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Rentrée des classes

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"Ainsi pourra s'amorcer d'autant mieux un début de formation plus systématique visant à les prémunir contre les risques aussi bien de déception et de renoncement à propos à leurs propres activités de production, que d'agression insidieuse de la part du monde des images auquel les consommateurs et les citoyens qu'ils ne tarderont pas à devenir seront quotidiennement exposés" (I.O., 1978).

 

Concerne le cycle III et la classe de sixième (voire la cinquième). Doit pouvoir nourrir cinq à six séances

 

 

I. Textes officiels (abrogés ? Je m'en f... !)

 

1.1. Objectifs

 

[...] 1.2.3 Activités de réception : initiation à la lecture de l'image

(N. B. - Au cycle élémentaire, les compétences relatives à ce domaine ne sont à considérer qu'à l'occasion d'exemples qui se prêtent très aisément aux constats et types d'interprétation proposés ci-après).

À propos de l'examen d'un document (photographie, dessin, gravure, affiche, tableau de maître ou sa reproduction...) considéré isolément, ou d'une suite organisée de tels de ces documents (montage de photographies, bande dessinée...), voire d'images animées (séquences d'un film ou d'une émission de TV) ;

- Dégager (pour des images fixes)
Les aspects caractéristiques envisagés ci-dessus (cf. paragraphe 1.2.2) ;
La signification et les intentions probables : représentation d'une réalité, point de vue sur cette réalité, transmission d'un message (informatif, publicitaire...), communication d'une impression ou de sentiments ;
Les traits les plus évidents des modes d'expression utilisés : cadrage, angle de vues, plans et effets de perspective ; organisation de la surface (direction dominante des tracés ; répartition - équilibrée, contrastée, symétrique... - des masses) ; mise en valeur d'éléments (leur position par rapport à l'ensemble et/ou à d'autres éléments; leurs dimensions relatives; les déformations et/ou les effets de couleur dont ils sont l'objet ; détails soulignés ou omis, etc.).

S'interroger, à propos de quelques exemples particulièrement typiques (considérés indépendamment les uns des autres ou faisant l'objet de comparaison), sur les relations entre :
Les intentions supposées, les effets recherchés ou produits ;
Les constats évoqués ci-dessus relatifs aux modes d'expression.

Opérer de façon semblable à propos d'images séquentielles, fixes (montage de photographies, bandes dessinées) ou animées (films, émission de TV), en s'intéressant en outre :
À l'ordre de succession des images;
Aux effets suscités par des changements de cadrage, de plan, d'angle de vue...;
À certains procédés concernant la représentation ou l'évocation du temps (ellipse, ralenti, accéléré...).

S'essayer à des réalisations analogues, évaluer et comparer les résultats, s'interroger sur les éléments de réussite et sur ceux d'échec éventuel.

 

1.2. Instructions pédagogiques et types d'activités.

 

1.2.2.3 - Activités de réception : initiation à la lecture de l'image :

Ce type d'activités met sur la voie et, dans une certaine mesure, participe déjà d'une initiation à la lecture de l'image.

En ce domaine, on ne peut encore manifester, au cycle élémentaire, que des ambitions fort modestes. Il n'empêche que les élèves de ce niveau, plus spécialement en deuxième année, s'avèrent capables, pour peu que les conditions appellent leur attention et leur réflexion sur cet aspect (activités d'un "atelier-images" ; entretiens, etc.), d'adopter à l'égard de certains documents iconographiques, au moins l'amorce d'une attitude d'analyse critique. Et il est souhaitable de les y encourager en raison du rôle de l'image dans le contexte culturel actuel.

Ici encore, on conservera à ces activités un caractère occasionnel exploitant les situations qui permettent de considérer des aspects parmi les plus flagrants de ceux qu'on souhaite faire découvrir. Sans qu'il soit besoin de recourir au vocabulaire technique spécialisé, on pourra, par exemple rechercher, dans une gravure illustrant un texte, ce qui fait fidèlement écho au texte, ce qui apporte des informations supplémentaires, ce qui passe sous silence certains apports du texte, etc. ; faire découvrir en comparant différentes photographies d'un même lieu ou d'un même objet, combien le cadrage et l'angle de vue peuvent mettre certains aspects en évidence et en atténuer d'autres ; détecter les effets de schématisation ou d'exagération sélective dans un dessin caricatural ; discerner, par exemple dans une affiche, les procédés qui contribuent à mettre tel ou tel élément en valeur, à susciter telle ou telle expression ; apprécier la succession des vignettes d'une bande dessinée, et leurs factures successives ; s'assurer de la prise de conscience, au moins, du caractère artificiel des procédés tels que grossissement, ralenti ou accéléré dans un film ou une émission de télévision.
Il va de soi que ces activités d'analyse sont à conduire en liaison avec des activités de production, les unes et les autres se motivant ou s'éclairant mutuellement, et les enfants s'essayant, à la mesure de leurs possibilités bien sûr, à réinvestir dans leurs réalisations les constats qu'ils auront pu effectuer.


