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Une conférence pour le 3e âge

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"Dominici est assuré de trouver encore, pour soutenir sa cause, des psychologues, des radiesthésistes, des avocats, des dilettantes, des cœurs généreux ou des esprits intéressés. … Il a divisé la presse, l'opinion, la littérature… il n'a pas fini, tant qu'il vivra, lui et les siens, de se poser en martyr de l'erreur judiciaire...."
(Jean Farran, in Paris-Match n° 297, déc. 1954, p. 23).

 

 

Aux temps heureux de l'épanouissement de l'aubépine, dont les sommités fleuries ont, paraît-il, la vertu de diminuer la tension artérielle chez les hypertendus, de réduire la nervosité et l'anxiété et de soigner les troubles du sommeil, pourquoi hésiter à aller s'enfermer dans une salle obscure, lorsque le sujet (L'Affaire Dominici) est alléchant, et si on subodore que l'orateur, dépourvu de toute arrière-pensée mercantile, va apporter quelques lueurs apaisantes, après tant de mensonges intéressés proférés de toutes parts ?

 

C'est donc en toute sympathie qu'on s'est assis, incognito, dans une salle assez bien remplie de personnes du troisième âge - ce qui est normal, eu égard à l'organisme invitant ("l'Université inter-âges du Dauphiné"). On s'est assis, on a regardé, on a écouté. De plus en plus atterré. Car si André Laubépin, "journaliste honoraire au Dauphiné Libéré" (chez les chiens-écrasés, tout de même) et conférencier invité par Paul Dreyfus (une sommité du Dauphiné), ne parcourt pas la région par intérêt, et ne tire, semble-t-il, aucune espèce sonnante voire trébuchante de ses conférences pro-Dominici (ce qui est très exceptionnel en l'espèce, et parfaitement à son honneur), en revanche sa "démonstration" est un exemple patent, et cruel, de l'inanité des arguments des défenseurs du Patriarche, parfois contraints de recourir jusqu'au mensonge (allons, soyons aimable et écrivons, plutôt, contre-vérité), pour étayer leurs dires. Ou de leur préoccupante faiblesse d'esprit, comme on voudra.

 

C'est pourquoi il est intéressant de détailler le déroulement de cette conférence, qui a pris essentiellement appui sur des diapositives dont la majorité "en provenance des Éditions Flammarion" (on aura compris le clin d'œil à W. Reymond), le reste étant "des épreuves personnelles, effectuées lors de visites sur place". Disons-le : les choses se sont immédiatement gâtées. Car les "épreuves personnelles" (on en trouvera à foison sur le présent site) n'offraient à peu près aucun intérêt - sauf pour des personnes absolument ignares des tragiques événements (et encore). Et les autres ne provenaient pas plus des "Éditions Flammarion" que de chez Ma Tante : clichés de police, ils appartiennent au service public, même s'ils peuvent être, après un demi-siècle, déclassés. Point barre.

 

Mais d'entrée de jeu, quelle ignorance crasse de faits pourtant élémentaires ! Quel manque de culture ! Et quelles contre-vérités assénées avec quel toupet ! Voilà, hélas, ce qu'est (devenu ?) le journalisme. Cependant la suite se révéla infiniment pire, d'autant plus que la bonne foi du "témoin" ne paraissait pas en cause, mais le caractère plus que rudimentaire de son information sur l'Affaire.

Comme entrée en matière, André Laubépin, dont le plus remarquable de la prestation fut, sans conteste, un savoureux accent rocailleux, fleurant bon la Saône et Loire, indiqua que, 50 ans après, on continuait toujours à s'interroger sur le véritable coupable, et que cette affaire Dominici était considérée comme l'une des quinze douteuses (?) cataloguées en deux siècles et demi. Sans nous dire qui s'interrogeait et qui avait établi ce catalogue d'affaires douteuses : la parole de l'orateur suffisait. Pourquoi pas, après tout ?

 

Il poursuivit en signalant que vingt-trois livres (seulement ? Les avait-il bien comptés ?) avaient été écrits sur cette affaire, et que l'événement de la rentrée serait le film en cours de tournage (il voulait évidemment faire allusion au téléfilm de TF1). Bon prince, il attira cependant l'attention de l'assemblée sur le fait que ce film, bien que s'appuyant sur des faits réels (!), restait une fiction (certains faits ne relatant pas tout à fait la vérité, se risqua-t-il à avancer), tout en voulant délivrer un message d'innocence de Gaston Dominici des trois crimes qui lui furent imputés.

