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Société bloquée

, 20:06 - Lien permanent

Le printemps n'est pas loin, les organes vivants s'impatientent et s'agitent.
Comme le veut la tradition, les Facs sont en grève, enfin pas toutes,la moitié à peu près (31 sur 84, très exactement). Enfin, quand je dis en grève, entendons-nous : elles sont bloquées par un quarteron de crétins admirés par une centurie de donzelles énamourées, prêtes à défaillir.
Je lis dans le Daubé de ce jour la réaction très saine, mais ô combien dangereuse pour lui, car n'appartenant pas au langage lisse habituel, d'un Président d'Université (Grenoble-PMF) : "C'est un blocage tout à fait illégal. On a affaire à un accord PS-Unef [il veut dire PS-PC, sans doute !] pour faire le bordel [sic] dans les universités... Il y a cinquante mille étudiants sur le campus, et il y en a cinq cents qui manifestent. Une fois de plus, l'université est prise en otage". Voilà qui est dit, et bien dit.
Jadis, on avait vu tomber Devaquet, quand Mitterrand incapable d'autre chose que de faire le mal, ou de le suggérer, avait réussi à imposer le désordre de la rue face à Chirac. Aujourd'hui, le PS est toujours là, si j'ai bien compris pour "foutre le bordel". Et la Ségolène qui ambitionne de gouverner la France, pauvre Marie-Chantal...
Je regarde donc le Daubé, qui fait sa Une sur un braillard (blouson de cuir, poignet clouté et diam à l'oreille), armé d'un mégaphone sorti de mai 68, en train de galvaniser les foules, avec, j'imagine, sa pauvre conscience politique tout droit venue de la fréquentation assidue des Guignols de l'Info (il n'y a pas si longtemps, j'ai pu faire, effaré, la même constatation à propos du brailleur de luxe, le facteur de Neuilly)...
Heureusement, le public est tout acquis à la cause, surtout qu'il n'y en a pas (de cause). Au vrai, les mâles se montrent aux femelles, et sur la photo on les voit qui ont toutes la bouche ouverte.
Ça va calcer, me disait quelqu'un, un soir de happening. C'est très exactement ce que cherchent ces prétendus révolutionnaires. Car demain, c'est sûr, ils n'iront qu'à puiser dans leur harem ; on rasera gratos. On avortera itou.

Commentaires

1. Le lundi, 13 mars 2006, 16:30 par Adricube

Votre description des "grévistes" est on ne peut plus exacte, il est malheureux que les Français ne s'en rendent pas plus compte (c'est à dire qu'il est malheureux qu'on ne montre pas aux Français la réalité).
Pour qui a vécu -et je vais faire mon ancien combattant- décembre 1995 (et j'imagine que c'est pareil pour tous les autres "conflits" estudiantins, 68 peut-être un peu à part), il est évident que le même scénario, très au point, mené par des as de l'agit prop, se reproduit :
- des "étudiants", que souvent l'on n'avait jamais vus sur le campus, organisent sur un thème racoleur une "AG" destiné à "voter" la grève, à main levée bien sûr. Si ça ne prend pas, ils recommencent le lendemain, et ainsi de suite jusqu'à obtenir le quorum nécessaire à pouvoir foutre le bordel tranquillement ;
- une fois ce quorum atteint, grâce à un encadrement adéquat les étudiants (les vrais, cette fois) investis du pouvoir "démocratique" des sacro-saintes AG commencent l'agitation proprement dite : blocages des amphis, perturbations des cours, etc. Ils sont vite rejoints par tous ceux qui sont en facs un peu par hasard et qui s'ennuient. Essentiellement des "premières années".
Pendant ce temps là, les autres se réfugient dans les bibliothèques, les labos, chez eux pour bosser loin du vacarme. S'ils s'avisent de protester, on leur explique qu'ils doivent aller à l'AG et que sinon ils doivent se plier aux décisions de cette fameuse AG.
Evidemment, s'ils sont assez courageux pour aller dans l'AG, ils se font siffler (au mieux) et insulter (généralement, traiter de "fachos", allez savoir pourquoi...).
Bref, ils le font une fois, pas deux.
Et d'AG en AG, le système s'auto-alimente.

