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Bibliographie commentée (1)

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[Nous adoptons le mode chronologique d'exposition (mais ici dans l'ordre inverse) utilisé par le regretté juge P. Carrias dans son explication personnelle de l'affaire de Lurs]

 

 

I. Sur l'affaire de Plan-les-Ouates

 


- Michel Servan, Le crime du bâtonnier Jaccoud, Histoire Magazine, Crimes et Châtiments, avril 1965, pp. 3-16 [Synthèse écrite d'une plume alerte, agréable à lire]

- Jean Duché, Pourquoi Jaccoud a tué, Flammarion, 1960, 218 p. [Essentiellement le récit du procès, avec de succulentes batailles (voire déroutes) d'experts (ceux qui aiment la balistique seront comblés par la rouerie de Me Jaccoud). Duché est relativement sceptique sur la culpabilité du bâtonnier de Genève.
On retiendra son exergue, qu'il emprunte à L. B., la jeune femme par qui le scandale arriva ; elle est émouvante, et criante de vérité : "nous n'étions pas des êtres pour vivre béatement. On s'est posé des problèmes tout le temps, et quand il n'y en avait pas, on en cherchait". Sublime].

 

 

II. Sur l'affaire de Lurs

 


Tout d'abord, sur le Net : les souvenirs si précis et si vivants, et même passionnants (ce texte d'une admirable clarté est extrait de l'ouvrage collectif "Dominici, de l'accident aux agents secrets", où il occupe les pages 15 à 55), de Pierre Carrias, juge de la seconde instruction (il n'est pas épargné - avec de gros sabots - par le "grand" Chenevier, il ne l'épargne pas en retour - avec une finesse, une élégance et une ironie délicieuses - et je vous laisse aller voir ce qu'il pense de Reymond) : le jugement louangeur sur Sébeille, c'est à lui que je l'ai emprunté. Ce jeune homme plein d'humour et de retenue (je ne sais pas s'il est d'extraction huguenote, mais il se conduit comme si) a l'âge ... de Gaston au moment des faits qui ont été ici rapportés (car né à Nîmes, si j'en crois le commissaire Chenevier, le 15 mars 1925) [note du 15 mars 2002 : comme je le signale sur mon bloc-notes, le juge P. Carrias est décédé à Digne, le 7 mars dernier, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Ainsi disparaît le dernier des témoins directs. Les révisionnistes vont pouvoir s'en donner à cœur joie, hélas].

 

 

- **** Jean Favard, Quelques affaires retentissantes (Seznec, Dominici, Dils, Raddad), les révisions en question, Riveneuve éditions, 2011, 314 pp. ["Étudiant en droit en 1954, Jean Favard assiste médusé aux contradictions du procès de Marie Besnard, ce qui l'amène à se pencher sur d'autres condamnations telles celles de Marie Lafarge ou encore du pharmacien Danval. Trois affaires qui iront en révision à partir de critères différents, la législation évoluant. Et c'est à Paris, en tant que conseiller à la Cour de cassation, que Jean Favard est appelé en 1996 à faire partie de la Commission de révision. C'est donc cette fois "de l'intérieur" qu'il peut connaître le fonctionnement (et les dysfonctionnements) de la justice française. C'est alors qu'il découvre aussi toutes les pressions et passions qui se créent autour d'une demande de révision. Au fil de cet ouvrage, Jean Favard (qui a souhaité que ces mémoires ne soient publiées qu'après son décès, survenu le 18 janvier 2010) reprend minutieusement chacune des affaires abordée, avec soin il examine toutes les pièces du dossier afin de déterminer s'il y a ou non "faits nouveaux" pouvant conduire à la révision. Il restitue chaque période dans le contexte de l'époque, parfois distant de plus de 70 ans du procès à la (ou aux) révision. Il nous fait partager l'ambiance qui entoure ces demandes de révision : l'ardeur des familles à vouloir réhabiliter leur ancêtre et le déchaînement des passions souvent orchestré par les avocats et/ou la presse, en passant par les pressions politiques. Cet ouvrage se veut centré sur quatre affaires retentissantes pour lesquelles Jean Favard à siégé lors de leur révision à partir de 1996 : Seznec, Dominici, Dils et Raddad".

Voilà donc ce qu'on peut lire sur un site qui promeut discrètement cet ouvrage, alors qu'il faudrait user de la grosse caisse et du trombone. Enfin un homme qui parle en sachant de quoi il parle, et dont le témoignage est d'autant plus percutant que son auteur a souhaité en faire une sorte de testament, posthume donc (le titre originel était : Mémoires judiciaires d'outre-tombe, manière pour l'auteur "de dénoncer, à propos de quelques grandes affaires criminelles, le piège des emballements qui mêlent émotions, préoccupations politiques et exploitations médiatiques" - préface de J-P Dintilhac).
Je ne parlerai pas des trois autres affaires "traitées" par ce Monsieur Jean Favard, et croyez-m'en sur parole, c'est un Monsieur. Cependant, un rapide coup d'œil me permet d'affirmer que certains excités de l'erreur judiciaire ne s'en relèveront pas (et les oreilles de la pâle Lebranchu vont siffler, à propos de son forcing sur Seznec).
Non, je m'attarderai seulement sur un sujet que je crois connaître un peu, à savoir la tuerie du 5 août 1952. Et là, surprise, si l'humour féroce est au rendez-vous, le jugement est sans appel : il n'y a pas de révision(s) qui tienne(nt) !
Favard, qui avait vingt ans lors du procès de Digne, nous rappelle "la fraîcheur stupéfiante et l'assurance" montrées par Gaston à cette date (allusion à la photo parue sur la couverture de Paris-Match, n° 296). Et donc, le jeune homme étonné, devait, quarante années plus tard, Conseiller à la Cour de Cassation, être franchement dubitatif devant la première requête de Gustave (17 septembre 1994), "tant il était clair que si Gaston était innocent, qui pourrait être coupable, sinon Gustave, à moins que ce soit Roger Perrin".
Mais je laisse au lecteur intéressé le soin de découvrir, que dis-je, de déguster l'ensemble de ce chapitre, d'une trentaine de pages seulement, mais si dense (et qu'on complètera naturellement par la lecture attentive, dans la partie Annexes - qui occupe, à elle seule, un tiers de l'ouvrage - des Attendus concernant le rejet de trois requêtes en révision).
Et on jugera alors que rien n'échappe au juge Favard (sauf quelques petites erreurs, sans conséquences), de l'extrême "désinvolture" du commissaire Sébeille au tandem Alain Dominici-William Reymond, ce dernier "falsificateur des données" (et dont "les pétitions de principe" sont "de plus en plus confuses et de moins en moins étayées"), et comment ses cheveux "pouvaient se dresser sur la tête" en lisant les conclusions de Me Collard, en passant, naturellement, par la "mythomanie" avérée de Dame Reine Ribo.
La lessiveuse de Jean Favard, je vous le dis, lave plus blanc. Il était temps, dans ce dossier devenu avec le temps d'une noirceur extrême. Merci, Jean ! Désormais, à côté du solide ouvrage de Jean Laborde, celui de Favard devient absolument indispensable
].


- * Claire Sécail, Le crime à l'écran, (le fait divers criminel à la télévision française, 1950-2010), Nouveau Monde éditions, 2010, 593 pages) [Ce lourd pavé est l'adaptation d'une thèse de doctorat (avec l'inconvénient de très abondantes notes de bas de page - 774, très exactement), traitant le sujet indiqué à partir de dix affaires criminelles - dont celle qui nous intéresse au premier chef, à laquelle de nombreuses allusions sont faites. D'une façon générale, cet ouvrage n'est pas inintéressant à feuilleter, en particulier s'agissant d'une longue et riche étude du cas de Cinq Colonnes à la Une - mais il faudra se taper nombre de curriculum vitae de journalistes de télévision, dont on peut penser qu'il sont là pour gonfler l'ouvrage, et faire payer le papier au prix de la cervelle…. Notons tout de même, dès l'abord,  que ce travail universitaire connaît d'étranges faiblesses de style, heureusement peu nombreuses : "Les tensions sont alors palpables entre les gendarmes et le magistrat instructeur, qui commettent plusieurs erreurs de procédure" (p. 356)...
L'auteur explique bien le processus qui a conduit à la grâce présidentielle concernant Gaston (pp. 115-118), mais on remarquera la fausseté de certaines affirmations : les trois Drummond "retrouvés tués par balles", "Gustave et Clovis, premiers suspectés"… Quoi qu'il en soit, on pourra ainsi se remettre en mémoire l'état d'esprit qui régnait en France lors de la grâce accordée au vieil assassin. Ainsi, Pierre Marcilhacy demande au ministre de l'Information "s'il lui paraît correct de mettre les antennes de la RTF à la disposition d'un condamné à mort bénéficiant de la grâce présidentielle". La réponse est que "en aucun cas, le micro n'a été prêté à Gaston Dominici dont la voix n'a pas été entendue sur les antennes de la RTF". L'auteur commente : "lorsque le journal télévisé met en image un fait divers, il ne diffuse pas le son"... Ce qui donne à penser que, dans quelque carton d'archives, dort la voix de Gaston, que nul ne peut aujourd'hui se vanter d'avoir entendue.
Mais par ailleurs, de nombreux manques apparaissent : ainsi, lorsque Cl. Sécail écrit : "En 1952, la mort de la petite Elizabeth Drummond avait d'abord échappé aux caméras de télévision quand, déjà, les Actualités françaises, mises en concurrence, évoquaient dans les salles obscures ce "drame horrible [qui] appelle l'indignation universelle", et dénonçaient "l'affreux vieillard" Dominici" (p. 367). Sauf que, d'une part, on se demande avec qui les dites Actualités étaient mises en concurrence et que, par ailleurs, si la première affirmation ("l'indignation universelle") date du 14 août 1952, la seconde, qui n'a rien à voir avec, a été prononcée quinze mois plus tard (17 novembre 1953). De même, on reste sur sa faim en lisant que la télévision a fait "appel à des acteurs populaires et consensuels qui... ne craignent pas d'incarner des personnages antipathiques et cyniques. Michel Serrault joue ainsi un Gaston Dominici aussi bourru  et obstiné qu'est buté son partenaire Michel Blanc, en commissaire Sébeille" (p. 503). Au lieu que tout a été fait, dans ce téléfilm, pour rendre Gaston sympathique… Enfin, si l'auteur parle, à propos de l'œuvre télévisée "Marie Besnard, l'empoisonneuse", d'un "réel réinventé" (introduction dans l'intrigue d'un personnage inventé), elle passe complètement sous silence ce qu'ont fait dans un sens bien plus grave les auteurs de l'Affaire Dominici (diffusée sur la même chaîne).
Serons-nous accusé d'être mauvais coucheur en ajoutant que, dans cet ouvrage, l'intouchable Badinter paraît bien souvent cité, de même que Laurence Lacour, ou encore Gilles Perrault et son "fameux" Pull-over rouge, et autres Reymond ? Allons plus loin : l'actuel Président de la République est traité de "pompier pyromane" (p. 425). Comme on le voit, le travail universitaire ne craint nullement d'aller de pair avec une certaine orientation, pour ne pas dire une orientation certaine…
 ].  


-  ** Pascal Bresson & René Follet, L'Affaire Dominici, Glénat, septembre 2010. Bande dessinée de 54 pages + 8 pages d'esquisses [Cette BD est commentée à part].


- Les grandes affaires judiciaires du XXe siècle, Historia & Notre temps, juin-juillet 2010 (15 affaires retentissantes traitées) [......................................................].


- Faits divers en Provence, La Provence Hors-Série, été 2010 (faits divers classés sous dix rubriques) [À grands renforts de publicité (et de publicités pour l'Ordre des Avocats !), La Provence vient de lancer un Hors-série intitulé Faits divers en Provence. On ne jugera pas l'ensemble des faits retenus, les dix chapitres paraissant d'un intérêt inégal. Mais il est nécessaire de s'arrêter sur l'un des faits divers classé, c'est un comble, sous le chapitre "Les affaires mystérieuses", alors que l'Affaire de Lurs recèle autant de mystère que le passage de l'eau froide à l'eau tiède. Et, qui plus est, sous un titre s'interrogeant sur la culpabilité du condamné à mort : deux malhonnêtetés coup sur coup, cela fait trop ! Sans oublier qu'en réalité, il n'y a pas eu "triple meurtre", mais double meurtre suivi d'un assassinat. Et si j'ai parlé d'eau tiède, c'est naturellement que ce qualificatif m'est venu à la bouche au sujet de l'article : mauvaise foi, ou mauvaise information de la part de l'auteur de ce texte largement controuvé, et de plus mal écrit ? Car la journaliste en question n'avait qu'à piocher dans les articles d'Espinouze, publiés dans l'ancêtre de La Provence : son papier eût été moins mièvre et en tout cas plus conforme à la réalité. Elle a choisi "des extraits d'articles du Méridional, signés Robert Arnoux". Quand on sait que la production d'Arnoux, sur ce sujet, par rapport à ce qu'a écrit le regretté Gabriel Domenech, dans le même quotidien, se situe dans la proportion de 5 à 100, on peut juger par là de l'honnêteté intellectuelle de cette page 72. Pour ne pas parler du "déclassement" de Sébeille].  


