Démocratie française : le renouveau ou la mort

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Solon, l'archonte qui fonda la démocratie athénienne, soulignait que "la société est bien gouvernée quand les citoyens obéissent aux magistrats et les magistrats aux lois". À l'aune de cette maxime exigeante, nul ne peut manquer de conclure que la France n'est plus gouvernée. À l'issue du référendum du 24 septembre, le quinquennat, qui définit le mandat servant de clé de voûte à la Ve République, a été adopté, sinon approuvé, par 7, 4 millions de oui sur 39, 9 millions d'inscrits, soit 18, 5 % du corps électoral, contre 2, 7 millions de non, sous l'ombre portée de 70 % d'abstentions et 4, 9 % de votes blancs ou nuls. À travers l'affaiblissement décisif de la fonction présidentielle, désormais en apesanteur face au peuple, le principe même d'une autorité publique légitime, servant à la fois de contrepoids et de garant aux intérêts privés, se trouve atteint. Le déficit démocratique n'est plus le privilège de l'Union européenne ; il règne en maître en France. Voici pour les institutions.

Simultanément, les révélations posthumes du collecteur de fonds du parti gaulliste, après la saga d'Urba et les avatars des bureaux d'études apparentés au P.C.F., jettent un éclairage cru sur la manière dont ont été financés les partis et les hommes politiques en France dans les années 80 et 90. La corruption a été la règle commune, qui a permis de financer des campagnes dont tout démontre que le coût réel a largement dépassé les montants autorisés. La politique, pour la génération de dirigeants qui la domine depuis la décennie 70, a été un moyen de faire fortune aussi bien qu'un engagement. Voici pour les hommes.

Ainsi la cohabitation, après avoir miné la séparation des pouvoirs et le fonctionnement des pouvoirs publics, après avoir discrédité la politique étrangère et européenne de la France, vient de se retourner contre ses promoteurs, réunis dans le mépris du suffrage universel et la litanie des affaires [...].

 

©  N. Baverez, in Le Monde du 5 octobre 2000

 

 


 

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