Le monument aux morts de Saint-Martin d’Estréaux

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Présentation d'une "Leçon de vocabulaire", en ce onze novembre 2019. Éloignée autant que faire se peut des habituels "mouvements de menton"... Et destinée aux CM2-6e-5e.

 

"Si vis pacem, para pacem ! Ou : si tu veux la paix, prépare la paix, doit être la formule de l'avenir. C'est à dire : qu'il faut améliorer l'esprit des nations en améliorant celui des individus par une instruction assainie et largement répandue. "
Monument aux Morts, SMEstr

 

 

 

Texte gravé sur le monument aux morts de Saint-Martin d’Estréaux

 

Si vis pacem, para bellum ! Ou : si tu veux la paix, prépare la guerre, est une devise dangereuse.
Si vis pacem, para pacem ! Ou : si tu veux la paix, prépare la paix, doit être la formule de l'avenir. C'est à dire :
qu'il faut améliorer l'esprit des nations en améliorant celui des individus par une instruction assainie et largement répandue.
Il faut que le peuple sache lire
et surtout comprendre la valeur de ce qu'il lit.

BILAN DE LA GUERRE

Plus de douze millions de morts ! Autant d'individus qui ne sont pas nés ! Plus encore de mutilés, de blessés, veuves et orphelins. Pour d'innombrables milliards de destructions diverses, des fortunes scandaleuses édifiées sur les misères humaines, des innocents au poteau d'exécution, des coupables aux honneurs, la vie atroce pour les déshérités, la formidable note à payer. La guerre aura-t-elle enfin assez provoqué de souffrances et de misères, assez tué d'hommes, pour qu'à leur tour les hommes aient l'intelligence et la volonté de tuer la guerre ?
Si tout l'effort produit et tout l'argent dépensé pour la guerre l'avaient été pour la paix, pour le progrès social et économique, le sort de l'humanité serait bien différent.

LA MISÈRE

serait en grande partie bannie de l'univers. Et les charges financières qui pèseront sur les générations futures, au lieu d'être odieuses et accablantes, seraient au contraire des charges bienfaisantes, des félicités universelles.
Maudite soit la guerre et ses auteurs !

Le monument est confié à la garde de tous les bons citoyens. Il est du devoir de chacun de respecter et de faire respecter l'hommage rendu à nos morts, d'en comprendre la portée et au besoin de la faire comprendre et la propager.

 

 

SUGGESTIONS POUR UNE EXPLOITATION

 

Ce texte, naturellement, devra être manié avec beaucoup de précaution, en fonction essentiellement de l’état d’esprit du lieu dans lequel on exerce...
En effet, en rupture avec le patriotisme assez cocardier de nombre d’autres monuments aux morts (de tous ?), parmi tous ceux érigés à la suite de ce qu’on a nommé la Grande Boucherie, celui de Saint-Martin d’Estréaux(1) a fait l’objet de plus d’un acte de vandalisme, et on peut comprendre pourquoi. Il n’a d’ailleurs été inauguré qu’en 1947, mais se trouve désormais, depuis 1989, inscrit à l’inventaire des Monuments historiques(2). La proclamation gravée sur le monument - cf. fichier annexe - pourrait être étudiée à l’approche du 11 Novembre. Si l’on souhaite se montrer vraiment très imprudent, il faudra expliquer certaines expressions devenues très mystérieuses, sinon incompréhensibles, aujourd’hui, y compris pour des adultes. En particulier :

- "des fortunes scandaleuses édifiées sur les misères humaines". On mentionnera seulement l’existence des "fournisseurs aux armées", si souvent profiteurs et traficoteurs de tous poils.

- "des innocents au poteau d’exécution", syntagme qui fait allusion aux mutineries du printemps de 1917(3) sur l’ampleur desquelles, au vrai, les historiens ne sont toujours pas d’accord(4), et qui ont été longtemps occultées en France. C’est ainsi que le film de Stanley Kubrick, Les sentiers de la gloire, a été interdit chez nous dès sa parution(5).
Il faudrait aussi dire un mot des mutineries de la mer Noire, mouvements de révolte parmi les troupes (françaises) de l’armée de terre et de la marine envoyées en Ukraine et en mer Noire pour combattre la révolution bolchevique (février-avril 1919).