- Me Gilbert Collard, Coupable hier, coupable aujourd'hui ?, Maydia Production (émission en deux parties de 50 minutes, diffusée sur Planète Justice en mars 2009, puis cet été sur LCM - la Chaîne marseillaise) [Cette émission est longuement commentée à part].


- * Emmanuel Pierrat, Les grandes énigmes de la Justice, First éditions, 2009, 286 p. [Et une production supplémentaire, ne manquera-t-on pas de penser, sur le caractère trop souvent "énigmatique" de la Justice. De plus, nous sommes ici en présence de l'ouvrage d'un avocat (écrivain très prolifique) dont nous pensons a priori, peut-être à tort, qu'il fait partie de ceux pour qui la justice est foncièrement aveugle, sinon injuste, et qu'il n'y a en prison que des innocents abusivement condamnés... La lecture de ce travail, réparti en dix chapitres soigneusement calibrés, narrant autant d'affaires "énigmatiques", oblige à réviser un tel jugement, pour le coup immérité. Mais il s'agit de dix affaires cent fois rapportées antérieurement, en cent endroits différents - pour neuf d'entre elles au moins. Ce qui signifie que s'intéresseront à cette nouvelle parution ceux que les redites ne rebutent pas.
Donc, le jugement de cet avocat est souvent nuancé et n'accable pas toujours (comme on aurait pu s'y attendre), loin de là, les premiers enquêteurs (même s'il le fait parfois et par exemple, inexplicablement, à propos de l'affaire Omar m'a tuer). Mais on peut observer que ce texte a, sans doute, été écrit bien rapidement ; un signe qui ne trompe guère, parmi d'autres, cette flagrante contradiction concernant Bonny (affaire Seznec) déclaré à deux reprises "en charge de l'enquête", pour être remis, en fin de chapitre, à sa vraie place ("son nom n'apparaît que de manière infime dans le dossier").
Pour ce qui concerne le chapitre qui nous intéresse vraiment, ici (chapitre 2, pp. 37-66, Gaston Dominici, le patriarche qui s'accuse), on n'en finirait pas de relever les petites inexactitudes ; mais on ne s'y emploiera pas, car elles ne nuisent pas à la compréhension d'ensemble. En revanche, on mentionnera l'épithète assassine accompagnant W. Bartkowski, qualifié de "grand affabulateur", et l'exécution de W. Reymond échafaudant des "thèses hautement fantaisistes... à coups d'informations tronquées et de rumeurs journalistiques sans fondement". Fermez le ban.].


- Philippe Arrigoni, Affaire Dominici, Auto-édition, août 2008, 300 p. [L'auteur de ce samizdat nous rapporte qu'il s'est mis à écrire après avoir rencontré Jacques Chapus. Fort bien. Il nourrit l'ambition d'apporter une "lumière nouvelle" sous forme de "synthèse", pour "expliquer la réalité", ce qui en fait un "complément indispensable" (rien que ça). A dire le vrai, et avec ménagements, on reste confondu devant ce texte, ainsi que le montre sa conclusion, pour moi impénétrable comme le reste : "AFFAIRE DOMINICI a été écrit sincèrement sans arrière pensée ni tabou de la façon que j'ai perçue et perçois encore l'histoire de l'affaire autant dans le vécu au fil des années, des échanges que j'ai eus avec mon père et les personnes qui s'y sont intéressée, qu'au travers les nombreuses lectures et relectures des principaux ouvrages et dovuments qui lui ont été consacrée.
Le rythme et l'anachronisme que le lecteur peut y trouver sont ce qu'ils sont parce que ce sont aussi ma perception et ma limite littéraire qui en sont la cause. [...] La technicité des explications était en la circonstance obligatoire pour que l'ouvrage ait une signification et apporte un complément aux autres livres bien plus prestigieux que celui-ci qui restera certainement en édition presque confidentielle.
Je conseille aux lecteurs de découvrir ou de relire en parallèle les différents ouvrages sur l'Histoire de cette affaire et de se reporter à celui-ci, chose qui est certes difficile.
Toute exposition médiatique soit-elle présente le risque de contradictions et de critiques : Pourvu qu'elle apportent des éléments positifs pour l'avancement du sujet pour faire que son histoire soit endin écrite définitivement.
En fait, l'affaire Dominici, sans vouloir plagier le titre du livre de Jean-Charles Deniau et Madeleine Sultan : Dominici c'était une affaire de famille! Le scénario du crime enfin reconstitué, est une histoire dans l'Histoire, on l'a bien compris, dont la nature est bien une affaire de familles au pluriel plus qu'une histoire de famille au singulier, de celle de la famille Dominici.
L'affaire Dominici aurait pu être l'affaire Drummond, l'affaire Sébeille, une affaire d'Etat, l'affaire de Périès, celle de Perrin ou bien celle de braconniers, du hasard, une affaire politique...
"Affaire Dominici" reste le nom de l'hisztoire dans l'Histoire et pourtant il s'agit bien d'une histoire de familles au sens large du terme, un imbroglio, une histoire de malentendus. C'est bien une histoire de familles, celles des acteurs comme celles des spectateurs. Elle fait même partie de l'histoire de celle de l'auteur
".
Dit plus clairement : ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa g.].


- Philippe Isnel, Petit périmètre pour trop d'énigmes judiciaires, L'édition à façon, 2008 [Enfin un livre dont le titre n'est pas trompeur, car il s'agit bien d'un petit périmètre, d'un tout petit périmètre, même. Pour ne pas dire carrément que l'auteur ne joue qu'en ballon mort... Et malgré cela, que d'énormités énoncées, pour ne rien dire du style, à la limite d'une classe de sixième, et encore. Être agent de sécurité - l'auteur se présente ainsi - ne confère pas, hélas, une sûreté élémentaire de l'information, une maîtrise minimale de la cohérence et de la cohésion du discours. Bref, Ph. Isnel a lu l'expert Guerrier (il l'a même rencontré, la belle affaire) et le porte aux nues. Ce qui est son droit. Mais, dès lors, quel besoin de le paraphraser, et si mal ?
Au passage, on croise une "balle Rock-Ola" (sic), un Sir Jack "habillé avec l'uniforme allemand" (re-sic. Et pourquoi pas invité par Hitler à Berchtesgaden ?), et on apprend que "l'analyse" des légistes d'aujourd'hui est "infaillible". Le petit Grégory sera heureux de le savoir.
On est atterré d'apprendre que cette insanité parfaitement inutile, sinon nuisible, a été rédigée par un homme de quarante ans. C'est à pleurer.
Enfin, on ne voudrait pas se montrer mesquin, mais tout de même cet opuscule atteint péniblement les 100 pages, et coûte 12 euro. Celui du mentor admiré (Guerrier) comprend plus de 700 pages, pour 20 euro. Cherchez l'erreur - ou l'énigme...].


- * Paul Lombard, Dictionnaire amoureux de Marseille, Plon, 2008 [Ce fort volume (579 pages) contient évidemment un hommage appuyé de l'auteur à son brillant aîné Me Émile Pollak (pp. 415-421). Et, par contrecoup, une allusion à l'Affaire de Lurs. Texte assez insignifiant, mais on y relève deux détails, concernant le procès, qu'on n'a jamais lus par ailleurs. D'une part, trouvant la plaidoirie de son confrère de la partie civile, Me Delorme (que Lombard qualifie, de façon outrageusement méprisante, de politicien local), trop empreinte de componction, Pollak se serait ouvertement moqué de son confrère, et à haute voix. Quelle élégance ! D'autre part, la fameuse interruption de séance, tant reprochée au président Bousquet (chacun a en mémoire la séquence du film de Claude Bernard-Aubert, où Daniel Ivernel joue la scène à merveille) ne se serait pas passée de la façon généralement admise. En réalité, le Président aurait vivement reproché à Pollak sa façon de bousculer le témoin Gustave : "vous n'avez pas le droit de l'agresser ainsi ; c'est pourquoi je suspends la séance"].


- * Le Dauphiné Libéré, Soixante ans de faits divers, catastrophes, crimes, procès..., 1947-2007, hors-série, novembre 2007, format tabloïd, 193 p. [Dans cette compilation a priori peu réjouissante, le quotidien grenoblois a rassemblé quelques-uns des reportages publiés à l'occasion des évènements pointés ci-dessus. Avec, pour chacun d'entre eux, la reproduction, en format légèrement réduit, des "Une" d'époque. Naturellement, nous intéresseront surtout, ici, les six pages consacrées (au début de l'opus) à notre affaire (avec surtout des photographies). S'il est bon de retrouver (pour certains, de découvrir) quelques-uns des articles consacrés par le grand Roger-Louis Lachat au "massacre sur la Grand'Terre" (pas les meilleurs ni les plus explicites, malheureusement), on se doit d'ajouter aussitôt que le journaliste d'aujourd'hui qui écrit une (trop) longue introduction, et tente de manier un pauvre humour parfaitement déplacé (racler les fonds de terroir), égrène tous les poncifs conspirationnistes et autres, et ne manque bien sûr pas de signaler - à deux reprises ! - l'intervention du petit-fils qui a remué "ciel et terre" en vain.
En vain, c'est vite dit ! Rappelons donc, alors, cette phrase un peu emberlificotée, mais qui dit bien ce qu'elle veut dire : "... je crois sa cause perdue d'avance quoi qu'en disent tous ceux dont la publicité qu'ils en retirent en s'occupant de cette affaire arrange les leurs". Comprenne qui pourra].


- * Éric Allary (sous la direction de -), Les grandes affaires criminelles en France, Geste Éditions, 2007, 273 p. [Cet ouvrage format album, abondamment illustré, commente une cinquantaine d'affaires criminelles, depuis celle du Courrier de Lyon jusqu'à la si médiatique noyade d'un gamin dans une rivière vosgienne. S'agissant du sujet qui nous intéresse ici, et auquel dix pages (seulement) sont réservées, la relation est vivante et honnête, sans trace de sensationnalisme. Il est toutefois curieux que l'accent soit mis sur le fameux pantalon de Gaston, et sur un certain vélo rouge qui aurait appartenu à Gustave, comme s'il s'agissait là du nec plus ultra des preuves dédaignées par les enquêteurs.
Si donc l'achat de cet ouvrage, concernant la seule affaire de Lurs, n'est pas indispensable, en revanche les passionnés d'affaires criminelles pourront en tout cas, au moment des fêtes, trouver là un cadeau appréciable, à l'iconographie (parfois envahissante) fort bien choisie].


Gérard-Robert Cormy Allo. 130.98.10, l'Affaire, Publibook, 2007, 723 p. [Puisque nous sommes en France et que toutes les opinions sont respectables, il est donc loisible à tout un chacun de proclamer que le vieux salopard de Lurs était innocent.  Mais pour le proclamer, encore faut-il respecter un minimum de vérité historique... et de syntaxe. Puisque nous sommes en France et que le ridicule ne tue pas, reconnaissons avec tristesse qu'on peut écrire n'importe quoi, n'importe comment. Car il ne suffit pas d'avoir été combattant en Indochine, parent ou proche de personnes habitant ou ayant habité Digne et ses environs, voire Lurs et ses environs, pour écrire de façon sensée sur la tragédie de Lurs : l'ouvrage (numérique) que voici en est un navrant exemple qui, sur plus de 700 pages (notre ami Éric Guerrier est pratiquement battu !) écrites partiellement sous forme de "roman", nous dévide tous les poncifs et autres craques qu'on a pu écrire depuis soixante ans, sur Drummond et la Résistance, sur Dominici et la Résistance, etc. etc. Plus de 700 pages de sottises - et je suis poli. Enfin, il m'a tout de même été donné d'apprendre (p. 110) que Guérino et Bocca étaient Commissaires, de même que Ranchin (après tout, ce dernier était assez proche du grade de son patron) ; que le capitaine Albert était persuadé que l'arme du crime "appartenait à une des séries parachutées par les Anglais" [sic], ce qui est tout de même troublant, quand on lit, un peu plus loin, que les carabines avaient été "parachutées par les Américains"...
Je passerai rapidement sur les innombrables cuirs, de même que sur les gendarmes Cresky et Rebando, et sur le témoin Fausto Roure (un admirateur, sans doute, de Faustin Coppi). Mais j'ai été très aise d'apprendre que les dépositions des Marrian étaient "étranges et contradictoires", que les Drummond disposaient d'un garde du corps, tout de blanc vêtu, ce qui n'avait rien d'étonnant, puisque Sir Drummond, qui fumait tel un pompier, était un très grand sportif, "en pleine forme" comme l'a démontré son autopsie  ; et que les policiers circulaient à bord de DS 19, que Citroën avait dû, dans son immense bonté, fournir par anticipation au Ministère de l'Intérieur, puisque le vulgum pecus n'eut droit que trois années plus tard à ces petites merveilles - Sébeille n'a donc pas suffisamment apprécié son bonheur ! ; que le commissaire Mével, fin connaisseur de la région, croyait dur comme fer, contre Sébeille, à l'innocence des Dominici ; que Gaston "adorait" Gustave (tiens, on aurait plutôt pensé le contraire) et que, entré tout de suite dans la Résistance, il avait envoyé Gustave et Aimé rejoindre le maquis (en effet, comme ouvriers de la onzième heure, après le passage des troupes américaines). Enfin, que l'évènement majeur du 4 août 1952, c'est que le petit Alain (âgé de 18 mois !) "a du mal à respirer, car il fait 35°".
L'auteur semble être particulièrement prolixe. Reste à souhaiter que ses autres productions ne soient pas de la même insanité. Car, au regard de ce dont je viens de parler, les dénommés Arrigoni et Isnel apparaissent comme des Titans de la pensée (dominicienne)
].