J'ai donc vécu ça, en 1995 ; au bout d'un mois de "troubles", avec quelques camarades "fachos" et le soutien très mesuré du Doyen, nous avons réussi à imposer une consultation à bulletins secrets.
Nous étions 5 à militer activement "pour le reprise des cours", contre 200 en face... et nous l'avons emporté à 75% des voix !

Bref, tout ça pour dire qu'il n'y a pas 36 façons d'éviter ce genre d'enlisement : il faut imposer que toute grève soit décidée par vote à bulletins secrets (ou au moins qu'une telle consultation ait lieu régulièrement) ;
il faut interdire les blocages illégaux d'amphis ;
il faut interdire d'accès aux campus les personnes qui ne sont pas inscrites à l'université considérée ;
il faut interdire à certains profs et/ou administratifs de faire le jeu des "grévistes" (en leur ouvrant les portes ou leur fournissant du matériel, les clefs, etc.)

Bref, il faut respecter la démocratie, les droits des étudiants et les statuts des universités... mais ça, visiblement, c'est trop compliqué et le dire c'est pisser dans un violon...

Je suis un peu découragé. Une fois de plus. Mais bon, puisqu'aujourd'hui, enfin, on ne paye plus les jours de grève des fonctionnaires, peut-être demain mettra-t-on au pas les agitateurs professionnels...

 

 

 


Merci de ce commentaire fort explicite, Adricube !
Je constate ainsi que depuis disons quarante ans, rien n'a changé, absolument rien. Et c'est fort désolant.
Quant au terme de "facho", il a souvent été utilisé à mon encontre, par des gens plus âgés que ceux que vous décrivez, mais animés des mêmes intentions.
Je sais aujourd'hui qu'il signifie, dans leur bouche, "ennemi de la démagogie".
J'estime que c'est un hommage involontaire !

J'ai aussi reçu ce commentaire. Comme c'est un enseignant qui me l'a fait parvenir, je le considère comme digne d'intérêt. Et fort explicite, naturellement...
"Je sais que pour la plupart vous n'en avez rien à faire et vous ne vous sentez pas concernés mais c'est important pour nous, étudiants en fac... Je vous écris pour vous demander votre soutien aux étudiants qui se trouvent pris en otage par les manifestations actuelles mais aussi pour vous exposer la réalité de notre situation, bien loin de celle que les médias, comme à leur habitude, déforment. Je suis étudiante en Master de droit des affaires à Paris X_ Nanterre, et je suis révoltée face au blocus des universités. Premièrement, il faut rétablir la vérité : la majorité des étudiants sont contre ce blocus ; sauf que nous subissons des menaces et des intimidations ; alors peu d'entre nous osent prendre la parole. De plus, les médias font preuve d'une véritable manipulation dans leurs reportages et oublient bien souvent de mentionner les moyens totalement anti-démocratiques utilisés par ces manifestants. Tout d'abord, les assemblées générales qui ont été diffusées à la télévision ne sont qu'une mascarade : ainsi lorsque le résultat d'une première AG avait donné le non au blocus majoritaire, dès le lendemain une seconde AG était organisée par une minorité de manifestants pour revoter illégitimement le blocus, ne respectant pas la décision des étudiants. Enfin l'AG réunissant le plus grand nombre d'étudiants jeudi dernier était un véritable scandale : nous étions majoritaires contre le blocus alors ils nous ont d'abord imposé 3 heures de faux débats ( temps de parole inégal et les intervenants autorisés étaient à 90% leurs partisans). Ils ont mené une véritable propagande anti-gouvernementale bien loin du problème du CPE et énoncé des aberrations telles que le CPE facilite le licenciement des femmes enceintes et permet de licencier pour une tenue vestimentaire non conforme en dehors des horaires de travail... Le problème c'est que la plupart des jeunes (non juristes) les prennent pour parole d'évangile !!! D'autre part pendant cette assemblée la sécurité laisse des individus circuler avec des foulards cachant leurs visages et manifestement menaçants. Enfin le vote s'effectue à main levée avec des gens qui pour la plupart ne sont absolument pas étudiants mais des syndicalistes ou autres appelés en renfort : nous étions 2000, seulement 750 ont voté pour le blocus et ils ont quand même déclaré que nous avions perdu !!! Mais le plus grave ce sont les intimidations et la violence de ces gens que les médias ne dénoncent pas: jeudi et vendredi lorsque des étudiants ont voulu entrer dans leur faculté des bagarres ont éclaté à coups de barres de fer, une jeune fille a été poussée dans les escaliers par des représentants de l'Unef et a été sérieusement blessée mais là encore personne ne dit rien ou ne se scandalise: non toute cette violence est légitimée par le droit de grève ?!!! Enfin lorsque les manifestants étaient minoritaires face aux vrais étudiants qui voulaient accéder aux cours, ils ont fait appel à des lycéens de Nanterre arrivant en masse et criant. Ces jeunes n'étaient là que pour nous intimider et n'ont trouvé rien de mieux que de se prendre en photo avec leurs portables devant l'université en nous narguant et chahutant démontrant leurs réelles motivations !!! C'est donc un appel à l'aide que je vous adresse pour les vrais étudiants qui veulent que leur droit à l'éducation et celui de ne pas faire grève soient respectés. Les dirigeants de notre université étant démissionnaires et les médias refusant de prendre en compte notre témoignage, je vous sollicite donc pour nous aider à rétablir la vérité et pour que l'Université française redevienne un lieu où les libertés individuelles peuvent s'exercer loin des propagandes et de la violence. Je vous remercie de votre attention et d'essayer de diffuser au maximum ce message. Sophie"
SH

