En effet, le sous-titre laisse entendre qu'il y a abus dans l'utilisation des procédures de révision, en liaison étroite avec l'orchestration des médias, jamais en retard pour souffler sur les braises et gagner du lectorat. Venant de la part d'un ancien membre de la Commission de révision des condamnations pénales, cela donne à réfléchir. Enfin, le dit conseiller, Jean Favard (1934-2010), a tenu à ce que son ouvrage ne voie le jour qu'après sa propre disparition (le titre originel ayant été "Mémoires judiciaires d'outre-tombe sur quelques affaires retentissantes"). C'est donc une sorte de testament qu'il convient de lire et méditer, la plume à la main. En éprouvant une immense gratitude à l'égard de ce juge qui nous transmet tant d'informations de première main.
Je dirai, incidemment, que moi qui suis un obsédé textuel, j'ai souventes fois été irrité par les nombreuses erreurs orthographiques, qu'on qualifiera éventuellement de fautes d'impression ; mais aussi par la présence de certaines faiblesses de style. On en conclura que cet ouvrage n'a pas été suffisamment relu, la grave maladie et la disparition de l'auteur en étant la cause. Mais il est piquant de remarquer que de la part d'un auteur qui disserte ô combien savamment sur les "à" (avec accent) et "a" (sans accent) tapés à la machine à écrire Royal achetée au Havre le 9 avril 1923, l'absence quasi-automatique de ce qu'on appelait, dans ma studieuse enfance, le "chapeau de gendarme", donne à sourire, de même que la subséquente absence du Conditionnel passé 2e forme, par exemple, ou sa confusion avec le Passé simple du mode Indicatif. Mais bon.
Ce qui est également piquant, et bien davantage, c'est que Quelques affaires retentissantes paraît, au moment même où le quotidien préféré des intellectuels de gôche et autres impénitents rêveurs du grand soir annonce, en page deux le "nouvel espoir pour Omar Raddad de révision de son procès" ! Je ne m'attarderai donc que fort peu sur ce criminel, convaincu à plusieurs reprises du meurtre de Madame Marchal (des phares et autres accessoires automobiles), sauvagement assassinée dans le sous-sol de sa villa. Il ne suffit pas d'être prolétaire et d'avoir occis une richissime héritière, pour être ipso facto dédouané de toute conduite massacrante. Je ne m'attarderai pas, mais si vous pensez que la minutieuse enquête de l'ex-Capitaine George Cenci risque par là d'être démolie, il faudra vous faire une raison ! D'autant qu'il n'est pas courant (et c'est fort regrettable) que la victime désigne, en lettres de sang, l'auteur de la commission du forfait ! Je ne m'attarderai donc pas davantage sur les "invariables dénégations d'un suspect judicieusement secondé par une défense pugnace", pas davantage que sur "l'agitation la plus désordonnée qui soit, entretenue à plaisir par les médias", pas davantage non plus sur les condamnations pour diffamation du Nouvel Observateur et de l'ineffable académicien-queutard Rouart. Je reproduirai seulement une phrase définitive de Jean Favard, écrite à propos d'une requête en révision déposée par le dit Raddad, et je vous laisse aller découvrir à quel incident elle fait allusion : "la Cour de révision ne pouvait évidemment… découvrir un doute sur la culpabilité du condamné. Elle s'est même trouvée… devant un cas inattendu d'aggravation de la charge principale" (souligné par moi)…
Sur l'affaire Dominici, je ne parlerai pas, sinon pour souligner que les duettistes Alain Dominici-William Reymond reçoivent le salaire que leurs "falsifications" méritent ; et pas davantage de l'affaire Dils : mais ce que dit Jean Favard au sujet de Montigny vaut le détour, c'est évident !
Reste le plat de résistance, l'affaire qui est traitée deux fois plus longuement que les autres, je veux parler de Seznec, et on sent là que l'auteur a soigneusement peaufiné ses flèches, qu'il a empoisonnées avant que de les décocher. Il n'a manifestement pas digéré les noms d'oiseaux et autres épithètes "ordurières" balancés "en pleine Chambre criminelle de la Cour de Cassation, caméras de télévision au poing, pour que nul n'en ignore" ! La première cible, bien évidemment, c'est la pâle ministre, Gardeuse des Sceaux, Mme Lebranchu, selon moi une erreur de casting du gouvernement Jospin ; dans une démocratie normale et apaisée, ce qui est dit d'elle devrait lui interdire à tout jamais de redresser la tête. Mais bon, nous sommes en France, n'est-ce pas ? Et puis il y a les duettistes Baudelot-Bredin, qui font la paire avec Collard et Vergès - on sent que l'auteur n'aime pas beaucoup les personnes qui butinent à tous les râteliers, ce qui est l'ordinaire des avocats, et particulièrement des plus médiatiques d'entre eux. Enfin, le dénommé Le Her, petit-fils de Seznec, qui se démène comme un beau diable, faisant tout son possible pour jouer les "prolongations". J'avais cru devoir parler de lui, en des termes peu amènes, lors de la décision de rejet publiée en 2006. Si l'on en croit l'un de ses anciens avocats (Me Langlois), "la vérité l'intéresse moins que ses rapports avec les médias". À la bonne heure !
Pour d'autres infatigables quémandeurs, il y aura davantage de sévérité : comme on peut le lire en préface, on ne peut pas toujours distinguer chez des descendants de condamnés qui se muent en enquêteurs, "ce qui procède de la volonté de tenter de laver l'honneur d'un ancêtre, quitte à prendre de l'aise avec les éléments incontestables du dossier, et l'exploitation d'un filon commercial, découvert comme une sorte d'héritage posthume, avec lancement à grands renforts de publicités, de livres et même de films". Suivez mon regard…
Bref, il n'est pas jusqu'à l'avocat général "totalement persuadé de l'innocence de Guillaume Seznec", au terme d'un "discours malheureusement dépourvu du minimum de rigueur et d'objectivité" qui ne reçoive, aussi, la claque qu'il mérite ! Et je ne dirai rien de la façon dont les médias rendent compte, cela est trop connu, hélas…

On comprend que le regretté juge Favard ait souhaité que son ouvrage ne soit publié qu'après sa mort : il se serait fait trop d'amis, sinon. Du moins, les tenants de la pensée unique ne pourront-ils pas tenter d'invalider son propos au motif qu'il s'agit d'un homme de droite, ce qui dispense, chez nous, de toute autre argumentation : Favard fut un temps conseiller technique de l'avocat le plus bas d'Inter…En tout cas, une chose est certaine : ce livre de vérité et de courage (dénonçant "le piège des emballements qui mêlent émotions, préoccupations politiques et exploitations médiatiques") n'a aucune chance d'être annoncé à sons de trompe dans les médias, et dès lors son tirage risque d'être confidentiel, puisqu'il fait authentique œuvre de salubrité publique.