- * Bruno Dayez, Justice et cinéma , Anthémis, 2007, 198 p. [L'auteur tente d'approcher "le mystère de la Justice" à travers ses rapports avec le cinéma, en analysant une quarantaine de films - dont celui qui peut nous intéresser ici (je veux naturellement parler de l'Affaire D., de Claude Bernard-Aubert, 1973). Et ce qu'on lit est somme toute une recension honnête et bien construite, comme peut le laisser penser l'extrait suivant, où l'auteur commente non plus le film, mais l'affaire elle-même : Ce qui animait probablement le jury, "c'était la conviction que "si ce n'est le père, c'est le fils", et qu'en prenant sur lui la responsabilité des faits, le père savait très bien ce qu'il faisait. A partir du moment où, grâce à lui, sa progéniture échappait à la guillotine, n'était-il pas juste qu'il subisse lui-même le châtiment de l'assassin ?  Si père et fils s'étaient mutuellement accusés et que rien n'était venu les départager [ce qui fut bien le cas !] aurait-il été concevable que le doute profite à l'un et à l'autre ?" (p. 171)].

 

- * Éric Guerrier, L'Affaire Dominici, expertise du triple crime de Lurs, Cheminements, 2007, 735 p. [Cet important ouvrage, au moins par la taille, ambitionne de devenir la bible incontournable de l'Affaire de Lurs. Si l'on ne peut examiner son contenu de façon critique en quatre ou cinq lignes, ce qui serait particulièrement injuste et inélégant, au moins dira-t-on ici, seulement, que ce projet est très largement inaccompli, vraisemblablement à cause de la personnalité de l'auteur, qui est décidément too much - ce que m'ont aussi confirmé nombre de lecteurs m'ayant communiqué leurs impressions.
En définitive, on est hélas en présence d'une sorte de couronnement de la littérature reymondienne et complotiste (comme chez Reymond, que l'auteur prétend contester, on trouve ici beaucoup d'erreurs et d'inventions, pour ne pas parler de désinformation). Dommage, car le projet était au départ des plus intéressant : aller au fond des choses à partir d'une consultation sérieuse des archives - disons le mot : d'un authentique travail de bénédictin.
Si on le souhaite, on trouvera ci-après un examen critique serré de cette Expertise].


- ** Christian Guéry, Justices à l'écran, Puf, 2007, 303 p.



[Monsieur Christian Guéry, actuellement Doyen des juges d’instruction à Nice, analyse finement, dans l'ouvrage Justices à l'écran, les rapports entre la justice et sa transformation en spectacle par les médias de masse, d'une part. D'autre part, à l'intérieur de cette analyse, les différences entre les systèmes accusatoire et inquisitoire. Un tel ouvrage n'aurait pas place dans cette bibliographie si ne s'y trouvait une critique solidement fondée de ce que j'ai nommé le "téléfilm scélérat" produit par TF1.
Une nouvelle façon de démonter la "télé-révision" de façon convaincante et percutante (l'Affaire Dominici, pp. 91-115) dans un ouvrage politiquement incorrect (s'agissant de cette affaire) qui, pour une fois, a bénéficié d'une forte couverture médiatique.]


 

- "Grandes affaires criminelles - Le triple crime de Lurs - 1965 : la mort de Gaston Dominici" in du 13 juillet 2006, p. 18 [Encore une tentative pour 're-visiter' le crime de Lurs. Il se trouve que j'ai pu lire le papier initial du journaliste ; le comparant à l'infâme brouet que le quotidien du soir a osé publier à la place, je n'ai pu retenir mon indignation. Je me suis laissé dire qu'il en avait été de même, pour l'auteur du texte, complètement ignorant de la combine. Ainsi, voilà ce qu'on nomme le rewriting, lorsque la prose du journaliste semble (à qui ?) politiquement incorrecte. Quelle grande leçon de journalisme : Beuve-Méry a dû se retourner dans sa tombe. Bref, dans la mouture qui est finalement parue, c'est Giono, le grand homme. Et le vieux criminel devient le bibliothécaire des Baumettes ! ! ! On aurait pu se dispenser de ce nouveau camouflet à la simple vérité.
Quant à l'entrefilet consacré à "Edmond Sébeille, le Maigret marseillais", il a au moins le mérite de dissimuler le fiel sous des considérations plus ou moins éloignées du sujet (tout en rappelant l'incroyable intrusion de Me Maurice Garçon - tiens, au fait, en voilà un qui n'a pas récidivé devant Chenevier, infiniment plus "médiatique" que Sébeille. On se demande pourquoi...). Voilà, en tous cas, une livraison du Monde qui est à flanquer au panier. Articles parfaitement inutiles.
Il convient d'ajouter que, moins d'une semaine après cette funeste parution, le quotidien du soir a publié un rectificatif indiquant que le journaliste dont on trouve la signature au bas de l'article "ne peut accepter la paternité de ce texte entièrement réorienté sur le fond et remanié dans la forme". Bravo ! Christian Colombani, puisqu'il s'agit de lui, a ainsi montré qu'il en avait. Et  , que l'affaire était assez grave pour baisser immédiatement pavillon...].


- * "Les grands moments de la télé", France 3 Provence, samedi 3 juin 2006, 90' [On se demande ce qui a poussé les responsables d'une telle programmation à sortir une nouvelle fois les vieilles lunes (en l'occurrence un film incroyablement mensonger - rediffusé à hautes doses depuis dix années - pleurnichant sur l'honneur perdu des Dominici). Si seulement ç'avait été pour les dépoussiérer : mais non !
Ce qui frappe d'emblée, dans ce "grand moment" (une curieuse "table ronde" - enregistrée dans la bibliothèque municipale de l'Alcazar ! - servant de prétexte à la rediffusion), c'est l'incroyable coup de vieux pris par Alain Dominici (il est vrai qu'il n'a plus tout à fait vingt ans). Non pas, bien sûr, par rapport au film-reportage de 1996, produit par A. Dhenaut et J. de Bonis (dont on lira l'examen critique - pas assez sévère, quand je le relis aujourd'hui - dans la même partie), qui accuse ses dix ans, mais par rapport à sa prestation lors de l'émission "C'est dans l'air", de juin 2003 (également répertoriée dans cette Bibliographie critique). Ce qui n'a pas bougé, chez lui, en tous cas, c'est l'incroyable morgue, comme quand il énonce, d'emblée, vouloir faire venir au jour "non pas la vérité de 54, mais celle que veut connaître le peuple français" (sic)... Un brin de modestie, quand on est dans une telle situation, ne serait pas mal venu, mais bon... On lui accordera cependant que, ayant déclaré que "c'est pas possible que mon grand-père soit coupable", il s'est tout de même livré à une sacrée démonstration d'innocence, irréfutable...
Quant à Me Collard, toujours identique à lui-même ("vous avez tous les culots", devait justement lui lancer Jacques Chapus lors d'une autre table ronde autour du film de Deniau. Et en l'écoutant parler pour la énième fois de cette affaire, comment ne pas songer au jugement que prononça sur lui, au cours de Charivari - une émission de Frédéric Bonnaud, sur France-Inter - le lundi 14 juin 04, à 18:45,  Jean-Louis Comolli, l'auteur de : "Voir et pouvoir : l'innocence perdue : cinéma, télévision, fiction, documentaire", aux éditions Verdier : "Me Collard, la parole dévergondée, la parole charlatanesque" ?. Lui aussi, avec ses vieilles rengaines, il nous assène d'emblée que "l'affaire Dominici est l'archétype de l'erreur judiciaire" (quand on se souvient qu'il considère l'affaire Landru comme une erreur judiciaire - cf. Les grandes erreurs judiciaires du passé, chez Taillandier, 1997 - on mesure ce que vaut ce terme, re-visité par ses soins) et ajoute qu'à travers elle, "c'est le procès de la justice d'une époque, qui doit être instruit". D'ailleurs, il élargit aussitôt la notion d'époque, puisqu'il ajoute que "rien n'a changé depuis", et qu'il prend appui avec gourmandise, on s'en serait douté, sur l'affaire d'Outreau (dont on peut deviner sans peine qu'elle va devenir la scie des avocats échec et mat devant un dossier en béton) : cela pour clouer au pilori la fonction de juge d'instruction (et, c'était en filigrane, la personne du juge, Roger Périès en l'occurrence). Me Collard était flanqué d'un jeune journaliste, Denis Trosséro, avec qui il a commis quelques ouvrages. Mais curieusement, lorsque ce dernier a pris la parole, pour aller dans le même sens que son aîné, puis évoquer à son tour de (prétendues) erreurs judiciaires, Me Collard n'a pas répliqué, s'agissant du cas Ranucci : c'était pourtant son rôle, de bondir comme il sait le faire ; fatigué, alors ? Mais non ! Car au procès Ranucci, Collard était partie civile ; c'est assez dire qu'il a démontré l'archi-culpabilité de l'avant-dernier guillotiné de France... Alors il s'est tu, lui qui n'arrête jamais de parler. Si seulement ce minuscule incident pouvait faire comprendre aux gogos téléphages qu'un avocat ne dit jamais autre chose que la vérité de son client, et rien d'autre, ce ne serait déjà pas si mal.
En revanche, on n'a pas cessé de l'entendre énonçant avec l'aplomb qu'on sait ses incroyables balivernes, du genre "la présomption d'innocence a été bafouée" [dans l'affaire], ou encore "Gaston n'a pas pu parler tout au long du procès avec ses mots" (et après avoir emprunté la sottise de Giono, il n'a pas raté l'allusion à Barthes : on peut mesurer ainsi la façon dont les révisionnistes renouvellent la panoplie de leurs arguments). Il a même ajouté : "Tout le procès Dominici repose sur la garde à vue, qui à l'époque était d'une durée illimitée". Pour faire avaler aux téléspectateurs non-avertis (la plupart, sans doute) que les Dominici père et fils ont été victimes d'un acharnement inhumain, il n'y a certes pas de meilleure méthode. Il aurait évidemment été oiseux de donner les durées exactes d'interrogatoire, et de préciser qu'un quidam, au moins, étranger à l'affaire qui plus est, a été traité avec beaucoup moins d'égards que le vieil assassin. Car pourquoi s'arrêter à de pareils détails ?
Collard a tout de même reconnu qu'il n'a pas (encore) réussi à faire réviser la sentence de 1954 (plus exactement, ses nombreux prédécesseurs et lui) ; mais toutes les raisons qu'il donne de cet échec sont rideaux de fumée pour naïfs : la seule, la vraie explication, c'est tout bonnement l'écrasant faisceau de preuves de culpabilité. Ce qui a dû échapper au cher Maître.
Lorsque, ensuite, l'animatrice annonce qu'on va voir le commissaire Sébeille (courte séquence tirée d'une interview faite en mai 1972), alors on entend des ricanements sur le plateau. Ce qui rend d'autant plus odieuse l'accusation de Collard, prétendant aussitôt après que Sébeille ricanait en rappelant la sentence. Continuant à attaquer, notre avocat en vint à stigmatiser "la manière scandaleuse dont les aveux de Gustave ont été recueillis"... Ces ricanements ont d'ailleurs connu peu après une reprise, lorsqu'un second document (récent, celui-là) nous fut présenté : quatre précieuses minutes - tirées d'un enregistrement de trois heures - durant lesquelles on put entendre le frère cadet de Gabriel Domenech, expliquer pourquoi il a tenu à rééditer l'ouvrage de l'ancien député des Basses-Alpes, rappeler qu'il a assisté à la reconstitution et ce qu'il y a entendu, enfin énoncer quelques tranquilles vérités du type "on vend, on fait du fric en disant des mensonges" (il aurait pu ajouter : et en crachant ignominieusement sur des morts). Le ricanement, on le saisit alors, grâce à une incrustation, sur le visage du petit-fils du Patriarche. C'est tout ce qu'ils savent faire, face à de vrais arguments : ricaner. Et je n'ai pu m'empêcher alors de songer à un autre ricanement, rapporté en son temps par un journaliste (un vrai) du Dauphiné libéré : tandis que, le 26 novembre 1954, le procureur Sabatier prononçait son implacable réquisitoire, "au fond de la salle, on regardait des Dominici ricaner en silence. Et Yvette, ostensiblement, lisait un roman : L'amour vaincra". Tirons le rideau.
Mais auparavant, notons que le commentaire définitif de cette minuscule et bienvenue séquence a été prononcé par le petit-fils : "il y a des gens qui ont vu la même chose que lui [Pierre Domenech], et qui n'ont pas dit la même chose que lui". Mais, malheureusement, Alain a oublié de nous citer ces "gens"-là, et de nous dire ce qu'ils avaient rapporté. Alors, aidons un peu sa mémoire apparemment défaillante. "Au soir de cette reconstitution, a écrit l'un de ces "gens", aucun des cent journalistes présents n'a eu l'audace d'émettre le moindre doute sur la culpabilité de Gaston" (René Pacaut, Quinze mois d'enquête à Lurs). Évidemment, tout cela est si vieux, n'est-ce pas ?
En tout état de cause, "l'honneur, c'est comme les allumettes : ça ne sert qu'une fois". Et le clan Dominici, depuis un demi-siècle, a tout de même craqué de nombreuses allumettes, pour ne pas dire des boîtes entières. Ça devrait faire réfléchir "le peuple français"...







