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Vive la rentrée ?

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Pas encore la rentrée, et déjà le Snes met la pression à ses adhérents (et aux autres !), avec son absurde et désastreuse culture du "tout quantitatif" et de l'affrontement nihiliste : "Le Snes vous souhaite une bonne prérentrée ..... même si l'année scolaire s'annonce difficile [...] Le SNES appelle les personnels à se réunir en AG [ah la reproduction des AG de 68 !] dès la prérentrée.
Objectifs : faire le point sur la situation dans l'établissement, mettre en place l'action collective contre les conseils pédagogiques, la note de vie scolaire et les remplacements [c'est bien simple : ils sont contre tout ce qui est pour, d'authentiques socialistes - pour ne pas parler des ministres dits de droite - en ont souvent fait les frais]. [...] Les fédérations de l'éducation (FSU, SGEN-CFDT, UNSA Education, FERC-CGT, FAEN) appellent à participer aux rassemblements organisés le mercredi 6 septembre, à la grève dans toute l'éducation le jeudi 28 septembre". Une rentrée sans sa grève, ça nous manquerait vraiment. Ces sires sont là, on le voit, pour prêcher la foire d'empoigne, et non la civilisation. Operari sequitur esse, n'est-ce pas ? Très bien.
Et ceci me remet en mémoire les tristes péripéties anti-CPE, qui ont secoué une certaine France au printemps, et jeté la consternation chez nos amis étrangers (quand nous en avons). Il y a fort longtemps, au mois de mai 1968, le journal Le Monde voua une extrême sympathie aux émeutiers. Le directeur d'alors était en voyage à Madagascar. Lorsqu'il rentra, il voulut reprendre les choses en main : "Les gamins ne vont tout de même pas faire la loi". Las !
Aujourd'hui, leur "spontanéité" est largement téléguidée par des adultes dévoyés. J'ai lu sur un panneau : "Marie Curie en colère/Marre de la galère !". Cette docile masse de manœuvre, qui ne sait pas ce qu'est la "galère", et ne la connaitra jamais (heureusement pour elle), fera tout pour remplacer les chères études (surtout pas d'effort !) par des happenings, et défile alors qu'elle n'a strictement rien à voir avec la loi votée par le Parlement.

Un homme d’Église osa parler sans langue de bois, encore moins de Blois. Le 26 mars dernier, Mgr André Vingt-Trois déclara, s'adressant à la jeunesse et aux adultes (?) : "La liberté et la démocratie se méritent... Le blocage des institutions démocratiques, l’intimidation, le vote forcé, les décisions enlevées à l’arraché, les destructions des outils intellectuels, livres et instruments de travail, tout cela a fonctionné en Europe au XXe siècle, en Allemagne et en Russie. Notre démocratie devrait avoir honte de voir resurgir en son sein les fantômes des totalitarismes. Il est plus que temps pour tous de réfléchir sur le monde que nous construisons et de prendre notre part légitime d’un véritable débat démocratique".

Mais ceux qui ont causé désordres, blocages et destructions n'en ont cure ; bien au contraire, ils en sont fiers, comme les "adultes" qui les commanditèrent ; il faut par exemple lire, c'est à peine croyable, les chants de triomphe que lancent actuellement les communistes en glorifiant la "mort du CPE". Bref, selon des procédés éprouvés par les staliniens, le pouvoir se prend dans la rue, puisqu'il ne peut s'obtenir par les urnes. Y compris en dévoyant toute une jeunesse qui n'avait strictement rien à voir avec le problème du CPE.
Droits acquis, que nous tenons à vous ! Personnes en difficulté, que nous nous foutons de vous !
Et quelle pitié d'avoir constaté, une fois encore que c'est à même ces manifestations, qu'il inspire très largement, que le P. S. repère et recrute ses futurs cadres : voyez ce que sont devenus les leaders de la lutte "anti-Dewaquet"... La nouveauté, cette année, c'est le phénomène de la reproduction (Ah ! Cher Bourdieu !) ; le flambeau socialiste passe directement de la mère au fils : ils nous ont inventé la gôche héréditaire...

