XV. Le travail rend heureux

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Enfant, le travail et le jeu ne sont pas si différents que tu le crois : pour jouer comme pour travailler il faut de l'activité, parfois même de la peine ; et il n'est pas plus difficile d'apprendre à faire des choses utiles que des choses inutiles. La seule différence, c'est que le jeu est le plaisir d'un moment, tandis que le travail prépare le bonheur de toute la vie.

 

- D'abord, Francinet, demanda Aimée, qu'est-ce que tu appelles vivre sans rien faire ?

- Dame, c'est de vivre sans travailler, sans se fatiguer, et en s'amusant tant qu'on peut.

- Mais, Francinet, tous les jeux donnent de la fatigue et sont une sorte de travail. Pour apprendre à jouer à la balle, par exemple, à sauter à la corde, à lancer une toupie, ne faut-il pas se donner beaucoup de peine et de fatigue ? Jouer, ce n'est donc pas vivre sans se fatiguer.

- C'est vrai ; mais une fois qu'on sait tous ces jeux, comme on est content, et comme cela amuse !

- Certainement ; mais lorsque je sais ma leçon, je suis plus contente encore. Mon grand-père m'embrasse, je l'entends me dire : "Petite Aimée, vous avez bien rempli votre devoir, vous êtes une bonne petite fille et vous me rendez bien heureux !" Je t'assure, Francinet, qu'il n'y a rien qui vous mette plus de joie au cœur. Et après cela, comme j'ai permission de m'amuser, la récréation m'en semble moitié meilleure. Au contraire, lorsque j'ai manqué de courage pour étudier ma leçon et que je ne l'ai pas très bien sue, mon grand-père me dit : "Petite Aimée, je suis fort mécontent, vous n'avez pas employé comme il faut l'heure du travail !" Et alors, Francinet, j'ai le cœur si triste que je ne peux pas réussir à trouver du plaisir tout le temps de la récréation.

- Je comprends très bien cela, dit Francinet, car, hier au soir, quand maman m'a embrassé en rentrant de ma journée, elle m'a dit : "Te voilà presque un ouvrier, mon Francinet, tu aides ta mère à gagner le pain de la famille ; c'est beau, cela, c'est une œuvre d'homme et d'homme courageux!" Alors je me suis senti si fier et si content que j'ai oublié d'un seul coup l'ennui de toute la journée.

- Tu vois donc bien, Francinet ! Il y a des plaisirs de toute sorte, c'est là que j'en voulais venir. Lorsque, dans ma journée, j'ai goûté la joie d'avoir bien fait mon devoir, et ensuite le plaisir de m'être amusée sans remords et sans arrière-pensée, n'ai-je pas été plus heureuse que si j'avais lancé ma balle ou mon cerceau sans vouloir faire autre chose ? N'ai-je pas eu deux satisfactions pour une ? Les enfants paresseux ne font-ils pas, comme dit grand-père, un calcul très sot, puisqu'ils préfèrent un seul plaisir, et encore mélangé de remords, à deux joies très complètes et très vives ?