 

 

 

 

 

 

2. Le vendredi, 24 mars 2006, 16:38 par S. H.

Je me dois d'ajouter ce texte, très explicite, qui se trouve dans Le Point de cette semaine (interview de Jean-Robert Pitte, président de l'université Paris-IV-Sorbonne).

«J'en ai assez de cette démagogie qui déferle sur l'université et le pays. Qu'entend-on à la télé, dans les manifs ? Des discours irresponsables ! "Ah, les pauvres étudiants ! Ils ont bien droit à un CDI !" C'est absurde.
Qui ne voit que le problème est celui de l'inadéquation de la formation et du monde du travail ?
Jusqu'à nouvel ordre, il me semble qu'en France on ne peut pas obliger les patrons à embaucher ! Ils prennent un risque en recrutant un jeune à la sortie de l'université, qui n'est pas immédiatement opérationnel. Qui dira la vérité à la jeunesse ?
Rendez-vous compte : il n'y a pas longtemps encore, l'Unef agitait le slogan : "Orientation = sélection !" Alors que des dizaines de milliers de jeunes s'engouffrent dans des formations sans aucun débouché, comme les Staps ou l'histoire de l'art [pour ne rien dire de la psychologie ou de la communication - note SH], et revendiquent ensuite, comme un dû, un emploi en rapport avec leurs diplômes !
Oui, en Angleterre, quelqu'un qui sort d'Oxford avec une maîtrise de chinois peut travailler dans le marketing. Mais il apprend son boulot sur le tas et doit faire ses preuves.
Ma fille n'a pas fait d'études extraordinaires. Elle sort d'un IUT puis a obtenu un diplôme de marketing dans une école de seconde zone. Elle a fait un an de stage très mal rémunéré aux Etats-Unis, avant qu'on lui propose de rester dans l'entreprise.
En un an, elle a changé. Avant, elle aussi attendait tout de la société !
Je suis en colère contre l'ignorance et la bêtise des jeunes, mais aussi des Français, car on a la jeunesse qu'on mérite.
Je sais que je vais passer pour un horrible réac, mais tant pis. La jeunesse n'a plus de rêves. Elle n'a plus que des illusions. Rêver, c'est vouloir accomplir des choses difficiles qui obligent à se dépasser.
Les jeunes croient que tout leur est dû, et que, si ça ne va pas, c'est de la faute des autres ! »
© le Point 23/03/06 - N°1749

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