- "des coupables aux honneurs" : ici, peut-être ne sera-t-il pas nécessaire d’épiloguer beaucoup, ni de parler, entre autres, de celui dont le chien s’enfuit quand on l’appelle...

- "souffrances et misères" : on pourra évoquer la vie dans les régions occupées.

- "bilan de la guerre" : il faudra dire un mot du bilan, pour la seule France (40 millions d’habitants, à l’époque), de cette guerre :
* 8 000 000 de mobilisés + 400 000 ‘indigènes’ d’Afrique du Nord ou des colonies.
* 1 500 000 morts, 3 000 000 de blessés et mutilés(6).

Tous les morts ont certes droit à la même dignité et au même respect. On peut néanmoins remarquer qu’il y eut, parmi eux : 833 polytechniciens, 8 410 instituteurs et professeurs, 510 écrivains (dont Alain Fournier, Charles Péguy, Louis Pergaud).

On signalera éventuellement les "patriotes de l’arrière", tel l’ineffable Maurice Barrès, qui avait écrit, dans l’Écho de Paris (27 novembre 1914) : "Et dès maintenant, au milieu de nos angoisses, préparons cette France de demain si heureuse, si belle et qui sera peuplée, d’abord, des morts pour la patrie, toujours vivants dans notre piété, puis des décorés, puis des balafrés et mutilés".
Il sera enfin nécessaire, et équitable, d’attirer l’attention des élèves sur deux conséquences, inattendues mais qui lui sont directement liées, du conflit de 14, et qui ne pouvaient bien entendu pas être mentionnées sur le monument. Ce sont d’une part la promotion de la femme(7), et par ailleurs les améliorations sociales (loi des huit heures, loi d’assurances sociales)(8).
On pourrait peut-être commencer un itinéraire d’exploitation directement par l’exercice XIV, que nous nommons Mots en contexte. En effet, la recherche individuelle des unités lexicales connues, à l’intérieur d’une liste par définition neutre, leur emploi dans une production personnelle puis, à partir de la lecture, la prise de conscience de ce qu’apporte le texte à l’intelligibilité des mots isolés (levées d’ambiguïté, polysémie), peuvent exercer de nombreuses compétences indispensables (sens général, sens contextuel), voire même, pour partie, constituer un exercice d’évaluation (activités de production et de réinvestissement).

 

 

I. Lecture-compréhension

 

[Donner le temps suffisant pour une bonne prise de connaissance du texte, dont la charge émotive est particulièrement intense, l’intention du rédacteur étant très manichéiste. On peut d’ailleurs relever les arguments utilisés sous forme d’un tableau, dont un exemple est donné ci-après :]

GUERRE (6 occ.) PAIX (4 occ.)
   
une devise dangereuse  la formule de l'avenir
douze millions de morts   une instruction assainie et largement répandue
 des mutilés, des blessés, veuves et orphelins  améliorer l'esprit des nations et des individus
  des milliards de destructions diverses   le pari sur l’intelligence
 des fortunes scandaleuses...   le progrès social et économique
 des innocents au poteau d’exécution  l’amélioration du sort de l’humanité
 des coupables aux honneurs  
 la vie atroce pour les déshérités    la félicité universelle
 la formidable note à payer   
 souffrances et misères   
 charges odieuses et accablantes   charges bienfaisantes
 les auteurs de la guerre  les bons citoyens

 

 

II. Para-synonymes et antonymes

 