1.2.2.4 Conditions de mise en œuvre

On ne saurait trop le répéter, ce sont les activités de production des élèves qui doivent constituer l'aspect dominant : productions largement spontanées, à l'initiative des élèves; productions associées à d'autres domaines d'activité, motivées par eux et qui s'insèrent dans les séquences scolaires propres à ces domaines, mais qui peuvent aussi donner lieu à des séquences spéciales prolongeant ces dernières ; productions également qui participent, concurremment avec d'autres types d'activités, à la réalisation de projets plus vastes (jeu dramatique, exposition, fêtes, etc.).

Quelques séquences spéciales sont aussi à consacrer, selon les circonstances, à des activités correspondant à celles envisagées ci-dessus (paragraphes 1.2.2.2 et 1.2.2.3), voire, de façon plus exceptionnelle et à conditions qu'elles correspondent à un besoin effectivement ressent, par les enfants, à de brèves séances d'essais et d'entraînement d'allure systématique susceptibles de faire découvrir aux élèves l'intérêt de telles activités dans lesquelles on se donne volontairement des consignes par souci d'apprentissage et de perfectionnement.

On ne manquera pas non plus d'exploiter les possibilités qui peuvent s'offrir de contact direct avec des productions d'artistes, de différentes époques et de différentes écoles (visite de musée, ou d'exposition ; rôle d'un "atelier-images" - voir ci-après).

L'environnement des enfants doit aussi être considéré comme un élément important en ce domaine. Il y a intérêt à aménager, pour autant que les conditions d'installation matérielle le permettent, un coin-atelier où les élèves peuvent disposer des outils, des matériaux et d'aires de travail, ainsi qu'un "atelier-images" proposant des productions diverses, figuratives ou abstraites, documentaires, expressionnistes, appartenant à des époques différentes et choisies parmi celles que les enfants connaissent (bandes dessinées, publicité...) et celles qui leur sont moins familières (reproduction d'œuvres de musée...).

Il y a lieu, en plus et surtout, de veiller à la qualité du cadre scolaire des enfants, important facteur d'imprégnation. La décoration des locaux, et plus particulièrement de la salle de classe, retiendra toute l'attention du maître qui y associera les enfants (quelques séquences pouvant être spécialement consacrées à cet aspect de la vie de la classe) : travaux d'enfants, photographies, affiches, reproductions d'œuvres de maîtres, arrangements floraux, etc. devraient y avoir leur place, selon des dosages et un rythme de renouvellement pour lesquels on ne peut que faire confiance aux initiatives et au goût personnel du maître, appelé en l'occurrence, moins à imposer ses propres vues qu'à faire s'exprimer les choix et les réactions des élèves, points de départ d'analyses ultérieures.


1.2.3 Vers le cours moyen

Les activités du cycle élémentaire, conçues et conduites comme il vient d'être proposé devraient ouvrir la voie, lorsque les élèves accèderont au cycle moyen, à des activités de production plus sûres par rapport à leurs désirs de réalisation et à la possibilité de préparer une réceptivité plus riche et plus ouverte, plus exigeante et plus lucidement discriminatoire aussi, à l'égard des productions auxquelles ils peuvent avoir accès.

Ainsi pourra s'amorcer d'autant mieux un début de formation plus systématique visant à les prémunir contre les risques aussi bien de déception et de renoncement à propos à leurs propres activités de production, que d'agression insidieuse de la part du monde des images auquel les consommateurs et les citoyens qu'ils ne tarderont pas à devenir seront quotidiennement exposés.


Org. : Instructions de 1978 (dites Beullac-Deygout-Couaneau, publiées en 1980 par le CNDP : Contenus de formation à l'école élémentaire (cycle élémentaire) Activités d'éveil à dominante esthétique, pp. 60 et 79-81


 

 

II. Documents de départ

 

Le texte est à trouver ici (depuis "Quand j'étais enfant et qu'autour de la maison" jusqu'à la fin).

