Pour tout dire, il s'agit de l'examen presque clinique, oserai-je dire, d'une demande en révision déposée par un certain Dany L., individu condamné à la réclusion criminelle à perpétuité (enfin, on sait ce que veut dire la perpétuité, en France, c'est comme les concessions perpétuelles) par l’arrêt de la cour d’assises de la Sarthe, acquis fin 1997. Et ce pour "meurtres concomitants à d’autres meurtres, et meurtres commis sur mineures de quinze ans concomitants à d’autres meurtres" (que cela est joliment et clairement exprimé). Bref, ce citoyen avait été convaincu d'avoir éliminé avec une sauvagerie sans égale, et à l'aide d'une "feuille" de boucher, à la suite d'une sordide histoire de prêt d'argent (qui lui était refusé), la quasi-totalité de la famille de son frère. Lui qui travaillait dans une entreprise de boucherie, et plus précisément, dans le secteur des steaks hachés…
Pourquoi donc, me direz-vous, réviser cette condamnation acquise après de longs débats contradictoires, le présumé innocent "ayant eu la parole en dernier", et ne s'étant pas privé, par ailleurs, du moyen du pourvoi en Cassation (rejeté en 1999) ?
Eh bien, parce qu'un Comité Théodule, un comité Gustave, ou un comité Hippolyte, je ne sais plus exactement, a fait des pieds et des mains, et même du tintouin, pour clamer bruyamment que le condamné était innocent – ce qui va de soi pour tous les comités Théodule (et autres). Jusqu'à l'ineffable Agret qui s'était porté en soutien, c'est dire ! À telle enseigne que la Commission de révision des condamnations pénales avait ordonné la suspension de l’exécution de la condamnation, en attendant la décision de la Cour de révision, qu'elle avait saisie dans le même temps !
La lecture attentive du texte que j'ai signalé montre à quel point les moyens de révision soulevés par le Comité Théodule et les avocats du plaignant ont été misérables. Jusqu'aux fielleuses insinuations permettant de mettre en cause, tel ou tel intervenant dans le cours de l'enquête. En suggérant fortement que tel gendarme, par exemple, était l'amant de telle personne, comment ne pas introduire un certain doute dans le débat ? Et comme il est difficile de rapporter la preuve d'un tel état de fait, les amants se cachant généralement des regards indiscrets, la seule dénégation des mis en cause pouvait être interprétée comme élément justifiant l'accusation portée contre eux, et donc à décharge pour l'assassin sarthois. Mais un à un, avec méthode (et Cyrille, comme dirait l'autre), les juges de la Commission ont démonté les prétendus "faits nouveaux", et il faut voir comment. De telles démonstrations font honneur à l'esprit de clarté.
 Au bout du compte, la Commission a naturellement refusé toute révision, et ordonné du même coup la fin de la suspension de l’exécution de la condamnation, sous les imprécations du Comité que j'ai dit. Le dénommé Dany L. a donc regagné ses quartiers habituels. Mais ses avocats, me direz-vous ? Eh bien, on lit au tout début du texte de la Commission que Mes Baudelot et Bredin avaient produit un mémoire en défense. Ces noms vous disent-ils quelque chose ? Non ? Sachez au moins que Me Baudelot – l'avocat habituel du Parti socialiste, et qui s'est illustré dans l'affaire Urba contre le juge Thierry Jean-Pierre – s'est fendu d'une déclaration bafouant complètement l'autorité de la chose jugée ("c'est un échec pour la justice"). Quelle importance, il sait ne risquer que la plus totale impunité. Non, vraiment, ces deux noms ne vous rappellent rien ? Bon sang, mais c'est bien sûr ! Ce sont les mêmes "auxiliaires de justice" qui, dans les années 90, avaient pris en charge la défense de Seznec – devant la Commission de Révision, justement. Avec le succès que l'on sait. Aussitôt les deux publièrent dans Le Monde une mise en cause intitulée "Guillaume Seznec restera donc coupable" (décembre 2006). Avec l'assurance de l'impunité que l'on sait.
Tiens, j'ai nommé Le Monde, qui bien entendu a cru bon de ramener sa fraise (le 8 avril dernier) dans la tragédie survenue à Thorigné-sur-Dué (Sarthe), au lieu-dit "L'Épinay d'en Bas". Et d'essayer de faire pleurnicher dans les chaumières - après avoir parlé, on s'en serait douté, de "zones d'ombre" - en indiquant que le président de la Commission "n'a pas pris trois minutes" pour déclarer que la requête en révision était rejetée "avant de s'enfuir" ; et en montrant un Dany L. et sa nouvelle épouse effondrés, tandis que "les gens ont commencé à pleurer" : "je suis innocent, je ne comprends pas", a "articulé faiblement" le boucher de Thorigné. Tandis que les deux conseils sont, "pâle comme un linge" pour l'un, "tremblant" et "bouleversé" pour l'autre… Et le journaleux de parler d'une "affaire où les incohérences sont légion". Et ta sœur ?
Ah, les braves gens ! Pendant qu'ils y sont, pourquoi ne pas dire que les membres de la famille suppliciée se sont tout bonnement entretués ? Ah, l'information orientée du Monde ! Ah, le poison du mensonge sciemment organisé !


Arrêt n° 1887 du 6 avril 2011