Schopenhauer n'a cessé d'y insister dans son maître-livre, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818) : la mort est la muse de toute interrogation métaphysique. Sans elle, il n'y aurait ni philosophies ni religions. En effet, ces dernières ont en commun de proposer des doctrines du salut, des réflexions sur ce qui pourrait nous sauver de la finitude humaine.

À l'appui de son assertion, Schopenhauer cite Platon et son fameux "Que philosopher, c'est apprendre à mourir", repris et popularisé beaucoup plus tard par Montaigne. Pourtant, je crois bien que la philosophie a toujours échoué dans cette préparation, là où la religion chrétienne nous promettait de faire "mourir la mort".

Pour permettre aux humains d'aimer sans crainte ni retenue, il faut, comme le dit l'un de nos plus profonds philosophes chrétiens, Denis Moreau, dans son beau livre sur Les Voies du salut (Bayard), que quatre conditions soient réunies: "Que la mort ne soit pas le terme ; qu'il y ait une persistance de l'identité personnelle après la mort ; qu'il y ait une relative hétérogénéité entre la forme d'être que nous connaissons actuellement et celle placée après la mort ; qu'il soit permis d'espérer que cette continuation post mortem s'opère dans des conditions [...] très heureuses".

En d'autres termes, nous ne serons pleinement sereins et libres que si nous avons la certitude qu'une autre vie reprendra après notre disparition, une vie dans laquelle nous resterons nous-mêmes, de vraies personnes, d'âme et de corps. Bien entendu, il faut que cette vie future soit malgré tout différente de l'ancienne. Il faut qu'elle soit plus heureuse, beaucoup plus heureuse, puisque la mort n'y aura plus sa place et que l'amour y régnera en maître.

C'est là, justement, ce que promet le Christ à ceux qui acceptent de le suivre, et cette promesse de résurrection personnelle bouleverse l'attitude existentielle du chrétien ici et maintenant, comme le précise encore Moreau : "L'existence du croyant est une existence caractérisée par la foi en la résurrection du Christ et par l'espérance en sa propre résurrection. Si l'on prend au sérieux cette foi et cette espérance, elles ne sont pas quelque chose que l'on pourrait avoir parallèlement à d'autres idées, à titre d'ornement ou de consolation de la vie, mais elles déterminent l'être entier du chrétien et le placent dans un rapport spécifique avec le monde qui modifie son être au monde".

Bien des philosophes, depuis Épicure et les Stoïciens jusqu'à Schopenhauer en passant par les disciples de Bouddha ou de Spinoza, se sont efforcés de montrer que la mort n'est pas à craindre. On connaît, entre autres, la fameuse argumentation d'Épicure exposée dans sa Lettre à Ménécée : "La mort n'est rien pour nous puisque, tant que je suis là, elle n'est pas là, et quand elle est là, c'est moi qui ne suis plus là !" Pourquoi, dès lors, s'en effrayer ? Je doute que le raisonnement, pourtant logique en apparence, ait jamais convaincu qui que ce soit. Personnellement, je vous avoue qu'il me fait plutôt sourire, pour ne pas dire plus ; et bien qu'amoureux de la philosophie, j'ai toujours un peu honte des philosophes quand je les vois céder à pareils sophismes. Il y eut sans doute quelques disciples pour les prendre au sérieux, mais pas Lucrèce, trop profond et avisé pour se laisser persuader par un discours d'une aussi évidente platitude.

Voilà pourquoi j'aime cette réflexion de La Rochefoucauld : "Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit mépriser. On a écrit tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal. Et les hommes les plus faibles aussi bien que les héros ont donné mille exemples célèbres pour établir cette opinion. Cependant, je doute que personne de bon sens l'ait jamais cru. Et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et à soi-même fait assez voir que cette entreprise n'est pas aisée". Bien dit, et je concède volontiers qu'à mes yeux, seul le discours du Christ est propre à lever les doutes et dissiper les peurs.

À une condition, bien sûr : avoir la foi

 

 

© Chronique de Luc Ferry, in Le Figaro du vendredi 26 décembre 2014, p. 13

 

 

 


 

 

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