C'est Noël ! - J'avance comme un âne

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C'E S T    N O Ë L !

 

 

Bon, c'est vrai que ça sent un peu la bondieuserie mièvre. Mais après tout, c'est Noël, non ?

 

 

La petite flamme de Noël

 

Une légende italienne raconte qu'un soldat du temps des croisades avait eu la folle idée de rapporter à Florence la flamme d'un cierge qui brûlait à la crèche de Bethléem. Le vent, la pluie, le froid, le sommeil, les brigands s'étaient conjurés en vain pour éteindre le feu sacré. Après mille aventures, il arriva enfin dans sa patrie, épuisé. C'était un soir de Noël ; grâce à lui, toutes les lampes de Sainte-Marie-des-Fleurs brillèrent de la flamme empruntée à la crèche de Jésus. Il avait gagné son pari. Mais il avait surtout découvert le vrai sens de la vie. Toute sa brutalité guerrière avait été consumée par la fragilité du feu qui tremblotait entre ses mains et qu'il avait dû défendre sans pouvoir se défendre lui-même, occupé qu'il était à protéger de ses mains la petite flamme. Il était ainsi entré dans le Royaume de l'Amour.

 

C'est là tout le secret de Noël. On dit que les hommes sont égoïstes et méchants. Ce qui est vrai, c'est qu'au moins à Noël, ils sont capables d'une immense générosité, d'une infinie tendresse. Bien plus, seule cette générosité, seule cette tendresse peuvent les révéler à eux-mêmes, leur donner confiance en eux-mêmes, les conduire à se reconnaître de la race de Dieu et non de l'espèce animale.
À Noël, le Christ Sauveur donne à chacun la force de sortir de sa routine, de sa médiocrité, de son ornière, pour se dépasser et se retrouver à l'image de Dieu.
À Noël, le Christ Sauveur vient déchirer notre inconscience, faire craquer nos égoïsmes, bousculer nos sociétés, réveiller l'Église elle-même, et ouvrir devant nous cet horizon d'une humanité où justice et paix se donnent l'accolade.
Noël n'est pas la célébration anachronique d'un rêve illusoire de l'humanité. Noël nous rappelle que l'homme, même bafoué, blessé, écrasé, est un familier de Dieu, un membre de la famille divine et que dès lors rien au monde, ni la maladie, ni l'échec, ni la calomnie, ni la mort, ne peut avoir raison de ce " secret gigantesque " relevé à Noël : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Beaucoup d'hommes disent aujourd'hui ne pas croire en Dieu. Mais Dieu continue de croire en l'homme créé à sa ressemblance.
Que ne peut faire encore aujourd'hui parmi nous la petite flamme de Noël !

 

 

J'aime la Provence à Noël

 

J'aime la Provence à Noël : elle célèbre Jésus, fils de Dieu et fils de l'Homme, avec son cortège bon enfant de santons, au son des fifres et des tambourinaires. Son âme religieuse, assoupie sous le soleil méditerranéen, se met alors à vibrer de ses fibres les plus profondes.
J'aime la Provence à Noël : elle ne joue pas aux santons comme une fille joue à la poupée, elle ne joue pas la Pastorale comme une pièce de patronage. C'est la nuit lumineuse, où comédie et tragédie humaines s'entrelacent et se confondent plus fortement que ciel et mer par temps de mistral.
J'aime la Provence à Noël : elle se glorifie que sa terre hospitalière ait accueilli, à travers la légende, les amis de Jésus, les " saintes Maries ", Madeleine, Lazare, Sidoine l'ancien aveugle-né et combien d'autres. Elle aurait même pu faire la première, la vraie crèche dans quelque baume des calanques... et l'on aurait entendu l'ange Boufareu chanter le Gloria en grec et l'on aurait vu Marie et Joseph savourer le " gros souper ", les treize desserts apprêtés sur la nappe trinitaire !
J'aime la Provence à Noël : elle demeure terre d'accueil et de partage, à l'image de ces santons qui n'ont jamais les mains vides, tous porteurs de quelques bons fruits de terre ou de mer, au goût d'ail ou d'olive. Elle plaide toujours pour l'homme et sa liberté que chantent les cigales, elle protège l'amour de la vie que fredonne Mireille.
J'aime la Provence à Noël : elle essaie de faire, avec les paumés, les exclus, les isolés, les immigrés, une crèche à l'envers ou plutôt à l'endroit, la seule qui soit vraie aujourd'hui, la seule où Jésus puisse naître aujourd'hui. Une immense crèche où chacun de nous devient un santon en marche vers ceux que Jésus appelle les plus petits d'entre les siens et auxquels il ne cesse de s'identifier.
J'aime tout particulièrement le Ravi et l'Aveugle, toujours l'un à côté de l'autre. Le Ravi, vêtu de grosse toile, ne porte rien, mais ses deux bras élevés dans l'émerveillement le portent vers le ciel. L'Aveugle, lui, est satisfait de ce qu'il voit par les yeux de son compagnon et il demande de ne recouvrer la vue qu'au moment de sa mort, " quand ça vaudra vraiment la peine de voir "
J'aime la Provence à Noël mais aussi aux quatre saisons.

 

[Cardinal Roger Etchegaray (Archevêque de Marseille), J'avance comme un âne, Fayard, 1984, pp. 59 et 95].

 

 

 

J'ajoute, en ce jour de Noël 2009, que la radio m'apprend l'agression, hier au soir, d'une folle contre le pape. Dans sa chute, Benoît XVI (82 ans), semble avoir entraîné le sous-pape Roger Etchegaray (87 ans) qui, lui, au lieu d'avancer comme un âne, semble s'être cassé le col du fémur. Ah ! Fémur, femme. Toujours le même problème...

 

 


 

 

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