En définitive, que toutes ces contorsions - intéressées, ô combien - sont dérisoires ! Observons la photo suivante : à Digne, lors de sa visite présidentielle de 1960, le général de Gaulle serre la main du député bas-alpin Gabriel Domenech. Imagine-t-on une seconde que Domenech - étranger au département jusqu'à l'Affaire - ait pu accéder à la députation, c'est-à-dire gagner la confiance d'une majorité d'habitants de ce département (il avait entre autres battu le député sortant, le socialiste Naegelen), si les dits habitants n'avaient complètement partagé son analyse du triple crime de Lurs ?]


 

 

 

 

 

 

 

 

 

- "Coupable ou innocent : on reparle de l'affaire Dominici" in Crimes & Police, enquêtes et vérités (sic) n° de juin 2005, pp. 4-8 [Ce bimestriel, qui ressemble comme un frère (s'agissant du contenu) à Détective (et on sait ce que je pense - d'une façon générale - de Détective) commet des articles pour la plupart non signés. Celui que j'analyse ici est fait pour attirer le chaland avec son titre accrocheur : "on reparle de l'affaire Dominici". Mais cette annonce est purement fallacieuse, l'auteur se bornant à reparler des thèses de Reymond (les qualifiant tout de même de peu rigoureuses) - lesquelles datent de huit années ! Ceci posé, le texte confond policiers et gendarmes, fusil et carabine. Péchés véniels, sans doute. En revanche, il parle de Paul Maillet comme d'un "personnage trouble", et on se demande quel élément matériel l'autorise à proférer une telle calomnie. L'article se termine en indiquant que le juge Carrias a "démonté point par point la démonstration du journaliste", ce qu'on savait depuis belle lurette. Article parfaitement inutile].


- Patrice GELINET, 2000 ANS D'HISTOIRE, L'Affaire Dominici, 50 ans après la condamnation de Dominici, France-Inter, lundi 29 novembre 2004, 14:03 [Comme on a pu le faire remarquer malicieusement, ce nouvel avatar de l'affaire Dominici "tombe" à pic, cinquante ans jour pour jour après la condamnation à mort du Patriarche... Mais bon, il est possible qu'il n'y ait là que coïncidence des plus fortuite...
Le réalisateur, Patrice Gélinet, interrompt très souvent ses interlocuteurs, au lieu de favoriser leur parole, ce qui devrait être son rôle, et essaie de se mettre en valeur. Ainsi nous a-t-il sorti quelques bourdes bien senties (mais qui a pu les relever ?) du genre "Gaston est aussitôt soupçonné d'être l'auteur du triple meurtre", ou encore "On ignore aujourd'hui s'il était coupable", mais aussi lorsqu'il s'indigne : "Sébeille arrive douze heures après que l'on ait [sic] découvert les cadavres" (oui, Môssieu, tout à fait juste : les cadavres ont été "découverts" vers une heure du matin - par le fils, et recouverts, à la même heure, par le père, et Sébeille, honte à lui ne s'est pointé qu'à treize heures, alors qu'il aurait très bien pu être là dès deux heures du matin) ou encore lorsqu'il proclame : "Sébeille s'acharne", "Sébeille emprisonne Gustave" [sic], et enfin "plus personne ne croit à la culpabilité de Gaston" (parle pour toi, historien d'opérette : les gestes de Coty et de de Gaulle n'ont rien à voir avec un quelconque doute sur la culpabilité). Le réalisateur n'a pas oublié, non plus, de donner longuement la parole à Me Pollak : en bonne démocratie, il eût fallu alors faire aussi parler Me Delorme, mais bon, la démocratie, on s'en fout, n'est-ce pas ? Enfin, Gélinet a su manier la brosse à reluire, car il nous a indiqué - par deux fois ! - que le tandem Deniau-Sultan avait produit "un livre passionnant" (si ça n'est pas de la publicité rédactionnelle, ça). Face à ce personnage dont la volubilité était inversement proportionnelle à l'information, nos auteurs se sont comportés de façon plutôt sympathique. Avec un manque évident de pédagogie (qui connaît Jacques Duclos, aujourd'hui ? Pourquoi n'avoir rien dit, à cet égard, de la puissance du P. C. à l'époque, et de sa volonté d'empêcher les enquêteurs d'approcher la Grand'Terre ?), avec certes quelques sottises ("un drame cornélien", "Clovis a renchéri" [sic], "on a coupé l'herbe sous les pieds de la contre-enquête"), mais aussi quelques remarques fort justes (en particulier s'agissant du portrait de Gaston, qui "menait la danse pendant le procès"). Et Mme Sultan de conclure : "le mystère subsiste". Ah bon ? Non, décidément, cette émission n'avait pas la tenue de la précédente. Il est vrai que n'est pas Serge Bernstein qui veut...
Enfin, je me suis interrogé : à peine leur livre sorti, les auteurs ont l'honneur de la presse. Pierre Domenech, lui, a fait réimprimer l'ouvrage écrit par son frère (ouvrage introuvable depuis bien longtemps, et dont on avait dit, au moment de sa parution, qu'il était capital pour la compréhension de la tragédie), voici plus de six mois. Depuis lors, c'est le silence radio, sans jeu de mots. N'y aurait-il là pas quelque rapport avec ce que Sévilla (parmi d'autres) a nommé le terrorisme intellectuel ? Mais Gélinet va sûrement rattraper le coup, non ?].


- * Jean-Charles Deniau, Madeleine Sultan, DOMINICI, c'était une affaire de famille !, Éditions l'Archipel, novembre 2004, 308 p. [Ceux qui ont "des lettres" se souviennent peut-être que Gambetta fut brièvement Chef du Gouvernement français (il y a tout juste 123 ans), et qu'on nomma son passage aux Affaires, par dérision, "le Grand Ministère". Car ce Léon-là était, semble-t-il, beaucoup plus apte à la tchatche et aux paroles verbales qu'à la mise en pratique de ses idées républicaines. Je songeais à ce mot si cruel - mais si mérité - pendant la lecture du dernier ouvrage en date, le "Grand Livre" de J. Ch. Deniau. Peut-être en attendait-on beaucoup trop (car, d'emblée, comment accorder du crédit à qui part "la fleur au fusil", convaincu de l'exactitude des "thèses" reymondiennes ?). Bref, après le succès d'estime du documentaire passé l'année dernière sur Odyssée (et repris en version allégée, dernièrement, dans le Droit de Savoir, de Ch. Villeneuve), Deniau a voulu, lui aussi, monnayer son savoir tout frais (car, comme l'écrit La Provence du 26 novembre 2004, "l'affaire Dominici... reste une bonne affaire, au sens propre comme au sens figuré") : en effet, il y a un an et demi, il ne connaissait pas un traître mot de cette affaire. Il a cru pouvoir combler son retard et coiffer tous les autres commentateurs : notre documentariste a bien présumé de ses forces, hélas ! Dès l'abord, il faut savoir respecter la distinction entre les faits et les opinions, et cela n'est même pas soupçonné par nos auteurs (Deniau et Mme Sultan), qui effectuent un tel mélange entre les deux dimensions, qu'on ne peut observer le résultat qu'avec stupeur et tristesse. Ainsi, Deniau nous apprend que Dominici était coupable. La belle affaire ! On le sait depuis plus de cinquante ans, et seuls les neuneus et les gens financièrement intéressés prétendent le contraire. Il nous dit aussi que l'épisode Bartkowski est une imposture... Mais, une fois de plus, seuls les neuneus avaient cru à cette pitoyable fable, que d'ailleurs le fils de Me Charrier (entre autres) avait magistralement flanquée par terre. Pour ne pas être injuste, cependant, il faut observer quel énorme travail leur a été nécessaire pour couper toutes les ailes à un canard que Reymond a mis cinq minutes à exhumer (mais combien, cependant, vont continuer à croire à la fable Bartkowski !). Que reste-t-il, alors ? D'incroyables diatribes contre les autorités de l'époque, Sébeille en tête (on croit lire là-dessous que notre auteur n'a pas digéré la fin de non-recevoir que lui a opposée la fille du Commissaire) : on dirait du Reymond ! Des scènes largement romancées (il y était, Deniau ?), qui font irrésistiblement penser à du Mossé... Et puis des énormités sur l'arme (sur les armes, car Deniau en "invente" une autre), réitérées et amplifiées dans une conférence de presse, où l'on a pu entendre que l'Us_M1 était "l'arme des cuisiniers" (sic), sans aucune puissance (re-sic). L'armée US, une armée de cuisiniers ! Voilà comment ils nous ont sorti du pétrin, les Ricains : par la grande bouffe ! Sur "l'énorme flaque de sang" aussi, galéjade que le juge Carrias avait dégonflée, mais que Deniau nous ressort, toute fraîche. Et encore d'incroyables contradictions (par exemple, p. 119, on nous dit que Gustave subit - le 12 novembre 53 - "un interrogatoire de plusieurs dizaines d'heures, avec quelques maigres interruptions" ; et p. 124, on ajoute : "Sébeille interrompt la séance après onze heures d'interrogatoire, coupé par deux arrêts d'une heure"...), des erreurs grossières, comme lorsque Deniau démontre péremptoirement (p. 101) que Germaine (fille du Patriarche, mère de Zézé Perrin - Zézé le petit-fils du Patriarche qui, soit dit en passant, est soupçonné d'en être aussi le fils !) n'a pas pu accomplir ce qu'elle dit avoir fait (un trajet à bicyclette) : car la Cassine (ferme des Perrin) est "située à plus de vingt-cinq kilomètres de Peyruis". Dame, on a beau avoir la cuisse légère, c'est un fait qu'on n'a pas pour autant les gambettes - les manivelles - exercées... Sauf que la Cassine n'est pas à vingt-cinq, mais à TROIS kilomètres de Peyruis... C'est pourquoi, au sujet des prétendues "rodomontades" de Sébeille, de ses "négligences" ou de ses "incompétences", il m'apparaît que Deniau devrait s'acheter un miroir, avec l'argent qu'il va se faire... Car c'est davantage son portrait qu'il dessine ainsi, que celui de Sébeille, tandis qu'il ose affirmer, sans rire, que le "scénario du crime" est "enfin reconstitué". Eh bien non, on en est loin ! On sort de ce livre peiné et même consterné (Yvette, nouvelle Antigone !!!). L'ouvrage définitif (celui qui parviendra à égaler - ne parlons pas de dépasser - le Laborde) reste encore à écrire. Par des gens compétents. Non des "journalistes". Deniau est un homme pressé, spécialiste de tout et de rien, touche-à-tout sans doute honnête, mais sans génie. Avant-hier sur la piste du Mammouth, interrogeant des "tortionnaires" de la guerre d'Algérie, ou discourant du rugby à XIII ; hier, à se promener au Yémen, au milieu des parfums d'Arabie. Aujourd'hui, à jeter un regard distrait sur l'affaire Dominici. Et demain ?
Justement, je venais de lire (in 2 du 6 novembre 2004, p. 38 - interview du journaliste américain Danny Schechter, à propos des dérives du système médiatique américain) : "Le talent le plus important aujourd'hui dans le journalisme est la capacité non pas à obtenir de l'information pertinente, mais à faire de la mise en scène, à la vendre". À la bonne heure, on s'y croirait ! On copie donc très largement les travers des Ricains ! Ouvrage qu'on doit lire l'esprit critique très en éveil, hélas !].


- * Charles Villeneuve, Le Droit de savoir, TF1, 2 novembre 2004, 26' [TF1, qui ne craint pas de se déjuger (comme l'a remarqué, peu après, l'émission Arrêt sur images), après avoir diffusé, l'année dernière, avec un concert de publicité inoui, son piteux l'Affaire Dominici, nous donne, ce soir, un autre son de cloche, plus proche de la vérité. Mais l'année dernière, c'était étalé sur deux semaines, en prime time, comme ils disent. Ici, il faut attendre minuit pour accéder aux vingt-six minutes d'un reportage, pour l'essentiel issu du document passé sur Odyssée, voici un an. Charles Villeneuve a pris les choses en mains : le travail touffu et même imbuvable de Deniau, il l'a revu, raccourci, et réorganisé intelligemment et pédagogiquement en plusieurs volets (sept, me semble-t-il). Il en a aussi supprimé les erreurs les plus manifestes. Et on a ensuite droit à des scoops, Bartkowski soi-même, tout d'abord, clochard plus ou moins sympathique et plus ou moins mythomane (W. Reymond aura dorénavant bonne mine, lui qui entretenait le mystère autour de l'existence de ce clochard) ; ensuite, les doctes avis d'un médecin légiste (l'US_M1, de petit calibre (sic), ne peut pas avoir occasionné les graves blessures infligées à Sir Jack - mais il rit, ou il fait les dents, ce clown involontaire ?), et d'un expert (?) en balistique, lequel avance l'hypothèse de deux armes utilisées dans le massacre. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont guère été convaincants... Deniau nous avait averti que, dans cette affaire, les thèses "les plus farfelues" avaient été avancées ! A-t-il rejoint, ainsi, cette cohorte aussi nombreuse qu'intéressée ? Et la chute arrive : "personne ne pourra jamais conclure sur ce drame qui est une histoire de famille". Un drame, la mort violente de trois innocents ? Décidément, qui ne nous aura pas déçu, dans cette affaire ? In fine, on nous montre la bande-annonce du livre de Deniau, qui sort ces jours-ci... C'était donc, tout simplement, de la publicité rédactionnelle, ce reportage ? Faire vendre un énième bouquin sur l'affaire ? Mon Dieu, que la vérité est fragile, et que le désintéressement est absent, dans toutes ces manœuvres !].


