XXVIII. Aimée voudrait connaître des remèdes aux souffrances des pauvres - La souffrance, principe de la charité

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La souffrance est le lien des hommes.

 

. "- Monsieur Edmond, dit Aimée, je trouve bien malheureux qu'il y ait des pauvres, bien triste qu'il y ait des gens obligés à tant se donner de mal, tandis que d'autres ne font rien. Mon pauvre grand-père a travaillé soixante ans pour gagner la fortune qu'il a ! Malgré cela, cette fortune est une exception, à ce qu'il paraît ; car il y a des gens qui, après avoir travaillé le même nombre d'années, meurent à la peine, sans avoir pu se reposer et sans la consolation de savoir au moins leurs enfants tirés de la misère ! N'est-ce pas bien triste ? Quel remède y a-t-il donc à cela ? Oh ! Je voudrais, moi, qu'il fût en mon pouvoir que personne ne souffrît ici-bas ! Dussé-je souffrir à la place des autres, j'y consentirais volontiers.

- Mon enfant, reprit doucement M. Edmond, attendri par les yeux humides de la petite, vous voyez bien déjà que la souffrance est utile à quelque chose, puisqu'elle peut faire naître, même dans l'âme d'un enfant, une compassion assez vive pour lui inspirer l'idée généreuse d'un dévouement. La souffrance est l'origine de ce qu'il y a de plus beau sur la terre : la charité, la pitié et l'amour.

La souffrance, qui vous attriste tant, est le lien le plus fort qui puisse unir les hommes, en les obligeant à travailler en commun, à se secourir les uns les autres, et par cela même à s'aimer. Ne voyez-vous pas que, pour combattre la souffrance, il leur faut mettre en commun toutes leurs forces ? Car les pauvres ne sont pas les seuls à souffrir en ce monde : les infirmités, la maladie, la mort, ne frappent-elles pas aussi les riches ? À cause de cela, les riches ont besoin comme les pauvres du secours de leurs semblables, ils ont besoin de leur amour, qui aide à supporter les peines en les rendant plus douces. La souffrance, en forçant les hommes à travailler ensemble, en fait des frères.

Voilà une première utilité de la souffrance, mes enfants; elle développe en nous ce qu'il y a de plus précieux sur la terre et dans le ciel même : la bonté, la charité.

La souffrance a encore bien d'autres utilités que je vous montrerai plus tard".