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Procédure disciplinaire

, 03:30 - Lien permanent

J'ai sous les yeux un document annonçant une procédure disciplinaire et stipulant, c'est le Ministère qui parle, qu'elle ne peut pas faire l'objet de commentaire avant son terme. Soit. Comme je suis dégagé des cadres, et que je regarde désormais passer le peloton depuis le bord de la route, je m'en vais, moi, commenter.
Point n'est besoin de tirer au canon sur un Ministre en dessous de tout : quand je pense aux efforts de pédagogie, à l'esprit de sérieux et de respect vis-à-vis des enseignants dont fit preuve l'un de ses lointains prédécesseurs, j'ai nommé Olivier Guichard, à propos de ce que Le Monde appela "l'An 1 de la pédagogie", je demeure sidéré par les foucades grossières et indignes d'un tel individu que la prochaine élection présidentielle renverra, quoi qu'il arrive, à ses chères études.
D'ailleurs, mon indignation a été suffisamment importante pour que j'utilise ici même, à l'endroit de cet odieux personnage, tout infatué de sa personne, qui caresse les cuisses des femmes en conduisant, des termes sans doute un peu vifs qui m'ont été vertement reprochés (mais je persiste et signe). Car la dignité d'un Ministre ne se divise pas, ne se négocie pas. Bien.
Ceci posé, nul doute que l'attitude de protestation d'un Inspecteur de l'Éducation nationale au sujet des lubies incroyablement réactionnaires de ce Ministre de rencontre (réveillez-vous, Jean Zay !) est digne de respect, parce que courageuse (mais aussi, médiatiquement orchestrée).
J'ai moi-même, sur ce site et depuis de nombreuses années, proposé des textes de réflexion à ceux qui veulent aller plus loin que la condamnation a priori de la méthode globale, telle que la Droite la pratique sans vergogne - et sans aucune connaissance. Car je crois aux procédures écrites, et je hais les effets de manche. C'est pourquoi je me réjouis de voir ces textes très lus, surtout au moment de la rentrée scolaire.

Mais revenons à cet histoire d'Inspecteur en passe d'être sanctionné à la suite, paraît-il, d'une intervention contradictoire face aux duettistes Brighelli-Le Bris (ces fous qui voient des crétins partout) sur les ondes nationales. Comme nos duettistes, cet Inspecteur, M. Pierre Fr., est médiatique, ou médiatisé, comme vous voudrez. Il n'est pas le seul, certes, à s'être opposé au Ministre, mais c'est lui le héros, c'est de lui qu'on parle.
Il se trouve que je le connais bien. Je lui ai même appris, il y a fort longtemps, la vraie recette du gratin dauphinois, c'est vous dire... Nous avons fréquenté les mêmes bancs, et il n'est pas étonnant que nos convictions, concernant l'apprentissage lexique, soient un peu plus pointues que celle du Ministre (et de ses tristes zélateurs).
Il me souvient même que nous étions encore sur les mêmes bancs, et c'était ce jour-là ceux de la Sorbonne, lorsque le délégué du Syndicat, vieux routier du Parti socialiste aux tempes argentées et à la médiatisation tous azimuts, vint annoncer, sous un tonnerre d'applaudissements, que le Centre de formation des Inspecteurs allait quitter Paris pour Lille, où il serait accueilli dans des conditions royales. Le fait qu'un professeur, lui aussi sanctionné par le Ministre, Roland Goigoux, exerçait nous dit-on (et exercera à nouveau, n'en doutons pas - les Ministres passent) au Centre de formation des Inspecteurs de... Poitiers, en dit long sur les promesses qui n'engagent que ceux qui y croient. Celles de l'orateur tant ovationné, Noël Josèphe (récemment disparu, mais ce fait ne m'empêche pas de conter l'histoire), étaient encore plus gratinées (rien à voir avec le gratin dauphinois) que les balivernes que les Princes qui nous gouvernent (ils ne sont pas tous à l'Élysée, loin de là) nous servent habituellement. Fin du premier épisode.

J'ai sous les yeux un texte relativement ancien - car j'aime les choses anciennes : rien de nouveau sous le soleil. Il s'agit d'un éditorial intitulé "Le pourrissement", publié dans la livraison datée de novembre 1951, de la revue Esprit. Ce texte, dû sans doute aux plumes conjointes d'Albert Béguin (50 ans, à l'époque) et de Jean-Marie Domenach (29 ans, en 1951) parle (déjà !) de l'indifférence générale envers la vie politique, de la démoralisation des consciences : "le spectacle qui se déroule sur la scène intérieure multiplie les dégoûts et les ironies" (parlaient-ils par géniale anticipation, ces deux auteurs, de la candidature Royal ou du conflit De Villepin-Sarkozy ?).
Mais quel rapport, me direz-vous, avec Pierre Fr., "menacé de sanctions" ?
Il vous souvient peut-être qu'il y a une quinzaine d'années, une jeune écologiste créa la surprise en réussissant à se faire élire dans le Nord, comme présidente du conseil régional, je crois. Et comme l'indiquait son patronyme, elle entreprit de laver plus blanc, sans égard pour la vieille gestion socialiste antérieure. C'est ainsi qu'elle envoya devant la justice l'orateur ovationné précité, le dénommé Noël Josèphe et l'un de ses comparses, Pierre Fr...
Sous le titre "Ancien président socialiste du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais Noël Josèphe est condamné à rembourser 40 % du déficit de l'ORCEP" (Office régional pour la culture et l'éducation permanente), Le Monde conta par le menu les mésaventures judiciaires de Josèphe et de son acolyte, Pierre Fr., condamné, lui, à ne rembourser que (si j'ose dire) 35 % du passif, et mis aussitôt en faillite personnelle. Ce passif, de 4O millions de francs de l'époque, était loin de n'être qu'une paille. Mais qu'on se rassure : à la suite d'un appel bienvenu, les sévères condamnations furent divisées par cent, par mille, jusqu'à devenir opportunément symboliques. Et cela ne laisse pas de faire songer à Roland Dumas, autre cacique socialiste, sorti blanc comme neige de l'Affaire Elf... Glissons.

Mais revenons à notre propos. Un fonctionnaire courageux sans aucun doute, est envoyé au charbon pour combattre les oukases insensés d'un Ministre de rencontre. Mais c'est un failli, et qu'on le veuille ou non, un repris de justice (qu'on retrouve les attendus du premier jugement, et qu'on les lise avec attention - si l'on sait lire, quelle que soit la "méthode", d'inculcation ou d'apprentissage - et l'on verra).

Décidément, l'incorrigible Parti socialiste a le monopole de la morale. Il y a pas mal de temps, déjà, il n'avait rien trouvé de mieux que d'envoyer le failli Tapie, monté sur son blanc cheval, combattre le Front de la Haine...

Le pourrissement, vous dis-je.

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