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Grand corps malade

, 04:55 - Lien permanent

L’autre semaine, et finalement c’était peut-être il y a dix jours, Canal+ nous a sorti un document sur l’École qui valait le détour. Mais d’une chose à l’autre, ou plus exactement de XP à Vista Ultimate (mais oui mais oui), je n’ai plus su où donner de la tête, depuis une quinzaine. D’autant que j’étais assez déprimé comme ça devant un nouvel ordinateur, sans avoir à y rajouter la couche de l’école.
Plus ça change, plus c’est la même chose, entendait-on autrefois dans certaines bouches qualifiées de poujadistes. C’est la pensée bien amère qui m’est venue, tandis que je suivais avec un intérêt tout relatif – ces choses-là commencent à me passionner assez médiocrement – une émission fort bien ficelée. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle était sacrément orientée, encore que…
Donc, on enfilait les séquences « live », et c’était parfois assez décourageant. Et je dois reconnaître que plus d’un propos tenu m’a glacé le sang. Mais bon.
Et puis, entre deux séquences, au tableau noir, en plein vent (on est dans le vent, sur Canal !) à gauche François Dubet, l’enfant chéri du Monde de l’Éducation – qui l’a porté sur les fonts baptismaux, et qui continue à le bichonner depuis des lustres. À droite (naturellement), un Marseillais que je n’aime pas beaucoup (en tout état de cause, avec un accent pareil, on ne peut pas être tout à fait mauvais), l’inventeur de la Fabrique du Crétin, j’ai nommé l’imprécateur Jean-Paul Brighelli.
Je déteste cette orientation dans l’espace, qui plombe par avance les interventions. Et qui indique clairement, avec de gros sabots, de quel côté penchaient les réalisateurs : vers la gauche, naturellement ; hors la Gôche, point de salut, le refrain est parfaitement rodé. Mais il est vrai qu’il fallait choisir une place pour chacun des deux personnages… Peut-être – j’avance très timidement une suggestion – si on les avait fait dialoguer calmement, plutôt que d’empiler leurs certitudes, cela eût été davantage probant, non ?
J’oublie, plus ou moins volontairement, l’intervention de deux lieutenants : d’une part l’enfant chéri et successeur d’Avanzini (un sacré pédagogue, celui-là), Philippe Meirieu, et par ailleurs celui à qui l’ancien ministre de l’éducation a confié une « mission » concernant le rétablissement de la division dans les petites classes (qui était en mesure de juger la séquence « pédagogique » qui nous a été offerte, sauf à dire qu’elle fleurait bon la fin des années cinquante ?), je veux parler de Marc Le Bris.

Tout cela m’a fort démoralisé, car de lustre en lustre, les mêmes questions, les mêmes interrogations reviennent, et aucune réponse solide n’est jamais apportée, faute de courage politique, vraisemblablement.
Je rappelle ici, d’une part, que le collège unique, qui n’est nullement le maillon faible du système éducatif, comme se plaisent à nous le seriner tant de gens prétendument autorisés, a été réclamé à cor et à cri par la gauche enseignante et syndicaliste, au nom de l’égalité des chances (encore une idée généreuse sur le papier), et remarquablement organisé par un ministre de droite, René Haby (un type généreux et compétent, à la cheville de qui il est – encore aujourd’hui - fort difficile d’arriver) ; si ce concept a échoué (et qu’on me prouve qu’il a échoué), il faut s’en prendre soit à l’idée elle-même, soit à ceux qui l’ont mise en musique, savoir les enseignants.
Je rappelle aussi en passant que les dits enseignants, qui votent à 90 %, dans leurs élections professionnelles, pour le P. C. ou ses satellites (rappelez-vous en contrepoint le beau score de la candidate communiste aux dernières élections présidentielles, et interrogez-vous sur ce hiatus), ne représentent que 3 % du corps social actif, et que cette minorité (ô combien) de blocage suffit à faire échouer toute tentative de réforme, dès lors qu’elle vise autre chose que des mesures de pure démagogie.
Tout cela m’a remis en mémoire la belle enquête, en profondeur celle-là, effectuée par Hervé Hamon et Patrick Rotman en 1984, Tant qu’il y aura des profs, diffusée en deux volets sur Antenne 2, je crois (un ouvrage en fut tiré, publié au Seuil) : le constat est toujours le même, rien n’a changé, j’ai tout revu. L’immobilisme est la vertu cardinale des enseignants, à tout le moins de leurs dirigeants syndicaux. Et dans leur refus de tout examen de conscience, leur splendide isolement.
Cela m’a aussi rappelé, je recule dans le temps, une phrase du capital Rapport de la Commission d’études sur la fonction enseignante dans le second degré (mais ça vaut pour l’ensemble du système), pondu en 1972 (sous la direction de Louis Joxe le grand, le père du petit ministre socialiste de l’Intérieur), qui parlait de la «solitude du maître… dans ses contacts avec une société qu’il connaît mal», et qui jugeait le monde enseignant comme «une société beaucoup trop fermée sur elle-même, situation dont la traduction pédagogique dessert gravement l’enseignement».
Fin de citation.

Mais puisque – en dépit des lacunes immenses constatées (par tous les observateurs de bonne foi à tous les paliers du système éducatif) qui, si elles ne sont pas désastreuses, n’en sont pas moins fort préoccupantes au regard des sommes colossales englouties - 80 % des parents viennent de se déclarer parfaitement heureux du fonctionnement de cette Armée Rouge, pourquoi ne pas continuer allègrement à foncer dans le mur, et claironner en bombant le torse que notre école est la meilleure du monde ?
À l’exception de toutes les autres, naturellement.

Commentaires

1. Le vendredi, 14 septembre 2007, 13:53 par Adricube

Mais alors ... que faire ?

Mon cher, quand j'étais beaucoup plus jeune, j'avais des solutions. Assez radicales, naturellement. Donc inapplicables (vous savez, "le désir collectif d'être traité gentiment").
Maintenant, je n'en ai plus aucune, en vue. D'autant que le problème est singulièrement plombé, par le fait du rejet massif de l'école par les "djeuns", à cause de l'air du temps. Et dire que pendant ce temps, l'ineffable Meirieu publie un énième bouquin sur "le devoir de résister" des enseignants. Comme si d'habitude, ils ne traînaient pas assez les pieds !


SH

2. Le mardi, 19 août 2008, 15:09 par Mr Bark

hello, j'aime beaucoiup ton blog :) on y trouve souvent,quelques perles. Je me demandais pourquoi avoir fait cete précision : "en tout etat de cause, avec un accent pareil, on ne peut pas etre tout a fait mauvais" :)

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