On peut aussi aller beaucoup plus loin : le système des oppositions et des rapprochements couvre tout le champ du texte. Suivant l’intérêt de la classe ou du moment, il sera plus ou moins exhaustivement exploré, individuellement, ou en groupes.
Antonymes :
bannir (répandre, propager), bienfaisant (dangereux, maudit, atroce), coupable (innocent), édifier (détruire - destruction), félicité (souffrance, misère, déshérité), guerre (paix), individu, citoyen (génération, peuple, nation, humanité, univers), innombrable (milliard, million), mort (vie), économique (dépenser), rendre (confier, garder).
Para-synonymes :
futur, avenir ; blessé, mutilé ; différent, divers ; exécuter, tuer ; hommage, honneur, respecter ; scandaleux, odieux ; améliorer, assainir ; préparer, produire, provoquer ; argent, fortune ; devise, formule ; esprit, intelligence, comprendre ; accablant, charge, peser ; progrès, valeur ; effort, volonté.

 

III. Grille étymologique, à partir de provoquer(9)

 

Préfixes Lexèmes Suffixes
in   er
con VOC ation
 pro    ateur
 (ir)ré VOQU  ant
    Ø   able
 é   al
    aliser

 

Provoquer : étymologiquement, appeler au dehors, mais en avant (pro), défier (provoquer quelqu’un) ;
être la cause de, entraîner, produire, occasionner (sens général, utilisé dans le texte). On ajoutera, au moins (outre voc abul aire !) :
- la Révocation de l’Édit de Nantes (1685)
- une décision irrévocable
- et peut-être : avoué (doublet de avocat, mais désormais inusité).

 

IV. Grille étymologique de lire(10)

 

Préfixes Lexèmes Suffixes
    Ø    
   li(re)      Ø
 re-   ible (iblement)
  lis   ibilité
 il    ure
    lect eur (rice)
     

 

Effectuer, ensuite, un relevé exhaustif (concours entre les groupes d'élèves ?) de tous les mots qu'on peut ainsi produire(11).

 

 

V. Séries analogiques : honneur

 

(à partir des deux radicaux : populaire - honn - et savant - honor (12)) et nombre (lat. : numerus).

 

 

  Ø   eur     Ø    er
     ête       able
dés   êtement       ablement
    êteté       abilité
  honn       honor  
 mal       dés   ariat
            ifique
            ant

 

 

  Ø   e     Ø   ateur
            ation
 in    eux       aire
             er
  nombr  er   é numer  al
 (in) dé           ique
    able       o
            oter
            ologie
            otation

 

 

VI. Grille étymologique : volonté

 

Se reporter à la leçon "Elle avait préféré la mort à la honte" : Exercice IV (Étude des bases des lexèmes de vouloir).

 

 

VII. Formidable

 

Caractère de ce qui impose respect et/ou peur (± énorme, gigantesque)
* une fille formidable ("elle est terrible", chante feu Johnny), une fille formidablement belle (= vraiment très belle)
* maous

 

 

VIII. Le verbe tuer

 


- sujet animé : faire mourir (assassiner, éliminer, buter, zigouiller, exécuter, massacrer, etc.)
- sujet inanimé : causer la mort de. Un poison qui tue (mortel). L’habitude tue le désir (émousser)
- sens figuré : je me tue au travail. Je me tue à te le dire.

 

 

IX. Les expressions injonctives

 

On les fera rechercher :
* deux occurrences de "il faut"
* il est du devoir
* ... doit être la formule

 

 

X. Monument

 


- ouvrage d’architecture : le Pont du Gard, les monuments (alignements) mégalithiques de Carnac
- ouvrage de littérature : la Recherche du temps perdu est un monument de la littérature française du début du XXe siècle
- un monument public un monument de bêtise (du sens propre au sens figuré)
- monumental - colossal - une erreur monumentale

 

 

XI. La portée, différents sens

 

* la charge : la portée d’une poutre * la mise bas (pour une femelle de mammifère)
* la notation musicale * la distance : la portée d’un canon de 75
* l’importance : l’attentat de Sarajevo fut un acte de portée mondiale (retentissement)

 

On pourra aussi exploiter (avec prudence !) le tableau reproduit ci-après(13).