 

Laubépin ajouta alors que c'était également son intime conviction, à lui, et qu'il allait tenter de la faire partager à ses auditeurs. Mais il se garda bien de dire si, dans les propos qu'il allait tenir, certains des faits rapportés ne relateraient pas tout à fait la vérité !

 

Et pourtant ! Avec le recul, le fiel de TF1 mis à part, il n'y eut en définitive pas grande différence entre ce que dévida l'obscur conférencier, et la pantalonnade de TF1 où, devait déclarer un journaliste, "même les chèvres en font trop" (D. Dhombres, in le Monde Radio-Télévision, du 15 octobre 2003). Enfin, avant le démarrage de la conférence proprement dite, c'est-à-dire au vrai le commentaire de trop nombreuses diapositives, le journaliste creusotin nous infligea l'écoute d'un enregistrement d'Alain Dominici. Le petit-fils du Patriarche y expliquait que s'il voulait faire réviser le procès, c'est que pour lui (et sa famille), le procès avait été bâclé (de quelle compétence dispose donc le professeur de judo pour juger de la chose ?), qu'il n'existait aucune preuve (en effet ! Mis à part les aveux réitérés de ses parents, entre autres, il n'existe aucune preuve !), et que connaissant son grand-père qui a toujours été un homme doux, il lui était impossible d'envisager qu'il ait pu commettre une telle action (Gaston Dominici, un homme doux ! Il fallut se pincer pour s'assurer qu'on avait vraiment entendu cette énormité !). Alain affirma qu'il irait jusqu'au bout, et que s'il n'arrivait pas lui-même à ses fins, quelqu'un d'autre prendrait le relais. Affirmation bien prétentieuse, au demeurant. Mais passons, le filon est loin d'être épuisé, et le public était désormais en condition...

 

On en arriva donc au commentaire des diapositives (commentaire que nous commenterons entre crochets) : "c'est en prenant le chemin du retour, après avoir été constater un éboulement sur la voie ferrée, que Gustave a découvert le corps sans vie d'Élisabeth" [Le corps de la fillette suppliciée n'était pas "sans vie", puisque d'une part, la petite "ronronnait", selon les propres dires du dénommé Gustave. Et que, d'autre part, entre le moment où il prétendait l'avoir découverte, et celui où le Docteur Dragon s'est penché sur elle, le corps avait changé de position. Ensuite, en nous assénant - avec quelle assurance ! - cette première bêtise (je suis poli), Laubépin faisait l'impasse sur un des premiers acquis, absolument irréfutable, de l'enquête : pour "découvrir" le corps de la fillette, il fallait faire un sacré détour ! Mais on se demande dès lors si le conférencier est allé sur les lieux, puisqu'il les décrit si mal, et même de façon erronée].

 

Et l'imperturbable journaliste continua : "Par la suite, un peu plus tard, Clovis Dominici et Faustin Roure, en allant constater le même événement et rentrant par un autre chemin [!!!], découvrent la voiture et le corps d'Anne. Clovis signale que Gustave ne peut pas avoir vu lui-même la voiture" [Que vient faire Clovis ici, et à quel moment a-t-il fait une telle déclaration ? Voilà qui frise le délire, puisque, semble-t-il, la bonne foi n'est pas à mettre en cause ! Et c'est ainsi qu'on fait l'impasse sur un autre acquis, capital, de l'enquête : Gustave, opposé à Ricard, à Faustin Roure et à son propre frère (Clovis), contraint de reconnaître qu'il a bien vu le cadavre de la mère, et même qu'il l'a déplacé ! Mais ça, Laubépin ne le sait pas, apparemment !]. Et ça continue, et ça empire ! Car avec des airs mystérieux, notre enquêteur nous apprend que c'est la P. J. de Marseille, qui a été saisie, alors que Lurs dépend, en réalité, de la circonscription de Nice. On ne sait pas exactement quelles conclusions il tire de ce qu'il présente comme une anomalie [Mais il montre par là, une fois de plus, qu'il ne connaît pas grand-chose à l'affaire : en plein mois d'août, la P. J. niçoise était débordée, incapable de faire face à cet imprévu. Et elle a souhaité passer l'affaire à Marseille. Rien de mystérieux, pas l'ombre d'un complot, dans ce détail]. De là, nous voici à Sébeille, déclarant (selon Laubépin) : "c'est forcément un crime de voisinage" [Allons bon ! Était-il le seul ? Tous les enquêteurs ont fait la même remarque ! Même Mossé, la plus évidente mauvaise foi (jusqu'ici) dans cette affaire, admet ce fait !].

