Hommage au Six-Juin 44

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Heureux ceux qui sont morts
Dans une juste guerre
Heureux les épis mûrs
Et les blés moissonnés.


Lieutenant Charles Péguy.

 

 

Désinformations

 

 

 

Conflit de générations

 

 


Un vieil Américain, l'esprit un peu ailleurs, arrive à l'aéroport de Paris - Charles-de-Gaulle et se met à fouiller dans ses poches en quête de son passeport.
- "Êtes-vous déjà venu en France, monsieur ?", lui demande sèchement le douanier.
Le vieil homme, inquiet, reconnaît être déjà venu.
Le fonctionnaire s'énerve.
- "Alors, vous devriez savoir qu'il faut avoir son passeport prêt pour un contrôle… "
Le vieux Yankee tente de lui expliquer que la dernière fois personne ne lui a demandé ses papiers.
- "Impossible, grand-père...
- Vous savez, jeune homme, la dernière fois, il n'y avait pas un seul Français pour me demander mes papiers. C'était à Omaha Beach, en 1944".

 

© M. L., Herzlya, Israël

 

 

 

 

 

 

Juste un nom

 

 

à Earnst BATES (*)

 

Un deux mai, je suis venu te voir tout doucement. Seul le sifflement des oiseaux venait agréablement perturber le lourd silence du lieu. Je marchais parmi les innombrables croix blanches et le temps splendide me culpabilisait de vivre.
Au hasard d'une croix, de l'un de tes infortunés camarades, j'ai compté jusqu'à vingt-trois, c'est le premier nombre qui me passa par la tête. J'avançais en diagonale et tu m'appelais. J'osais à peine effleurer le si joli marbre de Carrare des croix intemporelles.
Alors, j'ai mis un nom au mot "liberté".
C'était toi. Il y a longtemps maintenant que tu reposes là parmi tes frères de souffrance. Tu étais venu de ton lointain Oregon natal défendre l'opprimé. Sans doute, ne connaissais-tu pas ce pays où la mort t'attendait ?
Tu reposes ici chez toi en terre américaine. Ta courte vie vaut mille fois les nôtres.
Tu pourrais être mon fils maintenant. J'ai retenu mes larmes comme l'intime un panneau à l'entrée de l'admirable nécropole.
J'ai déposé délicatement un brin de muguet que j'avais emporté, un brin dérisoire. Je songeais en fixant longuement ton nom gravé que le muguet est un porte-bonheur. Ce geste maladroit voulait pourtant dire tant. Tu n'as peut-être jamais connu le bonheur ici-bas, le bonheur d'aimer, d'aimer une femme peut-être et le bonheur plus fort encore d'être aimé.
Alors, j'ai mis un nom au mot "liberté".
J'imagine ton visage juvénile, imberbe peut-être. Visage inconnu et pourtant si proche maintenant.
C'est toujours injuste de mourir à vingt ans. J'avais perdu un fils. J'imagine ta peur avant l'assaut quand le déferlement de haine s'abattit. Je ferme les yeux et j'entends au loin le tocsin.
Alors, j'ai mis un nom au mot "liberté".

(*). Earnst BATES est un soldat américain, tombé lors des combats de la campagne de France, le 20 décembre 1944. Il est inhumé au cimetière de Colleville-sur-Mer (14).

To Earnst BATES (*)

On a certain May 2nd, I came to you very softly. Nothing could break the deep silence around but the birds whistling. I was walking among the numerous white crosses and I was feeling bad about being alive as the weather was fantastic.
From a cross, a cross dedicated to one of your unfortunate mates, I started to count to 23. That's the figure which came up into my mind. I was going through the path and you were calling me.
I could hardly touch the carrera marble the timeless crosses were made of.
And then it occurred to me that the word "freedom" had a name.
That name would be you. You have been lying there for a long time now. You had left your far-away Oregon to defend the oppressed. You might not know that country where you found nothing but death.
Now you are lying here at home on an American territory. Your short life is worth ours a thousand times.
You could be my son today. I kept my tears just as it is asked to visitors on the sign at the entrance of the wonderful necropolis.
I gently put down a blade of lily of the valley I came with, a kind of blade. I kept on thinking that lily of the valley brings luck while I was gazing earnestly at your graven name. I wanted to say so much through that clumsy gesture. You may have never known happiness here below, neither the good fortune to feel in love nor feel love for a woman and better fortune to be loved.
And then it occurred to me that the word "freedom" had a name.
I can imagine your juvenile face, probably beardless. A totally unknown face and though so close now.
It is always unfair to die at twenty years old. I had lost a son. I can imagine your fear just before the assault, as the wave of hatred swept down. I am closing my eyes and I can hear the tocsin in the distance.
And then it occurred to me that the word "freedom" had a name.

(*) Earnst Bates is an American soldier, fallen during the fights of France countryside, on December 20, 1944. He is buried at Colleville-sur-Mer cemetery (14).


© Yann Kermabon, Rennes (Ille-et-Vilaine) - Traduction de Melle Gladys GUEDON (Nice)

 

 

 

© Textes publiés dans Le Monde du 8 mai 2004

 


 

 

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