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Un rapport de G. Harzic

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On conçoit ... combien anormale apparaît l'attitude de cet homme de 33 ans
[Rapport G. Harzic,  20 août 1952].



 

Dans un premier temps, le Commissaire avance divers éléments

- le signalement fourni par M. Duc correspond à un paysan,

- la carabine n’a pas de bretelle et a donc été portée à la main, sur une courte distance,

- le bricolage du collier est probablement le fait d’un paysan,

- la carabine a été jetée dans un trou d’eau ce qui montre la connaissance du lit de la rivière, donc du coin,

- le sieur Conil est passé à 01h40 et n’a rien remarqué d’anormal,

- le sieur Blanc est passé à 04h00 [sic] et a vu un lit de camp ainsi que la toile qui couvrait la voiture. Donc l’assassin était toujours là.

 

C'est ainsi que le commissaire Harzic explique sa conviction de crimes commis par un « local ».

 

[...]

Puis il en vient à s'intéresser au jeune fermier de la Grand'Terre :

 

..

Les charges contre Gustave Dominici

b) Les enquêteurs, chaque jour davantage, sont amenés à examiner avec insistance les charges qui pèsent contre Gustave Dominici, dont le comportement anormal a, dès le premier jour, attiré l'attention de la Police.

Pour la parfaite compréhension de mon exposé, il est nécessaire tout d'abord de donner un résumé de sa déclaration.

Il a connu le 4 août dans la soirée la présence des campeurs anglais sur son terrain [sic] à 150 mètres de sa ferme. Il s'est couché vers 22 heures. À une heure du matin, il était réveillé parce que son enfant avait pleuré et que sa femme lui donnait le biberon. Il a alors entendu sept coups de feu. Étant chasseur, il a reconnu qu'ils provenaient d'une arme de guerre. Il a pensé : "on attaque les campeurs". Il l'a dit à sa femme. Il est resté couché, sans même regarder par la fenêtre. Il n'est pas sorti de chez lui par peur de se faire abattre. C'est à 5 heures seulement qu'il s'est levé, et vers 5 h 30, il s'est dirigé vers un de ses champs, où un éboulement s'était produit. En cours de route, bien qu'il soit passé par le sentier, c'est-à-dire à dix mètres environ du corps de Mme Drummond, il n'a rien remarqué d'anormal, avant d'apercevoir le cadavre de la jeune Élisabeth. Rebroussant chemin, et toujours sans remarquer les autres cadavres, il a regagné la route nationale. Au moment où il débouchait du sentier, il a vu arriver un motocycliste, M. Olivier, d'Oraison (Basses-Alpes), à qui il a demandé de prévenir la Gendarmerie.

On conçoit aussitôt combien anormale apparaît l'attitude de cet homme de 33 ans, bien constitué, qui, entendant des coups de feu à une heure du matin, sachant qu'une agression est commise près de sa ferme contre de paisibles campeurs, manifeste une absence totale non seulement de courage, mais même de la plus élémentaire curiosité. S'il était monté à l'étage supérieur, il aurait pu très facilement, en raison de la pleine lune, apercevoir la voiture anglaise et le comportement des personnes qui se tenaient près d'elle. Il avait d'autant plus de raisons de le faire que sa ferme est la plus proche du lieu du drame et qu'il était non seulement de son devoir, mais de son intérêt de savoir ce qui s'était passé. Il était, en effet, la première personne à qui on viendrait demander des explications.

Je veux immédiatement signaler que Gustave est en contradiction avec sa femme sur deux points. Elle a déclaré qu'au moment des coups de feu, la chambre n'était pas éclairée, et qu'elle n'avait donné le biberon à son enfant qu'une demi-heure plus tard. Elle a précisé aussi que son mari ne lui avait pas confié "qu'on agressait les campeurs". Pour minimes qu'elles soient, ces contradictions ont tout de même leur intérêt, car elles ne devraient pas exister.

Avec une belle désinvolture, Gustave Dominici ne se lève qu'à cinq heures du matin, alors que le jour est levé. Il se dirige vers le camping, mais le motif qu'il donne de son déplacement est choquant, si l'on réfléchit au fait que Gustave a pensé qu'une attaque contre les campeurs avait été effectuée. On aurait admis qu'il s'inquiète du sort de ces touristes et aille se rendre compte de leur état. Bien au contraire, il sort pour aller examiner quelques pierres qui se sont éboulées dans son champ. Pour ce faire, il passe à quelques mètres de la voiture et des cadavres, mais il ne tourne même pas la tête et il continue son chemin jusqu'au corps de la fillette. Or, il ne s'agit pas d'un simple d'esprit, mais d'un homme d'une intelligence normale.

D'ailleurs, le prétexte invoqué est loin d'être justifié. Gustave a prétendu que c'était le brigadier SNCF, Roure, de Peyruis, qui lui avait demandé la veille de s'inquiéter des progrès de l'éboulement. Il est en contradiction formelle avec ce cheminot, qui a démenti lui avoir fait cette recommandation.

Il y a plus. Lorsque Dominici a donné l'alarme en gesticulant pour attirer l'attention du motocycliste Olivier, il ne se trouvait pas au débouché du sentier comme il l'a dit (c'est-à-dire à 14 mètres de la voiture), mais à hauteur du capot de ce véhicule. Comment le suivre, dans ces conditions, lorsqu'il affirme avec véhémence n'avoir pas vu jusqu'alors le cadavre de Mme Drummond ? À la place qu'il occupait, il se trouvait à trois mètres de ce cadavre, et il ne pouvait pas ne pas l'avoir vu.