 




Sébeille, qui "n'est arrivé qu'après 16 h 00, alors que les corps avaient déjà été enlevés pour l'autopsie" [Sébeille arrivé à seize heures, à l'heure précise où l'épave était découverte dans la Durance ! Par ses inspecteurs ! Mais comment peut-on proférer de telles inepties ?]*.

"Sébeille a eu beaucoup de difficultés pour relever des indices, vu qu'avant que les gendarmes n'arrivent, les lieux avaient été piétinés par de nombreuses personnes" [Bon. Une vérité d'évidence, et un mensonge, pardon une erreur : les lieux n'avaient pas été piétinés AVANT l'arrivée des gendarmes, mais sous leurs yeux. Et, disons-le, en dépit d'une première engueulée du juge Périès, le mal était accompli : pour faire évacuer la véritable foule qui, se renouvelant d'heure en heure, avait envahi les lieux, les gendarmes auraient dû faire usage de leurs armes, ce qui était évidemment impensable]. Et voici apparaître le corps d'Élisabeth : "curieusement, on ne relève aucune trace de plaie ou de sang sur sa tête" [Qu'a-t-il voulu signifier par là, l'orateur ? Que le cliché était mauvais ? Qu'étant donné l'angle de prise de vue, les plaies à la tête n'étaient pas visibles ? Ou qu'il y a eu trucage ?]. Et nous passons à l'arme, "une carabine Rock-Ola" [on voit que Laubépin n'y connaît rien. La moindre des choses, aurait été de dire : une US-M1 de marque...]. "Sur l'arme, on a constaté [sic] un éclat de bois manquant sur la crosse". [Et alors ? On aurait aimé des explications plus avancées. Mais non, nous voici chez...] "un certain Maillet chez qui, sur un mur de la cuisine, on a constaté [resic] la trace [!!!] d'une telle carabine, "qui y était fixée par deux vis" [Quelle honte d'entendre de tels propos ! Ce ragot a été contrôlé, vérifié et archi-vérifié par la Gendarmerie ! Mais non, l'odieux mensonge perdure ! Et peut-on imaginer une seconde que Paul Maillet, authentique résistant (lui), connaissant les risques qu'il y avait à détenir des armes de guerre (et qui dissimulait dans sa cuisinière deux "Sten" provenant du maquis de Mirabeau, dans le Vaucluse), aurait affiché dans sa cuisine, au vu et au su de tous, une US-M1 ? Alors, je commence à me demander si la bonne foi de l'orateur n'est pas plus que surprise : sacrément absente].

Le passage des diapositives entraîne que la "conférence" prend un tour bien décousu : on passe maintenant à la condamnation de Gustave pour non-assistance à personne en danger, puis sans crier gare au fait que "c'est Robert Sébeille (père d'Edmond) qui a fait avancer un peu les choses en attirant l'attention de son fils sur le vieux Gaston" [voilà encore une affirmation archi-fausse, qui ne mérite même pas commentaire !]. Dès lors, "Edmond interroge Gaston durant une vingtaine d'heures.... Par lassitude et fatigue, Gaston a fini par avouer". De là, on revient aux dénonciations de Gustave, puis de Clovis, et sur les pressions que les deux fils du Patriarche auraient subies, sur les rétractations de Gustave, sur Me Floriot [que vient-il faire, ce cher Maître, à ce moment-là ?] qui a parlé d'erreur judiciaire [mais n'est-ce pas le métier des avocats, justement, de clamer partout la présence de l'erreur judiciaire - du moins quand ils occupent les bancs de la Défense ?]. Ainsi, nous apprend-on que "Gaston a été condamné sans preuve, mais seulement sur des aveux qui ont été contredits" [Des aveux "contredits" ? Maï qu'ès aco ?]. Puis que, moins d'un mois après, "un complément d'enquête pour suspicion de complicité de meurtres" fut diligenté [Et l'orateur a le culot de ne rien dire des conclusions de la nouvelle enquête ! À ce stade, c'en devient non plus de la simple désinformation, mais de la malhonnêteté].

