Les bons intégristes

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On se demande parfois quel lien existe entre le fait qu'on charge le minuscule État hébreu de tous les péchés d'Israël, et le fait que la manne pétrolière est largement entre les mains de nombre de ses voisins arabes et néanmoins ennemis. L'article qu'on va lire est une illustration, sans doute bien oubliée, de cette attitude. On pourra éventuellement compléter sa lecture en se reportant à un ouvrage écrit par son auteur (Paul Giniewski), Le Combat d´Israël, Mythes et réalités, qu'on n'est pas obligé de prendre entièrement pour argent comptant.
Cependant, pour rafraîchir la mémoire de certains, qui habilement regardent de l'un et l'autre côtés de la lunette selon leurs intérêts, on rappellera ici Septembre noir et Sabra et Chatila.

Réfugiés (comme on dit) en Jordanie après la guerre des Six-Jours, nombre de Palestiniens, qui y faisaient assez la loi (ils étaient d'ailleurs très largement chez eux - confer la création, par Churchill, et d'un trait de plume, de la Jordanie), voulurent s'emparer en quelque sorte du pouvoir. Le roi Hussein, dit "petit roi", ne l'entendit pas de cette oreille. Il y eut dix jours de batailles rangées, du 17 au 27 septembre 1970. De batailles et de massacres. Les fedayin palestiniens, au nombre de 40 000, commandés par un piètre stratège, un certain Yasser Arafat, furent complètement défaits par les bédouins d'Hussein, dont les troupes bombardèrent allègrement les camps de réfugiés palestiniens. Entre frères, hein, pas la peine de compter les morts ? Il y en eut 10 000, du côté palestinien. Il y en aurait sans doute eu beaucoup plus si Nasser, à la veille de disparaître, n'avait imposé l'arrêt de la boucherie. Plus personne ne parle plus de ce Septembre noir. Les camps n'existent plus : ils furent rasés, et les survivants poussés au Liban (chacun sa merde, et à tour de rôle, camarade).

Douze ans plus tard, ils y étaient toujours, tour à tour auteurs (Damour) et victimes (Tel Zaatar) de massacres. Tsahal entre dans la danse le 6 juin 1982, officiellement pour chasser Palestiniens et Syriens du Liban, avec ses alliés des Forces libanaises. Les choses se stabilisent avec l'élection, fin août, d'un chrétien (Gemayel) à la présidence du Liban. Trois semaines plus tard, le Président libanais est victime d'un attentat. Ce qui mit le feu aux poudres, et déchaîna la colère des Forces libanaises. Lesquelles s'en prirent alors au camp palestinien de Sabra et Chatila (d'où étaient parties des attaques de fedayin). Les soldats de Tsahal n'intervinrent pas, ou trop tard, c'est vrai. On parle de 800 morts, fedayin et civils confondus. On en parle encore aujourd'hui, des 800 morts de Sabra et Chatila. Mais on a opportunément oublié Septembre Noir et ses 10 000 victimes. Et la Syrie occupe toujours le Liban.

Au fait, pourquoi un État palestinien n'a-t-il pas été mis sur pied par le roi Hussein et les pays arabes, entre 1947 et 1967 ? Israël ne s'y serait pas opposé... Pourquoi les pays arabes n'ont-ils rien fait pour leurs frères palestiniens ?
Enfin, concernant l'article qui suit, il serait préférable de parler, non de l'État juif mais de l'État hébreu. Ou alors, parler en regard des États arabo-musulmans

 

Le bannissement de quelque quatre cents militants du Hamas par Israël continue de provoquer sa critique, sa réprobation, une exceptionnelle levée de boucliers.

 

En Algérie, en Égypte, en Tunisie, en Syrie, dans les pays du Golfe, c'est par dizaines de milliers que sont emprisonnés, torturés et condamnés à des peines de prison et de mort les intégristes. Le Conseil de sécurité s'est-il réuni ? A-t-il sévi ? Les télévisions se sont-elles mobilisées comme pour les "quatre cents" emmitouflés, chauffés et ravitaillés, posant avec complaisance ? L'intransigeance des intégristes aux ordres de Téhéran, et celle des Libanais, aux ordres de Damas, a fait avorter tous les compromis imaginés par Israël. C'est Israël qu'on accuse d'intransigeance.

Or Israël se défend contre le terrorisme intégriste comme font l'Égypte, la Tunisie, l'Algérie et les autres pays arabes. Avec la différence qu'il le fait en nation civilisée. Il ne bombarde pas au gaz de combat ses intégristes, comme Saddam Hussein. Il n'expulse pas, comme le Koweït l'a fait après la guerre du Golfe, quatre cent mille Palestiniens qui avaient collaboré avec l'agresseur irakien.

Deux lois sont appliquées dans l'arène internationale. Une loi pour l'État juif, une loi pour les États arabes.

Or l'antisémitisme est tout simplement la pratique de l'inégalité entre juifs et non-juifs.

 

© P. Gin., in Le Monde du 20 février 1993

 


 


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[L'auteur de ce percutant billet d'humeur s'est éteint le 13 juillet 2011]