- ** Jean-Charles Deniau & Madeleine Sultan, Documents & Débats : "l'affaire Dominici, ses mystères, ses impasses, ses mensonges", Odyssée, 28 novembre 2003, 02:30' [Avoir suivi cette émission m'a définitivement convaincu qu'il est vain de faire dialoguer des gens relativement libres et des gens payés pour dire ce qu'ils disent, d'une part. De mêler des avocats à un débat, car ces chers Maîtres ne peuvent s'empêcher de faire des effets de manche, et l'atmosphère en est rapidement viciée, d'autre part. Le cher Maître, en l'occurrence, occupa une sacrée partie du temps de parole de la première période de débat (essayant immédiatement avec une indignation feinte de récuser le témoignage de Jacques Chapus, à cause du "faux" que celui-ci avait commis, et sans se préoccuper, naturellement, de tous les "faux" commis par son voisin de gauche, W. Reymond, ou des siens propres - la fameuse étagère n'existait pas dans la remise, en 1952 !), mais quelque chose me dit que Gérard Carreyrou, meneur de jeu au départ trop débonnaire, sortit le carton jaune (sinon rouge) à la pause (publicitaire : que de publicité, sur cette chaîne ultra-confidentielle !), et que Me Collard se le tint pour dit, car il fut relativement plus discret dans la seconde partie. Quant à J. Ch. Deniau, le réalisateur, je l'ai trouvé bien en retrait, comme sur la défensive : plus question, et c'est dommage, de traiter Reymond de mythomane, d'imposteur, et son livre de supercherie, comme il l'avait fait en direct dans l'émission Arrêt sur image (produit par Arte/La Cinq) d'il y a un mois.
Gérard Carreyrou donc, qui ne cachait pas ses convictions, tout en interrogeant impartialement les uns et les autres, nous indiqua d'entrée de jeu que le téléfilm de TF1, c'était une fiction, et tout en s'extasiant sur le "talent extraordinaire" des deux acteurs (ça partait mal !), il ajouta que le documentaire qu'on allait voir n'était plus une fiction, mais une enquête sérieuse sur la réalité des faits. Enquête sérieuse, sans nul doute. Mais on sentait trop que la science de ses auteurs (Jean-Charles Deniau et Madeleine Sultan) était bien trop fraîche pour leur permettre un indispensable recul. Là aussi, je pense qu'il est vain de vouloir tout dire en si peu de temps, dans un document didactique qui m'a fait penser, toutes proportions gardées, à celui publié par le journal Enquêtes criminelles (Éditions Marshall Cavendish, voir plus bas). Jean-Charles Deniau, dont la voix-off a été presque omniprésente, a mêlé à de nombreuses reprises interviews d'aujourd'hui et images d'époque, ce qui rendait son documentaire difficile à suivre. Mais surtout, il a donné la parole à des personnages complètement secondaires, les mettant sur le même plan que des témoins de première grandeur. Ainsi d'un hôtelier du coin, qu'on voit/entend un peu trop souvent en ce moment, et qui veut nous faire croire qu'il était présent, le 5 août 1952, dès sept heures du matin (il avait dix ans environ, à l'époque), pour observer d'un œil justement critique le travail (ou l'inaction) des gendarmes, qu'il confond d'ailleurs avec les policiers ! Deniau fait préciser - par deux fois ! - à ce témoin hyper doué, mais fort douteux, que Sébeille n'a pas vu les corps en place, étant arrivé après la levée des cadavres ordonnée par Périès. La preuve, dit-il (à propos, il faudrait que tout ce beau monde revoie sérieusement la notion de preuve, et celle de critique de document historique), Sébeille venait d'arriver quand l'arme a été retrouvée par les inspecteurs. Ben oui. Mais Sébeille était arrivé deux heures et demie plus tôt avec "les inspecteurs". On oublie seulement de le dire. Et quand il est "arrivé", et que l'enfant l'a vu, c'est qu'il s'en revenait de Forcalquier, où il était aller assister (avec Périès) à une partie de l'autopsie. Que de bêtises, que de mensonges on peut proférer, sans crainte d'être démenti ! Alors, on se demande pourquoi nos sémillants "documentaristes" ne sont pas plutôt allés interroger un vrai témoin de première grandeur, celui-là, et indiscutable, Victor Guérino, le gardien de la paix qui avait recueilli les aveux spontanés du Patriarche. Un simple oubli, sans doute ? Ou le désir d'en rester surtout au plan de l'anecdote ? [Cet "oubli" ne pourra hélas être rattrapé, V. Guérino étant décédé en mai 2004].
Et puis Yvette qui ne savait pas si c'était tout près ou loin (les coups de feu), à cause de l'écho (billevesée dont Me Collard s'empara avec force dans la discussion), qui revint sans vergogne sur le mensonge du biberon (mis en évidence par le capitaine Albert), et termina sur un scoop : "à quatre heures, tout debout" (ce n'est donc plus à cinq heures ?). La vieille Marie, enfin, ineffable. L'écoutant (images d'archives, naturellement), je n'ai pu m'empêcher de songer à l'acuité du jugement porté par le jeune avocat Paul Lombard, sur elle : "la 'Sardine', vieille paysanne usée, âpre au gain, inquiétante". Inquiétante, ô combien, elle qu'on entend déclarer : "si nous avions su, nous aurions fait coucher les Drummond à la maison" ! À côté, le témoignage serein et capital de Jean-Marie Olivier (le motocycliste du 5 août au matin) : en voilà au moins un qui ne doit guère croire aux insanités des révisionnistes ! Et puis les anciens compères de la SNCF, Roger Drac, tout d'abord, dont il eût fallu préciser qu'il était l'un des employés venus découvrir et l'état de l'éboulement, et le corps supplicié de la fillette, en même temps que Clovis, Marcel Boyer (beauf de Clovis, qui avait épousé sa sœur Rose), et Faustin Roure ! Paul Maillet, ensuite, toujours bon œil, sinon bon pied, et qui parle, ce n'est pas une figure de style, "sans méchanceté ni haine". Rappelant avec pudeur les voies de fait dont il fut victime, nous donnant à voir des exemples précis de brutalités de la part de Gaston. Et appliquant, sans méchanceté ni haine, le coup de grâce : "Ça a toujours été une bête féroce" ! Que pouvait peser, face à ce témoignage irréfutable, le dérisoire "Comme ma grand-mère, c'était quelqu'un de doux", prononcé par Claude (pour une fois, ce n'était pas Alain), le second enfant de Gustave/Yvette, qui parle de l'amour que Gaston portait aux enfants (lui qui est né en 1953 !)... Ceci dit, J. Ch. Deniau a méthodiquement démonté toutes les pistes adjacentes : Résistance, espionnage (à cet égard, le témoignage d'un ancien du KGB, Sergueï Kondrachov, est véritablement éloquent), usine chimique de Saint-Auban, disparition de la secrétaire de Jack Drummond à Dieppe, tout y passe. Mais au passage, justement, il fait péter des pétards mouillés (les coups de feu qu'il nous fait entendre sont si faibles qu'on les croirait échappés d'un pistolet à bouchon. Ah ! Et puis tu m'as fendu le cœur, Jean-Charles, en parlant de "rafales" à propos de l'US-M1 ! De même quand tu nous as asséné : "ça prouve que l'assassin ne connaissait pas le maniement de l'arme" - non, ça prouve surtout, puisque tu veux parler de preuve, que tu ne connais rien au fonctionnement des armes), il parle à plusieurs reprises de "l'Inspecteur Edmond Sébeille" (et nous donne à voir, c'est le bouquet, le juge Périès !). Et puis il nous fait nous attarder, je n'ai pas compris pourquoi, à Mirabeau, au défilé de Canteperdrix, sur la Durance (superbe cluse, c'est vrai) : il fallait dès lors nous expliquer ce que Paul Maillet avait fait là, que diable ! Et sous la bannière des F.F.I. (et non des F.T.P., n'en déplaise à d'aucuns) ! Et in fine de son réquisitoire très serré, Deniau nous affirme que "l'affaire Dominici reste une énigme". Ah bon ?
Après moult publicités, le débat, ou plutôt les soliloques, si l'on laisse de côté les violentes charges de Me Collard. Chacun avait sa vérité (le couple Collard/Reymond récusant d'ailleurs tous les journalistes, tandis que la parole du journaliste Reymond était d'or), et la dévidait, Reymond plutôt plus habilement que les autres (moins sûr de lui, moins détestable que dans son bouquin), et c'est fort heureux pour lui, car il fut souvent mis sur la défensive, et même le reculoir. Mais s'en tira sans dommages, déclarant qu'il n'avait pas vu le documentaire (comme Deniau n'a pas protesté, j'en tire la conclusion qu'on ne s'était pas donné la peine de permettre à Reymond un visionnage préalable, et c'est regrettable, car il ne savait pas, ou faisait semblant de ne pas savoir, quels coups lui seraient portés) ; dès lors, il eut beau jeu de déclarer que le documentaire était œuvre utile, puisqu'il lui permettrait de rectifier ses "erreurs" dans une édition future... . Et Jacques Chapus, qui commence à se faire vieux, appelle "Myriam" (sic) les Marrian (les amis du couple Drummond), nous dit que la future Sardine était enceinte d'un gendarme (dans son bouquin, il parle du cantonnier du coin, allez savoir - les recherches d'Adn vont se multiplier). Et Me Collard, retors comme on n'en fait plus, qui déclare sans rire, à l'adresse de ses contradicteurs : aidez-nous à obtenir la révision de la condamnation de Gaston !
Ensemble certes très honorable, mais que de déchets (à propos, j'ai trouvé assez nulle l'idée que ce crime opposait la ville évoluée à la campagne rétrograde, et pitoyable le fait que sur ce point tous étaient d'accord)  ! Peut mieux faire (surtout sur une chaîne dont l'audience est si confidentielle), par exemple après avoir lu de près la réédition de l'ouvrage de Gabriel Domenech, dont mon petit doigt m'a dit qu'elle ne saurait maintenant trop tarder...].


- ** Pierre Charrier, Affaire Dominici : le dernier témoin, L'écailler du Sud, Marseille, 2003, 189 p. [En hommage à son défunt père, J. L. Charrier publie les notes de celui qui fut l'un des avocats de Gustave, puis de Gaston (petite rectification : Me Charrier n'a jamais été "le principal artisan de la défense" du vieux criminel. Quatre avocats prirent en charge cette défense, deux "vieux", et deux "jeunes" : Charrier était l'un des deux jeunes, le principal avocat du quatuor étant évidemment Me Pollak), qu'il encadre avec sa propre description de l'affaire. Ce qui donne deux parties, de valeur inégale, mais ayant un point commun : elles sont constellées d'erreurs (le film sur l'affaire Dominici est de Cayatte !!! C'est le commissaire Sébeille qui a suggéré à Gaston le mobile sexuel, etc.), et je dis bien erreurs, non mensonges (si vous me suivez). Car la bonne foi n'est pas à mettre ici en cause, mais peut-être un défaut de relecture (et, s'agissant du fils Charrier, une hâte compréhensible à vouloir contrer l'ubiquité médiatique de W. Reymond). Ce livre donc, au début assez passionnant, sombre rapidement dans la redite, car on a cent fois lu ici ou là le récit des événements tragiques que l'on sait, et de ce qui s'ensuivit. Un scoop, pourtant, d'entrée de jeu : le jeune avocat Charrier, rejoignant les siens à moto, sur leur lieu de vacances, passa devant la Grand'Terre certain matin d'août 1952, vit beaucoup de monde, s'arrêta pour s'informer, et finalement fut présenté aux Dominici par une connaissance commune (L. Grimaud)... Ce fait, jamais révélé auparavant, m'apparaît un peu tiré par les cheveux, mais bon... Pour le reste, disons que feu Me Charrier, s'il a la conviction de l'innocence de Gaston, n'arrive guère à nous la faire partager, tant il paraît lui-même n'être qu'à moitié convaincu ("Gaston est innocent, car le mobile ne tient pas". Quel argument définitif  !)... Quant au fils, qui avait le dossier sous les yeux, on se demande pourquoi il a si peu fait appel à son contenu indiscutable, et s'appuie tellement sur Reymond ou Dumarcet, voire Giono... Sans doute des enquêteurs de cette époque ? Cela, en tout cas, ne fait guère pro. Tiens, à propos de Giono et de ses gémissements sur le pauvre vocabulaire de Gaston ("Trente à trente-cinq mots, pas plus, je les ai comptés"), gémissements que Charrier reprend à son compte, je me suis amusé à compter, à mon tour, les 'mots' de Gaston, lors de courts échanges avec le président Bousquet (tels que rapportés page 122) : eh bien, sur ce petit échantillon, de moins de dix minutes de durée par rapport aux longs jours du procès, j'ai trouvé soixante-six 'mots' différents... Le double que ce qu'a recensé Giono pour tout le procès... Et quand Charrier fils en vient à mettre sur le même plan Sébeille/Périès et Reymond (p. 163), alors on ne peut plus le suivre, car il se déconsidère.
En revanche, et c'est la partie de loin la plus neuve, il produit une critique serrée des "preuves" du premier policier de France, et en particulier il met en pièces le témoignage Bartkowski (ce que je ne me suis même pas donné la peine de faire, tant les aveux du personnage m'avaient paru indignes de quelque examen que ce soit), tout en se révoltant contre les procédés médiatiques utilisés par Reymond/Dominici pour faire avancer de façon "populaire", pourrait-on dire, leur incroyable thèse (et que c'est tout bonnement incroyable et piquant, ce massacre de l'épisode Bartkowski, par un partisan de l'innocence du vieux Gaston !). Au total donc, un livre honnête (les options politiques de Me Charrier, militant communiste, transparaissent à peine) et assez utile, mais à lire l'esprit critique très en éveil (petit exemple : Charrier - fils - fait grand cas du témoignage du Dr Dragon, et c'est fort bien. Mais il "oublie" certains éléments du témoignage du vieux toubib, lorsqu'ils sont défavorables à Gaston, et c'est déjà moins bien. Puis, lorsqu'un autre toubib contredit Dragon, alors il écrit : "le seul à contester (c'est d'ailleurs faux, mais passons) les conclusions du Dr Dragon est un dénommé Jouve". Un dénommé Jouve ! Mais ce "dénommé" était Docteur en médecine, lui aussi (propriétaire d'une clinique à Digne), ancien grand et incontestable résistant, et a produit un très long témoignage ! Pourquoi essayer de le rabaisser ?
Un point bien gênant, pour conclure : cet ouvrage a été rédigé avec J-M Vernes, vous savez, le triste co-auteur de "L'Encornet et Trottinette"...].