Et puis, en vrac, on entend que Sir Drummond a été tué par balles, toutes touchant des organes vitaux, et de dos [quel rapport avec ce qui précède ?] ; que vraisemblablement, Élisabeth a dû courir "pour s'échapper pieds nus à travers les sentiers et les fourrés ; pourtant ses pieds ne présentaient ni blessures ni traces d'herbes" [encore un point que Sébeille et Constant ont parfaitement expliqué... avec l'aide, pour ceux qui se souviennent du détail, du capitaine Albert et du journaliste Chapus !] ; qu'un chien policier à qui on a fait flairer le cadavre d'Élisabeth s'est élancé jusque vers une route goudronnée, mais s'est arrêté comme s'il avait perdu toute trace, qu'il est passé devant Gaston, sans s'arrêter [quel roman-feuilleton ! Wash s'est immédiatement dirigé vers le trou d'eau (où fut plus tard retrouvée une partie de la carabine), puis s'est élancé sur le sentier qui longeait - à l'époque - la voie ferrée (exactement le sentier que Gaston dit avoir emprunté, son forfait accompli), mais c'est vrai qu'il n'a pas poussé plus loin] ; que les empreintes de chaussures trouvées sur le lieu du crime ne correspondent pas à celles de Gaston, qui portait des godillots cloutés [exact, mais ce fait a été parfaitement expliqué au procès, par le gendarme Romanet... et le président Bousquet... et pas à l'avantage de la famille de l'inculpé].

Enfin, Maître Laubépin nous délivre, sous forme d'interrogations, le bouquet final, soit les thèses du parti communiste, que ce dernier a assez rapidement abandonnées d'ailleurs, quand il a vu la partie perdue, et que Reymond a reprises à son compte, avec le succès que l'on sait (car dans tous les domaines, les thèses complotistes déversent à l'envi leur délire, et cela semble plaire au public, alors qu'elles sont autant d'atteintes à la simple intelligence des faits) :

"Pourquoi Sir Drummond était-il à Lurs ? [et Laubépin, pourquoi était-il au CRDP, le 23 mai 2002 ?] Quel était son emploi du temps ? Il connaissait déjà Lurs puisqu'il y était venu en 1947 [le délire reprend André], puis le matin du 4 août 1952 [impossible, vu, précisément,  son emploi du temps]. Que venait-il y faire ? Il était membre des services secrets, donc espion ou "agent double" [Drummond, agent double, celle-là, personne ne me l'avait faite, avant le grand journaliste creusotin ! Laubépin n'a donc pas entendu dire que jamais les rois d'Angleterre n'ont anobli des agents secrets ?] ; faisait-il partie des personnes qui essayaient de "récupérer" des savants ? [Des savants, à Lurs ? Des savants de Marseille, alors ?]. Ou encore, le crime fait-il suite à des "affaires de la Résistance" ? Il faut noter que le neveu de sir Drummond, parachuté dans la région, a disparu avec une grosse somme [André, arrête, tu nous dilates la rate ! Et tu nous montres là que tu ne connais rien à la Résistance intérieure française. Tu aurais dû te cantonner, vois-tu, aux chiens écrasés. Ton métier, non ? Et cela me rappelle une autre ânerie, proférée au moment des faits dont nous parlons : le dénommé Calte, radiesthésiste de son état, prétendant entre autres énormités que Sir Drummond commandait un maquis dans l'Aveyron, à Gissac, sous le nom de guerre de Parthes…]. Notre impayable journaliste nous apprend aussi que la voiture des Drummond a bien été mise sens dessus dessous, mais que rien n'a été volé (alors qu'il y avait des bijoux entre autres), hormis un appareil photo [la déposition des Marrian est formelle : Lady Drummond n'avait pas emporté de bijoux avec elle, pour ce qui devait être une courte escapade de deux jours. Les deux parents n'avaient sur eux que leurs alliances en platine et une montre-bracelet]. Et "quels documents qui se trouvaient dans la sacoche de Sir Drummond ont été renvoyés à Londres ? Et sur ordre de qui ? Une chose est sûre, ce n'est pas du fait des simples gendarmes" [il faut avoir entendu ça pour croire que ces paroles ont été prononcées par quelqu'un qui semble sain d'esprit]. Et il ne faut pas oublier de parler du décès de l'assistant de Sir Drummond, puis plus tard de sa secrétaire qui aurait été victime d'une intoxication alimentaire, et ce, peu de temps après le triple meurtre [voilà encore des scoops délivrés à la pelle ! Pour un journaliste d'investigation, c'est un journaliste d'investigation ! En plus, il a lu Reymond de travers]. Et n'omettons pas de signaler qu'une usine de produits chimiques n'est pas très éloignée. Laubépin cite alors, entre autres, le gaz de type Sarin (comme celui qui avait été découvert dans le métro de Tokyo), et bien d'autres produits chimiques toxiques (non nommés). Sir Drummond aurait-il été intéressé par certains produits très dangereux, ce qui aurait pu justifier un mobile "commando de tueurs venu de l'étranger" ? [Maintenant, il faut l'enfermer en maison de retraite, le journaliste retraité ! Car s'il y avait eu des "produits très dangereux" à Saint-Auban, l'usine aurait été gardée par l'armée ! Et en tout état de cause, l'usine de Saint-Auban, autrement dit Monsieur Péchiney (comme disait Poujade), Sir Drummond s'en souciait comme de sa première chemise, si tant est qu'il eût été au courant de son existence !].