Mais il ne suffit pas que le parti socialiste réclame le retrait d’une loi votée par le Parlement, ce qui met en cause la démocratie au nom de la rue. Il faut encore que les courroies de transmission scolaires en rajoutent : ainsi une Mme G., professeur de lycée à Marseille, expliquant à la télévision que les jeunes font aussi leur apprentissage à l’école de la rue, ne sait peut-être pas que sa démagogie risque de se retourner contre elle (puisqu'elle enseigne qu'il faut être violent et se rébeller). Ou encore mieux - si l'on peut dire - une "historienne" à l'IEP de Grenoble ose dire Merci aux étudiants par le truchement du Courrier des lecteurs du Monde (22 avril 2006) car, nous explique-t-elle sans rire, "ces jeunes hommes et jeunes femmes... prennent très au sérieux des valeurs telles que la solidarité, la justice sociale, mais aussi la responsabilité dans sa dimension individuelle et collective... Ils ont aussi acquis, au fil du mouvement, une véritable expertise démocratique [!!!] dont nous avons pu voir les applications très concrètes, par exemple sur le campus de Grenoble". Que de coups de pied au cul qui se perdent, quand on connaît un peu ce qui s'est passé sur ce campus - comme sur tous les autres !
Et je préfère ne rien dire du prétendu réseau Éducation sans frontières, sinon en citant le ton outragé du bloc-notes de Philippe Bilger : "Entre l'angélisme et l'absurde et d'ailleurs impossible rigueur, il y a, une nouvelle fois, la voie d'un humanisme, mais pas niais ni lunaire. Rien de plus choquant, à cet égard, que les procès faits par certaines associations, notamment RESF, qui confondent honteusement, pour une polémique facile, un passé à l'inhumanité incommensurable avec un présent difficile mais géré de manière républicaine et qui se la "jouent" en feignant de croire que leurs actions sauvent de l'enfer alors qu'elles se contentent de violer la loi sous le regard d'un pouvoir bienveillant".

Oui, en cette rentrée, je songe à ce déni permanent de démocratie, à cette imposture qui nous est imposée par des syndicats ne représentant pas grand-chose, sinon des populations n'ayant rien à "craindre" du CPE. Oh qu'elles furent rares, les réactions adultes, comme celle du président de Paris-Sorbonne (Jean-Robert Pitte), hurlant à qui voulait l'entendre, "jeunes, on vous ment !". Mais qui voulait l'entendre ? C'est un "réac", bien entendu...

Et c'est pourquoi je rejoins les fines remarques avancées par un député (et ministre) "de droite" : "Pendant un certain temps qui touche maintenant à sa fin, la République, avec une sagesse toute voltairienne, a chassé le Christ de la République tout en conservant le bénéfice social de la morale chrétienne. Elle a diffusé sans barguigner à travers son enseignement littéraire et républicain «cette bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et que nous nous honorons de suivre sans nous mettre en peine d'en discuter les fondements philosophiques», comme l'écrivait Jules Ferry, peu suspect de cléricalisme, dans une lettre aux instituteurs, datée du 17 novembre 1883.
Mais, très vite, les moralisateurs marxistes ont fait le procès de « la bonne et antique morale». Ils ont pourfendu les textes littéraires qui l'avaient portée à un haut degré de poésie, à commencer par les moins ennuyeux, les fables de La Fontaine, les comédies de Molière, les tragédies de Racine ou de Corneille, les classiques de la littérature antique. Sous prétexte qu'ils respiraient la poussière, ils les ont remplacés par les manifestes de la nouvelle morale collective ou des textes insignifiants. On connaît le résultat : malgré le prêche sur les droits de l'homme, les Français agissent de plus en plus franchement à leur guise et, dans les écoles, les donneurs de leçons imprégnés de morale socialiste se font rosser par leurs élèves affranchis de toute règle. À l'humiliation de se faire gifler par un gamin ignare, s'ajoute l'échec patent de leur utopie pédagogique
" (Renaud Dutreil, La République des âmes mortes, p. 177).

En cette pré-rentrée, je songe à des propos que j'entendis sur une radio catho (RCF), au matin du mercredi 5 avril dernier : "La confiance fait vivre, mais l'exigence fait grandir". Nos pédagogues démagogues feraient bien de les méditer.
Avant qu'il ne soit trop tard.

Commentaires

1. Le mercredi, 13 septembre 2006, 15:51 par Pellafol

Tristes vérités, bonnes vacances aux Usa !

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