XXXIII. Le travail de l'intelligence, dans l'industrie, remplace et diminue peu à peu le travail du corps. - L'instruction obligatoire

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Par le progrès de l'industrie, l'intelligence règne de plus en plus sur toutes choses, et la nature devient la servante de l'humanité.

 

 

M. Edmond. - Francinet, si je t'envoie faire une course à l'autre bout de la ville et que tu sois fatigué, tu auras bien soin, n'est-ce pas, de réfléchir au chemin que tu dois prendre pour abréger ta route, et de mettre en œuvre ton intelligence ?
Francinet. - Oh ! oui, monsieur, et même je demanderai aux passants la route la plus courte, si je crains de me tromper.
M. Edmond. - Eh bien ! mon ami, l'humanité entière, depuis la création du monde, fait ce que tu dis là pour diminuer de plus en plus sa lourde tâche. De même que tu réfléchis pour trouver le chemin le plus court et épargner une fatigue à tes jambes, ainsi l'humanité réfléchit pour faire travailler à sa place la nature et les choses qu'elle renferme, comme la force de l'eau, de la vapeur, de l'air, etc. C'est là la part de l'intelligence, c'est ce qu'on appelle le travail intellectuel. De même que tu interroges les passants dans la crainte de te tromper de route, de même l'humanité interroge la nature et s'interroge elle-même par l'instruction. Le savant français qui veut inventer une machine capable de remuer des fardeaux que mille hommes ne pourraient soulever, interroge les livres écrits sur la mécanique par tous les savants des autres pays. Il réfléchit aussi de son côté, il observe tout ce qui l'entoure, il fait travailler son intelligence.
Le premier homme qui réussit à dompter le cheval sauvage et à se faire porter docilement sur son dos, s'épargna l'effort de la marche et le poids de lourds fardeaux. Et dis-moi, Francinet, ne l'épargna-t-il qu'à lui-même ?
Francinet. - Monsieur, il l'épargna à tous les hommes, qui profitèrent désormais de son idée.
M. Edmond. - De même, le premier homme qui songea à utiliser la pesanteur de l'eau pour mettre en mouvement la roue d'un moulin, ou la force du vent pour tourner les ailes du moulin à vent, celui-là fit accomplir à l'air et à l'eau le travail que, sans cela, il eût été obligé d'accomplir, lui et tous les autres hommes qui devaient vivre après lui, pour tourner la meule du moulin.
Vous voyez, mes enfants, le rôle important de l'intelligence, et comme le travail intellectuel remplace peu à peu le travail du corps dans l'industrie.
Il n'y a pas un seul des objets dont vous vous servez qui ne soit une conquête de l'intelligence sur la nature. Conquêtes plus glorieuses cent fois que toutes les victoires sanglantes qui ont coûté la vie à des milliers d'hommes ! Conquêtes paisibles et douces, destinées à diminuer les peines de l'humanité.
Mais, pour accomplir ces conquêtes sur la nature, l'intelligence doit être cultivée. L'instruction est donc bien nécessaire à tous les hommes, et la loi qui rend l'instruction obligatoire et gratuite, est une loi sage. Les jeunes enfants qui emploient mal le temps précieux de l'étude sont bien coupables. Ils se privent dans l'avenir d'une foule de ressources pour eux-mêmes, et ils en privent aussi tous leurs semblables, car l'invention la plus humble du plus humble des hommes rend plus tard des services à tous.
Et à ce sujet, mes enfants, je vous raconterai l'histoire d'un pauvre mineur anglais, appelé Georges Stephenson, dont les découvertes montrent bien l'importance du travail intellectuel et de l'instruction.