 

marchal 29

 

 

XI. Prolongements

 

Le texte gravé sur le monument aux morts de Saint-Martin d’Estréaux fait allusion à l’importance primordiale du "savoir-lire". On peut donc effectuer une comparaison avec un fameux texte de Victor Hugo :

"Le progrès de l’homme par l’avancement des esprits ; point de salut hors de là. Enseignez ! Apprenez ! Toutes les révolutions de l’esprit sont incluses, amorties dans ces mots : Instruction Gratuite et Obligatoire. Mangez le livre. [...] Partout où il y a agglomération d’hommes, il doit y avoir, dans un lieu spécial, un explicateur public des grands penseurs. [...] Nul ne peut savoir la quantité de lumière qui se dégagera de la mise en communication du peuple avec les génies. [...]
L’ignorance est un appétit. Le voisinage de la nature rend l’homme du peuple propre à l’émotion sainte du vrai. [...] Tous les enseignements sont dus au peuple"(14).

Enfin, on complètera éventuellement le champ lexical évoqué dans le texte en s’appuyant sur le Centre d’étude n° 58 du Vocabulaire Orthographique de Base (L’armée, la guerre) de Ters, Mayer et Reichenbach - OCDL, Paris, 1977 (pages reproduites en Annexe).

 

 

XIV. Mots en contexte(16)

 

1. Souligne dans cette liste les mots que tu connais :

 

 accablant  charge  exécution  individu  mutilé  provoquer
améliorer  comprendre  félicité  innocent  odieux  répandre
 assainir  coupable  formidable  innombrable  orphelin  respecter
 atroce  dangereux  formule  instruction  paix  scandaleux
 avenir  dépenser  fortune  intelligence  payer  souffrance
 bannir  déshérité  guerre  lire  peser  tuer
 bienfaisant  destruction  hommage  maudit  préparer  veuve
 bilan  édifier  honneur  misère  progrès  vie
 blessé  effort  humanité  mort  propager  volonté

 

2. Écris un texte utilisant au moins cinq des mots que tu as soulignés :

 

2. Écris un texte utilisant au moins cinq des mots que tu as soulignés :

 .

.

.

.

.

 

3. Lis maintenant le document "Le monument aux morts de St Martin d’Estréaux"

 

4. Encadre (dans la liste 1) les mots que tu ne connaissais pas quand tu as fait le premier exercice, et que tu comprends (ou crois comprendre) maintenant :

 

Je ne comprends toujours pas les mots suivants : ______________________________________
__________________________________________________________________________
__________________________________________________________________________

Je comprends d'une autre façon les mots suivants : _____________________________________
__________________________________________________________________________

 

 

 