- ** Danielle Sommer, "DOMINICI. Les dangers de la télé-révision", TÉLÉ 7 JOURS n° 2269 (semaine du 22 au 28 novembre 2003), pp. 15-16 [ce magazine de télévision, qui s'est récemment distingué en publiant un très courageux article à propos des prétendues révélations de W. Reymond sur l'assassinat de Kennedy (et critiquant férocement, au passage, la programmation de Canal+) vient de récidiver à propos des exploits du même "journaliste", cette fois au sujet de l'affaire Dominici - on sait déjà combien plus d'un média a été choqué par l'incroyable partialité, pour ne pas dire plus, du téléfilm éponyme de TF1. Télé 7 jours, donc, revient largement sur la querelle, expose un peu le contenu du documentaire ("l'affaire Dominici, ses mystères, ses impasses, ses mensonges") qui sera diffusé sur Odyssée (une chaîne ô combien confidentielle), et surtout donne la parole à ses réalisateurs (M. Sultan, JC Deniau). Enfin, du débourrage de crâne ! Au passage, on apprend que Reymond ne sera pas sur le plateau (il se fait porter pâle au Texas, va-t-il ressusciter Oswald ?), mais surtout que Me Collard est intervenu, d'une façon "comminatoire", pour empêcher la diffusion de certaines séquences du documentaire. Pitoyable. En tous cas, il faut se procurer ce Télé 7 jours ! (Qu'on Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. , éventuellement, l'article intégral, si cette livraison de Télé_Sept_Jours n'est plus disponible en kiosque)].


- * Jacques Chapus (1922-2011), Cinquante ans de journalisme, Éditions Anne Carrière, 2003, 253 p. [Un livre chaleureux, somme de la vie professionnelle d'un vrai journaliste pro, dans lequel Jacques Chapus (de Saint-Chély d'Apcher, Lozère) égrène des souvenirs, glanés lors de ses nombreuses rencontres avec des Grands (et des moins grands) de ce monde. On retiendra particulièrement, de ce livre en définitive sobre, l'hommage appuyé à la mémoire de Gilbert Cesbron (auteur 'catho' peut-être un peu mièvre, mais tellement oublié, aujourd'hui). S'agissant de l'affaire qui nous occupe, et qui vit le lozérien respirer plusieurs années durant, et avec bonheur, le bon air de la Provence (il respira même l'odeur d'un des placards de la Grand'Terre, s'étant enfermé là pour surprendre quelques secrets !), elle est retracée sans effets superflus, en une vingtaine de pages, avec quelques détails qui ne manquent pas de sel (le président Bousquet, mécontent que Sébeille ait oublié de mentionner un détail dans un de ses rapports, appelant Chapus à la barre, en vertu de son pouvoir discrétionnaire). Il y a pourtant un détail qui ne figure pas, et Chapus se serait grandi en le rapportant : c'est le faux qu'il se crut autorisé à rédiger, et à produire dans France Soir (du 9 août 1952), un "document bouleversant", le soi-disant carnet de voyage du 27 juillet au 3 août de la petite Élisabeth, écrit "d'une écriture hâtive, irrégulière, sur un petit agenda très ordinaire relié de carton rouge" (c'est le texte que lit le commissaire Sébeille, dans une scène honteusement mensongère du téléfilm scélérat). Dommage. Dommage, car on lui aurait volontiers pardonné : il avait tout juste trente ans...
Chapus confirme l'histoire du premier enfant de Marie, qui serait du cantonnier du coin (Brunet), et non de son époux - seule, aujourd'hui, une analyse ADN sur les descendants de ce prétendu géniteur, et sur les enfants d'Ida (la fille aînée du couple), pourrait apporter une certitude ; mais en tout état de cause, si le fait est avéré, il n'exonère en rien le Patriarche de son immonde conduite ultérieure envers la Sardine. À propos de Gaston, justement, Chapus rapporte un incident révélateur qui s'est déroulé le jour du tournage de "Cinq Colonnes à la Une", tandis que le journaliste et le plus vieux prisonnier de France échangeaient quelques propos sur la malheureuse Élisabeth. Chapus demanda à son interlocuteur si, par hasard, celui qui avait montré ses chèvres à la jeune Anglaise, et l'avait prise sur ses genoux, en fin d'après-midi, n'était pas le même que le sinistre individu dont la carabine s'était abattue comme une massue sur la tête de la fillette, quelques heures plus tard : "Gaston Dominici s'est brusquement levé de son tabouret, m'a tourné le dos et est entré en maugréant dans sa cellule". Un autre trait rapporté, qui peut emporter la conviction des plus irréductibles, c'est la confession que fit le dernier confesseur de Gaston, l'abbé Audibert, après la mort du condamné : "Gaston Dominici est mort en bon chrétien. Il s'est racheté de ses terribles fautes". La phrase est lâchée, comme l'écrit Chapus. Et que dire de plus ? au final, donc, encore un témoignage dont les révisionnistes auront du mal à se dépêtrer. Il est vrai que leur attitude favorite n'est pas l'argumentation - suicidaire, pour leurs billevesées intéressées - mais l'insulte. Et nous venons malheureusement d'en avoir un nouvel exemple, le 20 octobre dernier, sur LCI, tandis que le producteur de l'infâme téléfilm de TF1 a osé - oui, il a osé ! - insulter Chapus en lançant, sur un ton méprisant et suffisant, que l'affaire Dominici était son fonds de commerce. Il a osé. Mais jusqu'où iront-ils ?
Tiens, l'autre jour, sur une route de Californie, j'ai vu un panneau, à l'arrière d'une voiture : "Never underestimate the power of stupid people in large groups" (Ne sous-estimez jamais le pouvoir des cons quand ils sont en bandes). Mais je me demande bien pourquoi je rapporte ça].


- "L'affaire Dominici, un secret en Provence (1)", France-Culture, 14 octobre 2003, réalisation Christophe Deleu & Yvon Croizier [Une quinzaine de participants, certains capitaux, d'autres dont on aurait pu se passer (un notaire sourdingue !) ; les uns, qui ne font que passer (Sébeille, trente secondes !), les autres qui s'étalent (Pollak, cinq minutes !), ou qu'on étale (Mossé, omniprésent : c'est le gros, l'insupportable scandale de cette émission). On perçoit ainsi, dès l'abord, le sérieux et l'objectivité de cette heure de souvenirs. D'autant que ces témoignages s'entrechoquent sans jamais se répondre, que les paroles prononcées il y a plus de trente ans (Pollak-Sébeille-Welles) ne sont pas explicitement séparées des témoignages recueillis la veille... Tout cela, en tous cas, compose un salmigondis dont la personne non (ou mal) informée ne peut rien retirer - sinon l'idée que le Patriarche était innocent ; mais peut-être était-ce là, en définitive, l'effet recherché ? Et dire que nous sommes sur le service dit public, sur France-Culture !
On est tout de même surpris, durant l'interview de Boutron, qui peut "écrire quinze pages d'absurdités" à propos de la façon dont l'affaire a été traitée (on peut lui rétorquer qu'on a cent pages, à sa disposition, et pas seulement d'absurdités, sur son téléfilm lamentable) : il nous annonce, avec un aplomb qui sidère, que les corps ont été "évacués" à midi ! Celle-là, je ne l'avais jamais encore entendue ! Bientôt, vous allez voir, les révisionnistes nous serineront qu'il n'y avait pas de corps du tout ! Et, tandis qu'on est charmé par la belle voix bronzée (il faut le reconnaître) de Me Pollak, on mesure ce qu'est la vérité d'un avocat par rapport à la vérité historique, lorsqu'on l'entend proférer sans sourciller : "couché sur le bat-flanc de la prison", Gaston fait ses aveux à Guérino (tiens ! Victor Guérino ! Voilà un personnage-clé qu'il eût fallu interviewer, à la place de cette brochette de menteurs professionnels !), et d'autres énormités de ce genre. Mais dans la catégorie énormités, la palme revient, sans conteste aucun, à Mossé. Avec un ton professoral, il nous dévide une autre affaire, la sienne, celle du "choc entre deux mondes", et on voit Sébeille, à peine débarqué, posant immédiatement sa première question au premier gendarme rencontré : "Qui habite cette maison ?" Et le brave gendarme de répondre (selon Mossé) : "Ce sont de braves gens, mais ils sont communistes !". Un Sébeille qui commet une série de maladresses, voire de bévues (la plus grosse ne lui appartenant pas : c'est sa désignation comme principal enquêteur), un Sébeille violemment anti-communiste et modérément pétainiste-collaborationniste... Mais ce Mossé, non seulement est une cloche, c'est de plus un infâme "historien" ! Comment n'a-t-il pas été traîné en justice, après de tels immondes propos ! Pour ne rien dire de la "carabine qui appartenait à Paul Maillet"... Et ça se pavane, et ça s'écoute parler, et ça éructe... On pourra juger de la science de cet infect personnage à son information, telle qu'il la révèle au détour d'une phrase : selon lui, c'est le capitaine Albert qui a commis une grossière erreur, en appelant la P. J. de Marseille en lieu et place de celle de Nice ! Car pour Mossé, ce n'est pas la Justice (Périès-Sabatier-Orsatelli) qui a désigné les enquêteurs (à la vérité, Nice étant débordé, désorganisé, avec un tas de personnels en vacances, suggéra que Marseille fût saisi), c'est le capitaine Albert ! À mourir de rire. Là aussi, il faudrait décortiquer chaque phrase et la redresser. Ça n'en vaut pas la peine. Cette émission serait nullissime et scélérate, si elle ne nous permettait pas d'entendre, trop brièvement certes, mais d'entendre tout de même, la voix d'Edmond Sébeille. Et, incroyable mais vrai, c'est celle, copie conforme, de Georges Brassens (disant "Germaine Tourangelle". Eh bien, cette rencontre est inattendue, ô combien ! Mais il ne me déplaît pas de les rassembler, ces deux-là.].


