La grande blessée

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À l'occasion de ce onze Novembre 2009...

 



Un soir d'hiver, à l'ambulance,

On amène un soldat blessé.

Rien ne trahit sa défaillance ;

Il a le bras droit fracassé.





C'est un vaillant, un volontaire ;

Des premiers il était debout,

Pour défendre son bien, sa terre,

Pour venger son honneur surtout.

 

 

On examine la blessure,

Et les médecins rassurés

Disent : "La guérison est sûre ;

Laissez-vous faire et respirez".

 

 

"Oh ! Je vous comprends à merveille,

Répondit-il, on dort, n'est-ce pas ?

On dort, et quand on se réveille,

On vit... mais on n'a plus qu'un bras.

 

 

"Perdre la main qui tient l'épée

Ou qui soulève le fardeau !

Qui conduit la plume trempée

Ou qui dirige le pinceau !

 

 

"Jamais ! Je défends qu'on y touche.

Je sais souffrir, c'est mon métier ;

C'est le dernier mot de ma bouche :

Je veux mourir ou vivre entier !"

 

 

Va, nous comprenons ta pensée ;

Comme toi, nous saurons souffrir !

La France est la grande blessée

Qui veut vivre entière ou mourir.

 

 

 

 

[Gustave Nadaud (Roubaix, 1820 - Passy, 1893), in Revue de l'enseignement primaire, septembre 1895 - texte de récitation à l'usage du cours supérieur]