Notes

(1) Petit village situé au nord du département de la Loire, sur la N 7, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Roanne.
(2) Ce qui fait que le vœu exprimé à la fin du texte a fini par être exaucé (Document utilisé : "Les souvenirs restent de marbre", article paru dans Le Monde du samedi 11 novembre 1995, p. 25).
(3) Elles eurent lieu à la suite de l’offensive malheureuse du Chemin des Dames (16 avril-fin mai 1917), au cours de ce que Poincaré nomma "L’année trouble". Dans ce journal, à la date du 4 juin, le Président de la République évoque une conversation téléphonique qu’il a eue avec Painlevé (ministre de la Guerre) au sujet de deux mutins, dont un instituteur : "Il m’a été impossible de comprendre ce que désirait Painlevé, mais à son émoi, j’ai deviné qu’il demandait pitié pour ces soldats. Je lui ai répondu que l’heure n’était pas à la faiblesse".
(4) Trente à quarante mille mutins, 3 247 condamnations à mort, 51 exécutions, selon l’historien G. Pedroncini (Les mutineries de 1917, P.U.F, 3e éd., 1996, 328 p.). Mais d’aucuns ont aussi parlé de procédures beaucoup plus expéditives.
(5) L’auteur récent de Full Metal Jacket (1987) a produit, en 1957, Paths of Glory (d’après un ouvrage de Humphrey Cobb, dont la traduction est parue aux Éditions Marabout), avec Kirk Douglas dans le rôle du Colonel Dax (l’avocat de la défense). La diffusion en a été immédiatement interdite chez nous, il est vrai dans le contexte de la guerre d’Algérie, et n’a été levée qu’en août 1972. En réalité, ce film fait plus allusion aux fusillés pour l’exemple de Souain (le 17 mars 1915) qu’aux événements de 1917. [Renseignements sur ce film puisés sur l’Internet Movie Database, à l’adresse https://uk.imdb.com]. Enfin, les mutineries et autres refus n’ont pas dû commencer en 1915. Ainsi lit-on dans le journal de guerre de Maurice Genevoix (Ceux de 14, réédition Points, page 230), à la date du 14 octobre 1914 : "Soudain, brutale et proche, une salve déchire l’air du matin... Porchon me dit : “C’est cela, hein ?” ... Et toute grêle, toute nue, dans l’air immobile, la détonation d’un revolver crève, comme une bulle à la surface d’un étang. “Oh ! dit Porchon. Le coup de grâce”. On vient de fusiller l’un des nôtres".
(6) 27 % des tués avaient moins de 28 ans. D’une façon générale, le bilan, pour notre pays, est de trois adultes de moins de 36 ans sur 8, tués ou blessés. On notera qu’il existait officiellement des "dépôts d’éclopés", comme celui de Compiègne... Un exercice utile d’éducation civique (et de mathématique) consisterait à faire rechercher, dans sa propre commune d’exercice, le pourcentage des tués par rapport à la population masculine en âge d’être mobilisée (les 19-51 ans).
(7) Ce point est parfaitement renseigné dans l’intéressant téléfilm produit par Nina Compañez, Les Dames de la Côte.
(8) Bibliographie sommaire :
Ducasse, J. Meyer, G. Perreux, Vie et mort des Français 1914-1918 : simple histoire de la grande guerre,, Hachette, 1960 (nouvelle éd. Famot, Genève, 1978, 540 pages).
Barbusse, Le Feu, R. Dorgelès, Les Croix de bois, G. Duhamel, Vie des martyrs.
Documents pour la classe, n° 73, 21 avril 1960.
BT2 n° 22, novembre 1970 : Pourquoi la guerre de 14 ?
BT2 n° 53, novembre 1973 : Bilan de la grande guerre.
BT2 n° 63, novembre 1974 : La guerre mise en question.
(9) La grille proposée ne permet pas de produire vociférer, vocifération, qu’on signalera éventuellement aux élèves.
(10) D'après J. Picoche.
(11) Lire, relire, lisible, lisiblement, liseur (liseuse), lisibilité, illisible, illisiblement, lecture, relecture, lecteur, lectrice.
Si le niveau de la classe le permet, on pourra aborder lég-ende (du lat. legenda, participe futur passif de legere) et légendaire. Mais aussi leçon (de lectionem). Ce qui pourrait conduire à : collection, collectivement, collectivité, collégien(ne)...
(12) Exercice emprunté à R. Thimonnier, Le système graphique du français (Plon, 1967), p. 31. Cf. aussi du même auteur, Code orthographique et grammatical (Hatier, 1970) , p. 25.
(13) Extrait de L. Marchand, "Teaching by the scientific method", Journal of Educational Research, Nashville, Tenesse, volume 24, n° 1, octobre 1929, p. 8.
(14) in William Shakespeare, 1863, II, & 7. Ce texte a été connu du grand public grâce à un feuilleton de Jean Cosmos en six épisodes, La Dictée, passé sur les antennes voici quelques années (en novembre 1984), et rediffusé il y a peu.
(15) Signalons ici deux autres monuments atypiques : celui de Biron (Dordogne), recouvert de ‘pensées’ des habitants du village (cf. Jochen Gerg, La question secrète, Actes Sud, 1996, 176 p.) ; et celui de Chanteau (Loiret), dit monument au Turco inconnu (guerre de 1870)..
(16) Nous en empruntons l’idée à un exercice proposé dans la Macrothèque du CNDP.
La Macrothèque.- CNDP/MEN, 1994. 1 disquette (3,5 pouces) + 1 manuel 101 p. Windows - (Collection Micro-savoirs). Ensemble de macros utilisables sous Word permettant de créer des documents pédagogiques : résultats d'analyses lexicométriques et exercices divers (textes lacunaires de plusieurs sortes, textes à réorganiser, mises en relation).
Le livret d’accompagnement de cette douzaine de macro-commandes fourmille de suggestions pédagogiques très stimulantes (et, pp. 23-28, d’indications précieuses sur l’utilité de la prise en compte de la fréquence lexicale, avec une référence au Français fondamental). Document épuisé depuis longtemps, et malheureusement devenu introuvable.