- "L'affaire Dominici, un secret en Provence (2)", France-Culture, 28 octobre 2003, réalisation Christophe Deleu & Yvon Croizier [Cette émission prend "le parti de ne pas privilégier une seule thèse", et on entend, en effet, des intervenants "pour" et des intervenants "contre". Mais d'une part, elle fait se télescoper les interventions importantes et les déclarations tout à fait secondaires, sinon oiseuses. D'autre part, si l'on observe le temps de parole, on remarque que les "pour-Dominici" (pour aller vite) ont disposé de près de trois quarts d'heure : il est aisé d'en déduire le temps alloué aux autres. Et ce qui est davantage cocasse, c'est que l'essentiel du temps alloué "aux autres" a été occupé par Claude Mossé, dont l'ouvrage s'intitule, comme on sait, "Dominici innocent"... Il est donc tout à fait piquant de relire, en écarquillant les yeux, le parti pris des réalisateurs : "ne pas privilégier une seule thèse"... Ce document, par ailleurs très inégal, nous permet d'écouter un W. Reymond qui expose, posément et sans passion, son cheminement. Même si on archi-connaît ce cheminement (depuis la lecture de l'Équipe jusqu'à la défense du vieil assassin), l'intervenant attire incontestablement la sympathie, et pourtant le voilà soudain qui sort un mensonge caractérisé : la carabine, ce sont les gendarmes qui l'ont rafistolée, à l'origine elle n'était pas dans cet état. Mais non, mais non, on a seulement voulu, parce que l'assassin, par la violence inouïe des coups qu'il avait portés, avait complètement démantibulé cette arme, rapprocher les morceaux qui furent retrouvés dans la Durance : cela n'oblitère en rien l'état de la carabine, disons, le 3 août au soir ! Et Reymond le sait très bien ! Ce ne sont pas les gendarmes qui ont apposé la plaque de vélo, ni complété le pontet par un câble de frein ! Et je passerai sur le reste. On a écouté Me Collard, qui ose affirmer que l'innocence de Dominici (ou l'erreur judiciaire, si l'on veut), c'est sa religion ! Et puis Mossé, donc, dont on voit qu'il a l'habitude de parler (sinon de réfléchir) : s'il est compté aux nom des "anti", c'est tout simplement parce qu'il tient la thèse de Reymond pour une sottise - pour le reste, il considère Gaston complètement innocent. Tout comme l'ineffable Charret, qu'on connaît mieux depuis sa prestation sur Arte/La Cinq, et qui n'hésite pas à lancer, l'affaire Dominici, c'est mon affaire Dreyfus. Rien que ça ! Sauf que je ne sache pas que l'affaire Dreyfus ait rapporté un seul centime à, disons, Bernard Lazare. Il est aussi fait allusion à la thèse (posthume) de Me Charrier, soit la culpabilité de Roger Perrin. L'ennui, c'est que Me Charrier, lorsqu'il tenait Perrin en face de lui (Perrin qui n'a jamais été "mis à l'écart par Sébeille", comme l'affirme l'avocat), au cours du procès, n'a jamais tenté de lui en faire dire plus (mais il est avéré qu'au cours de sa plaidoirie, Me Charrier a rappelé que les auteurs du crime de Valensole, plus affreux encore, selon lui, que celui de Lurs, étaient des adolescents de seize et dix-sept ans)... Facile de récrire l'histoire... On a aussi entendu une partie du texte de Barthes ("Dominici humilié", il fallait oser l'écrire, s'agissant d'un malin qui s'est tant moqué de la justice), et aussi un je ne sais quel historien, qui parle de l'affaire comme d'un "fantasme de la colonisation" (celle-là aussi, il fallait oser la faire), et attaque violemment Giono. Bon, Giono je ne le défends pas, il se défend très bien tout seul, mais je me sens obligé de mettre en ligne, toutes affaires cessantes, un texte prodigieusement acéré de l'ermite de Manosque.
Au total, une émission soi-disant neutre, mais subtilement pro-Dominici, et d'un tel embrouillamini qu'on peut l'oublier tout de suite. Encore que... Car elle s'est prolongée par une longue conversation avec la dénommée M. Anzani, à qui j'avais cru devoir tresser des lauriers, à cause d'une parole plus que malheureuse qu'elle avait laissé échapper (au cours de l'émission : C dans l'air, cf. infra). Et cette personne fait un mot joliment réussi sur Collard ("Me Collard fait beaucoup de mots"), parle de toutes ces actions pro-Gaston comme d'un "crescendo habilement orchestré... par un arsenal médiatique en place", s'inquiète, ô combien légitimement, de voir émerger une "justice médiatique", et trouve préoccupante l'idée de "volonté populaire" exprimée par W. Reymond. Rappelant le mot d'Alain Dominici, "vous les étouffeurs de la mémoire" (et c'est un Dominici qui parle ainsi !), elle laisse tomber, "pour défendre une thèse, on attaque des personnes dont on croit qu'elle n'adhèrent pas à la thèse". Bon, c'est du français approximatif, mais c'est du direct, du lâché, non du léché. Mais ce petit moment de remise en ordre des idées fut tout à fait capital : enfin l'affirmation, tranquille, des principes fondateurs de la démocratie, rien que cela. Mais tout cela].


- ** Olivier Annichini, "Affaire Dominici : quand la télé vous raconte des histoires", in Réponse à tout, n° d'octobre 2003 [Ce mensuel, que j'avoue n'avoir pas connu avant la livraison de ce mois d'octobre, publie un article fort documenté, et d'une très grande honnêteté, avec juste ce qu'il faut de pointe d'humour pour montrer que les moyens colossaux de TF1 n'impressionnent pas tout le monde - et c'est fort heureux. Dans cet article rédigé d'une plume alerte, le journaliste O. Annichini démonte ce qu'il nomme les 'erreurs' de la télé-fiction de TF1. Le mot est faible, puisqu'il s'agit en réalité de mensonges éhontés, proférés dans une évidente intention de nuire (de nuire d'abord aux fonctionnaires qui ont eu l'affaire en charge, de dénigrer ensuite tous ceux qui ne partagent pas les options des auteurs de cette extravagante fiction). Quoi qu'il en soit, le journaliste de Réponse à tout passe en revue un certain nombre de points et appuie, comme il l'annonce, "là où ça fait mal". Ainsi rétablit-il la vérité à propos de l'état initial de l'arme (une épave, à vrai dire), de l'incroyable scène du faux journal de la petite Élisabeth lu par Blanc/Sébeille à la sortie du cimetière de Forcalquier (l'attitude du vrai Sébeille eût été abjecte, s'il s'était ainsi comporté ; il y a donc abjection à avoir procédé comme si la scène était authentique), du prétendu vocabulaire pauvre (beaucoup d'observateurs ont fait justice de cette sotte - et d'ailleurs parfaitement inexacte - remarque de Giono) d'un Serrault/Dominici dont Les Misérables est le livre de chevet, et qui vous récite des passages entiers de l'œuvre de Victor Hugo, des "affabulations" du pseudo coupable Bartkowski.... O. Annichini attribue la palme de la mauvaise foi à la scène "surréaliste" des aveux, selon lui née d'un "délire de scénariste" : mais est-ce bien un délire, ou la poursuite de l'abjection ? Le journaliste ne se contente cependant pas de rectifier un certain nombre d'erreurs, réhabilitant au passage le commissaire Sébeille et, par contrecoup, tous les policiers qui ont eu à connaître de cette affaire. Il pose aussi une question "très embarrassante" au sujet des activités de Gustave, durant la funeste nuit... En somme, on pourrait reprocher bien d'autres 'erreurs' à ce téléfilm (O. Annichini n'attire pas assez l'attention sur la création de toutes pièces d'un personnage totalement étranger à l'affaire, et qui domine tous ses confrères, qualifiés d'incapables, de pourris, ou même de collabos !), mais l'article en signale déjà beaucoup, avant de faire tomber le couperet : les auteurs ont triché avec l'histoire réelle.
Sans vouloir introduire une polémique, on signalera que l'encadré "les dessous politiques de l'affaire" est d'une plume plus contestable : "Sans preuve, les journalistes de droite ont affirmé que le coupable se trouvait à la Grand'Terre. Sans preuve, les journalistes de gauche ont affirmé que le coupable ne se trouvait pas à la Grand'Terre", affirme O. Annichini, qui parle de règlements de comptes entre communistes et gaullistes. Les journalistes du Provençal, journal socialiste issu de la Résistance, n'étaient pas précisément de droite. Le journaliste Gabriel Domenech, qui a commencé son enquête dans le Méridional en attaquant violemment le commissaire Sébeille (il devait s'en excuser, beaucoup plus tard) et en défendant l'innocence des gens de la Grand'Terre (avant de les qualifier de "sinistres fermiers"), n'était pas précisément de gauche. L'affirmation du journaliste mériterait donc d'être considérablement nuancée : pour les raisons que l'on sait, les communistes ont été quasiment les seuls à défendre les Dominici, tout en attaquant leurs confrères (cf. l'ineffable Lukas Fabre dans le téléfilm) ; plus tard, pour des raisons plus complexes, on a vu les journaux de province s'opposer à ceux de la capitale... Et on pourrait encore compliquer. Mais bon.
Ce commentaire au vitriol est paru peu avant la projection tous publics : quel dommage qu'il n'ait pas été davantage diffusé ! Car ce qu'il y a de plus triste, ce n'est pas que les falsificateurs s'en soient donné à cœur joie : c'est que le bon public a gobé ce tissu de mensonges comme pain bénit. Pendant ce temps, tout est bon pour faire de l'argent, et on reprendra, pour finir, une phrase assassine de Paul-Éric Blanrue, s'interrogeant au sujet de la participation du "dernier des pourris" ou encore du "dernier des menteurs", au nouveau (?) livre "pitoyable" de Reymond concernant les dessous de l'affaire Kennedy : "on aimerait notamment savoir combien le milliardaire déchu a croqué dans l'affaire". Quand je vous dis que tous ces livres sont l'œuvre de philanthropes...].


- Alain Dominici & William Reymond, Lettre ouverte pour la révision, Flammarion, 2003, 231 p. [Sous la plume d'un autre commentateur d'une autre 'production' de W. Reymond, étaient arrivés les qualificatifs consternant et pitoyable. Nous poursuivrons ici de même. Car c'est bien un ouvrage consternant et somme toute pitoyable (et c'est pourquoi nous nous abstiendrons d'un accès de fou rire comme celui qui, dit-on, tua le poète Philémon) que les deux compères ont mis sur le marché (aussi longtemps que la veine n'est pas épuisée, pourquoi se gêner ? comme ils l'écrivent p. 23, mais hélas pas à propos d'eux-mêmes, "le drame fait vendre et il n'existe pas de petits profits" !). Et ils prétendent s'adresser au Président de la République (qu'ils oublient complètement, d'ailleurs, avant la page 163) ? Mais c'est qu'ils le prennent - et nous avec - pour le roi des cons ! Et ils osent en appeler aux mânes d'Albert Londres ! Aucune idée, fût-elle mince, de ce qu'est la critique historique, ou de la notion de preuve ; des témoignages jetés pêle-mêle, qui se contredisent entre eux, parfois, mais contiennent toujours des contradictions internes (un seul exemple : Drummond, qui ne conduit pas - ce qui est avéré - est vu au volant de son Hillman par un gendarme... Sans que l'esprit critique du "premier policier de France" soit le moins du monde mis en éveil).
Cet ouvrage, qui n'est qu'une resucée du précédent, commence par présenter (sans rire) la lettre de Gaston au président de Gaulle : "mes enfants et mes petits enfants, qui sont toute ma raison de vivre..." ; mais les auteurs, quel dommage, ignorent superbement les ignobles injures du même à l'adresse de Clovis, par exemple, ou encore la terrible lettre accusatrice que Gaston avait adressée à Chenevier (contre Gustave et Yvette). Un oubli, sans doute, parmi tant d'autres.
Alain Dominici commence sa contribution par un "au nom de tous les miens" : il se prend donc pour Martin Gray ! Alors, halte-là ! La Grand'Terre, même assiégée par des bandes de curieux aux intentions malsaines, n'est tout de même pas le ghetto de Varsovie ! Et ça continue, et ça continue. Et quand W. Reymond, distingué psychanalyste, nous parle (p. 102) d'un commissaire Sébeille "étouffé par l'image trop présente de son père", on est tenté de revenir en arrière, et de relire ce qu'écrit Alain de sa mère : elle est son roc, son refuge, son guide (!), Yvette, qui porte "haut depuis quarante ans l'innocence de la famille"...
Il faudrait décortiquer ligne à ligne ce pensum, sans doute commis à la va-vite, pour préparer le terrain au futur téléfilm de TF1. Par exemple, relever les nombreuses contradictions, à l'image de la p. 36, où WR nous dit qu'il n'était pas question de révision en 1995, tandis qu'il nous apprend, page 61, que cet ouvrage constitue la septième tentative (entre parenthèses, s'agissant de la cinquième tentative, les auteurs ont le front d'écrire, p. 66, que les éléments de la contre-enquête effectuée par le commissaire Chenevier "n'ont jamais été utilisés". Quel toupet ! Lisons ces éléments : ils condamnent férocement, c'est le cas de le dire, Gustave !). Bref, on aura sans doute compris que quand nos auteurs ont l'audace de stigmatiser les "faussaires de la vérité créant des pièces à conviction pour émouvoir leur auditoire", ou encore "les étouffeurs de la mémoire... les aveugles de la logique", ils tendent des verges pour qu'on les batte. Nous ne le ferons même pas, tant tout cela est pitoyable, répétons-le, et dérisoire. Et nous les laissons bien volontiers en compagnie de leur témoin miracle Bartkowski, bientôt octogénaire fringant, et dont ils possèdent l'adresse : il est évident, soyons-en persuadés, qu'il vont communiquer, dès que possible, cette adresse aux Autorités, pour que la vérité éclate, n'est-ce pas ? Mais pourquoi riez-vous ? Ouvrage à éviter]