L'image :

 

 

 

2.1. Préparation lexicographique du texte.

 

Il y a 182 mots dans ce texte, dont 165 mots différents (sans les mots-outils : il y a par ailleurs 267 occurrences de mots-outils - dont 81 différents, soit 59, 46 % du texte).

3 occurrences : bois.

2 occurrences : maison, père, cheminée, feu, automne, matin, champs, jusqu, village, autobus, ville, cape, berger, collège, loin.

1 occurrence : abattaient, ainsi, air, alors, animer, ans, appel, approcher (approches), arrêtaient, arrivais, assis, attendais, aujourd'hui, aussi, autour, bas, belle, bibliothèque, blancs, bonheurs, boue, branches, bras, brouillard (brouillards), bûches, capuchon, car, cartable, cassaient, cesse, chemin, chercher, classes, corbeaux, côté, crépitant, creux, cœur, delà, depuis, devais, devinais, dix, dont, dure, emmenait, encore, enfance, enfin, enfonçais, ensuite, entrée, éprouve, étonne, feuille (feuilles), file, flambuscade, fondrières, frôlais, gelées, gestes, givre, glissent, gros, hâte, haut, heures, hiver, horizon, huit, indienne, inévitable, jubilation, leçons, lentement, lève, lire, livre, longeais, longue, main, menait, mois, moqué, mort, mortes, mur, Noël, Nollet, novembre, observait, octobre, oiseau, ôtant, parc, peine, penche, pendant, pense, personnages, personne, pierre, poêle, pont, portais (portait), prairies, premier, premiers, profondeurs, ramasser, rauque, rebord, regardent (regardions), rencontre, rentrée, repaire, repassais, retournent, rouge, route (routes), serrement, seul, silence, sortant, souliers, surtout, surveillant, taillis, tard, temps, tête, tombent, Torcy, toujours, tour, traînaient, transformaient, travers, vent, vers, vie, visage, yeux.

 

2.2 Lisibilité

 

Le texte en lui-même est assez difficile d'accès. Son indice de lisibilité (13. 06) le situe au niveau de la classe de Quatrième, sinon de Troisième. Il faudra donc s'attarder sur la verbalisation suivant la première prise de connaissance, et multiplier les explications (en particulier sur "l'entrelacement" des temps)..


Mots absents du vocabulaire de base :


abattaient, animer, approches, au-delà, bas-côté, bonheurs, bûches, cape, collège, crépitant, éprouve, flambuscade, fondrières, frôlais, givre, indienne, inévitable, jubilation, longeais, moqué, pouvais, profondeurs, rauque, rebord, regardions, repaire, serrement. + les deux noms propres de lieu (évidemment)  : Nollet et Torcy,

 

 

III. Quelques suggestions pour une exploitation

 

I. Lecture d'une image, et prolongements suggérés

 

[Finalités sur le long terme : curiosité, créativité, appel à l'imagination, à l'intuition, construction de l'objectivité, de la pensée critique, tolérance, écoute de l'autre, respect de l'opinion des autres]

 

1°. Projection pendant dix secondes, et dessin de mémoire. Ensuite, verbalisation :

2°. Noter au tableau, en deux colonnes, les remarques des élèves :

* ce qui a été vu (dénotation)

* ce que ça veut dire (connotation)

3°. Retour sur l'image :

* comparaison avec les dessins réalisés (nombre d'élèves, de bidons, de clochers...)

* verbalisation : vont-ils à l'école ? Font-ils l'école buissonnière ? Sont-ils mécontents d'être traités comme des bidons de lait ? En quelle saison sommes-nous ? [rentrée des classes, plus que mai-juiin, car...] NB Le dessin accompagnateur illustrait à l'origine un article du Monde de l'Éducation traitant du ramassage scolaire.

4°. Prise de connaissance du texte (lecture silencieuse très rapide).

* Faire relever au brouillon ce qui est parallèle à l'image (rentrée des classes, cœur serré, attente du car...) et ce qui est différent (présence/absence de vent ; en mouvement/statique ; gros souliers/sabots ; longue cape/pull ; sur le pont/debout ; en file indienne/de profil ; côte à côte/de face...)

5°. Travail sur le texte :

* peut-être réponse à un QCM.