Et le journaliste honoraire achève - ou plus exactement, il nous achève : en 1974, Marie Dominici, "La Sardine", femme de Gaston, décède. Auparavant, elle avait remis une lettre à sa fille [Laquelle ? Il y en avait quatre !] : elle y affirmait que quoi que les gens aient pu dire, Gaston et elle n'étaient pas fâchés, et elle y soutenait que son mari était innocent. Ajoutant qu'elle avait apporté à l'époque certains éléments qui le disculpaient, mais que son témoignage, en tant qu'épouse, n'avait aucune valeur devant la loi. Elle demandait donc [elle aussi !] la révision du procès. "La Sardine" demandant la révision du procès : quel argument capital, en effet, jeté à la tête de ceux qui s'entêtent à penser son irascible mari coupable ! Et là-dessus, Laubépin leva précipitamment le camp, sans autre forme de procès [Sa prostate le chatouillait-elle ?]. On eut tout de même le temps d'entendre, venu de la salle : "Moi, Monsieur, je suis un ancien parachutiste, j'ai manié ce type d'arme, et je puis vous dire que ce que vous avez raconté à son sujet"... La suite se perdit dans le brouhaha. Mais on avait compris qu'elle était, à peu près : "ce que vous avez raconté, c'était que des conneries". Mon Dieu, s'il n'y en avait pas eu d'autres... Mais Laubépin avait déjà plié bagage, les objections, même minimes, ce n'était pas son domaine, la salle se vida. On était venu ici pour se calmer : c'était réussi, en effet ! L'annonce de la conférence, dans le Daubé local, indiquait que l'auteur allait souligner "les invraisemblances, incohérences et oublis des 465 jours d'enquête". Pauvre conférencier, il eût valu pour lui qu'il s'interrogeât sur ses propres insuffisances, sur ses incohérences, et pour tout dire sur sa profonde méconnaissance du dossier. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas "intéressé" (comme tant de margoulins gravitant autour de l'Affaire) qu'on peut, pour autant, alléguer une quelconque crédibilité...

Le lendemain, dans un compte-rendu élogieux, le Daubé loua les explications du journaliste qui, force documents à l'appui, avait passionné le public particulièrement nombreux.

Force documents à l'appui : tu parles ! Cinq mois plus tard, notre André persistait et signait : après la diffusion du téléfilm scélérat, il déclarait en effet au Journal de Saône et Loire (lundi 27 octobre 2003) : "l'opinion publique mieux informée a déjà acquitté Gaston Dominici" ; mieux informée ! Sacré André !

Alors, au moment où je mets en forme ces lignes - gardées dix-huit mois en réserve - je découvre, sur un "WebLog" consacré à l'affaire, le dernier propos en date :

"25-12-04, à 19:32

Une chose est sûre, c'est qu'il faut être aujourd'hui carrément débile ou un ignorant total de cette affaire pour croire les Dominici innocents.

Michel".

Je ne pouvais rêver meilleure conclusion. Merci, "Michel", de me l'avoir soufflée !

 

 

[ Conférence du 20 mai 2003 (15-17 heures) au CRDP de Grenoble]

 

* Une seule photo d'époque, et une bonne partie du texte laupébinien s'effondre : la carabine vient d'être trouvée, on se la passe de main en main (sur la photo, c'est un gendarme, à gauche, qui la tient). Tandis qu'à droite, des policiers sont penchés au-dessus du cadavre d'Ann Drummond, qui donc n'a pas encore été enlevé.