J. Moch : Refuser le communisme !

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Jules Moch (1893-1985) ! Un authentique socialiste, bien oublié ! À bas les Moch et Truman, vive Staline ! proclamaient, dans les années cinquante, une multitude d'inscriptions vengeresses couvrant tant de murs en France. C'est que les communistes, qui avaient entrepris de prendre le pouvoir en France à la Libération - après avoir fait régner, au milieu d'une incroyable anarchie, la terreur de l'épuration - n'avaient pas oublié comment ce socialiste à poigne avait mis fin aux grèves orientées à l'Est, pour employer une formule qui dit bien ce qu'elle veut dire. Fin 1948, depuis près de deux mois, une grève des mines paralysait l'économie française. Le 16 novembre, Jules Moch, ministre de l'Intérieur, monte à la tribune de l'Assemblée nationale pour dénoncer le financement de cette grève par les pays de l'Est : "Le relevé des totaux cités par la presse communiste d'hier atteint la contre-valeur de 277 millions de francs, dont 250 millions pour la Tchécoslovaquie, et 10 millions pour la Roumanie. À qui fera-t-on croire que les mineurs tchécoslovaques ont souscrit près d'un mois de leur salaire pour venir en aide à leurs camarades français ?" Et Moch de mettre en cause, à propos de ces transferts de fonds, la B.C.E.N. (Banque commerciale pour l'Europe du Nord - Eurobank) "dont la façade de société anonyme française recouvre une réalité purement soviétique".
Socialiste vieillissant, Jules Moch, mais qui fit encore parler de lui au moment de la signature du défunt "Programme commun".
Tandis que les socialistes d'aujourd'hui revigorent des communistes moribonds (au moins dans les urnes) pour en faire une force d'appoint, n'est-il pas utile de se souvenir des réserves - le mot est faible - de l'ancien Ministre de l'Intérieur ?

 

 

L'alliance avec le P.C. : une mise en garde de Jules Moch

 

Plusieurs fois ministre S.F.I.O. sous la IVe République, Jules Moch traite dans la livraison de septembre de la Revue des Deux-Mondes - du thème "La gauche et le programme commun", autrement dit, les rapports entre socialistes et communistes. La position de fond de Jules Moch est connue : en 1975, il a démissionné du parti socialiste pour bien marquer son hostilité à l'alliance P. C. - P. S. telle qu'elle a été scellée par le programme commun. Dans son article, Jules Moch souligne notamment qu'en dépit des "déclarations lénifiantes de Berlinguer et de Marchais", les électeurs français ne doivent pas perdre de vue "les leçons tirées de l'instauration des régimes communistes à l'étranger". Il n'y a pas, poursuit-il, un seul des vingt pays qu'ils régentent actuellement où règne la démocratie. Pas un seul, pas même ceux où ils ont utilisé des voies démocratiques pour accéder au pouvoir et y détruire la démocratie. En effet, ils ont recouru à l'une des six méthodes suivantes de conquête du pouvoir :

1) Ils ont, dans certains pays, juxtaposé révolutionnairement puis substitué par la force et la guerre civile, des autorités nouvelles aux anciennes. Ce fut le cas en Russie de 1917 à 1920, en Mongolie-Extérieure en 1924, en Chine de 1927 à 1949, puis à Cuba, et, tout récemment, en Angola ;

2) Ils ont créé, avec l'aide étrangère, des portions d'États communistes qui, avec cette même aide, ont conquis par les armes la fraction non communiste, comme ce fut le cas, au prix d'atroces souffrances, pour les populations au Vietnam et au Cambodge ;

3) Ils ont recouru à l'ultimatum, puis à l'occupation militaire en Géorgie en 1920, en Lettonie, Lituanie et Estonie en 1940 ;

4) Ils ont envahi le pays pendant la guerre et bolchevisé les régions occupées par eux en Pologne de l'Est en 1939 et en Allemagne de l'Est peu après ;

5) Ils ont exploité la résistance armée à l'occupant en vainquant d'abord la Résistance non communiste en Yougoslavie (Tito contre le général Mikhailovitch), en Albanie (Résistance communiste contre Front national), en Pologne de l'Ouest (armée populaire, appuyée par l'armée rouge soviétique, contre armée de l'intérieur) ;

6) Ils ont imposé des gouvernements d'armistice à participation communiste en Tchécoslovaquie, Hongrie, Bulgarie et Roumanie, en maintenant d'abord les chefs d'État en fonction (président Benès, régent Horthy, rois Siméon II et Michel Ier) ; ils ont éliminé ensuite successivement leurs alliés conservateurs (par épurations, procès ou exécutions), puis ceux des partis paysans de gauche, enfin les éléments socialistes rebelles à l'unité avec le P.C., le chef de l'État ayant été chassé entre-temps. Cette opération très progressive n'a échoué qu'en Autriche (grâce à la présence des forces d'occupation occidentales) et en Finlande (grâce à l'appui constant de l'Amérique à ce pays. C'est cette dernière catégorie de prise de pouvoir qui est la plus édifiante pour nous, car c'est la seule que le PC, pourrait, dans les circonstances actuelles, tenter de réaliser chez nous.

