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Des hauts et des bas

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Je me garderai bien de dire qui sort vainqueur de cette joute, que d'ailleurs je n'ai pas suivie jusqu'au bout, lassé par ce spectacle dont, paraît-il, raffolent les militants. Je m'en garderai bien, connaissant trop l'une pour l'avoir subie (et Claude Allègre, qui a annoncé d'emblée qu'il ne voterait pas pour elle, pourrait en dire davantage encore), et pas assez l'autre, dont il m'a semblé tout de même que, mis en présence d'une femme, il donnait l'impression du boxeur à qui on a attaché une main dans le dos (Éric Besson avait fort justement fait remarquer, en mars dernier : "Ségolène Royal a fait de sa féminité un bouclier pour ne pas avoir à répondre aux questions qui la dérangent, et un glaive pour culpabiliser ses adversaires").
Mais cependant, je vais me permettre de les renvoyer dos à dos sur deux points, relativement mineurs (pour le premier au moins).
Au moment de l'affrontement sur le nucléaire (soit dit en passant, que de louanges on se doit rétrospectivement d'adresser au président Pompidou qui a engagé résolument la France dans le nucléaire civil), Mme Royal a froidement affirmé que la part du nucléaire dans la production hexagonale d'électricité était de 17 %. M. Sarkozy a renchéri : non, 50 %. Eh bien, n'importe quel élève de classe de 3e sait que cette part dépasse les trois quarts, pour friser les 80 %. Sans doute ce renseignement ne figurait-il pas sur les fiches que la candidate consultait fébrilement (à l'instar, jadis, de Mitterrand face à Giscard), pour envoyer des balles liftées vers son concurrent... Il est vrai qu'elle a eu d'autres affirmations péremptoires, mais à quoi bon les relever ? Depuis la bravitude chinoise, et même avant, elle nous a habitués à tant de surprises...

Puis vint le violent incident à propos des enfants handicapés, au cours duquel la candidate de la gauche (?) n'a pas craint d'accuser son adversaire d'atteindre "le summum de l'immoralité politique". Là, il convient absolument de faire un break, car l'outrance d'une personne qui perd ses nerfs mise à part, je trouve que l'hôpital qui se moque de la charité, on a déjà donné.
En effet, je me permets de rappeler ici, parce que la candidate a constamment placé sa démarche, depuis le début de sa campagne, dans la lignée de Mitterrand, un jugement porté, vers la fin de sa vie, par un catholique de gauche (comme on dit) sur le double septennat de celui qui était nommé, sous la IVe République, le Florentin : "il m'a fallu assister durant quatorze ans, écrivit en effet Jean-Marie Domenach, à la captation de la générosité du peuple français par François Mitterrand, à des fins purement personnelles. Il a laissé la France dans un état de corruption et de déchéance morale qui m'inquiète beaucoup" (souligné par moi). Alors, l'immoralité politique, vous repasserez, Madame !
Mais j'en viens au sujet de la querelle, la scolarisation des enfants dits handicapés. Car le toupet de notre candidate est apparemment sans limites.
D'une part, la droite n'a pas "cassé" sa politique d'intégration, puisque le nombre d'enfants intégrés a nettement progressé, depuis le plan Handiscole (2001) jusqu'à ce que Jacques Chirac fît du handicap l'une de ses trois priorités. D'autre part et surtout, Mme Royal n'a strictement rien "initié", sinon de la poudre aux yeux (ou peu s'en faut).
Le point de départ de l'intégration des enfants dits handicapés à l'école dite ordinaire ne l'a pas attendue, puisqu'il se trouve dans les "fameuses" circulaires de 82 et 83 portant, justement, intégration des enfants handicapés. Et l'action du ministre Alain Savary, c'était loin, bien loin avant que ne se manifeste la ministre déléguée à l'enseignement scolaire (mais Savary - dont je rappelle qu'il lança l'appel du 17 juin 1940 - ne connaissait rien, lui, à la médiatisation et à la mousse).
Reste, évidemment, que "jouer avec le handicap est proprement scandaleux", comme le dit l'ineffable pasionaria.
En 1982, à la suite de l'insistante pression sur Savary de syndicalistes chrétiens ou crypto-chrétiens (ne murmurait-on pas à l'époque que l'une de ces personnes, remarquablement belle, était la maîtresse du Ministre ?), tout un ensemble de mesures sans aucun doute très généreuses, mais bien éthérées selon moi, fut mis en chantier. Parmi cet ensemble, il y eut l'invention des Zep, et l'intégration des handicapés. Laissons de côté le premier sujet, il y aurait là-dedans à boire et à manger.
S'agissant du second, il faut rappeler que notre pays possédait alors un réseau d'établissements spécialisés accueillant les handicapés, particulièrement solide et dense, et mis progressivement en place depuis la Libération. Tout d'un coup, il devint insupportable, à cause de "l'enfermement" que subissaient les enfants. Ce réseau fut démantelé par les socialistes et remplacé par quoi ? Par du bricolage, sans aucun rapport avec les services que rendaient les établissements spécialisés (où, certes, on aurait pu s'attacher à mettre en œuvre innovations et ouvertures, car le système s'était un peu endormi).
Mais il s'agissait, n'est-ce pas, de refuser la société duale, comme l'exprima un jour à Marseille le Ministre Jospin (l'idée non plus que le discours n'étaient de lui, mais de son Directeur des Écoles). Idée généreuse, certes. Malheureusement difficilement généralisable, sauf en ce qui concerne quelques handicaps physico-moteurs. Car l'école "ordinaire" a déjà tant à faire avec les enfants "ordinaires", elle a tant de difficultés à moderniser son enseignement, à l'individualiser un tant soit peu, qu'il était parfaitement inutile de lui charger brutalement la barque - en donnant, qui plus est, mauvaise conscience à des enseignants non préparés.
À l'époque où je m'occupais de ces choses, deux pays au monde menaient une politique située aux antipodes : l'Union soviétique et l'Italie. En Italie, c'était l'ouverture et le mélange à outrance. Les Italiens en sont très, très largement revenus. L'Union soviétique, elle, pratiquait l'enfermement le plus strict. La France observait une position médiane.
Je ne sais où en est, concernant le handicap, l'actuelle Fédération de Russie. Mais j'ai toujours pensé que, sur ce plan, l'Union soviétique était assez dans le vrai. Les handicapés n'étaient pas enfermés pour être enfermés, mais pour être protégés, tout simplement. C'est le bon sens. Et l'ouverture à tous crins, qui donne tant et tant de faux espoirs aux parents, devra être revue un jour ou l'autre. Seulement voilà, puisque le branle "italien" est venu de la gauche, la droite n'a pas discuté et a emboîté le pas...