* puis recherche des oppositions (lecture silencieuse appliquée) : hier/aujourd'hui (quand j'étais... j'allais... aujourd'hui) ; crépitement et autres bruits)/silence ; affectivité positive (s'animer, jubilation, bonheur...)/ affectivité négative (inévitable, serrement de cœur...)

* notation du fil des saisons : premiers brouillards, automne, liaison avec les couleurs (s'il y a lieu)...

6°. Opposition quiétude maison/inquiétude extérieur (voir si l'école ou l'établissement scolaire est aperçu comme intérieur ou extérieur, ou s'il participe des deux).

Éventuelle illustration musicale : Vivaldi, Concerto en fa mineur (les quatre Saisons, l'hiver - Allegro vs Largo)

7°. Possibilité de prolongements écrits (résumé ou compte-rendu du texte, travail plus personnel, individuel ou par groupes...), pour s'efforcer de passer des activités de "réception" à des activités de "production".

 

 

 

II. Exploitation en "vocabulaire"

 


* Les verbes faire & sortir : cf. Leçon n° 4 (Paris-Match)


* "Je longeais le haut mur de Torcy" : verbe longer (Dubois-Buyse échelon 21, CM2)

1° (en général sujet animé) aller le long de..., en général à pied

= raser (les murs) : dans l'intention de se cacher (peur ou honte)
2° (choses) : border, côtoyer : le sentier longeait la propriété de Torcy.


Compléter avec quelques expressions : le long de, tout le long, à la longue...

et quelques mots de la famille de long :

 

ø er
a(l) ueur
ra(l) long uement
pro ement
é gation


(+ longitude et longitudinal)


* "des corbeaux s'abattaient dans ces bois dont ils faisaient leur repaire" : le verbe (s')abattre (Dubois-Buyse échelon 23, CM2).


Travailler sur le sens propre (du pronominal : tomber brusquement) : s'affaisser, s'écraser, s'écrouler, s'effondrer et sur le sens figuré (du verbe transitif) : abattu (triste, découragé, accablé, déprimé... : être dans un état d'abattement), il ne faut pas se laisser abattre...


Distinguer aussi le sens propre et le sens figuré du verbe transitif, et l'actualité en fournit (hélas, hélas, hélas) de trop nombreux exemples : les Israéliens ont abattu trois maisons palestiniennes dans la bande de Gaza (= démolir, détruire) ; sous l'œil des caméras, un otage turc vient d'être abattu de trois balles par ses ravisseurs islamistes (= tuer, exécuter, descendre).


Noter les expressions : abattre de la besogne (L'histoire raconte qu'en arrivant à son bureau, tous les matins, le grand Colbert se frottait les mains, à la seule idée de la besogne qu'il devait abattre) et abattre son jeu (dire ses intentions).



* "Je repassais en hâte mes leçons" : autour du nom hâte (Dubois-Buyse échelon 19, CM1).


Faire effectuer la distinction entre empressement et précipitation (entre en hâte et à la hâte), entre hâtif (précoce) et hâtif (prématuré, précipité, bâclé)


Ils ont hâté leur départ en vacances (avancé vs retardé)






 

III. Suite du texte proposé (exploitation ad libitum)

 