- ** C dans l'air : "Dominici : et si ?" (La Cinq, jeudi 5 juin 2003, 18 heures) [Des images d'archives bien oubliées, et à ce titre fort intéressantes ; un débat contradictoire et dans l'ensemble mesuré, ont fait de cette émission d'une heure un document rare et assez appréciable, malheureusement passé largement sous silence car la Cinq, semble-t-il, n'a pas pour politique d'afficher à l'avance, de façon détaillée, le contenu de ses programmes.
Le meneur de jeu, que je ne connaissais pas (Yves Calvi) y est pour beaucoup : il sut conduire le face-à-face avec une autorité souriante et impartiale (même si on pouvait le soupçonner de ne guère croire un mot de la thèse rocambolesque de Reymond - tandis que, par ailleurs, les "reportages" présentés pour illustrer la discussion étaient très nettement orientés en faveur de l'innocence du Patriarche).
Parmi les séquences censées éclairer le débat, on eut d'abord droit à l'habituel numéro de Me Collard, toujours égal à lui-même avec ses "arguments évidents". On en conçut une furieuse envie de retourner à l'envoyeur ses propres paroles, lorsqu'il fit allusion à une "incapacité prétentieuse de la Justice à reconnaître ses erreurs". À son propos, une histoire qui tombe à pic, celle d'un instituteur (audois) qui avait (fort justement) botté l'arrière-train de deux chahuteurs. Plainte des parents (c'est vrai, les chers petits !), garde à vue (!) de l'enseignant, suspension du fonctionnaire (on en fait moins pour les pédophiles). Me Collard défendait, à Carcassonne, les intérêts (c'est le cas de le dire) d'une des familles, et réclamait, pour "violences", la modique somme de 15000 € de dommages ! Il vient, le Collègue, d'être relaxé (et réintégré). Bravo ! Car il y a des juges, à Carcassonne. Et c'est depuis ce temps-là que le bon apôtre, a une fesse qui dit M. à l'autre ! Fin de l'épisode. Il y eut aussi Paul Lefèvre, ex-journaliste de A2, qui battit tous les records de sottises et de contrevérités proférées à la seconde (il y avait pourtant de sacrés challengers !) : cet individu, après avoir dédaigneusement jugé que Sébeille avait fait "bêtise sur bêtise", qu'on n'avait "pas entendu parler du Procureur", ou encore qu'il "n'y avait pas de police scientifique à l'époque" (l'Identité judiciaire, c'était un groupe de chanteurs "yé-yé" ?), eut le front d'affirmer qu'en ces temps-là, le juge d'instruction (Périès) était indirectement soumis à l'autorité de Sébeille ; j'ai donc rêvé, et pas mal de monde avec moi : ce n'est pas le juge d'instruction (Périès, puis Carrias) qui délivrait les commissions rogatoires, à Sébeille, à Constant, ou à Chenevier ! Pauvre crétin, très insuffisant en dépit d'un ton très suffisant ! Il y eut enfin la fine équipe de TF1 enfilant les énormités comme autant de vérités révélées, parlant entre autres de "l'enquête minutieuse" de Reymond, dénonçant bien entendu "l'énorme erreur judiciaire", et recourant à la rengaine des "pistes qui n'ont pas été explorées". Le chef d'orchestre, le dénommé Bouton, alla jusqu'à déclarer : "la famille Dominici en a bavé" ! Tout de même pas tant que les Drummond, eh, cuistre ! Enfin, une voix off de la Cinq eut cette allégation fielleuse, autant que mensongère : "les corps n'ont jamais été réclamés" ! Mais non ! Ce n'est pas ainsi que se sont passées les choses ! Mais il faudrait à chaque fois une pleine page pour démonter et néantiser ces affirmations destinées à salir et à nuire !
Et puis il y eut les duettistes. Il faut s'accrocher et bien connaître l'affaire pour déceler, sous leurs arrogantes certitudes, à quel point leurs "preuves" sont assénées avec une confondante audace. On songe irrésistiblement à des gens de mauvaise foi qui, par exemple, détestant Charlie Chaplin, s'obstineraient à ne parler que du Roi à New York et de la Comtesse de Hong Kong, passant toute l'œuvre antérieure sous silence, ou la déclarant nulle et non avenue. C'est assez pitoyable. Mais ça paye, à tous les sens du terme.
En dépit de tous ces vents contraires, Y. Calvi veillait au bon déroulement de son émission. Dès lors, l'ahurissant Reymond gagnait en crédibilité (relative), tant il était éloigné (malgré ses incessantes interruptions du journaliste qui était en face de lui, et qu'il observait avec des sourires qui se voulaient condescendants - mais tout de même, le micro n'a pas été arraché à Chapus, comme on l'avait fait, en d'autres circonstances, au juge Carrias) de l'image exécrable et hautaine qu'il avait donnée de lui dans son Les assassins retrouvés. Il est vrai qu'on lui avait opposé l'increvable Jacques Chapus (un épisode à lui tout seul du feuilleton Dominici), aujourd'hui octogénaire d'une fraîcheur de visage incroyable (mais victime de quelques lapsus linguæ, outre qu'il eut du mal à s'exprimer clairement), qui continue à défendre le simple bon sens : car c'est évidemment au bon sens qu'il convient de revenir sans cesse (et Chapus a eu raison d'insister sur le problème des fluides : de l'eau et de l'éboulement, d'une part, de l'imprégnation alcoolique d'autre part, comme éléments ayant concouru à la genèse de la tragédie).
Curieusement, les mouches avaient changé d'âne : ce n'était plus Sébeille, c'était Gillard, qu'on trouvait sur la sellette. Et toujours, naturellement l'affaire d'État. Rien que cela ! Reymond continuait donc à dévider le chapelet bien connu de ses "documents à l'appui", ou plutôt de ses sornettes - comment en effet qualifier autrement ses allégations, quand on se souvient que le propre avocat de Gaston, Me Pollak, a naguère évoqué les "hypothèses, par exemple celle du crime commis par des services…secrets, qu'un examen sérieux nous poussait à repousser", ajoutant : "en conscience, nous ne pouvions…admettre que les membres de la famille avaient pu dire tant de choses s'ils ne s'étaient pas trouvés à la croisée des chemins d'où partait peut-être la bonne piste", et reconnaissant qu'il avait eu du mal à se dépêtrer des "mensonges qui asphyxiaient les débats, à commencer par ceux de la famille Dominici". comme dit le cher Alain, "il faut être un petit peu sérieux" !
Mais de tout cela, naturellement, W. Reymond n'a cure. Il poursuivit en évoquant des malversations, les traces de pas non exploitées (tout bonnement parce qu'elles étaient inexploitables - et ceci posé, comment pouvait-il y avoir une seule trace de pas, alors que, outre Gaston et Gustave, s'étaient promenés sur les lieux, avant l'arrivée des gendarmes, Clovis, F. Roure, M. Boyer, R. Drac, J. Teyssier, R. Autheville, et j'en passe, et j'en passe !), d'improbables morts suspectes dans la famille et l'entourage Drummond : mais si nous restons dans les Basses-Alpes, ce qui paraît plus raisonnable, on pourrait rappeler que le Dr Girard (un des médecins ayant procédé à l'autopsie des corps) ainsi que R. Autheville, deux "pièces" maîtresses de la procédure, sont décédés peu avant l'ouverture du procès - Autheville, d'ailleurs, dans un accident de la circulation ; va-t-on aussi insinuer que ces disparitions furent, en réalité, des crimes déguisés ? Il revint aussi - évidemment - sur Bartkowski qui dit "des choses qu'on ne peut pas inventer". Malheureusement pour lui, ils sont nombreux, dans cette affaire, à avoir dit des choses qu'on ne pouvait pas inventer, depuis l'ivrogne Robert Martel, qui s'accusait (déjà !) du triple crime, sur un boulevard de Nice, jusqu'au fameux Aristide Panayotou, en passant par les "témoignages" d'Arthur Bevilacqua, de l'ex-légionnaire Jules Callaire ou de F. Bussi, le clochard illuminé de Cagnes sur Mer : tous personnages qui avaient en commun le désir de se faire remarquer, après avoir trop lu les journaux. Il nous réserva cependant une exclusivité, citant un mystérieux rapport de Gendarmerie selon lequel l'arme était en très bon état : vous allez voir qu'on va finir par nous asséner que c'est Sébeille, la nuit suivant le crime, qui abîma l'US-M1, lui ajoutant un collier d'aluminium (qu'il avait acheté sur le marché de Lurs) pour consolider le guidon et l'anneau grenadière, et fixer le fût (et le garde-main) à la crosse, ainsi qu'un câble de vélo pour figurer le pontet ! Bref, sa thèse est donc celle d'une carabine venue d'ailleurs. Alors, on lui mettra sous les yeux la page 153 de son propre ouvrage ; il y rapporte un incident du procès : "Et cette arme, hurle Gaston, elle vient pas de loin, cette carabine !". Gaston qui accusa même Clovis d'avoir réparé l'arme (ce qui, après tout, n'est pas impossible - on se rappellera aussi le témoignage du Dr Morin, affirmant avoir vu Gustave, fin août 1951, réparer dans la cuisine de La Grand'Terre une arme de ce type). Louons-le tout de même de ne pas nous avoir fait le coup - si j'ose dire - des munitions appartenant à plusieurs armes ! Et dire qu'il reproche à Chapus d'avoir "une version assez romantique de l'histoire" !
Alain Dominici, enfin. Mon Dieu, comment ne pas avoir en tête, le regardant bafouiller et se prendre les pieds dans ses propres approximations, cette pensée de Pascal : "D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas et qu'un esprit boiteux nous irrite ? À cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons ; sans cela nous aurions pitié et non colère". Il ose dire que la vie de sa mère a été gâchée par cette affaire : et celle des Drummond, donc ! Au point où nous en étions, on s'attendait presque qu'il en parlât comme des "crevés", selon la belle formule de son grand-père… Sans autre forme de procès, il en vint à énoncer, sans sourciller, "Chapus vend vachement bien sa marchandise". Alors là, halte. Car, sauf erreur de ma part, Jacques Chapus a publié des choses sur la boxe et sur le Général de Gaulle, mais il n'a commis aucun livre sur l'Affaire. Il n'a donc rien vendu. Était-ce le cas de tous ses contradicteurs ? Et ainsi de suite… Alain va jusqu'à nous révéler : "Ces coups de feu m'ont réveillé" (à neuf mois !). Puis il assène son argument massue : "les gens de La Grand'Terre ne sont pas sortis, et ne pouvaient pas sortir, ce soir-là". Un point, c'est tout. Voilà la profondeur de son jugement. On comprend ainsi qu'il prend ses incantations pour des démonstrations. Encore n'a-t-il parlé que de son grand-père ; vraisemblablement un simple oubli s'il n'a pas évoqué son propre père, s'il ne nous a pas rappelé que le Tave - comme on disait à l'époque - avait été accusé non seulement par son père à lui (Gaston), non seulement par le commissaire Chenevier, mais également…par l'avocat du Patriarche…Aussi, même si cela est assez inutile, il faut citer un journaliste - car aussi bien ce n'est pas d'hier que datent les manœuvres destinées à discréditer l'attitude de la Justice et de la Police dans cette affaire : "Prétendre que l'affaire de Lurs n'est pas maintenant absolument claire, dépasse l'entendement et décourage toute discussion. Quelles que puissent être les clameurs ou les manœuvres (inspirées) de la tribu Dominici, il demeure de façon définitive un ensemble de faits déterminés, sûrs, prouvés, contre lesquels l'imprécision toute relative de quelques à-côtés de l'affaire ne peut strictement rien" (Roger-Louis Lachat, in Le Dauphiné du vendredi 20 novembre 1953).
Pourtant, en dépit de toutes ces broutilles assez infantiles en vérité, on n'avait pas encore atteint l'abjection. L'occasion vint après une question de W. Reymond, se plaignant au fonctionnaire de la Justice présente sur le plateau que le Ministre (de l'époque, c'est-à-dire Mme Lebranchu), n'avait même pas accusé réception de la lettre que lui avait adressée Alain ; on se souvient en effet que ce dernier lui avait écrit (c'est d'ailleurs ce qui mit en route ma propre relecture de l'Affaire), pour suggérer qu'on fît d'une pierre deux coups, en joignant, dans un processus de révision, l'Affaire Dominici à l'Affaire Seznec. Dieu sait que je n'ai pas ménagé celle que j'ai nommée, par ailleurs, la pâle Mme Lebranchu. Mais la réponse évidente à la question, la première en tout cas qui venait à l'esprit, est que ce Ministre avait vraisemblablement été agacée par le tapage médiatique fait autour de cette supplique, et aussi qu'elle avait lu (j'imagine) la lettre dans la presse, avant de la trouver dans son parapheur. Dame Anzani, dans le civil présidente de la Commission de révision des condamnations pénales, ce qui n'est pas rien, mais qui aurait dû lui dicter de s'abstenir de figurer dans cette émission, prit alors sa respiration en souriant : "Je vais faire une intervention insolente…. M. Dominici n'est pas breton" (sous-entendu : comme Denis, le petit-fils Seznec). Non, Madame, ce n'est pas insolent, c'est d'abord très con. Ensuite, je rappelle que le devoir de réserve existe pour un fonctionnaire de la République, à l'égard d'un Ministre, fût-il "ancien", surtout s'il a eu en charge le Ministère au service duquel on est censé se trouver. Le propos - qu'heureusement, Yves Calvi a immédiatement relevé : "il se trouve qu'elle n'est pas là pour vous répondre" - n'est pas insolent (pour être insolent, il faut disposer d'une intelligence qui joue ailleurs que dans ses propres vingt-deux mètres) ; il est tout simplement indigne].