 

(© Emprunté à SH, L'enrichissement du vocabulaire, CRDP de Grenoble, 1997, pp. 239-250)

 

 

 

 

Complément

 

"Maudite soit la guerre" : un monument aux morts pacifiste en Normandie

 

À Équeurdreville, dans la Manche, le monument aux morts de la guerre de 14-18 ne célèbre pas le patriotisme, mais les victimes collatérales.

 

"Que maudite soit la guerre". Au-dessus de cette inscription du monument aux morts d'Équeurdreville-Hainneville (18 000 habitants), près de Cherbourg, ne se dresse pas le traditionnel poilu de la Grande Guerre. À la place, une femme éplorée, une veuve avec deux orphelins en pleurs : la fille dans ses bras et le garçon à ses côtés.

Ce monument aux morts résolument pacifiste, qui égrène sur son socle les noms des 225 "enfants d'Équeurdreville morts pendant la guerre 1914-1918" et ceux des autres conflits, n'a été érigé qu'en 1932. Un décalage très net par rapport aux autres communes : après une loi de 1919 incitant les communes à prendre de telles dispositions, les monuments commémoratifs sont décidés dès 1919-1920 et érigés en 1921-1922. Percy, une autre commune de la Manche, a même anticipé en votant le principe de ce monument dès 1914.

Le "retard" d'Équeurdreville s'explique par la volonté du maire socialiste de l'époque, Hippolyte Mars, disciple de Jaurès, de mettre en place un monument non belliciste. D'où des dissensions prolongées entre la commission des beaux-arts du conseil municipal et le comité du monument aux morts. En 1922, le dessin d'un sculpteur parisien n'est pas retenu.

Un second projet, présenté par la sculptrice Rachel Hautot, comporte, selon le site internet de la mairie d'Équeurdreville, deux hypothèses : "un soldat brisant son arme" et "le père et la mère pleurant leur fils". Commission et comité sont d'accord, mais des divergences se font jour au sein du conseil municipal. D'abord retardé, le deuxième projet est enterré.

Professeur à l'École des Beaux-Arts de Cherbourg, Émilie Rolez, peintre et sculptrice, soumet son projet appelé "la veuve". Les deux parties, élus et anciens combattants, se mettent d'accord. Le monument est inauguré le 18 septembre 1932.

Le monument commémoratif de Gentioux-Pignerolles, village de 400 habitants dans la Creuse, est également orné de l'inscription "Maudite soit la guerre". Visage triste, un écolier en blouse et sabots tend le poing vers la liste des 58 morts. Ce monument initié par le maire socialiste de l'époque, Jules Coutaud, maréchal-ferrant, a été inauguré en 1922.
À Saint-Martin d'Estréaux, commune de 900 habitants dans la Loire, le monument érigé en 1922 a été augmenté en 1928 de panneaux pacifistes dont "Maudite soit la guerre et ses auteurs", et "Si vis pacem, para pacem" (Si tu veux la paix, prépare la paix)(15).

 

[© Article de J.-P. Beuve, publié dans Le Point du 11 novembre 2014]

 

 


 

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