Saint-Valentin (2)

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On est très sérieux quand on a dix-sept ans

 

On s'est rencontrés à l'anniversaire d'une amie, puis on a fini la soirée dans une boîte de karaoké. Éric a voulu faire le grand, il a pris un verre d'alcool, il m'a proposé de goûter. J'ai bu dans son verre mais pas lu dans ses pensées. Il m'a réclamé une bise qui s'est transformée en premier baiser. On a su très vite qu'on était faits l'un pour l'autre, mais mes parents n'ont pas vu les choses ainsi : il n'était pas du même milieu social, il ne pourrait pas m'offrir une belle vie, bla-bla-bla. Pendant cinq ans, ils m'ont strictement interdit de le voir. Alors pendant cinq ans, j'ai menti, j'ai triché, j'ai vu Éric en cachette. C'était difficile et délicieux. En fait, on attendait de pouvoir s'assumer financièrement pour s'aimer au grand jour. Il y a trois ans, quand ce moment est enfin arrivé, j'ai annoncé à mes parents qu'Éric était l'homme de ma vie, et en vrac, toutes les années de mensonge. Ils ont réalisé que nous nous aimions vraiment, et ils ont pu constater qu'Éric était travailleur, ambitieux. Ils ont fini par l'accueillir comme un fils et tout le monde a pleuré quand ses parents sont venus demander ma main à mes parents, tradition oblige. Après huit ans de fiançailles tumultueuses, on va enfin se dire oui. Notre amour est solide, on s'est battus main dans la main, et maintenant on souffle. Il faut toujours écouter son cœur. On est très sérieux quand on a dix-sept ans.

 

Sèverine, 25 ans, & Éric, 25 ans, Paris.

 

 

Vingt ans après

 

- Tout a commencé au collège. J'étais assise à côté de Laurent et je suis tombée amoureuse de lui. On a commencé à flirter très tôt. Forcément ça a fait peur à mes parents. J'étais trop jeune pour que ça devienne aussi sérieux.

- Mes parents à moi trouvaient que ça avait assez duré. Avoir une petite amie à laquelle on tient, c'est mignon, mais il ne fallait pas parler mariage à quinze ans. Pourtant, on était sûrs de nous.

- Il faut croire qu'on était quand même un peu jeunes. Mes parents m'ont mise en pension. Au début, je voyais Laurent le week-end, en cachette. Et puis il y a eu le bac, j'ai rencontré d'autres garçons et Laurent m'a oubliée.

- Non, je ne l'ai pas oubliée, simplement on n'était pas assez forts pour tenir tête à nos parents. Et puis le temps a passé et on a chacun pris un chemin opposé.

- À vingt ans, je me suis mariée, j'ai eu un fils, mais ça n'a duré que trois ans. Je ne regrette rien, j'ai un enfant formidable.

- Moi aussi, j'ai divorcé. Après dix ans et deux filles. Mais ma vraie vie amoureuse n'a commencé que le jour où j'ai revu Florence. On était tous les deux à Tours, notre ville natale, pour le week-end. On n'avait jamais cherché à se revoir.

- On s'est croisés dans la rue, immédiatement reconnus et on s'est raconté notre vie depuis le lycée. Ensuite, se revoir a été une évidence.

- C'est comme si on n'avait rien trouvé de mieux ailleurs. Mais il n'y a rien de nostalgique dans notre relation. On s'est redécouverts et nos enfants s'entendent à merveille.

- Quand j'ai demandé la main de Flo, nos parents respectifs étaient présents…

 

Florence, 50 ans, & Laurent, 52 ans, Tours.

 

 

Grève party

 

Nous nous sommes rencontrés lors des grandes grèves de 1995. Plus de métro, pas de bus, Paris était gelé et il fallait bien aller travailler. Après deux, trois jours de taxi, on s'est organisé pour pratiquer ce qu'on appelle de façon barbare le co-voiturage. Dans la société de production où je travaillais, il y avait tellement d'étages que la rencontre entre les pauvres victimes de la grève a été comp1iquée. Le premier jour, je finis tout de même par trouver quelqu'un qui allait vers Croissy où j'habitais à l'époque. Je me retrouve dans la voiture avec André, qui travaillait deux étages au-dessus de moi et que je n'avais jamais croisé, et avec Joe, le conducteur, qui avait réservé l'autre place de devant à son chien. Banalités d'usage pendant le trajet, on discute boulot, on disserte sur la grève et sur sa durée...

Joe baisse soudain la musique pour prendre un appel sur son portable et là, ce vieux monsieur respectable qui avait été si courtois le reste du temps commence à hausser le ton et à déclamer la plus grande tirade de grossièretés que j'aie jamais en tendue. D'abord consternée, j'échange un regard avec André. Là, nous sommes pris d'un fou rire irrépressible, comme ceux que l'on piquait au lycée pendant un cours et qui nous valaient de faire un tour chez le proviseur. On ne peut plus s'arrêter et on en pleure. C'en est trop pour le brave Joe qui nous traite de gamins... et nous débarque de sa voiture au milieu de nulle part. La suite, c'est de l'auto-stop pendant des heures et des retrouvailles hilares le lendemain au bureau. On ne s'est plus quittés et on ne râle plus jamais contre les grèves.

 

M-Cécile, 34 ans, & André, 34 ans, Paris.

 

 

Textes écrits à l'occasion du Forum du Mariage, et parus dans Madame Figaro