Soudain, même si le problème est différent, je songe au Lycée impossible, d'André Rouède (qui l'a lu, lève le doigt !). Ce n'est pas pour empêcher les élèves de sortir, qu'il y a des murs : c'est pour empêcher les saboteurs de venir saccager les locaux. Mai 68 a voulu renverser tout cela. Pour quel gain, quel avantage ?

Commentaires

1. Le vendredi, 4 mai 2007, 10:07 par Adricube

Attention, vous critiquez 68, là ! On va vous accuser d'avoir choisi un camp (le mauvais, bien sûr) !

Dans tous les cas cette intervention est intéressante, tant le sujet qui a provoqué cette mini-crise - sincère ou jouée, on ne le saura jamais - m'est inconnu, comme j'imagine à la plupart des téléspectateurs qui ont la chance de ne pas être concernés, et m'a laissé dubitatif.

Je m'interroge quand même quant à votre position sur le "système soviétique", qui me parait quand même ... disons, extrême !
Je ne crois pas plus que vous que la bonne solution soit de traiter ces enfants exactement "comme les autres", puisque, malheureusement, ils ne le sont pas.
Mais il y a quand même une grande diversité ! Il me semble logique de favoriser par tous les moyens l'intégration d'un maximum de ces enfants dans des structures "classiques" ou "semi aménagées".
Je ne crois pas contre pas à l'objectif de 100 %, parce qu'il restera toujours, et d'autant plus avec les progrès médicaux, des enfants qui ne pourront être admis que dans des structures strictement spécialisées : je pense par là à par exemple à ces enfants dont ma femme, en stage à l'hôpital Necker, n'a pu me parler autrement que, rouge de honte d'utiliser ce terme, et les larmes aux yeux devant leur souffrance, comme des "monstres" dont l'apparence rendait les médecins les plus expérimentés malades : qui peut croire que ces enfants là auraient à gagner à être exposés à la cruauté naturelle des autres enfants ?

Mon cher Adricube, heureux de vous retrouver !

Naturellement, dans un petit billet, il faut aller à l'essentiel, surtout si l'on est (si l'on a été) spécialiste. Je ne parle pas bien entendu des "monstres" (Mon Dieu ! Combien en ai-je côtoyés ! Les Elephant Man, ça existe), mais seulement du tout-venant, du classique "malheur innocent", selon la belle expression que vous connaissez. Le droit opposable, s'agissant du handicap, ce n'est qu'une vue de l'esprit. Mais bon, depuis 68 (puisque vous en parlez), il y a ce désir collectif d'être traité gentiment, comme disait, excellemment, JF Revel. Alors...
Maintenant pour changer de sujet, je pense que la colère que vous savez a été de longue date préparée... Avez-vous lu, au fait, ce que dit Allègre des mensonges de la candidate "socialiste" sur les handicapés ? Je viens d'en prendre connaissance.
Amitiés,

SH

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