Les fenêtres de ma classe donnaient tout près d'une vieille muraille, au-delà de laquelle s'élevaient les arbres d'un jardin. Ce mur était décrépit, couronné d'herbes, et s'ouvrait par endroits comme un fruit trop mûr. Le plâtre et la brique qui s'en détachaient formaient à ses pieds un lit de sable très fin, où dès le printemps s'attardait longuement un soleil que j'imaginais brûlant. Les oiseaux du jardin proche venaient s'y ébrouer. Ils arrivaient aussi rapides qu'un trait. De ma place, osant à peine tourner la tête, je les regardais à la dérobée. Dans ce bain de sable chaud ils se roulaient tumultueusement, et finissaient par rester étendus, ailes ouvertes, immobiles mais frémissants, l'œil fixe. Je pensais alors avec nostalgie à Nollet, où je ne serais guère qu'au déclin du jour, et où en ce moment le soleil devait s'étaler sur les prairies, tandis que les vaches, une à une, commençaient à sortir de l'étable. Chaque jour née de collège me paraissait ne devoir jamais finir, et être sans surprise. C'est là pourtant que je fus giflé pour la première fois. Mon professeur était madame Courtehose, une femme aux cheveux crépus, et qui avait de grosses lèvres séparées, je ne sais comme, par une dent. Qu'elle ouvrît ou fermât la bouche, je ne voyais jamais que cette longue dent. Madame Courtehose arrivait en classe avec un sac d'étoffe rouge, en tapisserie, qu'elle étalait sur son bureau : elle en tirait tant de choses, tout au long de la classe, qu'il semblait inépuisable. Alors qu'elle était juste devant moi, un livre à la main, je crus qu'elle me verrait pas et écrivis à mon voisin un billet qu'elle saisit au vol :
- Vous vous croyez donc, dit-elle, madame de Sévigné ?
Et me gifla. J'appris ainsi à connaître, un peu rudement, la littérature. Je croise encore quelquefois madame Courtehose dans la rue. Elle me sourit et je la salue. Je pense à tout ce qui m'est arrivé, tout ce que j'ai fait, depuis que j'étais l'élève de madame Courtehose. Elle me semblait fort âgée autrefois, et je lui trouve aujourd'hui un certain air de jeunesse. Se souvient-elle de la gifle, et de madame de Sévigné? Elle a renoncé à son sac d'étoffe rouge, et porte une sorte de valise de cuir, où j'imagine les cahiers de ses élèves annotés à l'encre rouge dans les marges, comme les miens jadis, avec en haut de chaque devoir, à gauche, un chiffre si léger, élancé et fin qu'il paraissait dessiné, mais qu'elle soulignait d'uni trait ferme. Elle a souvent aujourd'hui à son bras un petit garçon, jamais le même selon les années, et doit gagner quelque argent en accompagnant des élèves qui habitent loin. Elle leur parle, et je la vois rire et plaisanter, toujours cette dent en travers de ses grosses lèvres. Si elle n'est pas belle et ne l'a sans doute jamais été, elle a un visage où l'on aime reposer son regard. J'ai eu le temps de devenir un homme mûr. Madame Courtehose n'a pas cessé de suivre chaque jour les rues qui vont au Collège, et de répéter chaque année la même chose à des petits garçons. Je me demande si sa classe est toujours la même, et si on peut voir par les deux fenêtres ces oiseaux qui se roulaient dans le sable, et qui me donnaient une telle idée de liberté qu'il me semblait impossible d'attendre le soir pour retrouver Nollet, la maison où quelques fenêtres seraient déjà allumées, l'escalier que j'allais gravir quatre à quatre en regardant l'ombre tortueuse des barreaux sur le mur, et ma chambre où je pourrais m'enfermer. J'avais retrouvé le bonheur. C'était l'heure où madame Courtehose devait rentrer chez elle, par ces rues des faubourgs qui sont toujours un peu tristes, emportant dans son sac d'étoffe rouge beaucoup de cahiers à corriger.
Lorsque je la rencontre, j'essaye d'imaginer cette vie et j'examine au passage bien attentivement ce visage. Madame Courtehose a perdu son mari à la guerre de 14, et pris un emploi qu'elle n'a plus quitté. Quelques amies qui lui rendent visite, une mère avec laquelle je l'ai vue jadis et qu'elle longtemps gardée, les soins d'un ménage où rien n'est laissé au hasard, beaucoup d'ordre, pas un instant de libre dans la journée, la correction des cahiers, le soir, sur ses genoux devant le poêle, le flacon d'encre rouge à côté d'elle, et au fond de tout cela, jusqu'à la fin, sans que rien puisse changer : la solitude. Pourtant si je la croise dans la rue et qu'elle me sourie, je me sens enveloppé d'un regard qui fait du bien.

 

 

© José Cabanis, Les cartes du temps, in Le bonheur du temps, pp. 31-35].

 

 

 

IV. Bibliographie très sommaire pour aider à l'apprentissage de la 'lecture' de l'image


Ces ouvrages sont, sans nul doute, un peu "vieux". Et pour beaucoup, rien ne vaut la nouveauté, en pédagogie encore plus qu'ailleurs. Eh bien, je trouve que ces documents sans prétention n'ont pas été dépassés.


- Alain Bergala, Initiation à la sémiologie du récit en images (avec un coffret de diapositives) et Pour une pédagogie de l'audio-visuel (ouvrages publiés par la Ligue de l'Enseignement)
- Albert Plécy, Grammaire élémentaire de l'image - comment lire les images, comment les faire parler (chez Marabout)
- Yvonne Baticle, Message, media, communication (chez Magnard).
- Je ne parle que pour mémoire de l'extraordinaire De l'interprétation - Essai sur Freud, de Paul Ricœur (Seuil).