 

© Le Figaro, septembre 1976

 

 

Refuser le communisme

 

"Je lis ce qu'écrit Jean Lacouture sur le Cambodge (n° 725, du 2 octobre 1978) et je suis épouvanté, anéanti. Tant d'horreurs, comment est-ce possible ? [...] Par là-dessus, je lis dans Le Monde l'éditorial et l'article consacrés à l'atroce répression qui s'abat maintenant sur le Viêt-nam, où l'on avait pu croire que les choses se passaient à peu près bien... C'est donc vraiment la même chose partout ? Partout où les communistes ou leurs alliés et disciples s'emparent du pouvoir ? Cambodge, Viêt-nam, Éthiopie, Cuba, pays européens de l'Est, est-il possible qu'on ne puisse pas citer un seul exemple d'un pays où le pouvoir communiste n'a pas engendré en quelques mois goulag et tyrannie, accompagnés le plus souvent d'une régression du niveau de vie qui frappe toutes les classes sociales, ouvriers et paysans compris ? [...] Il n'y a pas une seule exception qui pourrait permettre de ne pas désespérer complètement du communisme [...], on est bien obligé de croire que c'est inévitable, que c'est dans la nature du système qui ne connaît, dans l'oppression, que des différences de degré.

Mais alors, il faut poser la question : qu'est-ce que la gauche française attend pour le voir ? Qu'est-ce qu'elle attend pour proclamer que le communisme n'a rien à voir avec elle ? Qu'il est pour elle un ennemi au même titre que le fascisme ? Et que, ce qu'il faut faire, ce n'est pas du communisme édulcoré ou amélioré, mais le contraire du communisme ? [...] Et quand se décidera-t-on à en tirer les conséquences sur le plan intérieur ? [...] Combien de temps croirons-nous ou feindrons-nous de croire que le P. C. (en tant qu'organisation, je ne parle pas de ses électeurs ni de ses militants) est dans la gauche, alors qu'il représente ce contre quoi la gauche lutte depuis toujours ? [...]

Il faut voir les choses bien en face : qui n'est pas anticommuniste - de toutes ses forces - n'est pas de gauche. Pour l'instant, c'est un paradoxe. Le jour où ce sera devenu une évidence, l'espoir pourra enfin renaître".

 

© R. M., Lille, in Le Nouvel Observateur, octobre 1978

 

 

Jules Moch, encore

 

Réagissant à l'enquête de Jean Montaldo sur le financement du P. C. à travers la banque soviétique Eurobank ("Les secrets de la banque soviétique en France" - livre qui fut largement passé sous silence en France, s'il inspira au moins six émissions de télévision en Allemagne, trois aux États-Unis, etc.), le toujours vert Jules Moch, 85 ans, expliquait comment, trente ans auparavant, il avait mis au jour les mécanismes subtils des transferts au profit du P. C. F. : "j'avais fait saisir les livres de comptes de la banque. Ils prouvaient de façon irréfutable les transferts de fonds... L'astuce du système, c'est que chaque opération était parfaitement légale. Il est en effet parfaitement légal pour une banque d'accorder un découvert. Et parfaitement légal pour une banque soviétique de recevoir de l'argent de l'État soviétique. Il n'y avait aucun versement direct de Moscou au parti communiste français. Simplement, le débiteur n'était pas celui qui remboursait. Tartempion obtenait un découvert de sa banque, et c'était Tartempionovitch qui remboursait. Ou bien, lorsque les paysans français achetaient des machines agricoles soviétiques Skoda, ils réglaient une société qui avait un compte à la B.C.E.N. L'argent allait dans les caisses du Parti et c'était Moscou ou presque qui remboursait la banque". Et il conclut : "Non, le P. C. n'a pas changé. Il ne le peut pas. Où trouverait-il ailleurs les facilités que lui consent Moscou ?".

 

© Le Figaro Magazine du 3 mars 1979

 

 


 

 


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