Le récit de Dominici n'a pas pu être contrôlé jusqu'à l'arrivée d'Olivier. Il dit ce qu'il veut. Quand on considère tout ce qu'il y a d'illogique dans ses faits et gestes, quand la preuve est faite qu'il a menti, comment ne pas penser que Dominici a présenté une version imaginée par lui-même pour éviter que les soupçons ne l'atteignent ? Sa présence tout près de la camionnette doit être rapprochée du témoignage Blanc. Qui a changé de place le lit de camp, qui a enlevé les couvertures recouvrant les glaces après quatre heures du matin, comme pour mettre un peu d'ordre ? Ne serait-ce pas Gustave Dominici, peu avant que le motocycliste ne survienne ?

On voit combien les enquêteurs ont raison d'étudier avec minutie les charges qui pèsent sur Dominici. D'autant plus que le criminel est resté un temps considérable sur les lieux avant et surtout après les meurtres. Si ce n'est pas Gustave Dominici ou quelqu'un des siens, peut-on concevoir que ce meurtrier ait osé rester sur place, alors qu'à tout instant (après le tir) il pouvait être surpris par les habitants de la ferme voisine (par surcroît propriétaires du terrain [sic]) alertés à coup sûr par les détonations ?

Enfin, je note pour mémoire deux faits qui, à cause sans doute de leur nature essentiellement psychologique, ont, dès les premiers instants, frappé l'esprit de tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, s'intéressent aux recherches :

1° - Dans sa fuite, la jeune Élisabeth n'a pas pris la direction de la ferme qui, d'instinct, aurait dû lui offrir le salut ;

2° - la nécessité de faire disparaître une enfant, ce qui, dans la pensée générale, explique l'acharnement de l'assassin à supprimer un témoin qui le connaît et est susceptible de le désigner par la suite.

Quant au père Dominici, âgé de 76 ans, mais très robuste et très violent, il affirme que jamais les troupes américaines ne se sont arrêtées chez lui. Or, un témoignage formel d'un ouvrier de Peyruis prouve qu'en 1944 un camion de soldats américains a stationné pendant plusieurs heures à la ferme "La Grande Terre » [sic]. Pendant leur séjour, ces militaires ont même tiré plusieurs coups de carabine en guise d'amusement. Pourquoi Dominici père insiste-t-il autant pour nier la présence chez lui de militaires porteurs d'armes semblables à celle du crime ?

Je veux indiquer enfin que la corpulence, la chevelure, l'âge et l'apparence générale de Gustave Dominici ne sont pas du tout incompatibles avec le signalement du criminel fourni par le témoin Duc. Malheureusement, ce témoignage n'est pas assez formel sur les traits du malfaiteur (il est passé à 60 km à l'heure), pour qu'on puisse par une confrontation faire la preuve que Gustave est l'auteur des meurtres.

Compte tenu de toutes ces observations, qui sont connues des magistrats de Digne, n'est-il pas normal de penser que le coupable n'est autre que Gustave Dominici ou quelqu'un de ses proches, qu'il cherche à protéger ?

Un nouvel interrogatoire de Dominici est donc nécessaire, mais avant d'y procéder il convient de recueillir le plus de renseignements possibles [sic] sur tous les membres de la famille (quatre frères et six sœurs mariées [sic]) et sur les armes qu'ils sont susceptibles d'avoir possédées.

Les autres pistes ne sont pas pour autant négligées, et font l'objet, chaque fois qu'elles sont signalées, d'un examen très attentif ;

 

[...]

 

Et il conclut : de cet ensemble d'arguments cohérents, résulte à l'évidence que l'assassin, vêtu comme un paysan, dont l'arme est réparée grossièrement, qui connaissait le lit de la Durance, qui n'a pu venir de loin en portant son fusil à la main et dont le séjour prolongé près de ses victimes indique qu'il se sentait à l'aise, ne peut être recherché ailleurs que parmi les habitants du pays.

 

Une "lecture" du Rapport

[L'extrait suivant de France-Soir, en date du 2 octobre 1952 - il s'agit d'une des réponses à des questions posées "à l'ex-Commissaire Charpentier", montre à l'évidence que le dit Commissaire avait eu en main copie du Rapport Harzic - quand bien même il commet quelques erreurs grossières, que je ne prends pas la peine de relever, enfin si, je les souligne...]

D'où vient la conviction absolue des policiers que le meurtrier est un homme du pays ?


"La découverte de la carabine, de type américain, faite dans la Durance le lendemain du crime a apporté le seul élément matériel indiscutable à l'actif de l'enquête. Des armes de même nature ont été parachutées dans la région, et le maquis local en a reçu. La carabine du crime ne comporte pas de bretelle et il ne semble pas qu'elle puisse être transportée à la main, sur une grande distance.
Enfin, le trou dans lequel elle a été jetée, un des plus profonds de l'endroit, ne peut être connu que par des familiers du lieu. D'autre part, l'examen minutieux de la carabine a révélé certaines réparations de fortune qui semblent l'œuvre d'un bricoleur sans connaissance spéciale. La bride du collier en aluminium utilisée pour fixer le canon est employée généralement pour maintenir les plaques d'identité des bicyclettes ; elle est semblable à celles vendues dans la région".